Qui sommes-nous ?

Home Qui sommes-nous ?

L’Itinérant…

Dites plutôt L’Iti, non qu’on aime abréger mais parce qu’au bout de 24 ans d’existence, ce nom est devenu familier, presque familial… Abréger, il faut vous dire, ce n’est pas vraiment notre fort : on préfère plutôt ralentir, rallonger au besoin, bref voir ce qui se passe autour de nous. Vivre oui bien sûr, mais aussi vivre l’autre, et plus encore vivre à travers l’autre…

Scène de la vie quotidienne : un pauvre tend la main. Pas de pièce ? Pas l’humeur ? Pas envie de donner ? Pas si riche ? La crise, le stress, la météo ? Eh bien, pas grave non plus. Si la main est vide, il nous reste quand même la main. Et nous la tendons. Le regard, l’attention, la parole ne remplissent pas l’assiette mais ils nourrissent. Alors on cherche l’œil, le mot, on prend le temps : un contact, un échange, une conversation. C’est cela L’Iti… abrégé.

Et puis bien sûr, il y a les pièces, parce qu’il faut manger, ne pas avoir froid… et puis rire. Parce que même un SDF, on l’oublie souvent, ça a envie de rire, d’être heureux, à pleine bouche, à pleines dents. Le café, la soupe – pas que populaire, la soupe humaine dit-on – font du bien, bien sûr… mais la joie, l’espoir ça compte aussi. Alors, quand on ne donne pas de sous, pour une ou mille raisons, on sourit quand même. On donne sa musique du cœur, sa chanson de l’âme, son goût de vivre.

Et puis encore et toujours, les pièces, les pièces forcément. L’Iti sort chaque jeudi. Acheté 60 cents, il est revendu 2 euros. 1,40 dans la poche de celui qui en a besoin, immédiatement. Immédiatement oui, c’est important et on ne le dit pas assez. Le journal est revendu aussitôt qu’il est acheté, dans les métros, près des centres commerciaux, aux feux… qu’importe. Tendu, mais aussi expliqué, détaillé parfois. Le vendeur de L’Iti est déclaré à l’Urssaf, a accès à des soins médicaux, bénéficie d’outils qui lui permettent non seulement d’avancer, mais de prendre une place, sa place. Il devient moins vulnérable.

23 009 vendeurs sont passés par L’Iti depuis sa création le 26 septembre 1994. Ils sont 410 en moyenne à proposer notre hebdomadaire. Journal de pauvres ? Non. Journal contre la pauvreté. La nuance est de taille, elle relève, rend digne. Quand les premières pièces tombent, on réalise qu’on peut y arriver. 50 numéros par semaine : 70 euros. 300 euros à la fin du mois… mais pas seulement. Des retours que nous avons de nos vendeurs mais aussi de nos lecteurs, nous savons que nombre de personnes donnent un peu plus que 2 euros, parfois un billet. D’autres laissent la pièce mais ne prennent pas le journal. Chacun son rythme, sa façon d’envisager l’aide, l’autre, et l’aide à l’autre. À 100 exemplaires vendus par semaine, c’est 600 euros par mois, au moins. Ce n’est peut-être pas le paradis, mais ce n’est certainement pas l’enfer.

60 cents le numéro. Pas besoin d’être de la profession pour savoir que la somme est dérisoire. Un journal – qui plus est, sans publicité dans ses pages – ça coûte : il faut payer les journalistes, maquettistes, photographes, imprimeurs… Si L’Iti comptait sur ses seules ventes, il n’existerait plus depuis longtemps. Pour tenir, il nous a fallu trouver une parade qui ne lèse pas nos vendeurs. Décision a été prise de publier des annonces légales. Une façon non seulement d’entrer dans le monde de l’entreprise mais aussi de faire entrer l’entreprise dans notre monde, celui de la solidarité.

Nous l’annonçons sur notre site dédié aux annonces légales – litinerant.fr – : nous proposons « aux entreprises commerciales une réelle alternative solidaire pour leurs publications juridiques et officielles. » Nous n’avons pas honte, bien au contraire : nous le revendiquons. Pour côtoyer et vivre la rue, nous savons la souffrance de ceux qui n’ont pas. L’enjeu est celui-ci : « Publier une annonce légale en utilisant les services de notre journal, c’est publier une annonce solidaire des plus défavorisés. » Point. Aux entrepreneurs de faire leur choix et ils sont nombreux à passer notre porte.

Fragile, oublié, transparent parfois, le SDF prend pourtant tout notre espace, il nous enveloppe, nous cerne et finit par être le seul à exister… Pourquoi ? Parce qu’il nous dit, de manière cinglante, ce que nous ne voulons pas être. C’est un éclaireur qui témoigne de notre condition humaine et nous donne l’occasion d’être bons et généreux. Lorsque nous l’aidons, nous nous aidons nous-mêmes. Il nous enrichit quand nous l’enrichissons, nous nourrit quand nous le nourrissons. À L’Iti, notre conviction la plus profonde est celle-ci : faire le bien, c’est se faire du bien. Et nous l’affirmons encore aujourd’hui en lançant le site rédactionnel de L’Iti, liti.fr.