Aider nos aînés

Aider nos aînés

Le ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran a annoncé retenir les premières mesures du plan de mobilisation nationale contre l’isolement des aînés. Détail.

Le 24 mars dernier, Olivier Véran a confié à Jérôme Guedj la mission d’identifier les leviers qui sont aujourd’hui à la main des pouvoirs publics, des acteurs de terrain et de la société civile pour combattre l’isolement des aînés, pour le temps de crise mais aussi pour la période qui suivra. On sait en effet que les personnes âgées et les personnes fragiles paient un lourd tribut au Covid-19. Elles en sont les principales victimes. Et il faut souligner que la réponse que nous apportons collectivement est massive et prioritairement tournée vers eux : la vie économique et sociale est capable de se mettre quasiment à l’arrêt pour préserver les plus fragiles. Dans cet océan de mauvaises nouvelles, c’est aussi un formidable signal, là où les inquiétudes âgistes ou de délaissement des plus fragiles pourraient s’exprimer. C’est aussi un coup de projecteur tristement inédit sur une douloureuse réalité, celle de l’isolement, qui est aussi et bien souvent un impensé, le parent pauvre de nos politiques sociales, ainsi qu’en témoignent les régulières alertes de nombre d’acteurs associatifs et de récents rapports publics, comme celui dès 2017 du CESE « Combattre l’isolement pour plus de cohésion et de fraternité ».
La crise sanitaire que nous vivons et les mesures de confinement décidées, à domicile comme en établissement, exacerbent en effet de manière considérable l’urgence de répondre au défi de leur isolement. Des mesures nécessaires, répondant à une urgence de santé publique nationale, ont été prises par le gouvernement et concernent l’ensemble de la population française. Ainsi du confinement de la population en vigueur depuis le 17 mars 2020 à 12h décidé en réponse à la pandémie de l’infection à coronavirus, qui implique non seulement l’arrêt de tous les rassemblements, mais également de drastiques « gestes barrières » hygiéniques et des mesures de distanciation sociale visant à limiter au maximum l’expansion épidémique en cours sur notre territoire.
« Ces mesures, ajustées au jour le jour selon les retours de terrain et les avis de scientifiques et d’experts, sont inédites dans notre pays. Prolongeant les actions mises en place dans les Ehpad et les autres établissements médico-sociaux suite au déclenchement le 6 mars 2020 du plan bleu, le ministre de la Santé Olivier Véran a appelé le 28 mars 2020 les Ehpad et les résidences autonomie à se diriger vers un isolement des résidents dans leur chambre et/ou leur appartement. Ces mesures prises pour limiter la propagation d’une épidémie particulièrement mortifère pour nos aînés étaient et sont nécessaires, relève Jérôme Guedj. Elles ont toutefois des conséquences problématiques multiples pour les personnes âgées : une perte de la mobilité et avec elle des difficultés matérielles compliquant la vie à domicile et en institution, mais aussi un fort risque d’impact psychologique, de dépression et de dénutrition, que le confinement en chambre individuelle et/ou appartement, en établissement, est venu renforcer, ainsi que des risques pathologiques accrus (troubles posturaux, chutes, escarres, etc.). Cette mesure pose aussi de grandes difficultés d’ordre éthique aux professionnels. Il peut en effet sembler paradoxal de demander à des soignants de limiter la liberté d’aller et de venir des résidents qui sont chez eux. »
Mais il y a aussi une touche d’optimisme dans cette crise, poursuite l’auteur du rapport : « Si nous sommes capables de faire ces gigantesques efforts pour contenir la progression d’un virus qui frappe le plus durement les plus fragiles et les plus âgés pour les préserver, alors nous pouvons en complément faire des efforts pour que les conséquences de ce confinement soient les plus atténuées pour ces mêmes personnes. Le maintien du lien social est un enjeu consubstantiel aux réponses sanitaires à la crise. »
Des initiatives spontanées, nombreuses depuis le début de la crise, sont venues témoigner de notre attention individuelle et collective aux aînés. La solidarité, la fraternité, l’altruisme, le lien maintenu avec l’autre ne se décrètent au moment où l’épidémie peut faire ressurgir des passions tristes et des aspects noirs de la nature humaine, la peur de l’autre. L’élan actuel de solidarité à l’endroit des plus fragiles est massif. Le plus souvent, et c’est heureux, hors de tout cadre public. Des milliers de gestes au quotidien, d’initiatives individuelles, de proximité. Des familles d’abord, et de tous les proches aidants, des voisins, des bénévoles, engagés de longue date, mais aussi des nouveaux venus. Et de l’ensemble de la population. Les acteurs de la vie économique et sociale, les entreprises, le monde mutualiste, les organismes de protection sociale, se sont également mobilisés. L’action déterminante, aussi, des associations, pour certaines déjà mobilisées de longue date sur la question de l’isolement. D’autres qui ont très rapidement redéployé leurs interventions pour s’adapter à la situation nouvelle et aux contraintes nées du confinement, de la distanciation sociale. L’action, enfin, des collectivités locales, au premier rang desquels les maires et leurs équipes. Et des départements, chefs de file des politiques de solidarité, dont le cœur de métier parfois mal connu est précisément le soutien des plus fragiles. Aujourd’hui, le pays tout entier, au diapason de la planète confinée, doit penser son action avec un œil de vieux, avec un œil de fragile.

Une plateforme la Croix-Rouge française, « Croix rouge chez vous », associe « écoute et soutien », et « réponse opérationnelle via la conciergerie solidaire ».

La société mobilisée pour lutter contre l’isolement
Les recommandations et dispositifs opérationnels qui suivent sont le fruit d’un travail en temps réel avec l’ensemble de ces forces vives, ainsi que du recueil de la parole des premiers concernés : services de l’État, acteurs de la vie économique et sociale, entreprises, monde mutualiste, organismes de protection sociale, fédérations professionnelles, associations nationales et locales, collectivités locales (villes, département), élus, cadres territoriaux, ainsi que le recueil de la parole de personnes directement concernées.
Jérôme Guedj a tenu d’ailleurs à les remercier toutes et tous très sincèrement pour la disponibilité, la réactivité et l’inventivité dont elles ont fait preuve, dans des temps record et avec des contraintes logistiques jamais connues jusqu’alors. « Le travail a été réalisé dans une dynamique collaborative la plus participative possible : à une grande diversité d’entretiens, de contributions sollicitées et remontées (plus de 90 entretiens et contributions), est venue s’ajouter la constitution d’une équipe opérationnelle de 30 acteurs de terrain et d’experts, dont je salue la contribution précieuse et que je remercie pour nos échanges fructueux et pour les recommandations générales et amendements. Je remercie enfin Nicolas El Haïk Wagner, qui fut un de mes étudiants à Sciences Po et qui m’a spontanément rejoint pour m’épauler dans ce travail. »
Ces mesures ont été conçues avec le plus grand pragmatisme et dans une volonté d’opérationnalité immédiate pour qu’elles puissent contribuer, au plus près des besoins des personnes âgées et fragiles, à répondre à des situations complexes, parfois urgentes, que notre collectif ne peut accepter de laisser sans réponse. Il ne s’agit pas ici de donner des directives impératives, venant du national, mais de capitaliser sur les bonnes pratiques et sur l’inventivité salutaire de la société civile dans son ensemble.
Identifier les solutions de terrain : de nombreux acteurs nationaux, associatifs, territoriaux ont très vite développé avec leurs équipes, leurs services, et des associations locales des dispositifs innovants et inédits répondant à des enjeux multiples de proximité.
Des initiatives spontanées, nombreuses depuis le début de la crise, sont aussi venues témoigner de notre attention individuelle et collective aux aînés. Le premier enjeu de la mission a donc été d’identifier les bonnes pratiques et l’inventivité salutaire des collectivités et de la société civile dans son ensemble, et non de développer des directives impératives qui émanent du national.
Mettre en œuvre immédiatement des solutions opérationnelles : plusieurs recommandations ont fait immédiatement l’objet d’un travail de mise en œuvre opérationnelle, en lien avec les associations, administrations, entreprises et élus concernés.
Le rapport de la mission s’appuie sur tous ceux qui doivent participer à cette mobilisation nationale contre l’isolement :
• les personnes âgées et fragiles elles-mêmes ;
• les professionnels du soin et de l’accompagnement ;
• les aidants ;
• les citoyens : comme voisin dans l’action individuelle ; comme bénévole dans l’engagement associatif ; comme réserviste pour les dispositifs de mobilisation étatique ;
• les associations mobilisées depuis longtemps sur cet enjeu et capables aujourd’hui de fédérer et d’organiser la mobilisation citoyenne pour répondre de manière innovante et pragmatique aux nouveaux besoins.
• les acteurs économiques et sociaux, les entreprises pour proposer des solutions innovantes ;
• les pouvoirs publics nationaux ;
• les collectivités locales, mairies et départements, comme ensemblier sur le territoire des réponses de proximité.

Préparer l’après-crise
Au-delà de ce premier rapport, la mission poursuit ses travaux pour identifier de nouvelles pratiques à partager, enrichir ses recommandations, et s’assurer de leur mise en œuvre. L’urgence a en effet commandé de trouver des réponses à la problématique de l’isolement. Les réponses proposées sont tournées vers la crise. Mais elles sont aussi pensées comme des jalons d’une mobilisation pérenne et d’une prise en considération durable des enjeux de l’isolement, qui admettons-le, n’ont pas été jusqu’à présent un objet central, prioritaire des politiques publiques, qu’elles soient nationales ou locales. Pourtant, des alertes sur le sujet émanant régulièrement d’acteurs associatifs, à l’instar des rapports de la Fondation de France et des Petits Frères des Pauvres. Selon ce dernier rapport, « 4,6 millions de Français de 60 ans et plus ressentent de la solitude. 3,2 millions sont même en risque d’isolement relationnel, c’est-à-dire qu’ils peuvent passer des journées entières sans parler à personne. » 900 000 sont en situation d’isolement et 300 000 confrontés à ce que les Petits Frères des Pauvres appellent la « mort sociale », un isolement extrême, un retrait total et subi, une sorte de confinement permanent. Cet isolement s’entremêle bien souvent avec d’effarantes situations de précarité socio-économique ainsi qu’avec des problématiques de santé ou de handicap complexes et susceptibles de passer sous le radar des acteurs publics.
En réponse à ces alertes, une Mobilisation nationale contre l’isolement des âgés (Monalisa) a été lancée en 2014 sous l’impulsion de Michèle Delaunay, alors ministre déléguée aux personnes âgées et à l’autonomie. Inscrite dans les annexes de la loi d’adaptation de la société au vieillissement, elle est suivie, par décret, par le Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge. Cette démarche lancée en 2014 par 40 organisations en rassemble aujourd’hui 520, elle a permis l’émergence et la mise en réseau de 66 coopérations d’acteurs sur les territoires et réunit 380 équipes citoyennes pour le lien social. Structurée en association pendant cette phase exploratoire, cette démarche a initié des solutions dont le rapport s’inspire. En sortie de crise, elle devra s’inscrire dans le cadre de la politique plus durable et mieux intégrée que trace le présent rapport.
Le rapport Libault issu de la concertation Grand âge et autonomie de mars 2019, l’avis du Haut conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge de mai 2019, le Plan El Khomri de mobilisation nationale en faveur de l’attractivité des métiers du grand âge d’octobre 2019 puis le rapport « Réussir la transition démographique et lutter contre l’âgisme » d’Audrey Dufeu-Schubert de décembre 2019 ont témoigné d’une considération croissante de ces enjeux par la puissance publique. La mission s’attachera ainsi, dans la continuité de ces précédents rapports et avis, à penser « l’après » pour continuer nos efforts afin d’adapter la société au vieillissement. Notamment dans le cadre d’une réforme « Grand âge et autonomie », en gestation depuis 2 ans et dont la nécessité, déjà évidente avant cette crise, est évidemment décuplée avec elle.
Santé, transport, logement, évolution des établissements et des services, regard sur les fragilités et le grand âge, moyens humains et financiers, priorité donnée à la prévention : l’enjeu pour les politiques de solidarité et de santé est considérable et devra mobiliser dans les prochaines années l’ensemble des forces vives, et ce de manière transversale. Mais les ressorts d’un tel défi résident aussi, au-delà des textes dans le sens qui anime intérieurement l’ensemble des acteurs mobilisés et les trésors d’humanité, d’énergie et d’inventivité qu’ils déploient au quotidien. L’engagement citoyen est donc au cœur de la lutte contre l’isolement social alors même que nous traversons une véritable transition des formes d’attachement et de liens sociaux. C’est pourquoi la lutte contre l’isolement doit associer à ces priorités de solidarité et de santé, une politique ambitieuse d’appui aux engagements individuels et associatifs.
« La révolution de la longévité est engagée : la société française compte aujourd’hui 15 millions de citoyens de 60 ans et plus, et près de 1,4 million de personnes de 85 ans et plus. Ces chiffres ne vont que s’accroître dans les prochaines années et décennies, à mesure de l’arrivée dans le grand âge de la génération des “baby-boomers”. Cette révolution est en train de bouleverser l’ensemble de nos structures sociales, de nos cellules familiales, de nos liens quotidiens, et de nos organisations. Voyons-le comme une chance. Car les personnes âgées représentent une richesse considérable pour notre pays : à rebours des discours pessimistes qui prédisent une guerre des générations, bien des initiatives témoignent au contraire de la force et de la beauté des solidarités intergénérationnelles. La contribution de nos aînés à la solidarité familiale est en outre sans commune mesure, comme l’est leur investissement considérable dans le milieu associatif local et national, qui pousse à l’humilité : 5 millions de personnes âgées sont ainsi sur le terrain au quotidien, par pur altruisme et soif d’agir. La richesse de nos échanges avec elles constitue enfin un puissant rappel de la force de la transmission autant que de la vulnérabilité dont nous sommes intrinsèquement constitutifs. Notre enjeu immédiat est bien de limiter les conséquences délétères de ce nécessaire confinement pour les personnes âgées et fragiles. Ce qui passe par l’invention de nouvelles solidarités dont on peut espérer, à l’instar des gestes-barrière que nous continuerons à pratiquer l’hiver prochain, qu’elles perdurent et innervent la société hors période de crise. C’est bien la pérennité de ces initiatives et de cette attention à l’autre, au plus âgé, au plus fragile, qui nous permettra d’appréhender sereinement la révolution de la longévité », propose Jérôme Guedj.

Jérôme Guedj remettant le 6 avril dernier son rapport au ministre Olivier Véran.

Les mesures
• Un numéro vert national d’écoute, de soutien et d’orientation pour les personnes fragiles isolées
• Promouvoir les gestes bienveillants/solidaires à la portée de chacun : bienveillance de proximité, engagement associatif, soutien des pouvoirs publics
• Soutenir et accompagner les aidants
• Atténuer les conséquences du confinement en Ehpad et résidences autonomie : difficile mais possible
• Diffuser les solutions numériques pour maintenir le lien social
• S’appuyer sur la mobilisation essentielle des départements comme chefs de file des politiques sociales et sur les communautés d’agglomérations ou communes comme premières interlocutrices des personnes âgées (principe de subsidiarité)
• Déployer une cellule de coopération « lutte contre l’isolement » avec les élus locaux
• Contacter au téléphone tous les fragiles d’un territoire grâce à une fusion/coordination des fichiers (canicule, Apa/PCH et Cnav) et identifier les personnes âgées isolées en détresse à leur domicile.
• La fourniture d’un guide d’entretien téléphonique pour repérage des fragilités (scoring)
• Proposer des lignes directrices pour un plan d’action territorial autour des 10 besoins essentiels d’une personne isolée et fragile : se nourrir (faire les courses ou être desservi par un système de portage de repas à domicile), prendre soin de soi et se soigner ; être informé et écouté ; parler avec autrui ; pouvoir sortir et maintenir une activité physique ; retirer de l’argent ; se prémunir des arnaques ; s’occuper et se cultiver ; organiser la vie quotidienne (poubelles, courrier, animal de compagnie, petit bricolage) ; maintenir des rituels symboliques ou spirituels.
• Mobiliser des ressources nouvelles sur le terrain pour lutter contre l’isolement : 30 000 jeunes du service civique redéployés vers les missions de maintien du lien social et mis à disposition des cellules de coopération locale ;
▪ mobiliser les 70 000 gardiens d’immeubles et les bailleurs sociaux et privés pour le repérage et le soutien aux fragilités ;
– s’appuyer sur le maintien de l’activité des facteurs et le réseau de La Poste pour contribuer au repérage des situations à risque et apporter des réponses à l’isolement, en informant les mairies ;
– sensibiliser les professionnels de santé et les pharmaciens aux moyens de signaler les situations préoccupantes ainsi que les aides à domicile et leur direction, souvent lanceurs d’alerte des personnes isolées.
• Un site internet national dédié pour partager les bonnes pratiques et initiatives locales et capitaliser les ressources.

Les orientations
Besoins des personnes âgées
La mission a souhaité inscrire ses travaux en partant de la parole des personnes âgées et de leurs proches. 3 sources fidèles à la pluralité des situations :
• un focus group de Silver Valley : « Comment vivez-vous le confinement et quelles solutions mettez-vous en place pour améliorer votre quotidien ? »
• Les Petits Frères des Pauvres, à travers leur rapport « Paroles de résidents, Paroles de résistants ».
• Des témoignages de familles et de proches.

Maintien du lien social avec les personnes isolées et fragiles
La mission insiste sur un point pour identifier celles et ceux dont la continuité de l’activité professionnelle est indispensable et doit bénéficier de l’ensemble des dispositions suggérées :
• Tous les professionnels intervenant en Ehpad et en établissement médico-social pour personnes en situation de handicap sont absolument indispensables à leur fonctionnement : pas uniquement les personnels soignants ou d’accompagnement mais également les fonctions supports (direction, entretien, maintenance, cuisine, animation, etc.).
– Toutes les formes d’intervention à domicile doivent être bien identifiées : personnel des services d’aides à domicile (SAAD, SAMSAH, SSIAD, HAD, care manager…), aides à domicile et assistantes de vie intervenant dans le cadre mandataire comme de gré à gré, accueillants familiaux, personnels des résidences autonomie et des résidences service senior.
• À prévoir pour l’après-crise : la détention d’une carte professionnelle indiquant « professionnel du soin et de l’accompagnement aux plus vulnérables », qui n’existe pas aujourd’hui, aurait permis de fluidifier bien des situations (autorisation de circulation, retrait des masques, etc.). L’urgence rend délicate une telle réalisation mais il serait intéressant d’envisager à l’avenir cette identification. L’ampleur de la pandémie, l’installation dans la durée de la crise et le nombre probablement important de personnels du soin et de l’accompagnement déjà touchés par le Covid-19 font craindre un risque réel de manque de ressources humaines pour maintenir un fonctionnement normal des établissements et services. Tous les leviers d’ores et déjà identifiés, ou d’autres à inventer doivent être mobilisés. Bien que ne relevant pas directement du périmètre de la mission, plusieurs recommandations sont formulées. Certaines ont été transmises en temps réel au ministre de la Santé. Plusieurs décisions gouvernementales annoncées depuis le 23 mars, à partir notamment des recommandations du conseil scientifique, y répondent d’ores et déjà. Les réponses sont ainsi ajustées de semaine en semaine par la direction générale de la cohésion sociale (DGCS) du ministère des Solidarités et de la Santé, sous forme de textes réglementaires, de consignes et recommandations, de foire aux questions, à destination des acteurs du domicile et des établissements au terme d’un important travail de concertation avec les fédérations. D’autres pistes envisagées par la mission restent à expertiser et arbitrer. Ces recommandations portent sur :
– garantir un accès fiable, régulier et en quantité suffisante aux équipements de protection individuelle (masques, blouses, charlottes, gel, gants…) à l’ensemble des professionnels du soin et de l’accompagnement ;
– prioriser l’ensemble des professionnels du soin et de l’accompagnement et les personnes accompagnées, à domicile et en établissement dans le dépistage du Covid-19 ;
– faciliter les conditions matérielles (déplacement, hébergement, garde d’enfant) des professionnels du soin et de l’accompagnement ;
– organiser les renforts dans les Ehpad, les structures d’accueil des personnes âgées, et les services à domicile/Création d’une réserve médico-sociale ;
– donner accès à un soutien psychologique et entre pairs, au coaching, au partage de bonnes pratiques, à la capitalisation de l’expertise, de l’expérience et de la réflexion éthique aux professionnels du soin et de l’accompagnement ;
– valoriser et reconnaître l’engagement au contact des personnes isolées et fragiles âgées des professionnels du soin et de l’accompagnement par le versement d’une prime.

Les gestes bienveillants
• Promouvoir les « gestes bienveillants » pour les plus fragiles et les campagnes d’appels téléphoniques organisées. La mission recommande les appels téléphoniques réguliers organisés.
• Soutenir et amplifier la mobilisation spontanée individuelle en faveur des personnes isolées et fragiles, en raison de leur âge et de leur handicap, au plus proche.
• Mailler le territoire d’« équipes citoyennes pour le lien social » et encourager l’engagement associatif de réponse à l’urgence, auprès des associations nationales engagées dans la lutte contre l’isolement (Croix-Rouge française, Les Petits Frères des Pauvres, Secours populaires, Secours catholiques, Restos du Cœur, etc.) comme des associations locales. Des plateformes locales qui relient des appels à bénévoles dans les territoires.
Tous les organismes et associations portant des équipes bénévoles gagneraient à les inscrire sur la carte élaborée par la Mobilisation nationale contre l’isolement des âgées pour y être géolocalisée. (https://www.equipecitoyenne.com).
• Donner la visibilité maximale aux outils gouvernementaux de soutien à la mobilisation citoyenne, associative et territoriale.
• La bienveillance face à la mort et au deuil : la mission avait sollicité l’expertise de Marie de Hennezel, psychologue clinicienne, qui a bien voulu nous transmettre dans un premier temps ses réflexions sur le sujet de la mort en établissement, puis l’article qu’elle en a tiré.

Chaque enfant, en lien avec les directeurs d’école de proximité, fait un dessin ou une lettre, aux résidents d’Ehpad.

Soutenir et accompagner les aidants
• Mention du terme de « proche aidant » au lieu d’assistance.
• Ouvrir la possibilité aux proches aidants de personnes fragiles de bénéficier d’un dispositif dérogatoire permettant un arrêt de travail temporaire, à l’instar du droit ouvert pour les parents d’enfants de moins de 16 ans scolarisés à domicile.
• Accélérer la publication du décret de mise en œuvre du congé de proche aidant instauré par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2020 et initialement prévu pour octobre 2020.
• Faire mieux connaître et simplifier le dispositif de dons de congés.
• Promouvoir à terme et financer une consultation « fragilité » dédiée aux proches aidants afin de procéder l’évaluation pluridimensionnelle de leurs besoins.
• Promouvoir et diffuser les dispositifs d’écoute, de soutien et conseils aux aidants à rayonnement national comme local.

Un numéro vert national
• Un numéro vert national pour écouter, soutenir psychologiquement et orienter
Il aura 3 fonctions : une écoute indifférenciée ; un soutien psychologique ; et enfin une orientation sociale.
• Une campagne de communication (radio, télé, presse).

Solutions pour rompre l’isolement en Ehpad et en service à domicile en période de confinement
• Respecter le nécessaire confinement en chambre tout en permettant des aménagements au cas par cas.
• Développer les bonnes pratiques des Ehpad, et dans les services à domicile.
• Employer le numérique pour lutter contre le risque affectif des isolées et fragiles suppose de doter les Ehpad de clés 4G/connexion Wi-fi et accélérer le déploiement des matériels.
• Jumeler chaque Ehpad de France avec une école.
• La radio, un média interactif pertinent.

Diffuser les solutions des acteurs économiques et de la filière Silver Eco pour le maintien du lien social
• Améliorer les liens de communication entre personnes âgées isolées et leurs proches.
• Pourvoir aux services du quotidien.
• Renforcer le soutien par la téléassistance.
• Un annuaire des entreprises et services disponibles.

Outils pour la création et le fonctionnement d’une cellule de coopération « lutte contre l’isolement » au niveau local
4 enjeux se dégagent :
– identifier, recenser et partager les informations et être lanceurs d’alerte : plusieurs acteurs sont détenteurs d’information sur les situations d’isolement qu’ils peuvent être amenés à rencontrer ;
– recevoir directement des appels de personnes isolées de la commune en demande de soutien grâce à un numéro téléphonique dédié ;
– aller régulièrement tout au long de la période de confinement au-devant des publics les plus fragiles à partir de données objectives : l’enjeu de la coordination ou de la fusion des fichiers ;
– articuler les engagements bénévoles avec ceux des professionnels pour répondre au mieux aux besoins des personnes isolées.
• Organiser une cellule de coopération territoriale ou municipale « lutte contre l’isolement » coordonnée par le maire ou le CCAS.
• Un numéro de téléphone municipal « lutte contre l’isolement » porté à la connaissance de la population, qui peut être déjà existant (le plus souvent le standard de la mairie) ou un numéro dédié, éventuellement porté par un partenaire associatif par exemple.
• Contacter régulièrement toutes les personnes isolées et fragiles du territoire à partir de données fiables : l’enjeu de la coordination, voire de la fusion des fichiers.
• Un outil pour repérer les fragilités.
• Mobiliser les élus locaux (500 000 en France), les agents de l’État et des collectivités locales pour effectuer ce contact téléphonique régulier.
• Redéployer 30 000 jeunes du service civique.
• Mobiliser les 70 000 gardiens d’immeubles.
• S’appuyer sur les facteurs en maintenant absolument le niveau de service.
• Sensibiliser les professionnels de santé et les pharmaciens.

Un plan d’action territorial reposant sur les 10 besoins essentiels de nos aînés
• Un plan d’actions types pour les départements.
• Un plan d’action municipal à partir des 10 besoins essentiels des personnes âgées et fragiles.
• Inventer des réponses exceptionnelles : la mise à l’abri dans un habitat regroupé des plus fragiles.

Un site internet national pour recenser, partager les besoins, les bonnes pratiques, les informations et les ressources sur la lutte contre l’isolement
• Une plateforme nationale pour centraliser les bonnes pratiques et les ressources pour lutter contre l’isolement.