Gare à la grippe !

Gare à la grippe !

La campagne de vaccination contre cette maladie saisonnière est lancée avec ce slogan, « cette année encore, la grippe va faire très mal ».

Certains l’oublient, mais la grippe peut avoir des conséquences lourdes sur la santé. D’origine virale, c’est une infection respiratoire aiguë très contagieuse, imprévisible et qui reste toujours harassante : forte fièvre, mal de tête, courbatures, fatigue intense… Chez les personnes fragiles – les personnes de 65 ans et plus, celles atteintes d’une maladie chronique ou d’une obésité sévère, ou encore les femmes enceintes – elle peut entraîner des complications graves, des hospitalisations et des décès. Selon les années, 2 à 6 millions de personnes sont touchées par la grippe. L’hiver dernier, l’épidémie de grippe, malgré sa courte durée (8 semaines), a été caractérisée par une importante sévérité.

Un recours à la vaccination qui augmente, mais qui reste insuffisant
La couverture vaccinale de la population est en hausse, mais elle reste encore insuffisante chez les assurés, en particulier ceux à risque. Elle a augmenté pendant la saison 2018-2019 (+1,2 point par rapport à 2017-2018). Cependant, encore moins d’une personne fragile sur deux est vaccinée (46,8 %), donc bien en deçà de l’objectif de 75 % de taux de couverture vaccinale recommandé par l’Organisation mondiale de la Santé. La couverture vaccinale des personnes à risque est estimée à :
• 51 % chez les 65 ans et plus (+1,3 point) ;
• 29,2 % chez les personnes à risque de moins de 65 % (+ 0,3 point).
La couverture vaccinale des professionnels de santé en établissement reste encore faible, mais elle est en augmentation depuis 10 ans. Cette vaccination des professionnels de santé en contact avec les personnes à risque de grippe grave reste essentielle pour éviter la transmission de la maladie, en particulier dans les établissements de santé.
Santé publique France a mené, de mai à juillet 2019, en collaboration avec le CPias Nouvelle-Aquitaine, des enquêtes de couverture vaccinale antigrippale auprès des professionnels de santé en établissements de santé et en Ehpad.
La couverture vaccinale antigrippale des professionnels de santé en établissement de santé pour la saison 2018-2019 est estimée à 35 %. Cette couverture varie selon la profession : médecin : 68 %, sage-femme : 50 %, infirmier(e) : 36 %, aide-soignant(e) : 21 %. La comparaison avec des données de l’étude de couverture vaccinale en établissements de santé menée en 2009 en France métropolitaine montre une évolution contrastée en fonction du type de professionnels avec une tendance à l’augmentation pour les médecins (55 % en 2009), pour les sages-femmes (23 %) et pour les infirmier(e)s (24 %), mais une stabilité pour les aides-soignant(e)s (19 %).
En Ehpad, la couverture vaccinale antigrippale des professionnels de santé pour la saison 2018-2019 est estimée à 32 %. Comme pour l’étude réalisée dans les établissements de santé, la couverture varie notamment en fonction de la profession : médecin : 76 %, infirmier(e) : 43 %, aide-soignant(e) : 27 % et autres paramédicaux : 34 %. La comparaison avec les données de l’étude de couverture vaccinale des professionnels de santé travaillant en Ehpad menée en 2009 en France métropolitaine montre une hausse pour les médecins (60 % en 2009), une relative stabilité pour les infirmières (45 %) et une baisse pour les aides-soignants(e)s (34 %).
Par ailleurs, les premières analyses de ces enquêtes montrent que certaines mesures mises en place au sein des services, des établissements et des Ehpad, destinées à promouvoir la vaccination ou à faciliter la disponibilité du vaccin, sont susceptibles d’améliorer les couvertures vaccinales antigrippales. Dans les établissements où ces différentes mesures ont été associées, la couverture vaccinale dépasse 50 %.

La vaccination, le moyen de protection
En l’état de la couverture vaccinale, la vaccination permettrait d’éviter 2 000 décès en moyenne chez les personnes âgées de 65 ans et plus. Ce sont 3 000 décès supplémentaires qui pourraient être évités chaque année si la couverture vaccinale atteignait l’objectif de 75 % fixé par l’OMS. Chez les femmes enceintes, la vaccination permettrait d’éviter environ 50 % des cas de grippe.
Ce qui est sûr aujourd’hui : le vaccin est le meilleur moyen de se protéger des formes graves de la grippe. Il limite les risques de complications et d’hospitalisation.
La vaccination est aussi un moyen de protéger l’entourage en évitant la propagation de la grippe. Elle permet en effet de protéger la collectivité, en particulier les personnes âgées qui sont plus vulnérables face aux virus de la grippe.
Pour être efficace, la vaccination doit être faite avant la période d’épidémie, dès le début de la campagne de vaccination. Il faut en effet compter environ 15 jours entre le moment de la vaccination et le moment où l’on est protégé contre la grippe.
Le virus de la grippe variant chaque année et la composition du vaccin antigrippal évoluant en conséquence d’une année à l’autre, il est essentiel de renouveler la vaccination tous les ans.

Enjeu d’opinion et mobilisation

Des perceptions qui demeurent ambivalentes
Le travail de pédagogie engagé auprès des Français depuis plusieurs années a permis de mieux faire comprendre la gravité de la grippe : aujourd’hui, 95 % des Français considèrent comme vraie l’idée selon laquelle la grippe est une maladie qui peut être grave. De même, ils sont 94 % à considérer comme vraie l’assertion selon laquelle la grippe est une maladie qui peut être mortelle. Cependant, cette connaissance demeure une abstraction dès lors qu’on n’a pas été confronté à la grippe, de près (parce qu’on l’a eue) ou de loin (parce qu’on a vu d’autres personnes en souffrir), et tout se passe comme si la grippe demeurait un danger pour les autres plus que pour soi-même.
Ainsi, lorsqu’on interroge les Français sur 13 freins possibles qui pourraient les empêcher de se vacciner, celui qui emporte le plus de suffrages, avec 13 % de citations « en premier lieu », est le suivant : « Je me considère en bonne santé, je n’ai pas besoin de me faire vacciner. » Ce frein fonctionne à plein pour les jeunes seniors « primo-vaccinants » qui sont actifs et se sentent en forme, peu vulnérables et donc « à risque » : l’ignorance de la dangerosité potentielle de la grippe en fait des personnes difficiles à convaincre. Si la grippe fait l’objet de perceptions ambivalentes, c’est aussi le cas de la vaccination elle-même. Certes, l’importance de la vaccination est reconnue par les Français : 70 % des Français savent que le vaccin antigrippal constitue le premier geste de protection contre le virus de grippe. Néanmoins, il reste du chemin à parcourir. En effet, certaines idées reçues persistent :
• selon 53 % des Français, le vaccin serait un danger pour la santé ;
• 52 % pensent que le vaccin donne la grippe.
En réponse à ces idées reçues, il faut rappeler que le vaccin, fabriqué à partir de virus inactivés, ne peut en aucun cas « donner » la grippe. Toutes les données disponibles montrent aussi qu’il est bien toléré par l’organisme. Les réactions indésirables éventuelles sont bénignes et transitoires, la plus fréquente étant une douleur au site d’injection.
Si certaines personnes ont le sentiment d’avoir brièvement les symptômes de la grippe à la suite de la vaccination (douleurs musculaires, maux de tête accompagnés d’une fièvre légère), il s’agit seulement d’un signe que le vaccin opère son travail de stimulation immunitaire en provoquant la fabrication par l’organisme des anticorps contre la maladie.
Par ailleurs, jusqu’à ce jour, aucun signal de pharmacovigilance remettant en cause la balance bénéfice/risque des vaccins grippaux inactivés n’a été identifié dans le monde.

Les « jeunes seniors »
Un des premiers freins à la vaccination chez les jeunes seniors, qui se sentent en bonne santé, c’est justement de n’avoir pas vécu ou d’avoir oublié cette expérience singulière de la maladie, de ses symptômes et de ses conséquences potentiellement graves.
De fait, les personnes âgées de 65 ans et plus – même en bonne santé ! – sont vulnérables face au virus de la grippe. En raison de la réduction naturelle de leurs défenses immunitaires, les seniors deviennent plus sensibles au virus de la grippe, ce qui peut conduire à des hospitalisations, certaines en service de réanimation. Et même si la grippe n’a pas toujours des conséquences aussi lourdes, elle est toujours une épreuve et peut avoir un retentissement important sur la vie quotidienne. Surtout pour les jeunes seniors, qui ont une vie active et apprécient de profiter de leur récente retraite.
Pourtant, l’année dernière, le taux de couverture vaccinale contre la grippe n’était que de 51 % chez les personnes de 65 ans et plus. Ce taux est en progression, mais il demeure insuffisant.
Pour les jeunes seniors nouvellement invités ou qui ne se sont encore jamais fait vacciner, la connaissance intime de ce qu’est la grippe, de ses symptômes et de ses suites possiblement graves constitue le premier pas vers la vaccination. Une fois ce pas franchi et dès lors qu’elle est adoptée, la vaccination devient une habitude que l’on ne questionne plus : en effet, les personnes vaccinées l’année précédente mesurent l’intérêt du vaccin et ne songent plus à s’y soustraire. Lors de la dernière campagne de vaccination, la couverture des personnes ayant été vaccinées l’année précédente a été estimée à 84,8 % (tous régimes, France entière) contre 10,5 % pour les primo-vaccinées, c’est-à-dire les personnes ne s’étant pas fait vacciner dans les trois dernières années.

Les femmes enceintes
En cas de grippe, les hospitalisations sont jusqu’à 7 fois plus fréquentes chez les femmes enceintes que dans une population du même âge, en particulier du fait de la survenue de complications respiratoires et/ou cardiaques. La grippe augmente aussi les risques de fausse couche. C’est pourquoi le Haut Conseil de la santé publique recommande, depuis 2012, la vaccination contre la grippe pour les femmes enceintes, quel que soit le stade de leur grossesse.
Si ces risques sont largement méconnus au sein de la population générale — ainsi, 52 % des Français seulement jugent que quand on est enceinte, il faut se faire vacciner contre la grippe –, ils le sont également par les femmes enceintes elles-mêmes. Certes, certaines femmes ont pu appréhender cette vulnérabilité. Louise, femme enceinte qui a eu la grippe plus jeune, s’en souvient encore. Mais, dans leur très grande majorité, les femmes enceintes, sous-informées, n’ont pas connaissance de la gravité potentielle de la grippe pour elles-mêmes et pour le bébé qu’elles portent : la grippe n’est pas identifiée comme un danger au même titre que peuvent l’être, par exemple, la listériose ou la toxoplasmose au cours d’une grossesse. Cette ignorance est d’autant plus préjudiciable que le vaccin peut soulever des questions voire des inquiétudes s’agissant de ses effets sur le bébé.
Ceci explique que le taux de couverture vaccinale des femmes enceintes demeure aujourd’hui trop faible. En 2016, seulement 7,4 % des femmes enceintes déclaraient avoir été vaccinées contre la grippe saisonnière, un taux qui est largement inférieur à celui des autres groupes à risque.
Dès lors, tout l’enjeu est d’accompagner les femmes enceintes dans une double prise de conscience : non seulement la grippe peut être très grave pour elles-mêmes
et pour leur enfant à naître, mais le vaccin, loin de présenter un risque, constitue la meilleure protection contre la maladie.

Les personnes atteintes d’une maladie chronique
Près de 8 Français sur 10 (78 %) savent qu’il faut se faire vacciner lorsque l’on est atteint de certaines maladies chroniques.
Particulièrement fragile et vulnérable, cette population voit les risques de complications, potentiellement graves voire mortelles, majorés. Il est donc essentiel que les professionnels de santé spécialistes qui les suivent puissent leur rappeler les risques encourus lorsqu’on est atteint d’une maladie chronique et victime de la grippe.

Les professionnels de santé
Le conseil du médecin apparaît comme l’un des principaux leviers de diffusion de la vaccination contre la grippe : il arrive en 4e position des motivations pouvant conduire à se faire vacciner évoquées par les Français, derrière la peur d’un décès, celle d’une hospitalisation et le fait de se protéger soi-même et les autres.
Tous les professionnels de santé, qu’ils exercent en établissement ou en libéral, sont en effet des acteurs majeurs de la vaccination et un relais essentiel auprès des populations concernées. Ils sont le plus à même d’informer les patients, notamment les jeunes seniors, les femmes enceintes et les personnes atteintes de maladie chronique, sur leur vulnérabilité face à la grippe et sur les bénéfices de la vaccination. Ils ont aussi un rôle clé d’information et de réassurance sur la vaccination auprès de leurs patients en cas de questionnement ou de doute.

La campagne de vaccination 2019-2020

Un parcours simplifié
Depuis la saison 2018-2019, les modalités de vaccination sont simplifiées pour les adultes qui se font vacciner pour la première fois. Toutes les personnes de 18 ans et plus pour lesquelles la vaccination antigrippale est recommandée peuvent désormais retirer directement leur vaccin à la pharmacie, sur simple présentation de leur bon de prise en charge de l’Assurance Maladie ou de la MSA. Elles peuvent ensuite se faire vacciner par le professionnel de leur choix : médecin, sage-femme, infirmier(e), pharmacien volontaire. Pour les personnes de moins de 18 ans, la prescription médicale reste indispensable.
Certaines personnes, pour lesquelles la vaccination est recommandée, ne reçoivent pas de bon de prise en charge du fait de la difficulté que rencontre l’Assurance Maladie et la MSA à les identifier (femmes enceintes, personnes obèses ayant un Indice de Masse corporelle (poids en kg/taille en m2) supérieur ou égal à 40, entourage familial des nourrissons à risque de grippe grave et des personnes immunodéprimées). Les médecins, sages-femmes, infirmier(e)s et pharmaciens peuvent leur prescrire le vaccin sur un bon vierge téléchargeable sur le site de l’Assurance Maladie amelipro.
La possibilité de se faire vacciner par d’autres professionnels de santé est bien accueillie par les Français. Ils sont prêts à se faire vacciner par un infirmier (69 %) ou par un pharmacien (49 %), ce qui témoigne de leur adhésion aux récentes mesures de simplification du dispositif vaccinal.

Composition et liste des vaccins pris en charge
La composition du vaccin est adaptée annuellement, suivant la recommandation de l’Organisation mondiale de la Santé, en fonction des souches virales qui ont circulé l’hiver précédent et donc les plus susceptibles d’être présentes cette année. Cette année, deux vaccins tétravalents et un vaccin trivalent sont mis à disposition et pris en charge dans le cadre de la campagne.
La composition des vaccins recommandée pour la saison grippale 2019-2020 dans l’hémisphère nord est modifiée par rapport à celle de l’année précédente, et comprend les souches suivantes :
• virus de type A/Brisbane/02/2018 (H1N1) pdm09 ;
• virus de type A/Kansas/14/2017 (H3N2) ;
• virus de type B/Colorado/06/2017 ;
• complétée par la souche du virus de type B/Phuket/3073/2013 pour les vaccins tétravalents.

Une nouvelle campagne d’information « Cette année encore, la grippe va faire très mal. »
L’Assurance Maladie a mené avec l’institut BVA une étude qualitative « exploratoire » dans le but de comprendre les freins à la vaccination et de trouver des leviers de changements de comportement (étude dite « comportementale » et conduite selon la méthodologie du « nudge ») chez les jeunes seniors et chez les femmes enceintes. Selon cette étude, la grippe est perçue différemment selon qu’on en ait souffert récemment ou non. Parmi les jeunes seniors, ceux qui ne l’ont pas vécue ou dont le souvenir en est ancien la voient comme une maladie « banale », tandis que ceux qui en ont gardé un souvenir marquant se font plus facilement vacciner. Quant aux femmes enceintes, c’est avant tout par méconnaissance des symptômes et de la gravité de la grippe, mais aussi par crainte du danger que le vaccin pourrait représenter pour leur bébé qu’elles ne pensent pas à se faire vacciner. Au total, l’étude montre qu’auprès de ces publics il est important de redonner de la saillance et du contenu concret à la maladie, en mettant en avant des personnes et des situations vécues plutôt que des chiffres. Parce que la connaissance intime de ce qu’est la grippe, de ses symptômes et de ses suites possiblement graves constitue le premier pas vers la vaccination, la nouvelle campagne d’information lancée par l’Assurance Maladie en partenariat avec le ministère des Solidarités et de la Santé, Santé publique France et la Mutualité sociale agricole veut faire vivre une expérience immersive aussi redoutable qu’inoubliable aux personnes concernées, en mettant l’accent sur la sévérité des symptômes de la grippe.
« Cette année encore, la grippe va faire très mal. », c’est ainsi que les pouvoirs publics entendent frapper les esprits avec une nouvelle campagne de sensibilisation prévue à destination du grand public qui se déploie depuis le 27 octobre sur tous les écrans et dans la presse. Elle s’articulera autour d’un spot publicitaire dans lequel un personnage pernicieux, qui joue le rôle du virus, répand dans une action jubilatoire les symptômes de la grippe chez ses « victimes ». Le film vise ainsi à faire (re)vivre aux spectateurs la maladie par procuration et, par conséquent, à redonner à la grippe sa dangerosité latente afin de favoriser l’adoption de la vaccination comme la première des protections.

Le dispositif complet, multimédia
Cette campagne se caractérise par un volet grand public avec :
• une campagne TV, via un nouveau spot télévisé diffusé depuis le 27 octobre sur les principales chaînes de la TNT ;
• une campagne digitale, avec notamment la diffusion d’un film dédié aux femmes enceintes ;
• une campagne d’insertions presse dans les principaux titres de la PQR ;
• une campagne d’affichage vidéo, sur les écrans du parcours de soins (hôpitaux, maisons de santé et pharmacies) ;
• des actions de proximité dans les CPAM et dans les MSA : des flyers accompagnant les courriers, des affiches pour les salles d’attente, une vidéo pédagogique à diffuser sur les accueils de l’Assurance Maladie ;
• des partenariats médias (M6/RTL, Grand-Mercredi, WeMoms), inscrits dans le temps, pour compléter et appuyer le message central via des formats plus éditoriaux, capitalisant sur l’expérience et le témoignage.