Ces opioïdes qui font mal

Ces opioïdes qui font mal

Ils atténuent la douleur de millions de Français mais jusqu’à un certain point… Pour prévenir les surdoses et les phénomènes d’addiction de ces médicaments, une feuille de route gouvernementale 2019-2022 est mise en œuvre. Détails.

Les opioïdes sont des substances d’origine naturelle ou de synthèse, agissant sur les récepteurs opioïdes. Ils ont une action antalgique, un effet dépresseur sur le système nerveux central et entraînent une sensation de bien-être et de relaxation toutefois ils se caractérisent par un potentiel d’abus et de dépendance élevé. Certains opioïdes sont utilisés comme médicaments pour le traitement de la douleur et aussi pour la prise en charge de la dépendance aux opiacés dans le cadre de traitement de substitution.
Par ailleurs, bien qu’indispensables, ces traitements peuvent parfois faire l’objet de mésusage et aussi être utilisés hors cadre médical, par des personnes souffrant d’addiction. De plus d’autres opioïdes, illicites, sont utilisés dans des contextes récréatifs ou d’addiction, et parfois de manière non intentionnelle (ex. consommation non intentionnelle de dérivés de fentanyl présents dans d’autres produits).

 Les surdoses
Les opioïdes, licites et illicites, peuvent être à l’origine d’intoxications aiguës. Leurs surdoses entraînent une dépression respiratoire, un coma voire le décès.
Ils demeurent les principaux produits en cause dans les décès par surdose aujourd’hui en France et dans le monde. La politique de réduction des risques et des dommages (RDRD) et l’accès aux médicaments de substitution dans le traitement de la dépendance aux opioïdes sont des interventions validées ayant démontré leur efficacité depuis de nombreuses années dans la prévention de la mortalité par surdose.
Toutefois, de nouveaux signaux préoccupants sont apparus : une reprise à la hausse de la mortalité ces 15 dernières années ; et une imputabilité croissante des médicaments opioïdes (antalgiques et médicaments de substitution aux opiacés), devant l’héroïne. Le public concerné ne semble plus se limiter au profil habituel des usagers de drogues, mais évoluer vers des usagers naïfs ou occasionnels et des patients avec un usage problématique de traitement antalgique opioïde.
Pour y faire face, la naloxone est l’antidote spécifique utilisé depuis des décennies, médicament de référence dans le traitement d’urgence des surdoses d’opioïdes. Cet antagoniste pur et spécifique des récepteurs aux opioïdes agit en quelques secondes à quelques minutes et lève les effets dépresseurs des opioïdes, pour une durée limitée cependant (20 min à 2 h environ selon la voie d’administration).
La naloxone n’a pas d’effet chez une personne n’ayant pas consommé d’opioïdes et présente une grande sécurité d’emploi. Longtemps cantonné à un usage hospitalier et en service mobile d’urgence et de réanimation par des professionnels de santé, l’accès élargi à la naloxone des populations à risque est désormais reconnu efficace pour répondre aux situations de surdoses d’opioïdes et fait l’objet de recommandations internationales. Pour cela, des formes prêtes à l’emploi ont été développées. Elles peuvent être utilisées en dehors des structures de soins et hors la présence d’un professionnel de santé. En 2017, 16 programmes de naloxone destinée à une administration à domicile étaient opérationnels dans 10 pays européens. La France a mis à disposition la première spécialité disponible sous forme nasale dans le cadre d’une autorisation temporaire d’utilisation de cohorte. Une forme injectable par voie intramusculaire avec autorisation de mise sur le marché (AMM) est également disponible depuis juin 2019. Les kits fournis par les services sanitaires se présentent principalement sous forme injectable intramusculaire.

 Populations à risques
La feuille de route développe un ensemble de mesures de prévention des surdoses pour couvrir les publics les plus à risque :
• patients traités par opioïdes antalgiques mésusant leur traitement (augmentation non contrôlée des doses pour soulager une douleur mal prise en charge, recherche d’effets psychotropes) ;
• patients traités par opioïdes antalgiques ayant développé une dépendance ;
• patients en traitement de substitution aux opioïdes en particulier lors de l’initiation ;
•  usagers d’opioïdes pour des effets psychoactifs, parfois naïfs ;
• usagers d’opioïdes en « autosubstitution » pour soulager une opiodépendance ;
• usagers à risque accru de surdose du fait d’une perte de tolérance aux opioïdes : personnes sortant de prison, de sevrage, de centre de soins résidentiel ;
• patients avec des antécédents récents de surdose/hospitalisation pour surdose d’opioïdes ;
• risque accidentel d’intoxication aiguë chez l’enfant.
Compte tenu des usages non intentionnels d’opioïdes à l’occasion de consommation d’autres produits contenant des opioïdes (ex. : cas de surdose chez des consommateurs de cocaïne contenant des fentanyloïdes), tout usager de drogues pourrait relever d’une catégorie à risque.

Constat

La consommation
17,1 % des Français, soit près de 9,9 millions de personnes, ont bénéficié du remboursement d’antalgique opioïde en 2015. 1 million de Français ont eu au moins une délivrance d’antalgique opioïde fort en 2017 et chez 9 patients sur 10 ce traitement est prescrit pour une douleur non cancéreuse.
De plus le suivi des consommations d’opioïdes antalgiques en France entre 2006 et 2017 montre une augmentation pour les opioïdes forts et une diminution pour les opioïdes faibles, bien que l’utilisation de ces derniers reste nettement supérieure à celle des antalgiques opioïdes forts.
Sur cette période, la consommation d’opioïdes forts est passée de 2,0 à 2,9 DDJ (dose définie journalière) pour 1 000 habitants/jour (+45 %) avec une hausse particulièrement marquée concernant l’oxycodone.
La consommation d’opioïdes faibles a diminué de 59 % (de 59,1 à 34,3 DDJ/1 000 habitants/jour), avec une évolution marquée par le retrait de l’association dextropropoxyphène-paracétamol en 2011 et une tendance à la hausse des prescriptions de tramadol (premier antalgique opioïde consommé en ville comme à l’hôpital). Les prescriptions d’antalgiques opioïdes sont majoritairement réalisées par les médecins généralistes à plus de 85 % (86 % des opioïdes faibles et 88 % des opioïdes forts). Il est cependant important d’éviter la banalisation du recours à ces médicaments et de favoriser leur bon usage. D’ailleurs la prise en charge de la douleur repose en effet en première intention sur les antalgiques non opioïdes et s’appuie sur les différents paliers de médicaments antalgiques existants selon les situations, voire des approches complémentaires non médicamenteuses.

Les signaux
Des signaux évoquant des situations de mésusage, d’abus ou dépendances chez des patients traités par des opioïdes dans un cadre antalgique apparaissent. Le passage de la codéine en prescription obligatoire en 2017 a par exemple rendu visible des consommateurs ayant développé un usage problématique.
Des structures d’addictologie identifient de nouveaux profils d’usagers ne correspondant pas à leur patientèle habituelle, confrontés à une dépendance ou une addiction aux opioïdes prescrits initialement pour motif antalgique. Cela souligne l’importance de l’évaluation du risque de mésusage au moment de la prescription d’antalgiques opioïdes, l’importance de l’information donnée au patient, la nécessité d’un repérage systématique des risques de dépendance ou mésusage au cours du suivi par les professionnels impliqués (médecin, pharmacien, infirmier…).
Par ailleurs, l’usage non conforme aux standards thérapeutiques des traitements de substitution aux opiacés, particulièrement l’usage de la BHD par voie injectable ou sniff, est un phénomène connu, qui persiste. Cela peut traduire, pour certains patients, une inadéquation entre le traitement qui leur est proposé et leurs besoins. Il faut cependant souligner que cela ne concerne qu’une fraction de patients, et que la majorité parvient à une stabilisation de leur trajectoire de consommation.
Enfin, de nouveaux opioïdes de synthèse, tels que le fentanyl ou de nouveaux analogues (fentanyloïdes), beaucoup plus puissants et détournés de leur usage ou fabriqués par des laboratoires clandestins sont largement diffusés via Internet et le darkweb. De ce fait l’évolution permanente du marché des nouveaux produits de synthèse exige une attention renforcée de tous les acteurs.

Professionnels et parcours des usagers
Les acteurs de premier recours (médecins généralistes, pharmaciens…) sont parfois isolés et démunis face aux problématiques d’addiction d’autant que celles-ci peuvent être fréquemment associées à des vulnérabilités et comorbidités qui viennent complexifier la prise en charge. Renforcer le soutien, la formation des professionnels pour favoriser leur implication auprès des usagers est d’autant plus crucial au regard des préoccupations relatives à la démographie médicale et au renouvellement générationnel des professionnels engagés dans ces prises en charge.
Les usagers en difficulté avec leurs consommations sont encore trop souvent confrontés à des difficultés d’accès aux acteurs et dispositifs de soins et de réduction des risques et des dommages RdRD (difficulté pour le patient à exprimer sa dépendance, isolement, éloignement, stigmatisation, refus de prise en charge, refus de prescription de MSO…) avec des risques de ruptures, accentués dans certains contextes (ex : prison et enjeu de la continuité des soins dedans/dehors). Le développement de l’aller vers ces publics est à consolider pour une meilleure couverture des besoins.
Pour les personnes souffrant ou susceptibles de souffrir de douleurs chroniques ou aiguës, comme pour celles dépendantes aux opioïdes, les pratiques professionnelles sont encore à améliorer pour garantir une prise en charge globale et pluridisciplinaire avec prescriptions et délivrances de médicaments adaptées et sécurisées.
Au demeurant les dispositifs d’aide sont encore insuffisamment connus par les professionnels, les usagers et le grand public.

 Dispositifs existants
• Surveillance et alerte
L’investissement de plusieurs partenaires dans la surveillance avec une multiplicité de sources d’information est important. Cependant des limites et des manques sont clairement identifiés, en particulier :
– absence d’exhaustivité des données sur la mortalité par surdoses et les éléments de contexte des décès par surdose ;
– insuffisance du signalement et de la prise en compte des besoins d’information et d’investigation autour des cas par les professionnels de santé et de secours ;
– difficultés d’accès aux données en raison d’obstacles médico-légaux ;
– réalisation d’analyses toxicologiques non systématique en cas de surdoses ;
– difficultés techniques de réalisation des analyses toxicologiques en lien avec l’évolution constante des substances ;
– suivi insuffisant des données sur la morbidité et le recours aux soins en lien avec les usages d’opioïdes ;
– connaissances insuffisantes sur les trajectoires de consommation d’antalgiques ;
– connaissances insuffisantes sur la prévalence des usages problématiques d’opioïdes chez des patients ayant un traitement initié dans un cadre antalgique (en lien avec l’absence de repérage systématique lors de la prescription ou la dispensation et lors du suivi) ;
– information limitée sur le parcours et les modes de prise en charge des usagers en difficulté avec leur consommation d’antalgiques opioïdes.
• Prévention et prise en charge
– Le dispositif spécialisé d’addictologie est structuré autour d’une offre hospitalière graduée (consultations, équipes de liaison et de soins en addictologie – Elsa), hôpital de jour, lits de sevrage, soins de suite et de réadaptation addictologie) et d’une offre médico-sociale : centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie ambulatoire et résidentielle (Csapa), centres d’accompagnement à la réduction des risques pour les usagers de drogues (CAARUD), salles de consommation à moindres risques.
– Le dispositif spécialisé de prise en charge de la douleur chronique s’appuie sur des consultations et des centres d’évaluation et de traitement de la douleur représentant 246 structures de traitement de la douleur chronique.
– Les professionnels de premier recours interviennent très largement dans la prise en charge de patients algiques et de patients avec des conduites addictives. La douleur intervient comme motif de consultation dans 43 % des consultations en médecine générale, dont un quart pour une douleur chronique, hors douleurs cancéreuses.
Les prescripteurs de traitement de substitution aux opiacés (TSO) sont majoritairement des médecins généralistes en ville. D’ailleurs tous les médicaments opioïdes antalgiques sont désormais à prescription médicale obligatoire, y compris la codéine depuis l’arrêté du 12 juillet 2017. De plus, la prescription des médicaments opioïdes stupéfiants est obligatoirement faite sur ordonnance sécurisée.
De nouvelles formes de médicaments de substitution aux opioïdes sont disponibles ou attendues (ex. : formes de buprénorphine orodispersible, injectables à libération prolongée, injectables à action immédiate…) qui seront à prendre en compte dans la nécessaire actualisation des recommandations professionnelles.

La naloxone prête à l’emploi
Pour améliorer l’accès à la naloxone, plusieurs mesures ont été mises en place dès 2016, orientées vers les usagers de drogues :
• mise à disposition d’une forme de naloxone nasale en 2016 dans le cadre d’une Autorisation temporaire d’une utilisation ATU de cohorte, avec une exonération de la réglementation pour permettre un accès étendu aux Csapa à gestion associative et pour permettre la délivrance de kit de naloxone, à titre gratuit, aux patients identifiés à risques en sortie d’hospitalisation et de prison (unité sanitaire) en vue d’un usage ambulatoire ;
• modification du code de la santé publique en mai 2017 pour autoriser les intervenants des CAARUD à délivrer la naloxone aux usagers qu’ils accompagnent ;
• inscription de crédits dans l’Ondam médico-social destinés à la formation du personnel des Csapa et CAARUD et à l’achat de kits de naloxone ;
• exonération à la réglementation substances vénéneuses pour permettre une dispensation sans prescription médicale de spécialités prêtes à l’emploi à base de naloxone par voie nasale et injectable.
Deux spécialités sont aujourd’hui disponibles, hors prescription médicale : un spray nasal disponible à l’hôpital et en structures médico-sociales, une forme injectable intramusculaire disponible en ville, à l’hôpital et dans les structures médico-sociales.

La feuille de route
L’objectif général de la feuille de route est de réduire le nombre de décès par surdose aux opioïdes et d’anticiper les effets d’une éventuelle diffusion sur le territoire des fentanyloïdes issus du marché illicite. Les axes spécifiques sont les suivants améliorer les pratiques professionnelles ;
• assurer une diffusion large de la naloxone prête à l’emploi ;
• impliquer les usagers, leur entourage ;
• mettre en réseau l’ensemble des acteurs au niveau territorial et favoriser les actions coordonnées de proximité ;
• renforcer le système de vigilance, d’alerte et de réponse.

Améliorer les pratiques professionnelles
1. Doter les professionnels de santé de recommandations de bonnes pratiques
Actions
• Élaborer des recommandations sur la prévention et la prise en charge des surdoses d’opioïdes :
– bon usage des opioïdes antalgiques.
– recommandations sur les stratégies thérapeutiques pour les personnes présentant une dépendance aux opioïdes (dont opioïdes antalgiques) en intégrant les nouvelles formes pharmaceutiques disponibles ;
– fiches sur le bon usage des médicaments à base de naloxone indiqués dans le traitement des surdoses d’opiacés (programme de travail HAS 2019).
• Produire un guide sur le parcours de soins d’un patient douloureux chronique (programme de travail HAS 2019).
• Élaborer des recommandations sur la prise en charge de la douleur chez les personnes dépendantes aux opioïdes, dont les personnes traitées par un TSO.
• Valider les outils d’aide au repérage du mésusage des antalgiques opioïdes – ex. : validation des échelles ORT (Opioid risk tool) et POMI (Prescription opioid misuse index).
• Prévoir une stratégie de diffusion des recommandations et outils pour favoriser leur appropriation.
2. Informer et sensibiliser les professionnels de santé sur le bon usage des thérapeutiques opioïdes
Actions
• Mettre en place une campagne de relais des recommandations nationales par les délégués de l’assurance maladie.
• Relayer les recommandations par les Ordres (dont Cespharm).
• Inclure, via les logiciels d’aide à la prescription et à la dispensation, des messages d’aide sur le bon usage des opioïdes et des messages d’alerte sur les risques de surdosage.
• Diffuser par les ordres professionnels le livret RESPADD/OFMA 2018 sur les antalgiques opioïdes.
• Diffuser des outils validés d’aide au repérage du mésusage des antalgiques opioïdes (échelles ORT, POMI).
3. Assurer l’accès aux soins des usagers dépendants aux opioïdes sur l’ensemble du territoire
• En renforçant l’accès aux TSO dans les centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (Csapa), les établissements de santé et en ville : améliorer l’accessibilité aux prescripteurs, assurer la possibilité de prescription de TSO dans tous les Csapa, et enfin réduire les délais de prise en charge.
• En renforçant l’implication des professionnels de premier recours.
• En améliorant la connaissance du dispositif spécialisé d’addictologie par les professionnels et les usagers.
Actions
• Réaliser un état des lieux sur l’accessibilité des TSO et les pratiques de prise en charge thérapeutiques relatives aux TSO dans les Csapa.
• Organiser le dispositif addictologique, dont actualiser le décret de 2007 et la circulaire de 2008 sur les missions et le cahier des charges des Csapa.
• Produire un rapport sur l’analyse des besoins, l’état des pratiques et de l’offre médicamenteuse en TSO pour alimenter une réflexion sur l’évolution des conditions de prescription et de délivrance.
4. Renforcer la formation initiale et continue des professionnels de santé de premier recours et spécialisés sur la prise en charge de la douleur, sur le repérage et la prise en charge des conduites addictives et sur les traitements par les opioïdes
Actions
• Inscrire les thèmes dans les maquettes de formation initiale.
• Inscrire le sujet dans les thématiques de formation par l’Association nationale pour la formation permanente du personnel hospitalier (ANFH).
• Inscrire les thèmes dans les thématiques prioritaires de l’Agence nationale du DPC (ANDPC).
• Mettre à disposition des modules de formation et des outils d’accompagnement faciles d’accès (mooc, e-learning…).
5. Innover par le soutien à la recherche interventionnelle et clinique et les expérimentations sur de nouvelles modalités thérapeutiques médicamenteuses et non médicamenteuses
Actions
• Soutenir la réalisation d’études sur la substitution opiacée par voie injectable (ex. : projet Bup IV ANRS/Inserm en cours sur un programme de substitution par buprénorphine injectable), les PHRC, les appels à projets.

Assurer une diffusion large de la naloxone prête à l’emploi
6. Soutenir l’élargissement du circuit de délivrance de la naloxone au réseau officinal et assurer la diffusion gratuite de la naloxone auprès des publics les plus à risques dans les structures d’addictologie (CAARUD, Csapa, SCMR, Elsa, services d’addictologie), les services d’urgences en lien avec les Elsa, les unités sanitaires en milieu pénitentiaire, les centres d’évaluation et de traitement de la douleur.
Actions
• Soutenir l’inscription au remboursement en ville (conditionnée par la demande des laboratoires) d’une ou plusieurs spécialités pharmaceutiques à base de naloxone disposant d’une AMM.
• Diffuser une instruction aux agences régionales de santé (ARS) pour la diffusion gratuite par les structures susmentionnées.
7. Doter en kits de naloxone les services de secours (pompiers, police) pour leur intervention auprès de victimes de surdoses d’opioïdes d’une part, et les douanes et la police scientifique pour la protection des agents susceptibles d’être exposés accidentellement à des opioïdes d’autre part.
Actions
• Expertiser le vecteur normatif pertinent (pour les services de secours).
• Appuyer la mise en place de formations des professionnels sur la prise en charge des surdoses et l’utilisation de la naloxone.
8. Développer une stratégie de déploiement ciblée de la naloxone impliquant les médecins de ville et les pharmaciens
Action
• Expertiser avec la Cnam les modalités d’une distribution ciblée de naloxone, en s’appuyant sur le suivi des prescriptions de traitements opioïdes en ville.

Impliquer les usagers et leur entourage
9. Mettre à disposition des usagers et de leur entourage de la documentation sur les antalgiques opioïdes via les prescripteurs et les pharmaciens d’officine et hospitaliers notamment.
Actions
• Faire un état des lieux des outils disponibles et des compléments nécessaires.
• Diffuser les fiches repères sur les antalgiques (paracétamol, ibuprofène et antalgiques opioïdes) élaborées par ANSM/OFMA/DGOS éditées à l’occasion de la semaine de la sécurité des patients 2018 (pharmaciens d’officine, centres de traitement de la douleur, médecins, sites sante.fr, Drogues-info-service).
• Diffuser des outils validés d’autoévaluation de la dépendance aux antalgiques opioïdes.
10• Développer des outils d’information et de formation sur les surdoses d’opioïdes et la naloxone en s’appuyant notamment sur le savoir expérientiel des usagers
Actions
• Mettre à disposition des modules de formation et outils destinés aux usagers et leur entourage, et aux acteurs de secours (pompiers, police…).
• Élaborer une instruction aux centres de prise en charge de la douleur pour inclure des sessions de formation systématique pour les usagers sur les risques et gestes de secours.
• Prévoir l’insertion d’une fiche de prévention surdose et information sur la naloxone dans les kits d’injection destinés aux usagers de drogues.
• Adapter le cahier des charges de la réduction des risques à distance pour une information systématique.
• Inscrire une information sur la naloxone sur le site Drogues-info-service et le site du ministère de la Santé.
• Prévoir l’inscription d’une information sur la naloxone sur la notice des médicaments opioïdes.
11. Lever les freins à l’appel des secours par crainte d’être poursuivi pour possession ou usage de stupéfiants
Certains usagers témoins d’une surdose peuvent être réticents à appeler les secours par crainte d’être poursuivis pour possession ou usage de stupéfiants. Il s’agit de lever ces réticences pour favoriser une prise en charge médicalisée des victimes de surdose.
Action
• Expertiser les conditions de mise en œuvre d’une protection juridique des personnes portant assistance à une victime de surdose (modèle de la Loi sur les bons samaritains secourant les victimes de surdose, adoptée par le Parlement canadien en mai 2017).

Mettre en réseau l’ensemble des acteurs au niveau territorial et favoriser les actions coordonnées de proximité
12. Identifier, parmi les structures existantes, une tête de réseau régional pour améliorer la coordination entre professionnels de l’addictologie, professionnels de la prise en charge de la douleur, professionnels de l’addictovigilance et assurer le lien avec les professionnels de santé de ville.
Actions
• Disposer d’une liste de structures tête de réseau régional et définition des missions.
• Définir un parcours de prise en charge des troubles d’usages d’opioïdes au niveau de chaque territoire.
13. Mettre en place un plan de déploiement de l’accès à la naloxone en région
Il s’agit notamment de mobiliser les ARS pour :
• s’assurer de la mise en place de la formation des professionnels et des intervenants ;
• assurer l’accès à la naloxone des publics les plus à risques dans les structures d’addictologie (CAARUD, Csapa, SCMR, Elsa, services d’addictologie), les services d’urgences en lien avec les Elsa, les unités sanitaires en milieu pénitentiaire, les centres d’évaluation et de traitement de la douleur ;
• inciter les établissements de santé à répertorier la naloxone prête à l’emploi sur la liste des médicaments et dispositifs médicaux stériles dont l’utilisation est préconisée dans l’établissement (livret thérapeutique).
Action : élaborer et adresser une instruction DGS/DGOS pour les ARS définissant les modalités.

Renforcer le système de vigilance, d’alerte et de réponse
14. Renforcer le circuit d’alerte et de réponse à une crise opioïde
Actions
• Actualiser/consolider le circuit d’alerte aux niveaux national/régional (incluant promotion du signalement, information sur le portail des signalements des événements sanitaires indésirables, mobilisation des réseaux régionaux de vigilance et d’appui, nouvelles sources d’alertes dont augmentation des ventes à signaler par les grossistes répartiteurs…).
• Prévoir un protocole de gestion de crise au niveau national et de partage des informations entre partenaires nationaux.
15. Mettre en place des outils et des indicateurs pour favoriser le suivi, la promptitude et le partage de l’information
Actions
• Mettre en place un tableau de bord d’indicateurs clefs standardisé sur l’évolution des prescriptions d’opioïdes, de la diffusion de la naloxone, des événements sanitaires liés aux usages d’opioïdes et des produits circulants (fréquence à définir) diffusés via les ARS.
• Consolider l’ensemble des données disponibles et diffuser un bilan annuel des informations relatives aux opioïdes (professionnels, institutionnels).
16. Compléter les connaissances sur les surdoses et leur contexte
Il s’agit de mettre en perspective les données issues des enquêtes existantes et de mettre en place des enquêtes complémentaires, d’améliorer l’analyse partagée des situations locales pour identifier les améliorations à apporter et d’améliorer la collaboration avec la justice dans les cas d’investigations médico-légales.
Actions
• Mettre en place des enquêtes spécifiques :
– estimation des décès par surdose : enquête Erasm (Estimation par recoupement et appariement des surdoses mortelles), OFDT (démarrage prévu 2019) ;
– enquête qualitative auprès des personnes en difficulté avec leur consommation d’opioïdes antalgiques : trajectoires, modes de prise en charge, profils (recrutement à partir d’une enquête en ligne, enquête auprès de structures d’addictologie et de centres d’évaluation et de traitement de la douleur) – OFDT ;
– étude Dante (une Décennie d’ANTalgiques en France), ANSM et réseau des CEIP ;
– étude U.Topia (utilisation des traitements de substitution aux opiacés en France : analyse des données de l’assurance maladie 2009-2015), ANSM et réseau des CEIP ;
– solliciter le ministère de la Justice pour garantir l’effectivité des analyses adaptées de produits ou d’échantillons biologiques et la communication des résultats aux autorités sanitaires, ou la levée d’obstacles à la transmission d’informations en cas d’investigations médico-légales.
17. Compléter les connaissances sur les nouveaux produits de synthèse
Actions
• Réaliser une cartographie des laboratoires de toxicologie en capacité de détecter les analogues du fentanyl.
• Définir un circuit de prise en charge pour l’analyse des produits (selon résultats de l’expérimentation en cours OFDT, Mildeca, CHU Lille, Lariboisière) ;
• Structurer le dispositif d’analyse de produits sur le territoire sous égide des ARS (préalable : cadrage juridique et technique national).
18. Se mobiliser avec les partenaires à l’international
Action
• Impulser et consolider la création d’un groupe de travail européen sur les opioïdes au niveau de l’Agence européenne du médicament (European Medicines Agency).