Quelle retraite ?

Quelle retraite ?

Cette rentrée gouvernementale est marquée par l’épineux dossier de la réforme des retraites. Entre consultation, contestation et rumeurs, il est utile de revenir sur les grandes lignes du « système universel » comme annoncé cet été. Le débat est ouvert…

En juillet dernier, après plus de 18 mois de concertation et de dialogue avec les partenaires sociaux, les citoyens et les acteurs du secteur, Jean-Paul Delevoye, Haut-Commissaire à la réforme des retraites a remis au premier ministre Édouard Philippe ses préconisations pour un système universel de retraite. Ce projet de société, porté par des objectifs forts en termes d’équité et de lisibilité, implique une solidarité qui ne dépendra plus des statuts et des professions mais qui s’inscrira dans un pacte collectif entre les générations. Cette solidarité sera le fondement d’un système construit pour préserver durablement les retraites et pour restaurer la confiance des jeunes générations dans un système de protection sociale adapté au XXIe siècle.

Comment fonctionne le système ?

Le système de retraite est un système obligatoire, par répartition et contributif.
• un système obligatoire…
Dès lors que vous travaillez, vous et votre employeur, cotisez pour la retraite. Cette cotisation est définie à la mesure du salaire que vous percevez.
• … par répartition
Le montant total des cotisations que vous versez chaque année sert à payer les pensions des retraités pour cette même année. Le système organise ainsi un transfert direct des générations en activité vers les générations à la retraite.
• … et contributif
Lorsque vous arrivez à la retraite, votre pension (c’est-à-dire votre « revenu » à la retraite) est calculée en fonction de vos revenus, de votre âge de départ à la retraite et du nombre d’années passées à travailler.
Le système de retraite est également solidaire : les chômeurs, les personnes en arrêt maladie, les personnes en situation de handicap, les travailleurs touchant de faibles revenus, les femmes en congé maternité… acquièrent également des droits. Aucune personne à la retraite n’est laissée sans ressources.

Qui gère la retraite en France ?

En France, la retraite est gérée par des organismes souvent selon des statuts professionnels (salarié du privé, indépendant, fonctionnaire…). Au total, il en existe 42, appelés régimes de retraite, avec des règles de calcul des cotisations et des pensions souvent bien différentes.
La plupart des actifs cotisent à la fois à un régime de base (jusqu’au plafond de la sécurité sociale, soit 3 311 euros par mois) et à un régime complémentaire ou additionnel, sur tout ou une partie de leurs revenus. Certaines professions ne relèvent que d’un seul régime qui regroupe la base et la complémentaire. Tout au long de votre vie professionnelle, notamment si vous changez de métier, de statut, vous pouvez être affilié successivement à différentes caisses de retraite.

Comment se calcule la retraite ?

Le calcul de votre pension de retraite dépend aujourd’hui de trois facteurs :
• Les régimes dont vous avez dépendu, c’est-à-dire les caisses de retraite auxquelles vous avez été affilié : la plupart des régimes de bases fonctionnent en annuités : votre pension est calculée en fonction de la durée pendant laquelle vous avez cotisé (exprimée en trimestres). Les régimes complémentaires fonctionnent en points. Au moment de la retraite, l’ensemble des points est converti en pension mensuelle, celle-ci est donc directement proportionnelle au revenu que vous avez perçu dans la vie active. Quand vous arrivez à la retraite, quand vous « liquidez vos droits », vous recevez une pension de chacune des caisses à laquelle vous avez été affilié.
• La durée d’assurance, c’est-à-dire la durée totale de votre activité professionnelle : pour obtenir la meilleure pension possible dans l’ensemble de vos régimes de retraite, vous devez avoir cotisé pendant une durée minimale, 167 trimestres pour la génération née en 1957, 172 trimestres, à partir de la génération née en 1973. Si vous souhaitez prendre votre retraite et qu’il vous manque des trimestres par rapport à cette durée de référence, votre pension de base est réduite de deux manières : elle est calculée au prorata de votre durée d’assurance. Elle peut être en outre réduite d’un certain pourcentage, que l’on appelle « décote » si vous êtes âgé de moins de 67 ans.
• Le montant des rémunérations perçues au cours de la carrière : le montant de vos pensions de retraite est lié au niveau de vos revenus d’activité, mais le mode de calcul varie selon les régimes. Pour les salariés, les artisans et les commerçants, la retraite de base est calculée à partir de la moyenne des 25 meilleures années de revenu. Dans les autres régimes, le mode de calcul est différent. Ainsi, pour les fonctionnaires, la pension est calculée sur le dernier traitement (salaire sans les primes).

Les points clés

Le système universel de retraite propose douze points clés qui servent de socle aux prochaines concertations prévues dès ce mois de septembre.

Un système en points plus simple et commun à tous les Français

• Le système universel de retraite remplacera les 42 régimes de retraite actuels.
• Le système reposera sur des règles communes à tous : salariés du privé et du public, fonctionnaires, indépendants, professions libérales, agriculteurs, parlementaires, etc. Les régimes spéciaux seront fermés.
• Le système sera financé par répartition : comme dans le système actuel, les cotisations versées par les actifs d’aujourd’hui financeront les pensions des retraités d’aujourd’hui.

Un système plus juste où « 1 € cotisé vaudra les mêmes droits pour tous »

• Chaque jour travaillé permettra d’acquérir des points.
• Un euro cotisé permettra d’acquérir le même nombre de points, quels que soient le statut professionnel et le moment où il a été cotisé.
• Les points s’accumuleront tout au long de la carrière sur un compte et, le moment venu, seront transformés en retraite. Un compte unique de retraite permettra à chaque Français de connaître le nombre de points dont il dispose, pour pouvoir choisir le moment de son départ en retraite.
• Chaque point permettra d’augmenter le niveau de sa retraite.
• Les assurés qui n’ont pas été en capacité de faire une carrière complète ne seront pas pénalisés comme dans le système actuel qui les contraint à travailler jusqu’à l’âge de 67 ans pour annuler la décote. Ces inconvénients seront corrigés.
• Il n’y aura plus de trimestres inutiles (trimestres ne donnant pas lieu à augmentation de la retraite, car le taux plein est déjà atteint ou les 4 trimestres annuels sont déjà acquis).
• Les salariés du privé, des régimes spéciaux et les fonctionnaires auront des cotisations identiques. Il est proposé que le taux de cotisations soit de 28,12 %, partagé entre l’employeur (60 %) et le salarié (40 %), proche du niveau actuel des salariés du privé.
• 100 % des primes des fonctionnaires et des salariés des régimes spéciaux seront désormais prises en compte dans le calcul de la retraite. Ainsi, les fonctionnaires et les assurés des régimes spéciaux se constitueront désormais des droits sur la totalité de leur rémunération, primes comprises.
• Jusqu’à 40 000 €, il est proposé que le taux de cotisations des indépendants soit de 28,12 % pour être de 12,94 % de 40 000 € à 120 000 € et préserver ainsi l’équilibre économique de leur activité.
• Il est proposé qu’une assiette « brute » soit définie pour les indépendants. Elle se rapprochera davantage de celle des salariés. En contrepartie d’une hausse de la cotisation retraite, les indépendants paieraient ainsi moins de CSG.

Un système qui garantira un haut niveau de protection sociale

• 100 % des actifs seront couverts par le système universel, et s’ouvriront des droits sur la totalité de leur rémunération (dans la limite de 3 plafonds de la sécurité sociale, soit jusqu’à 120 000 €).
• Chacun pourra compléter sa couverture retraite s’il le souhaite. Les employeurs et les salariés qui le souhaiteront pourront compléter leur retraite par la mise en place de dispositifs collectifs d’épargne retraite. Il en sera de même pour les indépendants.
• Une cotisation « déplafonnée » de 2,81 % sera due sur la totalité des revenus pour participer au financement du système de retraite. Elle ne sera pas directement créatrice de droits et participera au financement de la solidarité.

Un système qui valorisera l’activité

• Comme aujourd’hui, les assurés auront la liberté de partir en retraite à 62 ans, conformément à la promesse présidentielle.
• L’âge minimal ne peut toutefois pas constituer la référence de départ, sauf à remettre en cause l’équilibre du système et le niveau des retraites. L’âge de départ moyen à la retraite en 2018 est déjà de 63,4 ans.
• Le système universel conservera également un dispositif de « taux plein », assorti comme aujourd’hui, d’une décote et d’une surcote. Ce taux plein correspondra à la pension complète.
• Le système universel incitera donc au prolongement de l’activité.
• Le Haut-Commissaire propose que l’âge du taux plein soit le même pour tous, contrairement à aujourd’hui où il est compris entre 62 et 67 ans en fonction de la durée travaillée, pénalisant ainsi les personnes ayant eu des carrières courtes ou hachées. L’âge du taux plein permettra aux Français de bénéficier du rendement optimal du système, soit 5,5 % en fonction des hypothèses en vigueur aujourd’hui (pour 100 € cotisés, un retraité percevra 5,50 € par an pendant toute sa retraite), sachant que celui-ci ne pourra être défini qu’en 2024.
• Il est proposé que, pour la génération 1963, l’âge du taux plein soit fixé à 64 ans : il s’agit en effet de l’âge moyen auquel cette génération partira à la retraite d’après les projections actuelles du Conseil d’orientation des retraites. C’est donc l’âge d’équilibre du système.
• L’âge du taux plein évoluera comme l’espérance de vie.

Un système qui sera plus solidaire notamment vis-à-vis des femmes

• Dans le système universel, la solidarité représentera comme aujourd’hui 25 % des droits à retraite. Elle sera identifiée dans un Fonds de solidarité vieillesse universel financé par l’impôt.
• Des points de solidarité pour les périodes d’inactivité subie : dans le système universel, les périodes de chômage indemnisé, maternité, invalidité et maladie donneront droit à des points de solidarité : ils auront la même valeur que les points attribués au titre de l’activité. Ils seront systématiquement valorisés au moment de la retraite, contrairement à ce qui peut exister dans le système actuel.
• Un minimum de retraite augmenté à 85 % du Smic net : le système universel garantira un minimum de retraite pour tous ceux ayant eu des carrières professionnelles à revenus modestes. Dans le système universel, le minimum de retraite sera nettement supérieur au niveau actuel. Il s’élèvera à 85 % du Smic net, contre 81 % pour les salariés dans le système actuel et 75 % pour les agriculteurs. Ce niveau permettra de valoriser le travail, avec un écart plus significatif qu’aujourd’hui avec le minimum vieillesse, qui a fait l’objet d’une valorisation exceptionnelle par le gouvernement pour atteindre 900 € par mois en janvier 2020.
Ce nouveau minimum de retraite bénéficiera notamment aux exploitants agricoles, aux artisans, aux commerçants et aux personnes, souvent des femmes, qui ont durablement travaillé à temps partiel.
• Des droits familiaux adaptés aux évolutions de la société : aujourd’hui, les femmes ont une pension moyenne inférieure de 42 % à celle des hommes. Elles doivent donc être les principales bénéficiaires des mesures de solidarité liées aux droits familiaux. Il est proposé une majoration des points de 5 %, attribuée dès le 1erenfant et pour chaque enfant. Ces points pourront être partagés entre les parents, et seront par défaut attribués à la mère. Cette mesure permettra de revaloriser les droits attribués aux foyers de 1 ou 2 enfants, notamment les familles monoparentales, désavantagées dans le système actuel. Les familles nombreuses pourront aussi bénéficier d’une majoration au-delà des droits actuels. Elle sera par exemple de 25 % pour 5 enfants. Il est proposé qu’un dispositif de réversion unique soit mis en place pour tous, à la place des 13 règles différentes existant actuellement. Il devrait garantir pour le conjoint survivant, le plus souvent les femmes, un niveau de vie à hauteur de 70 % du total des retraites perçues par le couple.
Les règles applicables aux retraités actuels ne seront pas modifiées.

Un niveau des retraites qui sera sécurisé dans le temps

• La valeur du point ne pourra pas baisser dans le temps. Sa revalorisation tiendra compte de l’évolution des revenus moyens en France, plus favorable que l’inflation.
• Une fois les points transformés en retraite, les pensions seront revalorisées selon l’inflation pour le maintien du pouvoir d’achat des retraités, comme c’est le cas aujourd’hui.
• Un Fonds de réserve universel permettra de garantir l’équilibre du système et de garantir la valeur du point face aux aléas démographiques et économiques.

Un système qui réduira les inégalités entre les retraités

Le système universel sera plus avantageux pour les personnes ayant connu des durées d’activité courtes, ou fréquemment interrompues ou encore aux personnes n’ayant pas connu de fortes évolutions de leurs revenus dans le temps :
• Les futurs retraités ayant les revenus les plus modestes et des carrières difficiles bénéficieront d’une hausse significative : le système universel améliorera fortement la retraite des 40 % d’assurés ayant les retraites les plus faibles. Les écarts entre les retraites seront ainsi réduits.
• Le système réduira légalement l’écart entre les retraites des hommes et des femmes. Aujourd’hui, l’écart entre la pension moyenne des hommes et celle des femmes est de 42 %.
• Il ne sera plus nécessaire d’atteindre 67 ans, l’âge d’annulation de la décote en cas de carrière incomplète. L’atteinte de l’âge du taux plein (64 ans pour la génération 1963) permettra un départ plus précoce pour les plus modestes. Cette mesure bénéficiera notamment aux femmes : 19 % d’entre elles (contre 10 % des hommes) doivent aujourd’hui attendre 67 ans pour partir à la retraite du fait d’un travail à temps partiel ou d’une carrière courte.

Un système qui reconnaîtra la pénibilité et les spécificités de certains métiers

• L’âge légal de 62 ans s’appliquera de façon identique entre salariés du public et du privé pour un métier similaire. Ainsi, les départs anticipés des régimes spéciaux et de la fonction publique, notamment ceux des emplois classés en « catégorie active », seront progressivement fermés.
• Le système universel garantira toutefois les départs anticipés à 60 ans pour les assurés ayant effectué une carrière longue, comme aujourd’hui.
• La pénibilité sera également prise en compte avec la possibilité de partir avant 62 ans à la retraite. Le compte professionnel de prévention, qui permet d’acquérir jusqu’à 2 années de départ anticipé à la suite de l’exposition à un risque professionnel, sera étendu aux fonctionnaires et aux régimes spéciaux. Le départ anticipé pour incapacité permanente leur sera également étendu.
• Des départs anticipés seront conservés pour les militaires et les fonctionnaires ayant des fonctions dangereuses dans le cadre de missions régaliennes. L’engagement des militaires dans le cadre de certaines opérations sera valorisé par des points supplémentaires.

Un système qui sera mieux adapté aux réalités du monde du travail

• Le système actuel ne tient pas suffisamment compte de la diversité des parcours professionnels et des formes d’emploi, notamment des indépendants. Le système universel accompagnera mieux les mobilités professionnelles, notamment par l’existence d’un compte unique de retraite accessible en ligne.
• Le système universel pourra valoriser le début de carrière des jeunes actifs.
Cette question sera examinée dans le cadre de la concertation.
• Des points de solidarité seront également attribués aux proches aidants.

Des dispositifs de transition emploi-retraite qui seront plus attractifs

Dans le système universel, les actifs proches de la retraite auront la possibilité de diminuer leur activité en passant à temps partiel tout en commençant à toucher une partie de leur retraite, comme aujourd’hui. Les personnes déjà retraitées pourront désormais reprendre une activité sans plafond ni limite à compter de l’âge du taux plein. Ces personnes se constitueront de nouveaux droits à retraite sur la base de cette activité, ce qui n’est pas possible dans le système actuel.

La transition vers le nouveau système sera très progressive

• Les générations concernées : le système universel pourra s’appliquer au plus tôt aux personnes nées en 1963. D’autres options sont possibles et seront soumises à concertation. Il garantira 100 % des droits acquis au 1erjanvier 2025. Ils seront comptabilisés selon les règles des anciens régimes et transformés en points à l’euro près.
• La convergence des paramètres : les transitions seront adaptées à chacun des régimes. Elles seront achevées environ 15 ans après l’entrée en vigueur du système.

Une gouvernance qui sera innovante

• Un système conçu à l’équilibre en 2025 : le système devra être à l’équilibre en 2025 au moment de la mise en place du nouveau système. Le projet devra être enrichi pour proposer les modalités de convergence vers l’équilibre financier en 2025 dans le cadre du projet de loi portant création du système universel. Ces modalités seront concertées avec les partenaires sociaux.
• Un pilotage dans le respect d’une règle d’or : le système universel est conçu à enveloppe constante. Au moment de l’entrée en vigueur du système universel, le poids des recettes du système sera maintenu constant, de même que celui des dépenses. Le poids de la solidarité dans les dépenses de retraite restera stable. Une règle d’or d’équilibre devra garantir un solde cumulé positif ou nul par période de 5 années avec un horizon de long terme (40 ans).
• Une association élargie des parties prenantes : une caisse nationale de retraite universelle sera créée pour la mise en place et la gestion opérationnelle du système universel. Pour exercer ces missions, le conseil d’administration pourra être composé de 13 représentants des assurés et de 13 représentants des employeurs et des indépendants. Dans le cadre de la trajectoire définie par le Parlement et le Gouvernement, il pourra se prononcer sur le pilotage du système. Le cadre du pilotage du système universel de retraite sera défini dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale.
Une Assemblée générale regroupera l’ensemble des assurés et des employeurs. Elle aura pour mission principale d’émettre un avis concernant le pilotage du système et la qualité du service rendu aux assurés. Les citoyens seront pleinement associés au pilotage du système. Un Conseil citoyen fera chaque année des propositions du conseil au conseil d’administration et au Gouvernement. Un comité d’expertise indépendant des retraites sera créé. Il sera chargé de l’analyse de la situation du système au regard des objectifs financiers et sociaux.

Retraite chiffrée

Un système de retraite protecteur

• Le budget des retraites, 1erposte de dépenses de protection sociale :
– 325 milliards € de dépenses en 2017, dont 23 % de dispositifs de solidarité ;
– 40,5 % des dépenses de protection sociale ;
– 13,8 % du PIB.
• Une augmentation continue du nombre de retraités :
– 16,2 millions de retraités en 2017 soit 708 000 nouveaux retraités par rapport à 2016 ;
– 25 % de la population française ;
– en projection, le ratio entre les actifs et les retraités passerait de 1,7 à 1,3 en 2070. Il y avait 2 retraités pour 1 actif en 2000.
• Un niveau de vie favorable pour les retraités, avec toutefois des disparités :
– 1 547 € de retraite nette en moyenne en décembre 2017 contre 1 521 € en 2016 ;
– 21 930 € annuels : niveau de vie médian des retraités en 2016, contre 20 520 € pour le reste de la population ;
– 1,08 : ratio du niveau de vie des retraités par rapport au reste de la population française, contre 0,95 dans l’Union européenne ;
• un taux de pauvreté de 6,8 % chez les retraités contre 14 % pour l’ensemble de la population et 19,8 % chez les moins de 18 ans en 2016 ;
– le « cœur » du système de retraite actuel (hors dispositifs de solidarité) accentue l’écart des salaires (règle de calcul en annuités) : pour les salariés nés entre 1955 et 1964, le rapport entre les 10 % de salariés ayant les plus hauts revenus et les 10 % ayant les plus bas revenus atteints 5,85 pour les salaires perçus au cours de la carrière, mais il vaut 6,66 pour les retraites du cœur du système de ces assurés (hors dispositifs de solidarité) ; seuls, les dispositifs de solidarité permettent de retrouver une redistribution et de ramener le rapport interdécile des retraites de 6,66 à 4,10 ; en particulier, beaucoup de retraités perçoivent de petites pensions : fin 2016, 38 % des femmes et 22 % des hommes touchent moins de 1 000 € par mois de pension totale brute ; un différentiel de 42 % entre la pension moyenne des femmes et celles des hommes.
– 19 % des femmes contre 9 % des hommes doivent attendre 67 ans pour pouvoir partir à la retraite sans décote.
• Un âge de départ supérieur à 62 ans sans diminution de la durée de vie en retraite :
– 63,4 ans : âge moyen de départ à la retraite en 2018 (hors départs anticipés) ;
– Plus de 6 départs sur 10 concernent des personnes de 62 ans ou plus, soit + 1 an et 7 mois depuis 2010 ;
– 27,6 ans pour les femmes et 23,2 ans pour les hommes à 60 ans en 2018 : c’est l’espérance de vie (+ 2,3 ans pour les femmes et + 3,2 ans pour les hommes depuis le début des années 2000).

Les faiblesses du système actuel

• Un système difficilement lisible et générateur d’injustice :
– 42 régimes différents, avec leurs règles propres, organisés par profession et par statut, composent notre système de retraite ;
– plus de 3 régimes en moyenne par assuré ;
– des règles hétérogènes qui créent des différences de traitement et des inégalités.
• Un système qui pénalise les assurés ayant eu des périodes d’activités courtes ou fréquemment interrompues :
– les régimes de base fonctionnent en annuités (sauf pour les professions libérales) ;
– le calcul de la pension est fonction de la durée d’assurance et d’un salaire de référence (25 meilleures années pour les salariés et les 6 derniers mois de traitement hors primes pour les fonctionnaires) ;
– ces règles de calcul augmentent les écarts de niveau de pension au détriment des salariés aux carrières courtes, incomplètes, parmi lesquels les femmes sont surreprésentées.
• Un système qui n’est plus en phase avec les réalités du monde du travail :
– les actifs sont susceptibles de changer plusieurs fois de statuts au cours de leur carrière – de passer de salariés à indépendants, de travailler dans le secteur privé puis dans le secteur public – voire de cumuler plusieurs statuts en situation de pluriactivité ;
– parmi les retraités de la sécurité sociale des indépendants (SSI), on dénombre 90 % de « polypensionnés » (DREES 2019). La figure de l’indépendant a considérablement changé en 30 ans : on dénombre actuellement 3 millions de travailleurs indépendants, soit 12 % des actifs occupés. Le travail indépendant a connu un renouveau essentiellement dans les services. L’activité d’indépendant est de plus en plus une activité complémentaire, notamment en fin de carrière. Un tiers des salariés pensent que la suite de leur carrière passera par le travail indépendant (Opinion Way 2016). Inversement, le salariat a progressé dans les métiers d’indépendants traditionnels (professions juridiques et médicales).
• Un système instable et difficilement pilotable :
– le système dépend trop des solidarités professionnelles : quand une profession évolue fortement ou disparaît, les pensions des retraités de cette profession sont fragilisées contrairement à un système universel mutualisé où la solidarité joue ;
– il est difficile d’assigner des objectifs sociaux et financiers communs à l’ensemble du système et de vérifier que ces objectifs sont réalisés effectivement dans un système qui comporte autant de régimes et de gouvernance associée.
• Une confiance dans le système, ébranlée, notamment chez les plus jeunes :
– 69 % des non-retraités pensent que leur niveau de vie à la retraite sera plus faible que celui de l’ensemble de la population ;
– 90 % des Français jugent le système fragile, et 85 % inégalitaire ;
– alors que 64 % des actifs disent préférer un système de retraite par répartition, 52 % des jeunes de 18 à 24 ans privilégieraient un système par capitalisation pour financer leurs futures retraites.

Les idées reçues

« Notre système de retraite est en faillite »
Faux ! Les dernières réformes de notre système de retraite ont permis de combler les déficits annoncés. Nous sommes proches de l’équilibre (déficit de 0,3 % du PIB). Le système des retraites obligatoire représente aujourd’hui un budget de plus 300 milliards d’euros par an : cela représente 14 % du PIB. La retraite est la première dépense sociale en France. Elle est au cœur de notre protection sociale et son financement est assuré.

« Il y aura bientôt plus de retraités que de cotisants »
Faux ! Il y a aujourd’hui 16 millions de retraités pour près de 28 millions d’actifs en France. Le ratio démographique (rapport entre le nombre d’actifs et le nombre de retraités) est donc au global de 1,7 à l’heure actuelle. Ce chiffre est toutefois variable si l’on regarde régime par régime, compte tenu de la dynamique de certaines activités professionnelles (le ratio démographique est par exemple aujourd’hui plus faible chez les exploitants agricoles). En revanche, ce ratio a effectivement diminué compte tenu de l’arrivée à la retraite des générations issues du baby-boom. Les projections du Conseil d’orientation des retraites (COR) montrent que ce ratio va continuer à diminuer dans les prochaines décennies, avec le vieillissement de la population (1,5 en 2040, 1,3 en 2 070).

« Avec toutes les réformes des retraites successives, les pensions ne font que baisser »
Faux ! Le niveau de vie moyen des retraités n’a jamais été aussi élevé en France qu’actuellement. La pension moyenne brute est estimée à 1 376 euros pour l’ensemble des retraités et à 1 449 euros pour les seules personnes résidant en France. Cette différence est due au fait que les personnes résidant à l’étranger ont en moyenne accumulé moins de droits à la retraite dans les régimes français, car une partie de leur carrière professionnelle a pu se dérouler à l’étranger. Entre 2010 et 2015, la pension brute a augmenté de 4,4 % en euros constants. Le niveau de vie d’un retraité est en moyenne supérieur de 6 % à celui du reste de la population. Le taux de pauvreté des retraités est de 7 %, bien moindre que celui du reste de la population (14 %) ou des jeunes (20 %).

« Le système des retraites aujourd’hui n’assure plus la solidarité entre les générations »
Faux ! Le système des retraites est basé sur une solidarité intergénérationnelle, selon laquelle les actifs d’aujourd’hui financent les pensions des retraités d’aujourd’hui. Toutefois, avec l’allongement des durées d’étude et les difficultés d’insertion dans le marché du travail, les nouveaux actifs auront des carrières différentes. Le défi pour notre système de retraite est de tenir compte de ces évolutions de la société et de l’emploi et de garantir que la solidarité joue aussi en faveur des générations futures. Toutefois, ces chiffres ne signifient pas que tous les retraités sont dans une situation satisfaisante. Il existe une précarité et un isolement chez les personnes âgées, accentués par les enjeux de perte d’autonomie.

« Une retraite obligatoire, cela ne sert à rien »
Faux ! En France, le système de retraite est obligatoire. Les cotisations pour la retraite sont obligatoirement dues et en contrepartie tous les actifs sont couverts par une assurance vieillesse. Nul ne peut s’y soustraire. C’est un des fondements du système par répartition : il est nécessaire que tous y contribuent pour assurer l’équilibre du système. Le caractère obligatoire est également au cœur de la solidarité de notre modèle social, afin que chacun, quel que soit son parcours de vie, puisse vivre dignement au moment de sa retraite.

« Les fonctionnaires sont bien mieux traités que les salariés du privé »
Faux ! La pension des fonctionnaires est calculée sur le dernier traitement qu’ils ont perçu (à la condition qu’ils aient perçu le même traitement pendant 6 mois) mais leurs primes, soit en moyenne 20 % de leur rémunération, ne sont pas prises en compte. Les salariés du secteur privé ont eux une retraite calculée sur leur salaire annuel moyen des 25 meilleures années de leur carrière. Mais ils ont aussi une retraite complémentaire à l’ARRCO et parfois à l’AGIRC qui est calculée en points et qui représente entre 30 % et 60 % de leur retraite. Les fonctionnaires n’ont pas cet étage complémentaire. Au final, les taux de remplacement, soit le niveau de retraite rapporté au dernier salaire est, en moyenne, quasiment équivalent, entre 70 et 75 % (75 % pour un salarié non-cadre du secteur privé / 68 % pour une catégorie B de la fonction publique).

« Un système à points permet de faire baisser les pensions »
Faux ! Un système à points permet d’ouvrir des droits à chaque euro cotisé, et ces droits se cumulent tout au long de la carrière pour déterminer le niveau de retraite. Un tel système permet donc précisément de savoir, en temps réel, ce que chaque année supplémentaire au travail vous rapporte. La valeur du point est déterminante pour convertir les points acquis en pension de retraite : son niveau et son évolution peuvent être paramétrés pour garantir des niveaux de pensions aussi élevés qu’actuellement. Le système à points existe aujourd’hui dans les régimes complémentaires obligatoires des salariés (AGIRC-ARRCO), il a été choisi par les partenaires sociaux et, depuis la création de ces régimes, la valeur du point n’a jamais baissé.

« La réforme des retraites sert à faire des économies »
Faux ! La mise en place d’un système universel des retraites constitue une réforme ambitieuse qui poursuit des objectifs de lisibilité et d’équité du système de retraite. Nous sommes bien loin des efforts qui ont été demandés aux Français par la succession des réformes du passé. Redonner confiance dans la retraite implique de renforcer la pérennité financière de la retraite et de définir des règles de pilotage claire et solide. Il faudra que l’équilibre financier du nouveau système des retraites soit garanti.