Mémoire libérée

Mémoire libérée

Le musée de la Libération de Paris – musée du général Leclerc – musée Jean Moulin a été officiellement inauguré le 25 août dernier, à l’occasion du 75e anniversaire de la Libération de Paris.

Accueilli dans un site patrimonial du XVIIIe siècle, les pavillons Ledoux de la place Denfert-Rochereau (14e), entièrement restaurés et réaménagés, et dans le bâtiment adjacent du XIXe siècle, ce nouveau musée d’histoire est conçu pour transmettre à tous les publics une histoire en partage, celle des deux figures héroïques de la Seconde Guerre mondiale, Philippe Leclerc de Hauteclocque et Jean Moulin et celle de la Libération de Paris.

Les étapes du parcours

Paris d’une guerre à l’autre (1918-1939)
Dans les années 1920, la France se relève de la Première Guerre mondiale, mais la crise économique des années 1930 la plonge dans un climat social et politique tendu.

Jean Moulin, Philippe de Hauteclocque (1918-1940)
Philippe de Hauteclocque et Jean Moulin sont nés avant la Première Guerre mondiale. Des objets et des photographies évoquent leur enfance et les premiers postes qu’ils ont occupés. Ainsi la formation et les affectations de Philippe de Hauteclocque sont évoquées au travers de sa vareuse et de son burnous, datant de ses années au Maroc, alors que les skis de Jean Moulin et sa boîte de pastels racontent les activités sportives et artistiques du préfet.
Par ailleurs avec la déclaration de la guerre le 3 septembre 1939, les deux hommes sont animés par un même sentiment patriotique. Le capitaine de Hauteclocque rejoint la 4e division d’infanterie, mais Moulin doit rester en poste à Chartres. Seulement les opérations prennent une tournure inattendue et après 8 mois de guerre, les Allemands envahissent la France en quelques semaines.

Le préfet Moulin face à l’exode
Le dispositif installé dans le vestibule du pavillon donne à voir l’Exode et l’action du préfet Moulin, grâce à une installation constituée de plaques au sol, mêlant photographies, films d’archives, citations, cartes animées. Et une ambiance sonore évocatrice accompagne la découverte de cette période tragique.

Le capitaine de Hauteclocque à l’heure du choix (été 1940)
L’invasion allemande suscite des réponses très différentes. Entre le 14 juin et le 18 juin 1940, des décisions définitives sont prises en engageant l’avenir. Un dispositif audiovisuel détaille les positions du chef du gouvernement le maréchal Pétain, du général de Gaulle, de Jean Moulin et de Philippe de Hauteclocque. Ce dernier va rejoindre le Royaume-Uni sous son nom de Leclerc, comme en témoigne sa carte d’identité anglaise. La mission qui lui est confiée l’envoie en Afrique-Équatoriale française.

Paris occupé (juin 1940 – août 1944)
Le 14 juin 1940, les troupes allemandes entrent en vainqueurs dans Paris. Le maréchal Pétain, chef du nouvel État français et le gouvernement basé à Vichy mettent en œuvre une politique de collaboration avec l’Allemagne et d’épuration de la société des éléments indésirables, les étrangers, les francs-maçons, les communistes, les républicains et les Juifs, tous désignés responsables, à un degré ou à un autre, de la défaite française. Des objets pour enfants montrent la propagande maréchaliste, des journaux, affiches, brochures dénoncent l’« anti-France ».
La collaboration économique et politique s’affiche dans Paris occupé. Au quotidien, la vie devient de plus en plus difficile, le rationnement est organisé par un système de cartes et de tickets et les matières premières manquent. Pour les Parisiens juifs, la situation devient dangereuse. Le gouvernement et l’administration français acceptent de prêter main-forte aux Allemands dans leur politique d’extermination des Juifs. À Paris, la rafle du Vel d’Hiv des 16 et 17 juillet 1942 concerne plus de 13 000 femmes, hommes et enfants. Un graffiti provenant des carreaux du camp d’internement de Drancy et un chapeau de modiste aident à comprendre le destin tragique des Juifs de France, dont 72 500 sont assassinés.
L’instauration du service du travail obligatoire (STO) rencontre un écho très négatif dans la population, en particulier parmi les Parisiens. De nombreux jeunes tentent de s’y soustraire.

Les résistants parisiens et la répression
Dans l’ombre, des hommes et des femmes agissent contre l’Occupant au risque de leur vie. Des tracts montrent la diversité de leur action de propagande, un matériel de faussaire évoque la fabrication de faux papiers pour les clandestins, une arme présente la lutte armée. Face à ces volontés déterminées, incarnées par des portraits de résistants et de résistantes, la répression est d’une brutalité sanglante : internements, déportations, exécutions. Des avis affichés sèment l’effroi dans la population.

Jean Moulin, unificateur de la résistance
Jean Moulin a fait des choix dès juin 1940. Il quitte son appartement de la rue des Plantes, dont il reste quelques meubles exposés, et gagne le Royaume-Uni en passant par le Portugal. Ses papiers établis sous un faux nom racontent son voyage, une combinaison de saut évoque son retour parachuté en France dans la nuit du 1er au 2 janvier 1942.
Le général de Gaulle le charge de la mission Rex consistant à structurer la Résistance. Des témoignages explicitent son travail pour la coordonner et obtenir des chefs des mouvements une unification dans le Conseil national de la Résistance, dont la première réunion se tient à Paris le 27 mai 1943, malgré l’Occupation.
La vie officielle de Moulin est celle d’un propriétaire, galeriste à Nice : des tableaux de sa collection personnelle sont présentés dans l’exposition, dont trois œuvres de Maurice Utrillo. Arrêté le 21 juin 1943 à Caluire-et-Cuire, torturé, Jean Moulin décède le 8 juillet 1943.

Leclerc, chef de guerre
Le général de Gaulle missionne le capitaine Leclerc de rallier l’Afrique-Équatoriale française à la France libre. Des portraits de Français libres de la colonne Leclerc et des objets ayant appartenu à ces soldats permettent de comprendre leur engagement malgré leur équipement dérisoire. Pourtant, ils obtiennent la reddition du poste italien de Koufra (Libye) le 1er mars 1941. Leclerc mène des raids dans le Fezzan libyen en 1942 et 1943 avant de conduire des opérations en Tunisie, suggérées par des prises de guerre de soldats de la force L.
À compter d’août 1943, Leclerc forme la 2e Division blindée, en s’adjoignant des volontaires venus de France par l’Espagne et des soldats de l’armée d’Afrique. Des portraits d’hommes et de femmes racontent des trajectoires individuelles. Leur équipement, en exposition, est celui que leur a donné l’armée américaine.

Le temps du débarquement
Du printemps à l’été 1944, la perspective du débarquement durcit les positions des Allemands. La 2e DB arrive en France le 1er août 1944, deux mois après le débarquement allié de Normandie. Sa participation aux durs combats contre les Allemands est abordée par des objets ayant appartenu à des soldats morts au combat.

Les combats de la libération de paris (août 1944)
En août 1944, les FFI décident de passer à l’action pour que la capitale soit enfin libérée. L’insurrection est lancée le 18 août. La préfecture de police puis l’hôtel de ville sont occupés par les Forces françaises de l’intérieur et des barricades s’élèvent dans les rues de la capitale. Jour par jour, des tracts, des documents, des objets et des films font revivre au visiteur les attaques, les ripostes, les Allemands retranchés dans leurs points d’appui et la 2e DB qui reçoit enfin l’ordre de venir libérer Paris.
Le 24 août, les premiers éléments comprenant des soldats espagnols de la 9e Compagnie du RMT (la Nueve), 3 chars du 501e régiment de chars de combat et des éléments du génie, conduits par le capitaine Dronne, arrivent à Paris. Le lendemain, les films montrent la 2e DB et la 4e division d’infanterie américaine combattant dans Paris. La reddition du général allemand Von Choltitz est acquise.

Paris libéré (25-26 août 1944)
Un dispositif audiovisuel composé de dix-huit écrans symbolise la France relevée et fait écho à l’installation sur l’Exode de 1940. Un montage sur le défilé du 26 août 1944 montre le général de Gaulle descendant les Champs-Élysées face à une foule immense et en liesse.
Mais les traces de l’Occupation ne s’évanouissent pas d’un coup, en témoignent les actes de revanche de la population : cet envers du décor est visible au revers des écrans.

Un abri de défense passive transformé en PC militaire
Moment phare de l’exposition, la visite de l’abri de défense passive est proposée au public qui ne craint pas d’affronter une centaine de marches. Ce lieu était à l’origine conçu pour permettre aux services administratifs de fonctionner en dépit des bombardements. Les visiteurs découvrent la défense passive avec la présence d’un cyclopédaleur original, et entrent dans les pièces occupées par le colonel Rol-Tanguy et son état-major des forces françaises de l’intérieur de la région parisienne en pleine insurrection, à partir du 20 août 1944. Pour une expérience encore plus immersive, une visite de découverte en réalité mixte est disponible.

L’après-guerre et les missions de Leclerc
La liesse de la Libération ne peut pas masquer la réalité. Le bilan humain de la Seconde Guerre mondiale est particulièrement lourd et le retour à la normale est complexe. Le général Leclerc représente la France à la capitulation japonaise le 2 septembre 1945 à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Un film vient expliciter la situation que le général Leclerc de Hauteclocque affronte en Indochine, et la nouvelle mission qui lui est confiée en tant que commandant du corps expéditionnaire en Extrême-Orient.
Cette expérience met en avant les qualités d’analyse et le pragmatisme que le général a aiguisé au cours de la guerre. D’ailleurs après l’Indochine, il est nommé inspecteur des forces armées en Afrique du Nord. Mais malheureusement son décès prématuré dans un accident d’avion, le 28 novembre 1947, brisera net une carrière hors du commun.
Avant de quitter l’exposition, une frise rappelle aux visiteurs le devenir des hommes et des femmes qu’il a croisés dans le parcours.