Biodiversité en danger

Biodiversité en danger

« Notre biodiversité, notre nourriture, notre santé », tel est le thème de la Journée mondiale de la biodiversité qui a lieu ce 22 mai. Il y a urgence.

En février dernier, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a publié un rapport sur l’état de la biodiversité pour l’alimentation et l’agriculture montrant que la biodiversité qui sous-tend nos systèmes alimentaires est en train de disparaître, menaçant gravement l’avenir de notre alimentation, de nos moyens de subsistance et de notre santé.

Focus sur le rapport

Le premier rapport du genre sur l’état de la biodiversité pour l’alimentation et l’agriculture présente des preuves de plus en plus tangibles et inquiétantes que la biodiversité qui sous-tend nos systèmes alimentaires est en train de disparaître, menaçant gravement l’avenir de notre alimentation, de nos moyens de subsistance, de notre santé et de notre environnement. Élaboré par la FAO sous la direction de la Commission des ressources génétiques pour l’alimentation et l’agriculture, il examine tous ces éléments. Il s’appuie sur les informations fournies spécifiquement pour son élaboration par 91 pays et sur l’analyse des dernières données mondiales.
« La perte de la biodiversité pour l’alimentation et l’agriculture compromet sérieusement notre capacité à alimenter et à nourrir une population mondiale en croissance constante. Cela réduit notre efficacité face aux défis croissants du changement climatique et limite notre capacité à cultiver sans nuire à l’environnement, a déclaré José Graziano da Silva, directeur général de la FAO. Moins de biodiversité signifie que les plantes et les animaux sont plus vulnérables aux parasites et aux maladies. En plus de notre dépendance à l’égard d’un nombre décroissant d’espèces pour nous nourrir, la perte croissante de la biodiversité pour l’alimentation et l’agriculture met en péril notre sécurité alimentaire déjà fragile. »

 La base de nos systèmes alimentaires gravement menacée
Le rapport souligne la réduction de la diversité végétale dans les champs des agriculteurs, l’augmentation du nombre de races d’élevage menacées de disparition et la hausse de la proportion de stocks de poissons surexploités.
Sur quelque 6 000 espèces de plantes cultivées à des fins alimentaires, moins de 200 contribuent de manière substantielle à la production alimentaire mondiale et neuf d’entre elles seulement représentent 66 % de la production agricole totale.
La production animale mondiale repose sur environ 40 espèces animales, dont une poignée seulement fournit la grande majorité de la viande, du lait et des œufs. Sur les 7 745 races de bétail locales répertoriées par pays dans le monde, 26 % sont menacées d’extinction.
Près du tiers des stocks de poisson sont surexploités et plus de la moitié ont atteint leur limite de résistance.
Les informations provenant des 91 pays qui ont contribué au rapport révèlent que les espèces alimentaires sauvages et de nombreuses espèces contribuant aux services écosystémiques essentiels à l’alimentation et à l’agriculture, notamment les pollinisateurs, les organismes du sol et les ennemis naturels des parasites, disparaissent rapidement.
Par exemple, les pays signalent que 24 % de quelque 4 000 espèces d’aliments sauvages – principalement des plantes, des poissons et des mammifères – diminuent fortement. Mais la proportion des aliments sauvages en déclin serait encore plus importante, car l’état véritable de plus de la moitié des espèces d’aliments sauvages signalées est inconnu.
Le plus grand nombre d’espèces d’aliments sauvages en déclin est signalé dans des pays d’Amérique latine et des Caraïbes, suivis de pays situés en Asie-Pacifique et en Afrique. Cela s’expliquerait peut-être par le fait que les espèces d’aliments sauvages sont davantage étudiées et/ou font l’objet de plus de rapports dans ces pays que dans d’autres.
De nombreuses espèces associées à la biodiversité sont également gravement menacées. Elles comprennent les oiseaux, les chauves-souris et les insectes qui contribuent à contrôler les parasites et les maladies, la biodiversité des sols et les pollinisateurs sauvages, tels que les papillons, les abeilles, les chauves-souris et les oiseaux.
Les forêts, les pâturages, les mangroves, les herbiers marins, les récifs coralliens et les zones humides en général – des écosystèmes essentiels qui fournissent de nombreux services à l’alimentation et à l’agriculture et abritent d’innombrables espèces – connaissent également un déclin rapide.

 Principales causes de perte de la biodiversité
Les principaux facteurs de la perte de la biodiversité alimentaire et agricole, cités par la plupart des pays déclarants, sont les changements dans l’utilisation et la gestion des terres et de l’eau, suivis par la pollution, la surexploitation et la surpêche, le changement climatique, la croissance démographique et l’urbanisation.
Dans le cas de la biodiversité associée, alors que toutes les régions signalent l’altération et la perte de l’habitat comme une menace majeure, les autres facteurs clés varient d’une région à l’autre. Ce sont la surexploitation, la chasse et le braconnage en Afrique ; la déforestation, les changements dans l’utilisation des terres et l’intensification de l’agriculture en Europe et en Asie centrale ; la surexploitation, les parasites, les maladies et les espèces envahissantes en Amérique latine et dans les Caraïbes ; la surexploitation au Proche-Orient et en Afrique du Nord et la déforestation en Asie.

 Les pratiques favorables à la biodiversité sont en hausse
Le rapport souligne qu’il y a quand même un intérêt croissant pour les pratiques et approches respectueuses de la biodiversité. Quatre-vingts pour cent des 91 pays déclarants indiquent utiliser une ou plusieurs pratiques et approches respectueuses de la biodiversité, telles que l’agriculture biologique, la lutte antiparasitaire intégrée, l’agriculture de conservation, la gestion durable des sols, l’agroécologie, la gestion durable des forêts, l’agroforesterie, les pratiques de diversification en aquaculture, l’approche écosystémique de la pêche et la restauration des écosystèmes.
Les efforts de conservation à la fois sur site (par exemple, les zones protégées, la gestion de la ferme) et hors site (par exemple, les banques de gènes, les zoos, les collections de cultures, les jardins botaniques) augmentent également dans le monde, bien que les niveaux de couverture et de protection soient souvent inadéquats.

 Inverser les tendances menant à la perte de la biodiversité
Bien que l’augmentation des pratiques respectueuses de la biodiversité soit encourageante, il reste encore beaucoup à faire pour mettre fin à l’érosion de la biodiversité pour l’alimentation et l’agriculture.
La plupart des pays ont mis en place des cadres juridiques, politiques et institutionnels pour l’utilisation durable et la conservation de la biodiversité, mais ils sont souvent inadéquats ou insuffisants.
Le rapport appelle les gouvernements et la communauté internationale à déployer davantage d’efforts pour renforcer les cadres habilitants, créer des incitations et des mesures de partage des avantages, promouvoir les initiatives en faveur de la biodiversité et s’attaquer aux principaux facteurs de perte de la biodiversité.
Des efforts plus importants doivent également être déployés pour améliorer l’état des connaissances sur la biodiversité pour l’alimentation et l’agriculture, car de nombreuses lacunes en matière d’information subsistent, en particulier pour les espèces associées à la biodiversité. Nombre de ces espèces n’ont jamais été identifiées et décrites, en particulier les invertébrés et les micro-organismes. Plus de 99 % des bactéries et des espèces protistes – et leur impact sur l’alimentation et l’agriculture – restent inconnues.
Il est nécessaire d’améliorer la collaboration entre les décideurs, les organisations de producteurs, les consommateurs, le secteur privé et les organisations de la société civile dans les secteurs de l’alimentation, de l’agriculture et de l’environnement.
Les possibilités de développer plus de marchés pour des produits respectueux de la biodiversité pourraient être explorées davantage.
Le rapport souligne également le rôle que le grand public peut jouer dans la réduction des pressions sur la biodiversité pour l’alimentation et l’agriculture. Les consommateurs devraient être en mesure d’opter pour des produits cultivés de manière durable, d’acquérir directement sur les marchés des producteurs ou de boycotter les aliments considérés comme non durables. Dans plusieurs pays, les « citoyens scientifiques » jouent un rôle important dans la surveillance de la biodiversité pour l’alimentation et l’agriculture.

 « Territoires engagés pour la nature » : collectivités, engagez-vous !

Face à l’accélération de l’érosion de la biodiversité, seule une mobilisation collective au niveau international et national peut permettre d’inverser la tendance. C’est pourquoi le ministère de la Transition écologique et solidaire et Régions de France, avec la contribution de l’Agence française pour la biodiversité et les Agences de l’eau, lancent l’initiative « Territoires engagés pour la nature ». À travers cette action du Plan biodiversité, il s’agit de fédérer l’ensemble des acteurs d’un territoire autour de la protection de la biodiversité.
L’initiative « Territoires engagés pour la nature » a pour objectif de mobiliser les collectivités pour la protection de la biodiversité
ouverte à toutes les collectivités qui souhaitent faire de la biodiversité une des priorités de leurs politiques publiques, elle vise à accompagner des projets de territoire en faveur de la biodiversité, portés par des collectivités territoriales.
Les collectivités intéressées peuvent s’engager via la plateforme en ligne :
https://engagespourlanature.biodiversitetousvivants.fr/territoires/
ou directement sur : https://biodiversitetousvivants.fr/

Comment devient-on un Territoire engagé pour la nature ?
Pour obtenir la reconnaissance « Territoire engagé pour la nature », les collectivités doivent présenter un plan d’action pour les trois prochaines années en faveur de la biodiversité. Ce plan doit répondre à quatre critères :
il doit chercher à rassembler l’ensemble des services de la collectivité et les acteurs du territoire. Les actions mises en œuvre devront être proportionnées au regard des compétences et moyens de la collectivité ;
il doit contenir des objectifs de résultat précis et prévoir un suivi de la mise en œuvre des actions et de leurs impacts ;
il doit conduire à des effets positifs, directs ou indirects, significatifs et proposer des actions qui vont au-delà de la réglementation et des actions passées ;
• il doit contribuer à la mise en œuvre des outils d’action publics régionaux et nationaux
Après réception des dossiers, un jury régional examine les candidatures. Les collectivités retenues bénéficieront d’un accompagnement pour la réalisation de leur plan d’action. Le dispositif est pour l’instant ouvert dans six régions : Centre-Val de Loire, Guadeloupe, Île-de-France, Occitanie, Pays de la Loire et Provence-Alpes-Côte d’Azur.

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