L’Industrie de la vie

L’Industrie de la vie

Retour sur le Contrat stratégique de la filière des Industries et technologies de santé.

 Composé de 3 100 entreprises, le secteur des industries et technologies de santé réalise par an plus de 90 Md€ de chiffre d’affaires et génère plus de 450 000 emplois en France, près de 5 % des effectifs industriels français. Ces industries constituent également l’un des tout premiers secteurs d’investissement en innovation en lui consacrant en moyenne 10 % de leur chiffre d’affaires. Les industriels de santé représentent ainsi 15 % des personnels de R&D tous secteurs confondus en France et 20 % des dépenses totales d’innovation de l’ensemble des industries françaises. Ces entreprises françaises exportent toujours plus (35,6 Md€), vers de nouveaux pays, notamment en Asie.

 La filière
La filière Industries et technologies de santé est caractérisée par quatre grands segments dont la morphologie est différente, mais qui se rejoignent dans l’implantation sur l’ensemble du territoire français :
• les laboratoires pharmaceutiques recouvrent environ 260 entreprises et plus de 400 sites industriels, et comptent aussi bien de grandes entreprises, que des ETI et PME ;
• les fabricants de dispositifs médicaux représentent 1 343 entreprises dont 92 % sont des PME ;
• le secteur du diagnostic in vitro est très présent sur le territoire avec une centaine d’entreprises dont 90 % sont des PME ;
• les entreprises du numérique en santé sont diverses et souvent en lien avec des éditeurs de logiciels santé de grandes entreprises du numérique (intégration, hébergement de données de santé…) et de plus en plus de pures players du numérique en santé (start-up en forte croissance : applications, solutions de télémédecine, outils d’aide à la décision clinique, analyse de données de santé…).
La filière compte également 450 biotechs et medtechs, start-up qui constituent un remarquable réseau fertile, issues très souvent de la recherche française (spin off). Enfin, les 6 pôles de compétitivité français répartis sur le territoire viennent en appui des entreprises du secteur : Alsace Biovalley, Atlanpôle Biothérapies, Eurobiomed, Lyonbiopôle, Medicen Paris Région, Nutrition Santé Longévité.
Pour saisir les opportunités qu’offre la croissance de la demande mondiale, les entreprises du secteur doivent constamment intégrer des innovations de rupture pour rester compétitives, et de manière à s’adapter à une médecine de plus en plus personnalisée et des exigences réglementaires et sanitaires croissantes. Cela se traduit par des diagnostics et des thérapies innovantes, des technologies médicales multiples, des données de santé plus facilement exploitables notamment grâce à l’intelligence artificielle et des objets connectés.
Dans ces conditions le CSF des industries et technologies de santé propose, en utilisant les atouts majeurs de la filière et notamment de son tissu industriel innovant, solide et dynamique, une ambition forte qui se traduit dans 6 projets structurants répondant aux enjeux stratégiques identifiés par ses membres.

Les actions

Six actions structurent le contrat de filière Industries et technologies de santé.

 Développer une filière innovante de bioproduction
Les médicaments biologiques deviennent incontournables et amènent à des améliorations thérapeutiques prouvées dans de multiples domaines, aussi bien dans des pathologies largement répandues que dans des maladies rares. Déjà 4 médicaments nouveaux sur 10 sont des médicaments biologiques en 2017. D’autant plus que les nouvelles technologies permettent d’envisager des approches technologiques totalement disruptives pour la production de thérapies innovantes, à des coûts abordables, et au plus près du malade.
• Les objectifs :
– Les technologies de rupture permettent aux industriels un gain de productivité de 100 à l’horizon de 10 ans, afin de favoriser un accès optimisé aux traitements innovants, au bénéfice du patient.
– Créer un tissu de start-ups et de PME, ainsi qu’une offre renforcée de formation aux technologies de bioproduction, et donc développer des emplois à forte valeur ajoutée sur le territoire.
– Le troisième objectif devra permettre de transférer les technologies développées, dans le cadre d’unités pilotes, pour une première industrialisation sur des sites de fabrication pharmaceutiques situés en France.
• Les points clés et principaux engagements : l’État s’implique à soutenir les actions portées par le projet structurant bioproduction au travers des guichets de financements adéquats. Les acteurs impliqués s’engagent également à présenter au premier semestre 2019 un premier volet de travaux collaboratifs, sous la forme de projets de R&D, de formation ou d’investissement compatibles avec des guichets de financement de l’État. Comme ils s’engagent à rechercher activement une valorisation industrielle des travaux et actions cofinancées par les pouvoirs publics sur le territoire français de manière à en optimiser les retombées économiques et en matière d’emploi sur le territoire.

Intelligence artificielle et santé
La France dispose aujourd’hui de bases de données de santé uniques au monde en médecine clinique et de ville, via l’organisation de son système de soin. Et le gouvernement a souhaité permettre un accès effectif à ces données, via l’initiative du Health Data Hub, en créant un guichet unique. L’ambition collective, à laquelle système de soins, recherche publique et industrie de santé s’appliqueront à contribuer de façon coordonnée, est de faire de la France un écosystème de référence en matière d’application des technologies d’analyse numérique pour la recherche et de valorisation des données de santé, pour l’émergence effective d’une médecine personnalisée et de précision.
• Les objectifs :
– À travers une première action, industriels et administrations dialogueront au sein de groupes de travail dans le but de concevoir un cadre commun pour les producteurs et les utilisateurs de données de santé. Seront étudiées les questions de propriété industrielle, de modèles économiques durables et de mutations réglementaires sous-jacentes à l’émergence d’un écosystème des données de santé.
– Une deuxième action identifie deux cas d’usage en médecine personnalisée et de précision, dans les domaines de l’oncologie et des maladies immuno-inflammatoires, portés par les industriels. Ces cas d’usage ont pour objectif de créer des plateformes de convergence, pour la création de valeur à partir de données partagées.
• Les points clés et principaux engagements :
– L’État et la filière s’engagent à mettre en œuvre les moyens nécessaires pour encourager et faciliter le partage et l’accès aux données de santé dans le respect des normes en matière d’éthique et de sécurité.
– La filière s’engage à identifier et initier des projets précompétitifs et compétitifs pour la valorisation des données de santé. Elle s’engage aussi à rechercher activement une valorisation industrielle des travaux et des actions cofinancés par les pouvoirs publics sur le territoire français de manière à en optimiser les retombées économiques et en matière d’emploi sur le territoire.
– L’État s’engage à soutenir les actions portées par le projet structurant « Intelligence artificielle et Santé » compatibles avec les guichets de financements adéquats, notamment l’appel à projets filière du PIA, et le grand défi « Amélioration des diagnostics médicaux par l’intelligence artificielle » lancé par le Conseil de l’Innovation le 18 juillet dernier.

Renforcer la place de la France en Europe dans la lutte contre l’antibiorésistance
Une mobilisation internationale est en cours : il est estimé qu’en 2050, 10 millions de personnes pourraient mourir d’infections liées à des agents infectieux résistants aux antimicrobiens. Face à cette urgence de santé publique, les industriels veulent accompagner les pouvoirs publics pour : renforcer la surveillance, la recherche et l’innovation ; optimiser l’usage des antimicrobiens en santé humaine et animale ; soutenir des investissements durables pour le développement et le déploiement de nouveaux traitements (antibiotiques et alternatifs), diagnostics et vaccins, et enfin protéger l’environnement d’une diffusion non contrôlée des antibiotiques, grâce à un respect des normes environnementales.
• Les objectifs : le projet « Antibiorésistance » a pour objectif, d’une part fédérer les industries de santé concernées afin de soutenir l’action gouvernementale et, d’autre part contribuer à établir le leadership de la France sur la scène internationale, en lien étroit avec le projet « International ». Il a, en outre, l’objectif de permettre à la France d’être force de proposition en termes de mesures incitatives de soutien à l’innovation et de modèles économiques pérennes.
• Les points clés et principaux engagements : l’État s’engage à soutenir le projet dans le cadre de la mise en œuvre par le ministère des Solidarités et de la Santé de la « feuille de route pour la maîtrise de l’antibiorésistance ». Les enjeux de recherche, la préservation des antibiotiques existants, l’accès aux antibiotiques et le développement d’innovations constituent des axes importants de la stratégie française de lutte en médecine humaine. La filière s’engage à travailler en étroite concertation avec les pouvoirs publics et à soutenir l’action gouvernementale en étant force de proposition sur les enjeux One Health, R&D, production, accès au marché.

Concevoir et valoriser des solutions de santé collaboratives pour l’international
La demande mondiale évolue vers des solutions de santé combinant la détection, le recours à des produits et à des services, la formation, la recherche et le suivi médical dans une approche coordonnée. Les offres actuelles sont peu collectives et peu coordonnées, et n’incluent pas suffisamment les PME et les start-ups. Ainsi ce projet structurant vise à développer des offres thématiques collectives déclinables en projets opérationnels, susceptibles de bénéficier de financements bi ou multilatéraux et pouvant être valorisées par la diplomatie économique. Enfin, l’organisation et la promotion du savoir-faire français à destination des marchés étrangers est un livrable clé pour la réussite de ce projet.
• Les objectifs :
– Les porteurs de projet s’engagent à cartographier les acteurs dans chaque thématique, en incluant un volet numérique. Ce qui permettra d’établir une feuille de route pour la construction d’offres par aire thérapeutique. La première thématique sera le diabète.
– L’identification des acteurs pouvant promouvoir les offres dans des zones géographiques cibles permettra de développer et déployer des outils de promotion spécifiques (événements, salons, congrès, présentations, etc. selon un calendrier préalablement établi) en fonction des géographies.
• Les points clés et principaux engagements : le portage des offres à travers le réseau diplomatique et les coopérations bilatérales du Ministère des Solidarités et de la Santé sera assuré et suivi par l’État.
D’autre part la filière s’engage à assurer les objectifs dans un souci de transparence. Elle recourra à des chercheurs, des cliniciens et des PME pour assurer la diversité et l’intégration des profils et construira des offres valorisant la recherche, les savoir-faire et la production en France. Des supports de promotion seront livrés à l’international.

Formation et développement des compétences
Les industries de santé requièrent par essence un ensemble pluridisciplinaire de compétences et savoir-faire de haut niveau, que ce soit en R&D, fabrication, affaires réglementaires, commercialisation et surveillance du marché. Alors qu’il y a quelques années, on assistait à la création de nouveaux métiers dédiés exclusivement au numérique, les métiers fondamentaux de l’industrie s’enrichissent aujourd’hui de compétences et outils numériques sans que de nouveaux métiers n’émergent à l’exception des métiers qui s’inscrivent fortement dans des problématiques de données (data gouvernance, data transparency, data security, etc.). En effet, la majorité des métiers de l’industrie existait hier et se transforme aujourd’hui en intégrant la compétence numérique.
• Les objectifs :
– Le premier objectif est relié au projet bioproduction, et vise le développement de formations académiques et métiers, par la création d’un centre de formation via le projet Campus Accélérateur Biotechnologie et Digital.
– Mettre en place un Engagement de Développement de l’Emploi et des Compétences s’appuyant sur les conclusions de l’étude du Pôle interministériel de Prospective et d’Anticipation des Mutations économiques (PIPAME) « Industrie du futur ».
• Les points clés et principaux engagements : l’État s’engage à accompagner les actions du projet structurant, formation et développement des compétences dans le cadre des dispositifs d’appui aux mutations économiques et de la formation professionnelle. Quant à la filière, elle s’engage à cofinancer ces actions et à s’investir dans la mise en œuvre des projets. En outre, chacun des projets industriels structurants inscrits dans le contrat de filière portera une attention particulière aux besoins nouveaux de compétences. Enfin, en liaison avec le projet transverse d’accompagnement des PME de la santé, la filière veillera à définir les besoins spécifiques éventuels des PME.

Accompagnement du développement des PME
De nombreuses PME opèrent dans les industries de santé. Qu’elles soient issues d’une mondialisation, de modifications de normes réglementaires applicables, ou encore d’introduction de nouvelles technologies sur leur segment de marché, elles n’ont pas toujours les ressources pour anticiper les évolutions constantes et brutales du secteur. Par ailleurs, pour ce secteur l’accès au financement dans les phases de développement et de la validation réglementaire des produits reste un verrou à lever. L’objectif premier de ce projet structurant est de créer des outils d’accompagnement de la croissance des PME vers un stade d’ETI. Outre la mise en place du fonds Innobio2, le projet vise également via deux accélérateurs, la montée en compétences stratégique et managériale des dirigeants de PME de la filière Santé, et une relation partenariale durable et globale entre les PME accompagnées et les grands comptes donneurs d’ordre de la filière. Il a aussi pour ambition de soutenir la croissance et la compétitivité des PME adhérentes via des prestations d’accompagnement complémentaires aux programmes de renforcement existants dans la filière.
• Les objectifs :
– Sanofi, Ipsen, Servier, Boehringer Ingelheim, Takeda et Bpifrance s’engagent pour le lancement du fonds de capital-risque Innobio2, dédié au financement des sociétés dans le secteur des sciences de la vie, pour un montant de 135 M€, pour un objectif de 15 entreprises accompagnées dans les 5 prochaines années.
– L’association Pacte-PME lance le programme d’accélération « Destination ETI Santé » et compte accompagner une trentaine de chefs d’entreprise pour une durée prévisionnelle d’un an, pour les aider à monter en compétences sur le plan stratégique et managérial. Le programme s’appuie sur la mobilisation de seize partenaires industriels, financiers et associatifs.
– Le président du Comité stratégique de Filière et Bpifrance s’engagent à travailler à la construction d’un accélérateur PME soutenant les entreprises du secteur.
• Les points clés et principaux engagements : les pouvoirs publics s’engagent aux côtés des industriels mobilisés et acteurs des actions, d’une part via la participation de Bpifrance, à hauteur de 50 %, au fonds Innobio2, et au cofinancement de l’accélérateur PME Bpifrance, d’autre part, en facilitant l’identification et le recrutement d’entreprises pouvant bénéficier du programme d’accélération, via ses réseaux et relais.

Leave a Reply

Your email address will not be published.