La santé prend son virage numérique

La santé prend son virage numérique

La transformation du système de santé ne pourra avoir lieu sans un développement massif et cohérent du numérique en France. Cinq orientations et 26 actions ont été présentées par la ministre de la Santé Agnès Buzyn.

Le numérique en santé doit être collé à la réalité du terrain, au plus proche des utilisateurs, des métiers et des spécificités territoriales. Il doit s’inscrire dans une démarche ambitieuse, mais pragmatique, progressive, mais volontaire. Il doit surtout libérer les usages au bénéfice des professionnels et des citoyens.

Les cinq orientations

Renforcer la gouvernance du numérique en santé
Le pilotage de l’ensemble des chantiers de transformation numérique sera assuré par la délégation ministérielle du numérique en santé (« DNS »), rattachée directement à la ministre des Solidarités et de la Santé. Elle assurera un pilotage resserré de l’agence du numérique en santé (« ANS »), dont la mission sera centrée sur la mise en œuvre opérationnelle de la politique du numérique en santé.
Afin d’impliquer tous les acteurs, les grandes orientations de la politique du numérique en santé seront débattues au sein du Conseil du numérique en santé. La délégation s’appuiera également sur une cellule d’éthique pour inscrire son action dans un cadre de valeurs humanistes.
La doctrine technique de la feuille de route du virage numérique de la santé 2022 et le schéma d’architecture qui lui sera associé, seront mis à la concertation en septembre et publiés en décembre, puis mis à jour régulièrement.

Intensifier la sécurité et l’interopérabilité des systèmes d’information en santé
Il s’agit d’améliorer l’identification numérique des acteurs de santé, c’est-à-dire de tous les professionnels concourant aux systèmes d’information de santé. Pour ce faire, l’identification numérique issue d’un même référentiel national sera généralisée. La dématérialisation des moyens d’authentification permettra de sécuriser l’accès aux téléservices, avec en particulier l’appli carte Vitale ou la e-CPS.
Afin d’assurer la continuité des parcours, un même patient devra être reconnu dans tous les systèmes informatiques de manière unique. Pour ce faire, le déploiement de l’identifiant national de santé (INS) sera accéléré. La mise à disposition de l’appli carte Vitale permettra l’authentification numérique des usagers du système de santé.
Afin que tous les systèmes anciens ou nouveaux puissent communiquer, une étude sur l’opposabilité des référentiels d’interopérabilité communs sera lancée. Un accompagnement des acteurs concernés sera mis en place pour assurer la convergence. Pour se prémunir collectivement des risques, tous les acteurs de santé pourront bénéficier du dispositif de déclaration des incidents de sécurité. Un service national de cybersurveillance en santé sera déployé.

Accélérer le déploiement des services numériques socles
La feuille de route comporte quatre principaux services pour échanger et partager les données de santé en toute confiance :
• le déploiement du DMP, Dossier médical partagé, sera poursuivi : le stock de toutes les données utiles à partager, entre le patient et les professionnels tout au long du suivi ;
• l’usage des messageries sécurisées de santé pour sécuriser l’échange d’information de santé entre professionnels sera élargi et accompagné ;
• la e-prescription sera développée pour simplifier et sécuriser le circuit de transmission de l’ordonnance depuis la prescription jusqu’à la dispensation par le pharmacien ;
• les services numériques territoriaux de coordinations de parcours inscrits dans le programme e-parcours seront déployés.

Déployer au niveau national des plateformes numériques de santé
L’objectif est simple : permettre aux usagers et professionnels de santé de trouver leurs repères dans des espaces numériques fiables et simples d’accès. Dans une vision d’ensemble, les pouvoirs publics organiseront la mise en œuvre de trois plateformes :
• l’Espace numérique de Santé permettra à chaque citoyen de choisir et d’accéder à des services numériques de santé dans un cadre sécurisé et avec une navigation fluide ;
• les professionnels pourront accéder à une plateforme de bouquets de services communicants ;
• en rassemblant les données de santé dans un même schéma d’urbanisation sécurisé, les pouvoirs publics se donneront les moyens de les analyser à grande échelle au bénéfice de tous. C’est l’objectif du Health Data Hub, la plateforme des données de santé, en cours de déploiement.

Stimuler l’innovation et favoriser l’engagement des acteurs
De grands programmes d’investissement concourront aux objectifs de la politique nationale, tels le programme HOP’EN pour le soutien aux systèmes d’information hospitaliers et le plan « Établissements et services sociaux et médico-sociaux (ESMS) numérique » pour aider les structures médico-sociales à s’inscrire pleinement dans le virage numérique.
Par ailleurs l’innovation en matière de services numériques en santé sera encouragée via la création du « Lab e santé ». Son rôle sera d’identifier, de faire émerger et de diffuser de nouveaux concepts, technologies, solutions et usages en matière de e-santé, et d’aiguiller les acteurs du marché dans l’ensemble des dispositifs existants.
Enfin, tous les acteurs seront invités à débattre autour de la politique nationale du numérique en santé et de ses modalités de mise en œuvre. Ainsi avec le « tour de France de la e-santé », des rencontres seront organisées dans tous les territoires, sur une période de six mois.
Au sein « d’ateliers citoyens du numérique en santé », les usagers pourront définir les besoins de leur futur Espace numérique de Santé, valider les principes ergonomiques et tester les premières maquettes.

Les 26 actions

Renforcer la gouvernance du numérique en santé
• Action 1 : Création d’une délégation ministérielle du numérique en santé (« DNS »), suppression de la DSSIS et transformation de l’Asip Santé en agence du numérique en santé (« ANS »)
Dépendant directement de la ministre au même titre que les directions d’administration centrale, la DNS aura pour mission de définir la politique du numérique en santé, d’en garantir la cohérence au travers de ses arbitrages, de soumettre annuellement à la ministre une feuille de route et les budgets associés, de coordonner l’ensemble des acteurs institutionnels nationaux et régionaux, et de superviser le pilotage de l’ensemble des chantiers de transformation numérique en santé. Elle intégrera notamment une partie de la délégation à la stratégie des systèmes d’information (DSSIS) actuelle et la délégation au service public d’information en santé (SPIS). Elle s’appuiera sur les organismes publics qui interviennent dans le champ du numérique en santé (en particulier : DGOS, DGS, DGCS, DREES, DSS, DNum, HAS, Anap, Cnam, CNSA). Elle assura un pilotage resserré de l’agence du numérique en santé (ANS) dont mission sera centrée sur la mise en œuvre opérationnelle de la stratégie définie par la DNS.
• Action 2 : Relance du « Conseil du numérique en santé » et création d’une cellule d’éthique du numérique en santé
Piloté par la DNS, le Conseil du numérique en santé est constitué de représentants de différentes parties prenantes de la e-santé en France, institutionnelles, publiques et privées. À son sein, une cellule rassemblant des experts de l’éthique du numérique sera constituée. Elle aura pour mission de faire de l’éthique un élément central du virage numérique en santé, sera donc garante d’un cadre de valeurs humanistes en faisant le lien avec les instances existantes, notamment le « comité consultatif national d’éthique ».
• Action 3 : Élaboration et publication de la doctrine technique du numérique en santé assortie d’un schéma d’architecture cible
L’alignement de l’ensemble des acteurs de l’écosystème de la e-santé en France autour d’une vision partagée, d’un cadre de référence et d’un schéma cible d’urbanisation est un préalable indispensable au virage numérique en santé. Ce document devra être coconstruit avec l’ensemble des acteurs institutionnels, publics et privés. Il s’inspirera des principes décrits dans le rapport Pon-Coury, notamment dans une perspective de consolidation des éléments du socle de base de la e-santé (référentiels, gisements de données, services numériques socles sécurisés et de confiance) et dans une logique d’urbanisation via des plateformes numériques nationales (Espace numérique de Santé, bouquet de services aux professionnels, Health Data Hub).

Intensifier la sécurité et l’interopérabilité des systèmes d’information en santé
• Action 4 : Généralisation de l’identification numérique des acteurs du système de santé
L’identification numérique des acteurs de santé se caractérise par la mise à disposition de deux référentiels, un pour les professionnels et un pour les structures. Il faut donc achever la transition du référentiel Adeli vers le RPPS et permettre aux autres acteurs du système de santé, lorsqu’ils en ont besoin, de pouvoir disposer d’un identifiant public stocké dans un référentiel national, grâce à un dispositif de délégation de l’enregistrement de ces personnes auprès d’autorités d’enregistrement locales (ARS, établissements de santé et médico-sociaux, conseils départementaux…). La même démarche d’identification nationale sera appliquée aux différentes structures de santé et sera à terme étendue à la description de l’offre de soins en provenance des « répertoires opérationnels de ressources » (ROR).
• Action 5 : Mise à disposition de la e-CPS assortie d’un fournisseur national d’identité sectoriel dit « pro santé connect »
Les situations de mobilité et la généralisation des smartphones pour l’usage de téléservices imposent la dématérialisation de la carte CPS en tant qu’outil d’identification et d’authentification des acteurs du système de santé. De même, la mise en œuvre d’un fournisseur national d’identité sectoriel (dit « pro santé connect ») qui réalise l’authentification à la place des services numériques de santé en les déchargeant de cette gestion devient indispensable. L’expérimentation de ce dispositif en situation d’usage réel doit donc démarrer au plus vite.
• Action 6 : Accélération du déploiement de l’identifiant national de santé (INS)
Le déploiement de l’identifiant national de santé dans les logiciels et systèmes d’information de santé est un prérequis indispensable à un développement cohérent de la e-santé en France. Avec une échéance au 1er janvier 2020, sa mise en œuvre concrète a pris du retard. Il faut donc passer rapidement en phase opérationnelle avec la publication du référentiel INS, la mise en œuvre de pilotes intégrant les téléservices de l’assurance maladie, et fixer une nouvelle date de généralisation.
• Action 7 : Mise à disposition de l’appli carte Vitale (« apCV ») pour l’authentification numérique des usagers du système de santé
La demande des patients d’accéder à des droits à jour en toutes circonstances et de bénéficier de démarches en ligne ont amené les pouvoirs publics à imaginer et concevoir une version dématérialisée de la carte Vitale. Il a été donc décidé, de lancer le développement d’une « appli carte Vitale » (dite « apCV »). De plus associée à une consultation des droits en ligne des organismes complémentaires en santé, elle permettra aux assurés d’accéder à différents services offerts par ces organismes. Cette nouvelle application est positionnée comme fournisseur d’identité de niveau eIDAS « substantiel », en articulation avec les travaux interministériels sur « France connect » et sur l’identité numérique des citoyens. L’expérimentation de « l’appli carte Vitale » démarrera dès cette année.
• Action 8 : Lancement d’une étude relative à l’opposabilité des référentiels de sécurité et d’interopérabilité, et renforcement des dispositifs de contrôle de conformité pour les systèmes d’information en santé financés sur fonds publics
La non-interopérabilité des systèmes d’information en santé est un frein majeur à une utilisation fluide des logiciels et génère de nombreuses ruptures dans les parcours numériques de santé. Le respect des exigences de sécurité relatives à la protection des données de santé est également essentiel. Ainsi l’opportunité d’actualiser les référentiels d’une part, et de proposer des évolutions législatives d’autre part, devra être étudiée dans les prochains mois. En particulier, les services numériques en santé financés sur fonds publics doivent être exemplaires en matière de sécurité, d’interopérabilité, et d’urbanisation. Des dispositifs de mesure de conformités vis-à-vis des textes, méthodes, guides et bonnes pratiques de référence seront élaborés en ce sens.
• Action 9 : Renforcement de la sécurité opérationnelle des systèmes numériques en santé
La criticité et la vulnérabilité de nos systèmes numériques en santé face aux cyberattaques imposent de rechercher et de détecter de façon préventive les failles potentielles pour appuyer les établissements. Il est donc indispensable, d’une part d’étendre le dispositif de déclaration des incidents de sécurité à l’ensemble des acteurs de santé, mais surtout de mettre en place un service national de cybersurveillance en santé.
• Action 10 : Mise en œuvre d’un centre de gestion des terminologies de santé (CGTS) doté d’un serveur multiterminologies (SMT)
Les données numériques de santé se trouvent aujourd’hui majoritairement sous un format « non structuré » pénalisant une exploitation à forte valeur ajoutée métier. La mise en œuvre d’un centre national de gestion des terminologies de santé (CGTS) offrant notamment un guichet national public distribuant gratuitement les ressources sémantiques nécessaires, et la mise à disposition d’un serveur national des terminologies de santé (SMT) seront confiées à l’ANS.

Accélérer le déploiement des services numériques socles
• Action 11 : Poursuite du déploiement et du développement du DMP
Depuis novembre 2018, 5 millions de personnes ont aujourd’hui leur DMP et en moyenne plus de 100 000 personnes ouvrent leur DMP chaque semaine. En plus de l’historique des soins versé par l’assurance maladie, le DMP est aujourd’hui de plus en plus alimenté par les établissements de santé, les professionnels de santé et les patients eux-mêmes. Afin de favoriser son usage, le DMP doit progressivement intégrer de nouveaux services tels que l’interfaçage avec des applis ou des objets connectés, l’ajout d’un carnet de vaccination, la création automatique du DMP pour les nouveau-nés, le développement d’un moteur de recherche facilitant l’accès aux informations ciblées par les professionnels de santé… En outre, son ergonomie sera améliorée afin de faciliter l’usage par les professionnels de santé et les patients. Enfin, d’ici 2022, le DMP sera intégré au sein de l’Espace numérique de Santé et du bouquet de services numériques aux professionnels de santé, dont il constituera l’une des briques fondamentales.
• Action 12 : Accompagnement à l’usage des messageries sécurisées de santé (MSSanté)
L’adoption des messageries sécurisées de santé, aujourd’hui à mi-chemin dans le secteur sanitaire, doit être renforcée. Il faut aller résolument vers leur généralisation en activant tous les leviers, à l’hôpital comme en ville, et à terme, au sein du secteur médico-social dès lors que l’identification nationale publique sera généralisée.
• Action 13 : Développement de la e-prescription
Les bénéfices de la e-prescription, une fois déployée en ville et en établissements de santé, sont multiples pour l’ensemble des acteurs, professionnels de santé et patients. Elle permet notamment de sécuriser le circuit de transmission de l’ordonnance et favorise la coordination entre les professionnels. Dématérialisée à la source par le médecin et utilisée par le pharmacien pour la dispensation, elle permet au médecin de vérifier que son patient s’est vu délivrer le traitement qu’il lui a prescrit. L’extension à d’autres types de prescriptions (biologie, actes infirmiers, actes de kinésithérapie…) permettra également aux professionnels concernés de bénéficier de ces apports. Par ailleurs, le patient pourra disposer de ses prescriptions directement dans son DMP, et à terme dans des applications numériques de son choix (par exemple un pilulier électronique). Le déploiement de la e-prescription en France a débuté en 2019 avec les médicaments, qui correspondent à 50 % des ordonnances aujourd’hui.
• Action 14 : Développement d’outils numériques de coordination de parcours de santé en région avec le programme « e-parcours »
Le programme « e-parcours » vise à offrir un panel de services numériques de coordination pour les professionnels de santé, complémentaire aux trois premiers services socles (DMP, MSSanté, eprescription), afin d’organiser l’articulation entre médecine de ville, médico-social et hôpital, et dans le but de mieux répondre aux besoins de soins de proximité. L’objectif est donc de développer et de simplifier la coordination entre les professionnels au profit de l’usager, dans une logique de prise en charge décloisonnée. En ce qui concerne le secteur médico-social, les projets de modernisation du système d’information des « maisons départementales des personnes handicapées » (MDPH) et du « suivi des orientations » devront s’intégrer en cohérence avec les outils numériques territoriaux de coordination des parcours de santé.

Déployer au niveau national des plateformes numériques de santé
• Action 15 : Lancement du développement de « l’Espace numérique de Santé » sous le pilotage stratégique de la DNS et le pilotage opérationnel de l’assurance maladie
Mesure emblématique de la nouvelle loi Santé, « l’espace numérique de santé » est une plateforme numérique publique, personnelle et personnalisable, mise à disposition de chaque personne dès sa naissance, lui permettant de gérer ses données de santé et de participer à son parcours de santé. Créé automatiquement pour toutes les personnes nées à partir de janvier 2022, l’espace numérique de santé doit permettre de donner accès à l’usager, dans un cadre sécurisé et avec une navigation fluide, à des services numériques de santé développés à leur attention par des acteurs publics et privés. Il doit aussi offrir à l’usager des outils lui permettant d’être acteur de sa santé, grâce à des informations référencées (cf. sante.fr) et des outils d’évaluation du système de santé. Afin de réduire le risque d’exclusion numérique de certains publics (grand âge, handicap, précarité, migrants…), des dispositifs d’accompagnement spécifiques seront étudiés.
• Action 16 : Lancement du développement du « bouquet de services numériques aux professionnels de santé » par une équipe projet mixte, dédiée et agile sous le pilotage stratégique de la DNS et le pilotage opérationnel de l’assurance maladie
Le bouquet de services, en miroir de l’Espace numérique de Santé, aura pour vocation principale de faciliter l’accès à l’ensemble des outils dont un professionnel a besoin dans son exercice quotidien, sans qu’il ait à se réidentifier à chaque changement d’outil. Un médecin pourra par exemple accéder au portail de suivi d’un patient utilisant une application de suivi du diabète sans sortir de son univers logiciel. Ceci passe par une interopérabilité accrue entre les différents outils numériques. Le bouquet de services permettra également aux professionnels de mieux connaître l’offre de services numériques publique et privée disponible, via une offre ouverte et modulable pouvant prendre différentes formes : un catalogue de services accessibles à partir des logiciels métiers par appel contextuel ou par intégration forte (API), mais aussi un portail web incluant une interface utilisateur et proposant un ensemble minimal de services clés en main.
• Action 17 : Lancement du Health Data Hub
Un principe fondateur : les données de santé financées par la solidarité nationale constituent un patrimoine commun. Ces données doivent donc être mises pleinement au service du plus grand nombre dans le respect de l’éthique et des droits fondamentaux des citoyens. Il est primordial d’en garantir un accès aisé et unifié, transparent et sécurisé. C’est la mission du Health Data Hub, qui sera une structure issue de la transformation de l’actuel « institut national des données de santé » (INDS), dont les missions seront renforcées. Au-delà du Health Data Hub, la collection des données de santé dans les systèmes d’information permettra d’évoluer vers une vraie approche populationnelle et épidémiologique.

Soutenir l’innovation et favoriser l’engagement des acteurs
• Action 18 : Accompagnement au déploiement de la télémédecine et du télésoin
L’entrée dans le droit commun des téléconsultations et des téléexpertises, désormais prises en charge par l’assurance maladie, porte pour ambition de déployer de manière importante les prises en charge à distance. Un ensemble de mesures est mis en œuvre, alliant l’intégration de la télémédecine dans les orientations du développement professionnel continu (DPC), l’édition de recommandations par la Haute autorité de santé (HAS), la production d’un référentiel fonctionnel socle d’urbanisation des plateformes de télémédecine, l’enrichissement du cadre d’interopérabilité… Sur le terrain, les projets de télémédecine répondant aux besoins de santé d’un territoire sont soutenus par l’assurance maladie et les ARS qui voient leurs moyens d’action renforcés, en particulier en direction des personnes âgées et des structures de soins de proximité (Ehpad, MSP, hôpitaux de proximité…). En outre, au-delà des interventions médicales, ce sont plus largement toutes les prises en charge à distance qu’il s’agit de déployer, grâce à l’inscription du télésoin dans le projet de loi sur l’organisation et la transformation du système de santé, qui concernera les auxiliaires médicaux et les pharmaciens.
• Action 19 : Soutien à l’évolution des systèmes d’information hospitaliers avec le programme « HOP’EN »
Le programme HOP’EN pour « hôpital numérique ouvert sur son environnement » constitue la feuille de route nationale des systèmes d’information hospitaliers à 5 ans. Ce programme poursuit les efforts engagés par les établissements de santé dans leur virage numérique et leur modernisation. Il porte de nouvelles ambitions pour promouvoir et sécuriser les échanges entre l’hôpital, ses partenaires et ses usagers, avec pour objectif de remettre le patient au cœur du soin et de décloisonner les prises en charge. Il fixe des objectifs pour que l’ensemble des établissements de santé intègre les référentiels et services numériques socles de la e-santé, en mettant le numérique au service des usages.
• Action 20 : Soutien aux systèmes d’information médico-sociaux et accompagnement au virage numérique, via un plan « ESMS numérique »
Pour combler le retard des structures médico-sociales en matière de systèmes d’information et pallier les difficultés à dégager des budgets suffisants pour conduire à la fois la sécurisation, l’équipement matériel, l’acquisition de logiciels métier et leur déploiement, il est nécessaire d’engager un plan de financement pluriannuel dont l’amorçage serait assuré par la CNSA sur ses fonds propres, et dont la prolongation devra être intégrée dans une programmation budgétaire à 3 ans. Ce plan permettra aussi de donner la visibilité nécessaire aux éditeurs de logiciels. Au-delà du soutien à l’investissement, un dispositif d’accompagnement relatif à l’ensemble des enjeux des systèmes d’information (gouvernance, achats, sécurité, interopérabilité…) devra être élaboré.
• Action 21 : Harmoniser les systèmes d’information de gestion de l’Allocation personnalisée d’autonomie (Apa)
Sur la base d’un diagnostic approfondi, un système d’information unifié de la prestation doit permettre de favoriser l’équité de traitement entre les personnes âgées, de simplifier les démarches notamment pour l’accès aux droits et de disposer d’informations populationnelles sur les bénéficiaires de l’Apa et leurs proches aidants, afin d’adapter l’offre et la politique dédiée aux personnes âgées.
• Action 22 : Élaboration d’un dispositif de certification des systèmes d’information hospitaliers et d’une déclinaison pour les systèmes d’information médico-sociaux
Afin d’inscrire le développement des systèmes d’information des établissements de santé publics et privés dans un processus d’amélioration continue sur l’ensemble de ses composantes (gouvernance, respect des bonnes pratiques, atteinte des cibles d’usage…), un référentiel et un dispositif de certification devront être élaborés en concertation avec les parties prenantes concernées. Ils s’appuieront sur un ensemble de normes (Iso) et d’exigences déjà existantes. Ils devront permettre d’alimenter les différentes démarches de certification et serviront d’appui pour la conduite des programmes nationaux. Ils seront régulièrement actualisés… Par ailleurs une déclinaison du référentiel pour les systèmes d’information des structures du médico-social devra être élaborée, en tenant compte de leur maturité et en proposant des guides de référence pour le choix des solutions logicielles.
• Action 23 : Création au sein de la DNS d’un « Lab e-santé », guichet national de l’innovation du numérique en santé
Le rôle du Lab e-santé sera d’identifier, de faire émerger et de diffuser de nouveaux concepts, technologies, solutions et usages en matière de e-santé, et d’aiguiller les acteurs du marché dans l’ensemble des dispositifs existants. Il sera aussi en charge de la mise en relation des concepteurs, des utilisateurs et des investisseurs. Au travers d’études prospectives, du pilotage de « POC » (proof of concept), d’ateliers d’idéation et de concours d’innovation, le Lab e-santé devra stimuler l’innovation en matière de e-santé.
• Action 24 : Création d’un réseau national de structures de santé dites « 3,0 »
Dans le cadre d’un appel à candidatures, un réseau « d’hôpitaux 3.0 », de « maisons de santé 3.0 », « d’Ehpad 3.0 », de « GHT 3.0 », de « pharmacies 3.0 »… sera constitué et piloté par la DNS. Avec un objectif de « small business act » afin de soutenir les start-ups, ces « structures de santé 3.0 » devront se doter de plateformes techniques d’expérimentation permettant de tester les innovations en conditions réelles. Pour chaque innovation, elles auront pour mission de produire un rapport d’évaluation qui sera ensuite publié par le Lab e-santé. Dans un souci d’efficience, ces structures de santé « 3.0 » devront se rapprocher des « living labs » et autres incubateurs de leur territoire.
• Action 25 : Organisation d’un « tour de France de la e-santé » dans toutes des régions, afin de présenter la politique nationale du numérique en santé, débattre sur sa mise en œuvre concrète et mobiliser les acteurs de la e-santé en France (professionnels de santé, représentants d’usagers, industriels, éditeurs, start-ups…)
Piloté par la DNS et organisé par les ARS, ce tour de France de la e-santé doit permettre de partager une feuille de route commune au plus proche des acteurs de la e-santé sur les territoires, afin de créer un élan collectif, seule voie possible pour engager un véritable virage numérique en France.
• Action 26 : Organisation sur les territoires d’ateliers citoyens du numérique en santé
Pilotés et animés par la DNS et l’assurance maladie, ces ateliers de travail auront pour objectif de récolter les attentes des usagers pour leur Espace numérique de Santé, de définir avec eux les fonctionnalités attendues, de valider avec eux les principes ergonomiques, de tester avec eux les premières maquettes… Ils seront régulièrement planifiés entre 2019 et 2022, c’est-à-dire pendant toute la phase de développement de l’Espace numérique de Santé.

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