Au plus près des catastrophes

Au plus près des catastrophes

Les préjudices que peuvent causer les bouleversements naturels peuvent être réduits grâce à une politique de prévention globale. L’objectif : une meilleure sécurité des populations et une réduction des dommages.

Anticiper les catastrophes naturelles, appréhender les impacts qu’elles pourraient provoquer sans les connaître précisément, informer et mettre en œuvre au préalable les mesures adaptées : tels sont les besoins pour déployer une prévention efficace.
Crues du Var en 2015, cyclone Irma en septembre 2017, tempête Eleanor en janvier 2018, grands incendies de forêts à Olmeta (Haute-Corse) ou à Artigues (Var) en 2017, crues de l’Aude en octobre 2018 : la France, de par sa géographie, est exposée à de nombreux risques naturels, d’origines diverses : inondations, mouvements de terrain, avalanches, incendies de forêt, cyclones et tempêtes, mais aussi séismes et éruptions volcaniques.

Les sept piliers de la prévention des risques naturels

Développer la connaissance des phénomènes, de l’aléa et du risque
La diffusion de la meilleure connaissance disponible des risques constitue le socle indispensable pour mieux appréhender les conséquences des phénomènes et mettre en place des parades appropriées en tenant compte de la vulnérabilité de chaque site.
Le site internet Géorisques vise à apporter ces connaissances, à faciliter l’utilisation et le partage des données et des informations cartographiques sur les risques pour tous les publics.
Repères de crues est le site qui permet une connaissance des inondations passées grâce à la constitution de bases de données de repères apposés sur les bâtiments ainsi que des traces éphémères, laissées par l’eau, sur la base d’une démarche participative.
Le public peut aussi apporter de nouvelles informations qui viendront enrichir la banque de données nationale après expertise.
L’objectif dans la consolidation et la modernisation progressive de ces sites est que chaque citoyen dispose d’une information localisée le concernant.
La connaissance du risque est également diffusée et consultable sur les sites des préfectures et des collectivités. Cette connaissance doit régulièrement être mise à jour : une nouvelle crue apporte une connaissance supplémentaire à l’aléa « inondation » auquel un territoire est exposé.
De nouveaux phénomènes, qui demandent la mobilisation rapide et structurée dans la durée, de l’observation voire de la recherche peuvent apparaître.
À la suite de la série de séismes que connaît Mayotte depuis mai 2018, l’État et les scientifiques ont développé la recherche et les études techniques afin d’améliorer, de manière continue, la connaissance des phénomènes. Cette connaissance de l’aléa et du risque est primordiale pour apporter les meilleures réponses.
Enfin, certains aléas connus peuvent demander des investigations nouvelles. C’est le cas par exemple des risques en montagne sous l’impact du changement climatique.

Surveiller et prévoir les inondations
22 000 km de réseau hydrographique métropolitain sont surveillés par la vigilance crues depuis 2006. Au moins deux fois par jour, le niveau de risque associé à ces cours d’eau est analysé, expertisé et publié sur la carte de vigilance crues.
Comme la vigilance météorologique, la vigilance crues utilise un code à quatre couleurs, vert, jaune, orange et rouge, et couvre une période de 24 heures. Cette information est principalement destinée aux pouvoirs publics en charge de la sécurité civile (préfets, maires, etc.) et permet de déclencher les alertes lorsque cela est nécessaire pour mobiliser les moyens de secours. D’ailleurs près de 500 agents du réseau Vigicrues se mobilisent toute l’année pour garantir le bon fonctionnement du réseau de mesure hydrométrique et pour établir prévision et vigilance crues, des missions exigeantes et essentielles lors des épisodes de crues. Le réseau hydrométrique de l’État, c’est près de 3 000 stations de mesure, dont 1 700 retransmettent leurs observations en temps réel au bénéfice notamment des prévisionnistes, des gestionnaires de crise et du grand public à travers le site vigicrues.gouv.fr. Durant l’année 2018, le réseau Vigicrues a été mobilisé de manière soutenue, notamment en janvier et février avec les crues du bassin de la Seine, puis en mai-juin lors d’un long épisode orageux sur la Normandie, la Bretagne et la Nouvelle-Aquitaine et enfin en octobre avec un épisode méditerranéen meurtrier dans l’Aude. Au cours de cette année, la carte Vigicrues a affiché pendant 66 journées au moins un tronçon de cours d’eau en vigilance orange et pendant 4 journées au moins un tronçon en vigilance rouge.
• Dangers météorologiques : prévoir et avertir
Service météorologique et climatique national, Météo-France exerce les attributions de l’État en matière de sécurité météorologique des personnes et des biens. Le service est ainsi en charge de la prévision du temps et particulièrement des phénomènes météorologiques dangereux, de la mémoire du climat passé et de l’étude du climat futur. Pour cela, Météo-France opère des infrastructures d’observation, développe des modèles de prévision du temps et du climat, mène des travaux de recherche et forme les futurs experts dans ces domaines. Grâce à cette approche associant recherche de haut niveau et expertise opérationnelle, Météo-France accompagne les pouvoirs publics pour l’anticipation des risques météorologiques et l’adaptation au changement climatique.
– Sécurité météorologique des personnes et des biens : Météo-France apporte son expertise technique aux services de l’État chargés, en métropole et outremer, de la sécurité civile, de la prévention des risques majeurs et de la sûreté nucléaire. Pour ce faire, elle réalise et diffuse des bulletins d’avertissement relatifs aux phénomènes météorologiques dangereux ainsi que la carte de vigilance. Et contribue également à la gestion de risques naturels (inondation et de sécheresse), mais aussi de risques sanitaires et technologiques (qualité de l’air, pollens, prévision de la dispersion de pollutions accidentelles – chimiques ou nucléaires – dans l’atmosphère ou à la surface de la mer).
– La vigilance météorologique : mise en place en octobre 2001 par Météo-France, la vigilance est conçue pour informer simultanément la population, les pouvoirs publics et les médias en cas de phénomène météorologique dangereux en métropole dans les prochaines 24 heures. Elle vise à attirer l’attention de tous sur les conséquences potentielles d’une situation météorologique pour la sécurité des personnes et la protection des biens et à faire connaître les précautions pour se protéger.
La vigilance est également destinée aux services de la sécurité civile et aux autorités sanitaires qui peuvent ainsi alerter et mobiliser respectivement les équipes d’intervention et les professionnels et les structures de santé.
Ce dispositif est complété en métropole par des bulletins marine et des bulletins d’estimation du risque d’avalanche et en outre-mer par un système de veille et d’alerte cyclonique.

Diffuser l’information préventive et participer à l’éducation des populations
Depuis 1987, la loi a mis en place un droit à l’information pour tout citoyen sur les risques naturels et technologiques majeurs auxquels il est exposé.
Pour ce faire le dossier départemental sur les risques majeurs (DDRM) est élaboré par les services du préfet, et consultable en préfecture, en mairie et sur internet. C’est le premier pas essentiel dans l’information donnée aux citoyens. Il précise, en effet, pour chacune des communes du département, le ou les risques naturels ou technologiques auxquels ses habitants peuvent être confrontés un jour.
Le document d’information communal sur les risques majeurs (Dicrim) est élaboré sous la responsabilité des maires des communes concernées par des risques. Il s’accompagne d’un affichage des risques et des consignes destinées à tous les citoyens et régulièrement mises à jour.
• L’information des acquéreurs et des locataires de biens immobiliers sur les risques naturels et technologiques (IAL) : les acquéreurs et les locataires doivent être informés sur les servitudes liées à la prise en compte des risques, sur les indemnisations versées consécutivement à un arrêté de reconnaissance de catastrophes naturelles et sur la réalisation de travaux prescrits au titre de la prévention des risques.
• Les 2 campagnes d’information : le ministère de la Transition écologique et solidaire, en lien avec de ministère de l’Intérieur, met en place régulièrement des campagnes de communication pour faire connaître les comportements qui sauvent des vies humaines, qui participent de la prévention des risques :
– la campagne de prévention des pluies dites pluies méditerranéennes intenses, concerne les 15 départements de l’arc méditerranéen touchés par ce type d’événements. Elle est diffusée de fin août à mi-octobre ;
– la campagne prévention des incendies de forêts cible les 32 départements du sud et du sud-ouest de la France les plus exposés et sera lancée cette année début juin.
Au-delà de l’information, l’éducation s’avère aussi une démarche indispensable pour réduire les impacts des catastrophes naturelles. La connaissance de mesures de prévention des risques est inscrite dans les programmes scolaires et les établissements situés en zones soumises à des risques doivent, depuis 2002, mettre en place un plan particulier de mise en sûreté.

Prendre en compte les risques naturels dans l’aménagement des territoires
À la suite des études menées ou dans le cadre des informations portées à leur connaissance par l’État, les collectivités territoriales doivent intégrer la prévention des risques dans leurs documents d’urbanisme communaux ou intercommunaux.
Du reste, dans les territoires les plus exposés ou lorsque cette initiative fait défaut, l’État met en place, en concertation avec les collectivités, des plans de prévention des risques naturels. Enfin dans les deux cas, l’objectif poursuivi est le même : empêcher l’augmentation de l’occupation humaine là où la vie pourrait être menacée, l’exposition accrue des biens aux aléas naturels et ainsi limiter les dommages en cas d’événement.
Quant aux littoraux, ce sont des territoires attractifs et dynamiques, qui sont particulièrement exposés aux aléas naturels, lors des tempêtes notamment. L’élaboration de plans de prévention des risques littoraux participe donc à la prise en compte de ces risques dans l’aménagement, dans un contexte de pressions à la fois anthropiques et naturelles. Aussi le changement climatique est notamment pris en compte au travers d’une première cartographie intégrant l’élévation du niveau de la mer à courte échéance (+20 cm par rapport au niveau actuel) et d’une autre cartographie à 100 ans (+60 cm).
En outre 20 % du littoral français (hors Guyane) sont concernés par le recul du trait de côte. Un chiffre qui pourrait être revu à la hausse avec les effets du changement climatique. D’autre part l’érosion, phénomène lent, ne met pas en jeu des vies humaines, mais conduit à terme à la disparition définitive du terrain. En ce sens, le recul du trait de côte constitue un paramètre à prendre en compte pour l’aménagement des territoires littoraux à moyen ou long terme.
De ces faits des études scientifiques sont menées pour mieux comprendre l’impact potentiel du changement climatique sur l’érosion du littoral.
À noter qu’un indicateur national de l’érosion côtière a été produit par le Cerema afin de disposer d’un état des lieux de l’évolution du trait de côte sur le littoral français.

Réduire la vulnérabilité des territoires et du bâti
En matière de prévention des inondations, la mise en œuvre de la réforme Gemapi (Gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations) permettra de mieux connaître et rationaliser le réseau de digues et de les organiser en systèmes d’endiguement, avec des zones protégées identifiées. Ce travail requiert une mobilisation importante des collectivités locales, avec l’appui des services de l’État.
• À l’échelle des bâtiments : les PPR fixent des prescriptions pour permettre de réduire la vulnérabilité du bâti d’une part et la mise en œuvre des travaux – soutenue par le fonds de prévention des risques naturels majeurs (FPRNM), à un taux augmenté de 40 à 80 % à partir de 2019 pour le risque d’inondation – d’autre part.
Aux Antilles, des dispositifs spécifiques visent à réduire la vulnérabilité du bâti aux séismes. À partir de 2019 et pour 5 ans, le FPRNM sera mobilisé pour permettre de conforter des bâtiments de l’État nécessaires à la gestion de crise. Un des enjeux majeurs reste le « Build back better », ou, plus précisément,
« Construire et reconstruire mieux ». Cela ne passe pas nécessairement par des normes de constructions nouvelles et complexes, mais par la mise à disposition des professionnels et des particuliers, de référentiels partagés, de conseils, y compris en lien avec le secteur des assurances. Construire plus résilient n’est pas nécessairement plus cher.

Programmes d’actions de prévention des inondations
Au 1er janvier 2019, 185 programmes d’actions de prévention des inondations (Papi) ont été labellisés. Ils représentent 1 983 millions d’euros alloués à la prévention des inondations au total, pris majoritairement par les collectivités avec un complément de 815 millions d’euros d’aide de l’État, principalement au titre du fonds de prévention des risques naturels majeurs. Toutefois la masse la plus importante de dépense concerne les travaux sur les systèmes d’endiguement (50 %), par nature plus coûteux.
Les Papi constituent de véritables démarches d’aménagement durable, dont l’inscription dans le temps se justifie, compte tenu des investissements envisagés et de la nécessité de disposer d’un programme partagé avec les différentes parties prenantes : diagnostic de territoire, dialogue avec les associations des riverains, recherche de partenaires, équilibre des mesures et, pour les parties demandant des travaux, mise en œuvre effective.
La durée d’élaboration du Papi est variable selon la maturité du territoire et peut couvrir 1 à 3 ans, avec un accompagnement de l’État. La convention-cadre Papi s’étend sur 6 ans.

Se préparer à la crise
Le risque zéro n’existe pas. Quelle que soit l’importance des mesures préventives, il faut s’adapter pour faire face aux différents risques par la mise en œuvre de moyens humains et matériels appropriés. Les pouvoirs publics ont le devoir, une fois l’évaluation des risques établie, d’organiser les moyens de secours nécessaires pour faire face aux crises. Cette organisation nécessite, toutefois un partage équilibré des compétences entre l’État et les collectivités territoriales.
• Le rôle du maire : il est responsable de l’organisation des secours de première urgence et il peut mettre en œuvre le plan communal de sauvegarde (PCS). Ce plan s’appuie sur les informations contenues dans le dossier d’information communal sur les risques majeurs (DICRIM) :
– il détermine, en fonction des risques connus, les mesures immédiates de sauvegarde et de protection des personnes ;
– il fixe l’organisation nécessaire à la diffusion de l’alerte et des consignes de sécurité ;
– il recense les moyens disponibles ;
– il définit la mise en œuvre des mesures d’accompagnement et de soutien à la population.
Le PCS est obligatoire dans les communes dotées d’un plan de prévention des risques naturels prévisibles approuvé ou situées dans le champ d’application d’un plan particulier d’intervention. En cas de survenance d’une catastrophe, il intègre les moyens de la commune dans le dispositif de gestion aux côtés des autres intervenants (secours publics, associations, etc.).
• Le dispositif Orsec : lorsque l’organisation des secours revêt une ampleur ou une nature particulière, elle fait l’objet, dans chaque département et dans chaque zone de défense et en mer, d’un dispositif organisant la réponse de sécurité civile (Orsec, loi de modernisation de la Sécurité civile du 13 août 2004) :
– le dispositif Orsec départemental est arrêté par le préfet et détermine, compte tenu des risques existants dans le département, l’organisation générale des secours et recense l’ensemble des moyens publics et privés susceptibles d’être mis en œuvre ;
– le dispositif Orsec de zone est mis en œuvre en cas de catastrophe affectant au moins deux départements de la même zone de défense ou rendant nécessaire la mise en œuvre de moyens dépassant le cadre départemental ;
– le dispositif Orsec maritime décline ces principes pour les risques existants en mer.
Soit dans l’ensemble, les dispositions des plans Orsec prévoient les mesures à prendre et les moyens de secours à mettre en œuvre pour faire face à des risques de nature particulière ou liés à l’existence et au fonctionnement d’installations ou d’ouvrages déterminés. Ils peuvent définir un plan particulier d’intervention (PPI), notamment pour des sites industriels classés Seveso, des barrages hydroélectriques ou des sites nucléaires.

Tirer des retours d’expérience
Le retour d’expérience (Rex) se fait sous l’égide du préfet ou, pour des catastrophes majeures, des ministres de l’Intérieur et de l’Environnement. L’enjeu est de mieux préparer, capitaliser et partager les retours d’expérience pour progresser collectivement d’une catastrophe à une autre.

Assises des risques naturels
La 4e édition des Assises nationales des risques naturels, organisée par le ministère de la Transition écologique et solidaire, a réuni l’ensemble des acteurs de la prévention les 25 et 26 mars derniers.

Le thème de 2019 : l’adaptation des territoires pour une société résiliente
Les acteurs ont débattu autour de six ateliers participatifs :
• Synergies aménagement, prévention des inondations et gestion des milieux aquatiques : la nouvelle compétence de la gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations (Gemapi), en place depuis le 1erjanvier 2018, organise des compétences jusqu’alors morcelées : urbanisme, prévention des inondations, gestion des milieux aquatiques. En pratique, il s’agissait, dans cet atelier, de prendre la mesure des synergies entre ces politiques publiques, dans le court, moyen et le long terme, l’identification des outils qui peuvent jouer un rôle de levier et la façon d’établir des stratégies.
• Vulnérabilité et résilience des bâtiments : une des façons d’aborder les questions de vulnérabilité et de résilience des bâtiments consiste à raisonner en coût global, c’est-à-dire en coût intégrant tous les aléas de la vie auxquels les bâtiments peuvent être exposés. Parmi eux figurent les aléas naturels. Et les prendre en compte nécessite de s’interroger sur le référentiel technique et réglementaire : quel est-il ? Comment y accéder ? L’atelier a donc abordé plus largement les méthodes en intégrant les aléas naturels dans la conception et dans la rénovation du bâti.
Les travaux ont porté également sur la sensibilisation et la formation des professionnels.
• Se préparer à la gestion du post-événement :
– la gestion de l’urgence ;
– le rétablissement des fonctions essentielles au fonctionnement du territoire ;
– la reconstruction proprement dite.
Ces temporalités ont été explicitées en tenant compte des acteurs et de leurs rôles respectifs. Et les travaux conduisent à dresser un état des lieux des connaissances afférentes à chacune de ces étapes et un éclairage des questions soulevées aborderont en particulier les enseignements apportés au niveau international.
• Activité touristique et risques naturels : l’accueil et les activités touristiques se font, dans certains cas, dans des territoires exposés à des risques naturels spécifiques, parfois brutaux : les littoraux (submersions marines), les montagnes (crues torrentielles, avalanches). L’atelier visait à réfléchir avec les professionnels du tourisme, les scientifiques et les responsables de la gestion des risques sur la meilleure manière de sensibiliser et d’informer les touristes aux risques naturels des sites fréquentés et d’intégrer la prise en compte des risques naturels dans l’aménagement des lieux d’accueil.
• Le numérique, les nouvelles technologies et la gestion des risques : les nouvelles technologies de l’information, le numérique apportent de nouveaux outils à la prévention des risques naturels. Ils peuvent participer à une meilleure connaissance ou à une connaissance plus partagée des risques et permettre des évolutions de comportement. Aussi les bénéfices à en tirer peuvent concerner tant la prévention des risques que la gestion de crise et le postévénement. L’examen de la place des nouvelles technologies dans ces trois étapes était le fil rouge proposé durant cet atelier. Il conviendrait donc de s’interroger sur la gouvernance, le modèle économique et les possibilités de régulation des informations véhiculées par les réseaux sociaux lors d’un événement dommageable.
• Place des acteurs économiques dans la prévention des risques naturels : chaque événement naturel peut produire des dommages aux entreprises avec des conséquences immédiates sur leur activité, l’emploi ainsi que sur son territoire d’implantation, voire au-delà. In fine les entreprises peuvent être le relais d’informations sur la prévention vers leurs salariés. L’atelier a abordé la prise de conscience des composantes économiques liées à la prévention des risques naturels, la collaboration public-privé en matière de partage des données et les interdépendances au sein des territoires entre les activités économiques et les opérateurs de réseaux.

Des bonnes pratiques face aux risques naturels
• Nouvelles technologies et innovations numériques
L’idée de Numerisk vient de deux jeunes entrepreneurs, l’un est géographe, et l’autre informaticien. Paul Heymes, cofondateur de la start-up, explique : « Nous sommes partis d’un constat simple : les plans communaux de sauvegarde étaient très statiques, sous forme papier, pas toujours mis à jour, etc. En temps de crise, l’information doit être rapidement accessible et de haute qualité. Nous avons donc créé Numerisk, une plateforme web voulue intuitive et pédagogique ».
Les fondateurs de Numerisk décident d’associer les acteurs locaux dans deux comités (technique et de prototypage) afin de partager les retours d’expérience de chacun. En septembre 2017, un prototype est mis en place sur l’île d’Oléron, associant la communauté de commune de l’Île d’Oléron et 5 communes. Et parallèlement, un comité technique regroupant la communauté de commune, les services de secours et les services de l’État est créé.
Sur la plateforme, accessible via une licence, les collectivités retrouvent l’ensemble des informations de leur plan communal de sauvegarde (PCS) et les données sont mises à jour régulièrement. À noter que l’offre s’adresse avant tout aux petites et moyennes communes, puisqu’elles sont plus enclines à la mutualisation. « La force du numérique est l’amélioration permanente des supports et la possibilité de mettre à jour rapidement les données » précise Paul Heymes. Ainsi après la crise, l’outil propose la formalisation de rapports (suivi de la prise de décision, retours terrain…) qui se fait automatiquement. « Ce temps de rapport est très long. Après Xynthia, il a fallu 2 à 3 semaines pour l’élaborer, c’est du temps que l’on n’alloue pas à autre chose et qui est précieux après une crise. »
La start-up travaille actuellement au développement en mode hors ligne de son application mobile : « En temps de crise, les réseaux sont parfois coupés. Nous travaillons donc sur ce point, en veillant à ce que l’information soit toujours pertinente et qualitative ». Un outil pour faciliter toujours plus la gestion de crise dans sa globalité.
• Réduction de la vulnérabilité des constructions et territoires
Dans la prévention des risques d’incendie de forêts, le débroussaillage a toute son importance d’ailleurs dans plusieurs régions françaises, celui-ci est devenu obligatoire pour les propriétaires ou ayants droit d’un terrain. D’autant plus que cette obligation légale de débroussaillage est issue du code forestier et de l’arrêté préfectoral du département concerné. Par ailleurs si le propriétaire doit débroussailler son terrain, la mairie se doit d’informer, d’accompagner et de veiller à la bonne application de la réglementation en réalisant des contrôles. Par exemple, dès 2016, le service sécurité civile de la ville de Montpellier a récupéré la gestion complète de cette obligation.
« La réglementation était complexe, nous avons souhaité être accompagnés et formés pour, ensuite, nous l’approprier et vulgariser l’obligation », explique Thomas Lopez, ingénieur sécurité civil. Cette même année, la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) demande à la ville d’accompagner l’Office national des forêts (ONF) dans ses missions de contrôle, afin d’impliquer complètement la ville dans la démarche. « Nous avons eu le transfert de compétence par la DDTM fin 2016, de manière à préparer notre première campagne. » Dès 2017, la commune mène seule les démarches de contrôle, sans l’ONF. « Depuis, nous avons évolué et progressé. Par exemple, les outils de contrôle et les supports d’information à destination de la population sont aujourd’hui différents de ce qu’ils étaient en 2016 », précise Thomas Lopez.
La démarche a été progressive. Sur le volet communication, la municipalité a pris le parti de la pédagogie. « Nous avons adressé des courriers personnalisés, signés par le maire, aux propriétaires concernés par cette obligation. Nous leur avons expliqué le type de débroussaillement à réaliser suivant la zone où se trouvait leur terrain. L’idée était qu’à leur tour, les propriétaires s’imprègnent de l’obligation.
En parallèle, nous avons diffusé les informations sur internet via une foire aux questions et réalisé des réunions publiques en partenariat avec les sapeurs-pompiers et la DDTM », ajoute Thomas Lopez.
Pour ce, 12 agents de surveillance de la voie publique, formés en interne sur l’obligation ont été chargés de suivre son application tout au long de l’année. Une agente du service sécurité civile se consacre, entre autres, au suivi administratif de l’ensemble des dossiers : 3 500 propriétaires sont destinataires de courriers personnalisés. Chaque année, ce sont plus de 200 parcelles qui sont contrôlées sur les 2 500 concernées.
Demain, sera mis en ligne une cartographie à disposition du grand public, et chacun pourra savoir précisément s’il est concerné ou non par une obligation légale de débroussaillement. Celle-ci a été élaborée grâce au croisement de plusieurs données. « Il existe des cartes qui déterminent les zones sujettes aux incendies de forêt, celles qui sont concernées par un plan de prévention des risques d’incendies de forêts (PPRIF) approuvé par le préfet. Pour l’obligation légale de débroussaillage, c’est plus complexe : il existe une carte zonale, mais il n’y a pas l’information sur son type d’obligation, qui se traduit concrètement par quelle surface je dois débroussailler », explique l’ingénieur. Cette cartographie sera disponible dans les prochains mois.
• Culture du risque et implication des acteurs
De nombreuses actions sont portées par le syndicat mixte Ameva EPTB Somme pour développer la culture du risque. Tout commence en 2016, lors des Assises nationales des risques naturels : « Nous avions échangé avec les acteurs du territoire sur le fait de pouvoir mutualiser nos actions en matière de prévention et de culture du risque. Comme le territoire est concerné par deux TRI (territoires à risque important d’inondation), Abbeville et Amiens, il nous semblait intéressant de mener une action globale sur cette zone. Peu de temps après, un appel à projets national pour promouvoir les actions innovantes a été lancé. Nous en avons profité pour concrétiser nos échanges », explique Laurent Guerry, chargé de projet risque inondation.
Le choix est rapidement fait : les actions seront centrées sur les plus jeunes, un public « réceptif et sensible ». S’ensuivent de nombreuses réunions, en concertation. « Nous voulions réellement construire ces actions avec l’ensemble des parties prenantes. Il y avait autour de la table l’IFFO-RME (une association de formation au risque), une association d’anciens sinistrés des inondations de 2001, les services de l’État, les collectivités locales et l’Éducation nationale, chacun apportant son expertise sur les sujets ».
Par ailleurs le syndicat s’est appuyé sur l’argent perçu via l’appel à projets (29 500 euros, financé à 80 % par l’État) pour les livrets pédagogiques et par effet de levier, profité des fonds alloués par le programme d’actions de prévention des inondations (PAPI) pour mettre en place le village inondation.
Bilan, ce sont 5 000 livrets pédagogiques de 24 pages qui ont ainsi été mis à disposition des élèves du territoire, gracieusement. Un village inondation a été organisé, sous forme d’un itinéraire. Les élèves ont pu découvrir l’eau sur le territoire : « Nous ne souhaitions pas présenter le risque de manière frontale et anxiogène, mais plutôt présenter l’ambivalence de l’eau. Nous avons donc commencé par expliquer le cycle de l’eau puis abordé le risque d’inondation. La dernière date de 2001, les jeunes n’y ont pas été confrontés. Nous avons par exemple amené les élèves à la gare d’Abbeville et montré en parallèle des photos de l’époque, lorsque la gare était inondée. L’idée était de montrer l’impact de l’inondation sur le quotidien des jeunes », explique Laurent Guerry. 200 élèves ont participé à cet événement. Et, à travers les enfants, ce sont les parents qui sont touchés : « Nous souhaitons adapter les supports utilisés lors de l’itinéraire avec les scolaires, des cartes géantes notamment, pour l’étendre à d’autres événements, ouverts à tous ». Toutefois il aura fallu une année pour mettre en place le livret et le village inondation.

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