À la mode française

À la mode française

Dans le secteur de la mode et du luxe, la place de Paris dont la notoriété est incontestée, est en permanente compétition avec Londres, Milan ou New York. Le contrat de filière signé il y a peu en témoigne.

La mode et le luxe (textile, mode et habillement, travail du cuir, horlogerie, bijouterie, joaillerie, orfèvrerie, parfums et cosmétique), porteurs de l’excellence de la France, génèrent directement plus de 600 000 emplois, et près d’un million d’emplois en tenant compte des effets indirects sur les transports, la logistique, l’informatique, l’immobilier, et des effets induits via la distribution de revenus.
Les entreprises françaises exportent toujours plus (35,7 Md€), tirant profit de la mondialisation et de l’enrichissement de nouveaux pays, notamment en Asie.
Le marché mondial du luxe devrait continuer à croître de 4 à 5 % par an pour atteindre 280 à 290 Md€ d’ici à 2020.

 La filière Mode & Luxe
Caractérisée par une grande diversité d’acteurs et de métiers répartis sur le territoire, la filière Mode & Luxe est composée de grands groupes, de marques de créateurs et de prêt-à-porter, d’artistes, et d’entreprises de fabrication/confection travaillant pour leur compte propre ou en sous-traitance pour les marques, dont une grande majorité sont des PME voire des TPE, réunies parfois au sein de petits groupes familiaux.
Pour la fabrication, les grandes « maisons » du secteur s’appuient en effet sur un réseau de PME détentrices dans tous les métiers de la filière, de savoir-faire d’exception, d’une grande technicité, parfois rares, et ancrés dans les territoires.
Les PME de l’industrie du luxe, moins visibles, et en prise directe avec une vive concurrence internationale, doivent maintenir leurs capacités de production, préserver leurs savoir-faire, évoluer vers de nouveaux modèles de compétitivité et permettre ainsi à Paris, capitale de la mode, de conserver son pouvoir d’attraction.
La filière mode et luxe est confrontée à de nouvelles problématiques : transformation des comportements des consommateurs, importance de l’expérience client, émergence de façons inédites de produire et de vendre nécessitant l’adaptation des compétences et des métiers, politique d’excellence en recherche et développement, déploiement de technologies innovantes, besoins importants en financement, transmission des outils de production, attention particulière à porter aux ressources et à l’environnement, ainsi qu’à l’humain et au sens.

Les actions

Formations techniques et promotion des métiers de la filière
La filière mode-luxe-matière compte près de 600 000 emplois. Les métiers techniques figurent tout particulièrement dans des branches textile (60 000 emplois), habillement (35 000) et maroquinerie (21 000). Dans ces secteurs, il faut pourvoir les postes suite aux départs en retraite et aux créations d’emploi, et l’on rencontre des difficultés à recruter. Au total, c’est a minima de l’ordre de 10 000 recrutements par an auxquels il faut procéder pour la filière, pour des environnements à caractère technique.
Or les métiers techniques liés à la mode souffrent souvent d’une image dévalorisée. En outre, nombre d’ateliers et manufactures sont installés dans des territoires ruraux, posant la question de leur attractivité.
À la difficulté de recruter s’ajoute la question des compétences, constat fait d’une rupture entre la technicité indispensable attendue sur les tâches de base et les connaissances des jeunes diplômés.
• Objectifs :
– lever les difficultés de recrutement pour permettre d’intégrer 10 000 salariés en production par an pour la filière pendant 5 ans ;
– développer et adapter l’offre de formations techniques pour l’acquisition et l’évolution des savoir-faire, notamment pour accompagner les 130 000 salariés à métier technique à l‘intégration du numérique, de la robotique/cobotique, et aux changements dans l’organisation du travail associés à l’évolution des cycles et aux exigences simultanées de qualité et de réactivité/rapidité ;
– sauvegarder et transmettre les savoir-faire.
• Points clés et principaux engagements de l’État et de la filière :
– développer des approches de formation innovantes ;
– engager des coopérations synergiques entre la filière et les ministères de l’Éducation nationale et du Travail, pour adapter les programmes d’enseignement et articuler formations initiale, professionnelle et continue ;
– augmenter le nombre d’apprentis de 20 % par rapport au nombre actuellement dans la filière d’ici 2022 ;
– engager une campagne de communication avec les fédérations professionnelles et les organismes de formation et assurer une cohérence nationale des actions de promotion en 2019 et 2020.

Transformer l’écosystème de l’enseignement supérieur et de la recherche
Caractérisé par un nombre important d’acteurs hétérogènes, le système français d’enseignement de la mode souffre d’éclatement et de déficit de lisibilité. L’absence de pôle d’excellence identifié, de structuration des parcours supérieurs ou d’enseignement et de recherche reflète par ailleurs une certaine méconnaissance de la réalité économique et des enjeux de la filière. Afin de gagner en rayonnement et à terme de former un nombre suffisant d’encadrants indispensables non seulement à la création et au marketing, mais aussi à la supply chain et à l’innovation, il est important de lui offrir une taille critique et de le restructurer.
• Objectifs :
– finaliser l’intégration de l’École de la Chambre syndicale au sein du nouvel Institut français de la Mode (IFM) axé autour de la création, du management et du savoir-faire.
– développer la Conférence des Écoles Supérieures de Mode (CESUM) et de ses activités ;
– mettre en œuvre une politique de recherche, de recherche appliquée et de développement en lien avec l’industrie 4.0.
• Points clés et principaux engagements de l’État et de la filière :
– rentrée 2020 : ouverture du nouvel IFM avec 800 étudiants et des formations allant du CAP au doctorat ;
– engagement de l’État et de la filière pour finaliser le financement de la nouvelle École durant sa phase de montée en puissance (2019-2022).

Améliorer la compétitivité des PME sous-traitantes et les accompagner dans leur transformation vers l’industrie du futur
Dans un marché en croissance, en termes de capacité et de services, les sous-traitants ont, de façon urgente, besoin d’investir dans de nouveaux outils et processus de fabrication, de renforcer la polyvalence de leurs salariés, de travailler avec leurs donneurs d’ordres pour fluidifier la chaîne de fabrication, et de passer à l’usine du futur, tout en conservant l’excellence de leur savoir-faire.
• Objectifs :
– donner aux sous-traitants les moyens de conforter leur compétitivité dans un contexte de croissance et de transformation des marchés.
– accompagner le changement, notamment technologique, de l’outil de production.
– permettre de financer l’augmentation de l’activité des sous-traitants, conforter leur pérennité, garantir le financement des nouveaux investissements et l’augmentation du besoin en fonds de roulement.
• Points clés et principaux engagements de l’État et de la filière :
– réaliser d’ici l’automne 2019 un diagnostic 360 ° auprès d’un panel représentatif d’une vingtaine de façonniers/sous-traitants, qui devra aborder des sujets tant stratégiques et managériaux que technologiques.
– créer un accélérateur sectoriel (éventuellement opéré par Bpifrance) dédié à la filière mode et luxe pour les entreprises en croissance proposant un tronc commun à l’ensemble des acteurs de la filière et des programmes spécifiques dédiés, notamment au développement des marques émergentes et à l’accélération des entreprises de sous-traitance.
– cofinancement par les entreprises bénéficiaires, les partenaires représentant la filière et Bpifrance.

Accompagner et financer les entreprises de mode émergentes
Nombre de financeurs constatent trop souvent des problèmes de structuration des jeunes entreprises et de fragilité de leurs modèles économiques. Si Bpifrance, l’IFCIC, les secteurs de la couture, de la chaussure et de l’habillement ont mis en place depuis quelques années des dispositifs de coaching 360 ° pour pallier ces faiblesses, un couplage plus étroit des dispositifs d’aides et des financements existants gagnerait en efficacité.
• Objectif : faciliter le financement à moyen terme des entreprises émergentes en accompagnant leur développement et en confortant les activités de prêt.
• Points clés et principaux engagements de l’État et de la filière :
– conforter les moyens de l’IFCIC (Institut de financement du cinéma et des industries culturelles) ;
– créer une chaire IFM/LEM (Lille Économie Management) sur les nouveaux modèles économiques dans la mode en 2019 ;
– créer un accélérateur sectoriel dédié à la filière mode et luxe pour les entreprises en croissance proposant un tronc commun à l’ensemble des acteurs de la filière et des programmes spécifiques dédiés, notamment au développement des marques émergentes et à l’accélération des entreprises de sous-traitance.

Élaborer un dispositif de traçabilité pertinent
L’industrie de la mode et du luxe, parce qu’elle s’appuie sur des chaînes de valeur complexes et souvent fragmentées géographiquement, génère chez le consommateur une demande de transparence sur l’impact économique, social et environnemental des activités ayant permis de concevoir, produire, transporter et commercialiser des biens de consommation tels que des vêtements, des sacs à main ou des bijoux.
Cette demande de transparence à l’égard des fabricants, des donneurs d’ordre, des marques et des distributeurs s’affirme sur les réseaux sociaux avec des mouvements de grande ampleur.
• Objectifs :
– disposer d’un état des lieux des meilleures technologies disponibles sur le marché adaptées aux caractéristiques de la filière « Mode et Luxe » ;
– identifier les répertoires les plus adaptés au regard des enjeux liés à la production manufacturière de la sécurisation de la chaîne de valeur afin de donner des outils concrets aux PME pour répondre aux demandes de vérification de leurs donneurs d’ordre ;
– développer une perception commune des enjeux de traçabilité dans la filière ;
– disposer d’une solution technologique efficace et sécurisée permettant de garantir l’intégrité des données sensibles dans les relations entre acteurs d’une chaîne de valeur ;
– mettre en place une communication positive en direction des consommateurs de mode et de luxe associant les valeurs de la créativité et des savoir-faire à celles de la nouvelle économie digitale.
• Points clés et principaux engagements de l’État et de la filière :
– lancer en 2019 un appel d’offres piloté notamment par les Centres Techniques Industriels afin de sélectionner un prestataire chargé d’élaborer un cahier des charges décrivant les besoins et proposant des solutions techniques appropriées.
– l’État s’engage à mettre à disposition les dispositifs de financements dans le cadre des procédures établies par le Programme des investissements d’avenir : appel à projets ATF (Accompagnement et Transformation des Filières) de plateformes numériques de filières industrielles.

Impulser une dynamique vertueuse d’économie circulaire
La filière est confrontée à la difficulté de trouver des circuits de recyclage valorisants, efficaces et durables. Par ailleurs, la plupart des entreprises, PME/TPE manufacturières ancrées le territoire, n’ont pas la taille critique ou les ressources internes pour mettre en place une politique structurée en la matière.
• Objectifs :
– démontrer la faisabilité des solutions techniques/organisationnelles innovantes les plus prometteuses en matière d’économie circulaire (R&D) pour le recyclage des matières ;
– permettre la confection de nouveaux vêtements par la reconstitution d’une fibre suffisamment longue pour autoriser le cardage et le retissage ;
– réussir à recycler le polyester (60 % des fibres employées, en particulier dans les vêtements textiles et techniques) pour être ensuite fondu et refilé en France.
• Points clés et principaux engagements de l’État et de la filière :
– développer deux démonstrateurs testant : un procédé de recyclage mécanique en boucle fermée de fibres de coton issues de vêtements usagés d’ici juillet 2019 ; et un procédé chimique en boucle semi-ouverte intégrant à la fois des produits en fin de vie et des déchets de production en polyester d’ici 2022 ;
– l’État s’engage à mettre à disposition les dispositifs de financements dans le cadre des procédures établies pour les AAP Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie).

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