Vieux jours en questions

Vieux jours en questions

Le ministère des Solidarités et de la Santé a lancé avec Make.org une vaste consultation citoyenne en ligne autour de la question « Comment mieux prendre soin de nos aînés ? »

Avec 414 000 participants et 1,7 million de votes, la consultation témoigne des fortes attentes citoyennes. Et les résultats recueillis nourriront les forums régionaux, ateliers et groupes de parole organisés par le ministère des Solidarités et de la Santé jusqu’en janvier 2019.

La méthodologie de la consultation
Du 1er octobre 2018 au 5 décembre 2018, des milliers de personnes ont répondu à la question « Comment mieux prendre soin de nos aînés ? » en proposant leurs solutions et en votant sur celles des autres. Make.org a veillé à toucher tout individu en respectant la répartition des âges, genres et géographies à l’échelle de la France. Ensuite, l’algorithme s’est assuré que chaque proposition était soumise aux votes citoyens pour offrir à toutes une chance égale.
À leur arrivée sur la plateforme, les propositions citoyennes étaient regroupées en grandes idées exprimant des solutions similaires. Et pour les classer, l’algorithme tenait compte des votes « pour » et « contre » ainsi que des mentions « coup de cœur », « banalité », « surtout pas ! » et « réaliste ».
À partir des solutions que les citoyens ont plébiscitées, Make.org a réuni en ateliers entreprises, associations, citoyens et institutions partenaires pour bâtir des actions concrètes.

Les propositions déposées

Repenser l’accompagnement, les lieux, la santé et le quotidien
• 1re préoccupation : les conditions de travail et de vie des personnes en charge de l’accompagnement, les professionnels et les proches aidants. Les citoyens soulignent notamment le manque de moyens, de reconnaissance sociale, de temps, le niveau des salaires, les manques de formation, le matériel obsolète…
• 2e préoccupation : les lieux de vie, avec une demande très claire d’amélioration de l’accueil en établissements spécialisés (régulation des prix et qualité de traitement des aînés, personnels, vie quotidienne, lien entre générations, lieux alternatifs…), et l’aspiration à une nouvelle « politique » du maintien à domicile.
• 3e préoccupation : le défi de la « vie quotidienne ». L’adaptation de la ville et des logements au vieillissement, solutions innovantes du quotidien, transports, services à domicile…
• 4e préoccupation : l’adaptation du système de santé au vieillissement (tarifs, déplacements à domicile, services spécialisés en hôpitaux…).

Solutions : une demande de plus d’intervention publique
Les Français demandent avant tout une réorientation des grands choix de politique publique : maintien à domicile plutôt que placement en établissement, revalorisation du secteur médico-social, politique en faveur des aidants.
Pour leur mise en œuvre concrète, 4 types de solutions sont proposés :
• réguler (notamment l’offre en établissements d’accueil) ;
• mieux financer (notamment augmenter les budgets des services publics, fournir des aides aux familles pour la dépendance d’un proche ou l’adaptation des logements) ;
• mieux former personnels et aidants ;
• sensibiliser la population pour anticiper, prévenir et changer le regard de la société sur la vieillesse.

 Focus : quelles solutions pour quelles préoccupations ?
• En ce qui concerne les établissements d’accueil, les citoyens expriment un fort besoin de régulation de l’offre (tarifs et qualité) par les pouvoirs publics.
• Pour revaloriser les métiers de l’aide aux personnes âgées, les citoyens proposent en premier lieu de la formation et plus de moyens, notamment pour le budget alloué à leur salaire.
• Afin de soutenir les aidants, ils suggèrent des avancées de politiques publiques (statut, droit au répit, congés) et des moyens, en particulier financiers (défiscalisation, allocations compensatrices…).
• En ce qui concerne l’amélioration du quotidien, les citoyens préconisent une politique sociale volontariste, par exemple en faveur des secteurs d’aide à domicile et de l’adaptation des logements. C’est le cas aussi pour leur demande massive de renforcement du maintien à domicile des personnes âgées qui le souhaitent.

Les acteurs de la mise en œuvre
La place tenue par les opérateurs publics et privés d’établissements apparaît comme centrale. Ils sont jugés très négativement par les votants, qui les invitent à renouveler leurs pratiques et à construire des lieux de vie dignes. Ils font ainsi fortement appel aux pouvoirs publics pour réglementer et contrôler l’offre de ces établissements, mais aussi pour impulser des orientations nouvelles dans la politique du grand âge : encourager le maintien à domicile, renforcer les services de santé, concevoir des lieux alternatifs et des solutions innovantes, en relation avec le secteur de la Silver économie.
Les participants appellent ensuite de leurs vœux un changement de comportement des citoyens eux-mêmes, autour de deux idées-forces : mieux inclure les aînés et changer de regard sur la vieillesse.

Les idées émergentes

Renforcer le maintien à domicile des personnes âgées
114 533 citoyens se sont prononcés sur cette idée. 95 % l’approuvent, et parmi eux, 18 % la considèrent comme un coup de cœur et 26 % la jugent particulièrement réaliste. Et ils mettent principalement en avant dans cette idée :
• l’adaptation des logements ;
• l’équipement en solutions innovantes ;
le développement d’une vraie offre de services à domicile.

Améliorer la qualité et l’accueil des personnes âgées en établissements spécialisés
118 159 citoyens se sont prononcés sur cette idée. 93 % l’approuvent, et parmi eux, 18 % la considèrent comme un coup de cœur et 24 % la jugent particulièrement réaliste. Et ils mettent principalement en avant dans cette idée :
• une augmentation et formation du personnel ;
• des unités à taille humaine et plus d’écoute ;
• des services diversifiés (soins, activités, lien avec l’extérieur…) ;
• un meilleur contrôle de la part de l’État.

Mieux accompagner les aidants
65 663 citoyens se sont prononcés sur cette idée. 96 % l’approuvent, et parmi eux, 16 % la considèrent comme un coup de cœur et 21 % la jugent particulièrement réaliste. Et ils mettent principalement en avant dans cette idée :
• des avantages fiscaux et financiers, aides à l’aménagement des logements des aidants accueillants ;
• une meilleure information et formation ;
• une reconnaissance statutaire.

Améliorer les conditions de travail des personnels d’aide et de soin aux personnes âgées
129 743 citoyens se sont prononcés sur cette idée. 96 % l’approuvent, et parmi eux, 18 % la considèrent comme un coup de cœur et 21 % la jugent particulièrement réaliste. Et ils mettent principalement en avant dans cette idée :
• la revalorisation des salaires ;
• le renforcement des effectifs et le développement de matériels d’aide ;
• la formation.

Réduire le coût de prise en charge de la perte d’autonomie
44 291 citoyens se sont prononcés sur cette idée. 95 % l’approuvent, et parmi eux, 21 % la considèrent comme un coup de cœur et 20 % la jugent particulièrement réaliste. Et ils bmettent principalement en avant dans cette idée :
• une plus forte intervention de l’État en la matière ;
• une meilleure régulation des prix ;
• des avantages fiscaux.

Renforcer l’accès à la santé pour les personnes âgées
23 451 citoyens se sont prononcés sur cette idée. 91 % l’approuvent, et parmi eux, 13 % la considèrent comme un coup de cœur et 24 % la jugent particulièrement réaliste. Et ils mettent principalement en avant dans cette idée :
• une meilleure couverture santé à domicile ;
• une adaptation du système hospitalier ;
• des outils de prévention.

Développer les lieux de vie alternatifs et intergénérationnels
• 41 000 citoyens se sont prononcés sur cette idée. 92 % l’approuvent, et parmi eux, 22 % la considèrent comme un coup de cœur et 22 % la jugent particulièrement réaliste. Et ils mettent principalement en avant dans cette idée :
• une offre entre l’établissement et le domicile seul ;
• la reconnexion avec la société ;
• la proximité des générations.

Mises en perspective

La perte d’autonomie, défi central
Parmi les idées arrivées en tête, toutes ou presque traitent de la prise en charge, par la société ou les proches, de la perte d’autonomie des aînés. Là se trouve désormais pour les Français, le défi majeur associé au vieillissement. Assez logiquement, c’est aussi pour eux l’enjeu qui doit concentrer tous les efforts et les moyens. Et lorsqu’on parle perte d’autonomie, les Français insistent moins sur la prévention (15 %) ou les solutions d’adaptation au vieillissement (23 %) que sur la nécessité d’un meilleur accompagnement au quotidien dans le vieillissement (62 %).
Parmi les solutions d’adaptation au vieillissement mises en avant dans le « mieux vieillir », on notera qu’outre l’accès à la santé, l’urbanisme inclusif, des propositions autour des offres de transport ont par exemple été avancées.

Le lieu de vie, une question de dignité
Le lieu de vie est au cœur des préoccupations des Français, qui estiment que les conditions actuelles ne sont pas au niveau du modèle social français. Ils plaident pour plus de respect des personnes âgées autour d’idées directrices claires :
• un lieu que l’on a choisi, qu’il s’agisse d’un établissement, d’une structure novatrice ou du maintien chez soi ;
• un lieu aux conditions dignes : services d’aides, qualité de vie, adaptations aux exigences du grand âge… ;
• un lieu accessible financièrement par une meilleure prise en charge et régulation publique ;
• un lieu qui ne coupe pas de la société : lien intergénérationnel, inclusion dans la vie d’un quartier…

Reconnaître les acteurs de terrain, un appel à l’aide
Il se dégage de la consultation un cri d’alerte très puissant sur la capacité de notre société à reconnaître le travail essentiel effectué par le secteur médico-social et les proches aidants auprès des personnes âgées.
Mieux reconnaître leur rôle est l’une des revendications citoyennes majeures de cette consultation : soutenir et valoriser ces acteurs, que ce soit financièrement, humainement ou socialement.

Les femmes en première ligne
Les femmes se sont particulièrement mobilisées sur cette consultation. Cette participation est à mettre en corrélation avec leur présence forte tant dans les corps de métiers de soin et de services aux personnes âgées que leur représentation au sein des proches aidants.
En effet, en 2011, le Haut conseil de la famille soulignait que 62 % des aidants de personnes percevant l’Apa (allocation personnalisée à l’autonomie) sont des femmes (la place des familles dans la prise en charge de la dépendance des personnes âgées, juin 2011).

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