La culture à la rencontre du handicap

La culture à la rencontre du handicap

La mission Réca pour objectif de proposer des mesures concrètes visant à améliorer, à court terme, l’accueil des personnes handicapées dans les établissements culturels.

Aujourd’hui, 32 établissements participent à la dynamique Réca (Réunion des établissements culturels pour l’accessibilité) : 22 établissements publics du ministère de la Culture, 6 établissements publics sous tutelle d’autres ministères et 2 collectivités locales.

Présentation et fonctionnement

La mission Réca conduit une réflexion au sein de différents groupes de travail, favorise le partage de bonnes pratiques et développe des actions concrètes interétablissements qui ont abouti à des améliorations de tous ordres (architecturales, éditoriales, informatiques et techniques) : amélioration de la prise en compte des personnes aveugles et malvoyantes ; utilisation de pictogrammes, notamment dans les documents d’aide à la visite ; dispositifs d’alarme et d’information en temps réel pour les visiteurs sourds et malentendants ; accessibilité des sites Internet aux personnes handicapées ; sensibilisation des personnels à l’accueil des personnes handicapées. Les groupes de travail rédigent des carnets de conseils qui sont insérés dans les ouvrages de la collection Culture et Handicap publiés par le ministère de la Culture.

Modalités de participation
Le Comité de pilotage, présidé par Universcience, est constitué de représentants de chacun des établissements participants. Il se réunit deux fois par an pour dresser les bilans et définir le plan d’actions. Les modalités d’adhésion à la Réca, le rôle et la contribution des établissements partenaires sont définis par une convention, établie en 2008. L’intégration dans le dispositif d’un nouvel établissement est soumise à l’agrément du comité de pilotage.

Les groupes de travail de la Réca
• L’apport des nouvelles technologies pour les visiteurs handicapés : ce groupe de travail a réalisé un état des lieux des besoins des établissements culturels en matière d’audioguides, de visioguides et d’applications. Il teste des dispositifs de localisation, de guidage et d’informations comme « Pick out » et « Audiospot » pour évaluer leur plus-value en termes d’accessibilité dans les lieux culturels.
• La mise en conformité des établissements publics culturels avec la loi de 2005 : ce groupe de travail s’est mobilisé pour la production des Agendas d’accessibilité programmée (Ad’ap), ainsi que sur l’élaboration des registres publics d’accessibilité (RPA). Un tableau de suivi des dépôts d’Ad’Ap des membres de la Réca a été constitué.
Depuis 2016, une concertation est également mise en œuvre sur l’accessibilité des sites Internet en lien notamment avec le Baromètre d’accessibilité des sites Internet des établissements publics. Pilotage : ministère de la Culture.
• L’évaluation des offres et dispositifs proposés : ce groupe de travail réunit à la fois des spécialistes en médiation auprès des publics en situation de handicap et des professionnels des enquêtes de publics des établissements culturels. Il a lancé diverses enquêtes exploratoires dans une douzaine d’établissements culturels membres de la Réca (musées, monuments, bibliothèques et lieux de spectacle vivant). Les programmes d’enquêtes se déclinent par type de handicap (visuel, intellectuel, auditif et moteur). Ils visent à :
– mieux connaître les publics en situation de handicap et analyser leur réception des dispositifs et offres de médiation adaptée proposés par les établissements culturels ;
– expérimenter des méthodologies d’enquête à travers différents protocoles mis en œuvre pour chaque déficience, cherchant à recueillir la parole des personnes en situation de handicap.
Après avoir achevé les enquêtes portant sur les personnes déficientes visuelles, le groupe de travail étudie actuellement les visiteurs présentant une déficience intellectuelle. L’enquête, en cours de finalisation, est pilotée par la Bibliothèque publique d’information et musée du quai Branly — Jacques Chirac.

Les perspectives 2019

Après 15 ans de travail et d’échanges de bonnes pratiques interétablissements et à l’issue de la réflexion sur le travail réalisé auprès des professionnels et bénévoles qui accompagnent les groupes en situation de handicap, les membres de la Réca ont décidé de se mobiliser afin d’inciter les relais à organiser des sorties ou à mettre en place des partenariats culturels. Ainsi un nouveau groupe de travail, piloté par le musée du quai Branly — Jacques Chirac, s’est créé pour réfléchir aux moyens de faire venir des groupes de personnes en situation de handicap dans les établissements culturels. Ensuite, l’organisation du 1er forum de la Réca, qui s’est tenu au Musée de l’Homme, le 16 octobre dernier, a eu pour objectif d’informer et de proposer aux relais des outils pour la mise en œuvre de projets culturels. Par ailleurs, les 27 établissements participants ont chacun animé un stand et présenté leurs offres, et ont permis de ce fait aux acteurs du handicap de rencontrer les personnes déférentes culturelles chargées d’accessibilité.
Enfin, le dernier comité de pilotage de la Réca qui s’est tenu en septembre a permis de définir les grandes lignes des travaux à venir pour 2019 :
• mise à jour de la politique tarifaire : état des lieux et nouvelles préconisations ;
• emploi des personnes handicapées dans les établissements de la Réca : état des lieux sur l’évolution du recrutement, la formation et le maintien dans l’emploi ;
• développement des liens avec les personnes relais, professionnelles et bénévoles ; mieux les connaître pour mieux répondre à leurs attentes ;
• développement des actions en direction du monde hospitalier et médico-social, dans le cadre de la nouvelle convention Culture santé élargie au secteur médico-social ;
• amélioration de l’accessibilité des sites Internet (démarches d’audit, déclaration de conformité).

L’action du ministère de la Culture

L’action du ministère de la Culture se décline dans l’ensemble des secteurs du ministère afin que les personnes en situation de handicap puissent accéder aux pratiques artistiques et culturelles, aux produits des industries culturelles comme le livre, l’audiovisuel ou encore le cinéma, ainsi qu’aux métiers de la culture.
Cette mobilisation se concrétise par :
• la mise en accessibilité du cadre bâti et des outils d’information pour les établissements culturels recevant du public ;
• la mise en accessibilité de l’offre culturelle et de la pratique artistique ;
• la formation des professionnels de la culture à l’accessibilité ;
• la mise à disposition d’outils d’accessibilité : systèmes d’audiodescription, systèmes de sous-titrage, outils multimédias, maquettes tactiles, etc.) ;
• l’accueil d’étudiants en situation de handicap au sein des établissements nationaux d’enseignement supérieur culture ;
• une action renforcée en faveur des jeunes en situation de handicap, au sein du dispositif d’éducation artistique et culturelle.
En outre, le ministère de la Culture a nommé depuis janvier 2018, un haut fonctionnaire en charge du handicap et de l’inclusion. Ce dernier a pour responsabilité de définir et de mettre en œuvre la politique du ministère en matière d’accessibilité universelle et de handicap, dans le cadre des orientations générales du gouvernement en la matière.
Maryline Laplace, Chef du Service de la coordination des politiques culturelles et de l’innovation au sein du Secrétariat général occupe cette fonction. En charge d’un service qui coordonne, notamment, les politiques de démocratisation culturelle, elle veille à ce que l’ensemble des actions conduites par le ministère de la Culture soient mises en œuvre en lien avec les associations représentatives.

L’accessibilité des établissements recevant du public sous tutelle du ministère de la Culture
La notion d’accessibilité telle qu’elle est définie par la loi du 11 février 2005, « pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées », couvre les besoins de chacune des situations de handicap, avec une attention toute particulière prêtée à l’autonomie des personnes. De même, elle associe l’accès du cadre bâti, à l’information et à l’offre de pratique artistique et culturelle.
La loi du 11 février 2005 prévoyait un principe d’accessibilité généralisé pour les établissements recevant du public (ERP) et les installations ouvertes au public (IOP) au 1er janvier 2015, dans le cadre des Ad’ap.
Le ministère de la Culture s’est alors engagé dans un large plan de mise en conformité du cadre bâti. Ce plan de mise en conformité est complété d’une action d’accompagnement des établissements publics du ministère de la Culture en faveur de l’accessibilité des sites d’information en ligne, conformément à la réglementation.
Le périmètre des ERP culturels est large. Il couvre les établissements publics, les services à compétence nationale, un bâtiment d’administration centrale, des services déconcentrés et les monuments gérés par les directions régionales des affaires culturelles (DRAC), comme notamment les cathédrales.
L’une des principales difficultés provient du fait qu’une grande partie de ces établissements se situent dans des monuments n’ayant pas été conçus historiquement pour accueillir du public. Pour la plupart, ils bénéficient de mesures de protection particulières, liées à leur statut de Monument historique, et qui rendent donc plus difficile l’adaptation du bâtiment aux nouvelles exigences de l’accueil des publics. Ces établissements sont alors éligibles à des demandes de dérogation au titre de la préservation du patrimoine, dérogations généralement accordées à la condition que soient mises en place des mesures de substitution à destination des publics en situation de handicap qui ne pourraient pas accéder à tout ou partie de l’établissement ou de l’installation. En complément de l’accessibilité du cadre bâti, les établissements culturels prévoient un accompagnement humain et des dispositifs qui permettent de préparer ou de compléter l’accès aux œuvres. À ce titre des dispositifs numériques innovants sont développés, par exemple le robot de visite du Château d’Oiron, mis en place par le Centre des monuments nationaux afin de permettre aux visiteurs à mobilité réduite de découvrir, depuis le rez-de-chaussée du monument, des salles situées en étage et dont la mise en accessibilité n’est pas possible, pour une visite à la fois « distante » et « active ».
Le ministère de la Culture suit de près l’engagement des Ad’ap, recueillant auprès des établissements leur bilan à un an, conformément à la réglementation.
Le Centre des monuments nationaux (CMN) assure la conservation, l’entretien et l’aménagement de 73 monuments partout sur le territoire. La mise en accessibilité des monuments a été intégrée dès 2005 aux campagnes majeures de travaux menés par l’établissement public. Une attention particulière est apportée à l’accueil des visiteurs, mais également à l’environnement de travail du personnel. Par ces travaux, l’établissement a développé un savoir-faire sur les mesures de substitution pouvant être mises en œuvre en cas d’impossibilité technique ou en vue de préserver le patrimoine.
Le Centre des monuments nationaux va concentrer son action sur la mise en conformité de 22 sites accueillant chaque année 90 % des visiteurs. Leur accessibilité sera réalisée d’ici à 2019 jusqu’en 2022. Pour les 49 autres monuments qui n’accueillent que 10 % des visiteurs du CMN, les travaux s’échelonneront de 2022 à 2025.
Parallèlement à ces travaux, le CMN mène une action sur les contenus scénographiques des circuits et les applications de visite et développe la formation du personnel à l’accueil de visiteurs en situation de handicap.
La démarche de mise en accessibilité et les Ad’AP concernent également les établissements nationaux d’enseignement supérieur culture. Les 38 établissements nationaux d’enseignement culture couvrent différents domaines : 20 écoles nationales supérieures d’architecture, 15 écoles nationales supérieures artistiques, une école de l’image et du son (la Femis) et deux écoles du patrimoine (l’école du Louvre et l’Institut national du patrimoine).

Mise en place d’un fond pour l’accessibilité au spectacle vivant au sein du réseau des structures labellisées
Le ministère de la Culture a créé un fonds d’1 M d’€ permettant l’équipement des salles en matériel d’accessibilité (audiodescription, sous-titrage, boucle magnétique) et le développement de la programmation d’œuvres accessibles. Dès sa première année d’exercice en 2018, il a permis de soutenir 82 salles de spectacle réparties sur le territoire.

 L’accessibilité des sites d’information en ligne des établissements publics sous tutelle du ministère
Début 2017, le ministère de la Culture a réalisé et publié le baromètre de l’accessibilité des sites Internet de ses établissements nationaux, écoles nationales comprises. Dans le cadre du baromètre, un focus sur les sites dédiés aux publics en situation de handicap a également été réalisé.
Ainsi les trois rapports du baromètre sont téléchargeables sur le site Internet du ministère, à cette adresse : http://www.culture.gouv.fr/Thematiques/Developpement-culturel/culture-et-handicap/Informations-pratiques/Le-barometre-d-accessibilite-dessites-internet.
Depuis, le ministère accompagne les établissements publics sous sa tutelle dans le cadre d’un groupe de travail technique et met à leur disposition des outils d’autoévaluation de leur site Internet. Une actualisation du baromètre est prévue d’ici à la fin 2018.
En outre, la stratégie pluriannuelle en faveur du patrimoine, présentée le 17 novembre 2017 par la ministre, intègre ce volet de l’accessibilité. L’une d’entre elles, la mesure 12, inscrite au chapitre « Transmettre » prévoit « la création d’une obligation d’information sur l’accessibilité des sites patrimoniaux aux personnes en situation de handicap ». L’objectif visé est le suivant : agir pour que les sites Internet de l’ensemble des institutions relevant du ministère de la Culture informent clairement les visiteurs porteurs d’un handicap des conditions d’accès, des espaces ouverts à la visite, des types de handicap pris en compte en matière de médiation ainsi que des offres disponibles, notamment numériques.

La collection des guides Culture et Handicap
Depuis 2007, le ministère de la Culture a entrepris la publication d’une collection de guides pratiques de l’accessibilité. Cette collection Culture et Handicap, à destination des professionnels de la culture, est enrichie des travaux menés par la Réca.
Après un premier volume de portée générale (parution 2007), un deuxième guide consacré au spectacle vivant (parution 2009), un troisième ouvrage dédié à l’accueil des personnes handicapées mentales dans les lieux de culture en 2010, le ministère de la Culture a publié en 2017 un quatrième guide intitulé Expositions et parcours de visite accessibles. L’année 2018 est marquée par la publication d’un nouveau guide consacré à l’accessibilité du cinéma.
Les guides sont tous téléchargeables sur le site Internet du ministère, à cette adresse : http://www.culture.gouv.fr/Thematiques/Developpement-culturel/Culture-ethandicap/Guides-pratiques. Ils sont adressés gratuitement sur simple demande.
Un prochain guide à destination des directeurs des conservatoires de danse, musique et théâtre, pour un enseignement artistique accessible, est en cours de finalisation.

Le Prix « Patrimoine pour tous »
Créé en 2011, le prix Patrimoines pour tous distingue chaque année une démarche d’excellence en matière d’accessibilité généralisée pour les personnes en situation de handicap moteur, visuel, auditif ou mental. Il veille notamment à ce que les établissements patrimoniaux favorisent la plus grande autonomie de visite des personnes en situation de handicap.
Depuis sa création, ce prix doté de 50 000 € et dont le jury accorde une place essentielle aux associations nationales du handicap a permis de récompenser les démarches de 30 établissements patrimoniaux : 20 établissements patrimoniaux relevant des collectivités territoriales ont été récompensés avec l’attribution d’une dotation globale de 350 000 € (50 000 €/an).
Les principaux critères sont les suivants : l’existence d’une démarche globale d’accessibilité généralisée ; la prise en compte des normes d’accessibilité numérique pour les sites d’information en ligne ; l’accessibilité du cadre bâti articulée à des politiques culturelles et de médiation inclusive ; la présence ou le développement de partenariats avec les diverses associations représentatives des personnes en situation de handicap ; la mise en œuvre d’actions menées auprès d’établissements ayant en charge des personnes en situation de handicap ; l’existence d’outils favorisant l’autonomie des personnes en situation de handicap.
En 2017, pour la 7e édition du Prix Patrimoine pour tous, le jury a décerné le premier prix au musée de Bretagne, qui déploie des efforts remarquables pour tendre à l’accessibilité universelle. Derrière cet établissement se trouve le Musée départemental Arles antique, récompensé pour ses nombreux aménagements structurels et l’investissement de ses équipes de médiation en faveur des visiteurs handicapés. Enfin la Forteresse royale de Chinon a reçu une mention spéciale pour avoir entamé, en dépit de ses contraintes patrimoniales, un ambitieux plan d’amélioration de l’accessibilité de son site.

Collection de films La Visite, SaNoSi Productions
Cette collection de films, proposée par SaNoSi Productions, a pour ambition de capter le vécu de personnes en situation de handicap mental lors de leurs sorties au sein de lieux culturels. Ces films ont été tournés dans les établissements publics sous la tutelle du ministère de la Culture, par des réalisateurs confirmés (Pippo Delbono, Laetitia Carton, Alessandra Celesia ou encore Denis Darzacq).
Neuf films (audiodécrits et sous-titrés pour les personnes sourdes et malentendantes) ont d’ores et déjà été réalisés et certains, sélectionnés par plusieurs festivals internationaux.
Les dix établissements sous tutelle du ministère de la Culture, du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et de la Mairie de Paris partenaires du projet sont :
• centre des monuments nationaux.
• La Basilique cathédrale de Saint-Denis.
• La Bibliothèque publique d’information (BPI).
• L’Établissement public du château, du musée et du domaine national de Versailles.
• Le Musée du Louvre.
• Le musée du quai Branly — Jacques Chirac.
• Le muséum national d’Histoire naturelle.
• Universcience.
• Le Palais de la Découverte.
• La Philharmonie de Paris.
• Le Théâtre National de Chaillot.
• Le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris.
Le lien vers le trailer de présentation : http://www.sanosiproductions.com/projet/collection-la-visite
Par ailleurs l’intégralité de la collection est soutenue par le ministère de la Culture, la Mairie de Paris, le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), le Centre des monuments nationaux et le Conseil régional d’Île-de-France, ainsi que par de grandes associations représentatives de personnes en situation de handicap mental – dont l’Unapei et l’Arche.
Les films de la série ont été sélectionnés à plusieurs festivals nationaux et internationaux. Certains ont été primés. Parmi les films primés on peut citer :
• la Visite, le Château de Versailles, de Pippo Delbono : Grand Prix de la 15e édition du festival Doc en courts de Lyon (2016) ; Prix du meilleur court-métrage au festival Étudo Verdade, Rio de Janeiro, Brésil (2016).
• la Visite, le Museum d’Art moderne de la Ville de Paris, de Laetitia Carton : Prix du meilleur court-métrage documentaire au WonderCourts Féministival 2016.

 

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