Agroalimentaire stratégique

Agroalimentaire stratégique

Le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Didier Guillaume, et la secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances, Agnès Pannier-Runacher ont signé le Contrat stratégique de la filière agroalimentaire.

L’agroalimentaire est l’un des piliers de l’économie française, tant en termes de maillage territorial que de chiffre d’affaires, d’emplois et d’excédent commercial.
Premier secteur de l’industrie manufacturière française avec plus de 18 365 entreprises et 386 412 salariés, son chiffre d’affaires s’élève à 170 milliards d’euros. La France est l’un des principaux pays exportateurs de produits agroalimentaires, au 6e rang mondial avec plus de 38,7 milliards d’euros à l’export.
Dans la suite de la nouvelle impulsion donnée au Conseil national de l’industrie (CNI) par le Gouvernement le 20 novembre 2017, le comité exécutif du CNI a arrêté le 26 février 2018 une nouvelle liste de 10 Comités stratégiques de filière (CSF), dont le CSF alimentaire présidé par Richard Girardot. Conformément à l’orientation donnée par le CNI, la filière agroalimentaire a élaboré un plan d’actions portant sur un nombre limité de projets structurants à forts enjeux, et propose à l’État sous la forme d’un contrat de filière un ensemble d’engagements réciproques visant à accompagner leur réalisation.
Premier secteur industriel en France, les industries agroalimentaires sont constituées à 98 % de PME. Les industries de la viande et du lait emploient 40 % des effectifs du secteur. Les industries des boissons et des produits laitiers dans lesquels figurent des champions internationaux tirent la balance commerciale du secteur. Porté par des perspectives de consommation au niveau mondial en croissance et de nouvelles attentes des consommateurs, le secteur doit tirer parti de ces opportunités.

Les enjeux de la filière agroalimentaire
Alors que 80 % des denrées alimentaires consommées en France y sont également produites, on observe depuis une dizaine d’années une augmentation des importations y compris pour des produits alimentaires de qualité courante avec en parallèle un ralentissement des exportations en décalage avec les potentialités du secteur.
En effet, l’industrie agroalimentaire française connaît une période de recul et de difficultés. La valeur ajoutée a baissé de près de 15 % en 10 ans (contre une croissance de 14 % dans le reste de la zone euro), sous l’effet conjugué de la pression sur les prix exercés par la grande distribution, de la hausse des coûts des matières premières agricoles, d’une image détériorée auprès des consommateurs français et des contre-performances à l’exportation, alors que les produits français bénéficient d’une excellente image du point de vue des importateurs des autres pays. Le contrat stratégique de filière par des actions structurantes qui concernent des marchés très prometteurs, mais aussi de transparence sur les denrées alimentaires doit lui permettre d’inverser la tendance et de repartir à la conquête de ses consommateurs et de ses marchés externes.

Les actions

Numériser l’information produite pour gagner en compétitivité et en qualité, et pour redonner confiance au consommateu
• Enjeux : les États généraux de l’alimentation qui se sont tenus en 2017 ont confirmé la forte attente des consommateurs sur le contenu des aliments et leur process de fabrication de la « fourche à la fourchette ». Les outils numériques proposent ainsi de formidables opportunités pour y répondre.
• Objectifs : le projet Num-Alim qui associe les différents maillons de la filière agroalimentaire, dont l’achèvement est prévu d’ici 2020, sera décomposé en 3 actions :
− établir des cartes d’identité numériques des aliments et les rassembler au sein d’un catalogue numérique unique ;
− créer la plateforme française des aliments, permettant de valoriser les données pour les consommateurs, les industriels de l’agroalimentaire et la recherche scientifique ;
− définir la stratégie pour améliorer la traçabilité des aliments sur l’ensemble de la chaîne alimentaire grâce aux outils numériques et automatisés.
• Points clés et principaux engagements de l’État et de la filière : l’État a présélectionné le projet Num-Alim dans le cadre de l’AAP du PIA 3 « structuration des filières ». La Filière s’engage à mettre en place un fonds institutionnel collectif permettant de cofinancer avec l’État, la création et le déploiement des outils de la transition numériques.

Protéines du futur, pour faire de la France un leader mondial des nouvelles sources protéiques
• Enjeux : la France dispose de nombreux atouts avec un gisement de protéines végétales important en quantité et qualité : blé, oléagineux, protéagineux, mais aussi des potentialités de production de nouvelles sources de protéines telles que les microalgues, les insectes et les protéines issues des biotechnologies. Leur utilisation en alimentation humaine ou animale nécessite cependant que soient levés différents verrous nutritionnels, sensoriels, technologiques et sociologiques.
• Objectifs : les objectifs de cette démarche pilotée par Protéines France, entité rassemblant les entreprises du secteur sont de :
− servir les intérêts de toute la chaîne de valeur en développant et mettant au point de nouveaux outils, méthodologies et pratiques ;
− promouvoir la compétitivité internationale française et la capacité d’innovation dans les domaines scientifiques, technologiques et des applications ;
− accélérer le développement et l’industrialisation des entreprises et start-ups du secteur ;
− anticiper ces mutations pour leur introduction sur le marché.
• Points clés et principaux engagements de l’État et de la filière : un premier projet de R&D visera à qualifier de manière précise et fiable la qualité nutritionnelle d’un large panel de protéines en fonction des applications et des marchés visés. Aussi l’État s’engage à lancer en 2018 un appel à projets « Agriculture et agroalimentaire de demain » financé par le Programme des investissements d’avenir, auxquels les projets de R&D peuvent naturellement candidater. La filière s’engage à cofinancer les actions dans le cadre des procédures établies par le Programme des investissements d’avenir.

Valoriser la richesse de nos banques de ferments, le savoir-faire de nos entreprises et de nos structures de recherche
• Enjeux : la longue histoire des aliments et boissons fermentés sur le territoire Français a vu émerger de fortes compétences dans de multiples filières : panification, fromages et produits laitiers fermentés, charcuterie, vin, bière, spiritueux, etc. ainsi que dans ses organismes de recherche.
• Objectifs : il n’existe pas à ce jour en France de démarche collective structurante dans le domaine des micro-organismes, de la bioproduction et de la fermentation. C’est cet objectif que se fixe le projet Ferments (et produits fermentés) du Futur.
• Points clés et principaux engagements de l’État et de la filière : il est envisagé de mettre en place en 2019 une plateforme de recherche à la pointe de la technologie pour le support de projets partagés de R&D et de projets précompétitifs autofinancés, ainsi qu’une activité d’accueil et de soutien pour accélérer le développement des jeunes entreprises. L’État s’engage à mettre à disposition les dispositifs de financements dans le cadre des procédures établies par le Programme des investissements d’avenir. La Filière s’engage à cofinancer les actions.

Compétences et recrutement, mise en place d’un projet d’expérimentation territoriale intersectorielle en faveur de l’emploi
• Enjeux : si le secteur compte près de 430 000 salariés en France, 34 % des recrutements sont considérés comme difficiles et 17 000 emplois par an ne sont pas pourvus.
• Objectifs : Ania et Coop de France, avec l’appui d’Opcalim mettent en place un projet commun et structurant avec l’ensemble des secteurs industriels en faveur de l’emploi dans les territoires. S’appuyant sur l’expérimentation intersectorielle en cours menée par les Industries alimentaires et la Métallurgie dans deux bassins d’emploi de la région des Hauts de France il pourra être ensuite élargi aux autres secteurs industriels dans 3 autres régions Bretagne, Grand Est, Auvergne-Rhône-Alpes.
• Points clés et principaux engagements de l’État et de la filière : le projet est soutenu par l’État dans le cadre du PIC (Plan Investissement Compétences) et s’inscrit dans les actions déjà en cours dans la région des Hauts de France par le secteur alimentaire (Opcalim) : construction de parcours vers l’emploi.

Accompagner le changement d’échelle des PME avec la mise en place d’un accélérateur dédié au secteur agroalimentaire
• Enjeux : l’accompagnement à la modernisation et la performance opérationnelle de PME à fort potentiel passent par une réflexion sur leur stratégie, les possibilités d’ouverture du capital, l’internationalisation, le recrutement et le maintien des talents et la réflexion sur la transmission d’entreprise.
• Objectifs : suite à la mise en œuvre des États généraux de l’alimentation et des plans de filière, BPI France et le ministère de l’Agriculture ont souhaité mettre en place « un accélérateur PME » dédié à l’agroalimentaire. Ce programme d’accompagnement complet et personnalisé sur 24 mois est destiné à répondre aux besoins d’entreprises dynamiques et ambitieuses.

Accélérer le déploiement de la RSE dans la filière agroalimentaire
• Enjeux : pour répondre aux attentes des consommateurs, les entreprises sont amenées à développer des démarches de transparence, d’évolution des modes de production et d’éthique avec ses parties prenantes dans les territoires. Ces leviers constituent des axes de compétitivité, de différenciation, de création de valeur, mais aussi de résilience sur le marché. C’est l’objet de la démarche RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) qui regroupe l’ensemble des pratiques mises en place par les entreprises dans le but de respecter les principes du développement durable, c’est-à-dire être économiquement viable, avoir un impact positif sur la société, mais aussi mieux respecter l’environnement.
• Objectifs :
– développer l’auto-évaluation RSE des entreprises via la plateforme d’autoévaluation RSE Valorise qui permet d’unifier les demandes RSE croissantes des clients (la distribution, la restauration) par un questionnaire unique. Elle permet une simplification des démarches grâce à un partage d’informations pour les entreprises auprès de leurs clients ;
– lever les freins à la mise en place de démarches RSE en valorisant les démarches existantes ;
– accompagner la filière agroalimentaire dans l’amélioration de sa performance environnementale.

Une Task force à l’international pour aider les entreprises agroalimentaires à s’internationaliser davantage, en mutualisant sur l’image France
• Enjeux : les industries agroalimentaires réalisent 21 % de leur chiffre d’affaires à l’export contre 36 % dans le reste de l’industrie. Les IAA exportent en priorité leurs produits au sein de l’UE, avant les marchés tiers. Les performances par secteur sont hétérogènes, mais le déficit est historiquement élevé (-7,5 milliards d’euros), hors boissons, céréales et produits laitiers. Une marge de progression importante existe, notamment en termes de filières et d’entreprises fortement présentes à l’export (seules 650 entreprises réalisent un chiffre d’affaires à l’export d’au moins 200 000 euros). Sur les marchés tiers, de nombreux freins liés à des conditions sanitaires et phytosanitaires limitent les exportations des entreprises françaises. Néanmoins, certaines filières (boissons, certains types de plats préparés/conserves, épicerie sèche, etc.) ne sont pas ou peu contraintes par ce type de réglementations et peuvent plus facilement se développer à l’international.
• Objectif : aider les entreprises agroalimentaires à s’internationaliser davantage en :
– améliorant l’accès aux marchés ;
– encourageant les actions collaboratives s’appuyant notamment sur les Clubs d’exportateurs existants, en France et sur les marchés ;
– renforçant et simplifiant les dispositifs nationaux et régionaux d’appui à l’export.

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