Compétences à vue

Compétences à vue

Retour sur le Plan d’investissement dans les compétences, investissement sans précédent en faveur des publics les plus éloignés de l’emploi.

Face aux évolutions du marché du travail, à la mutation des emplois et pour lutter contre le chômage de masse, la compétence est la clé de voûte d’une croissance durable et inclusive.

 Les ambitions
En septembre 2017, le premier ministre Édouard Philippe lance le grand Plan d’Investissement pour répondre à quatre priorités : accélérer la transition écologique, ancrer la compétitivité de l’innovation, amorcer la transformation digitale de l’État et, bien sûr, construire une société de compétences par la transformation profonde de l’offre de formation et l’identification des projets innovants.
Le Plan d’investissement dans les compétences, piloté par le ministère du Travail, se fixe les ambitions suivantes :
• former un million de demandeurs d’emploi peu ou pas qualifiés et un million de jeunes éloignés du marché du travail ;
• répondre aux besoins des métiers en tension dans une économie en croissance ;
• contribuer à la transformation des compétences, notamment liée à la transition écologique et à la transition numérique.
À l’heure de la reprise de la croissance, le Plan d’investissement dans les compétences traduit à la fois la volonté de miser sur les qualifications, de démontrer que tout n’est pas joué à la fin de la scolarité, de ne laisser personne au bord de la route et de transformer le système de formation pour soutenir la compétitivité des entreprises.
Le caractère pluriannuel du Plan d’investissement dans les compétences — en rupture avec les plans précédents — permet d’engager des transformations en profondeur de la façon de concevoir les parcours de formation, de capitaliser et d’évaluer les expérimentations, avant de généraliser et d’accompagner la formation des acteurs pour réussir la conduite du changement. Cinq ans pour construire, bien au-delà du Plan lui-même, une démarche vertueuse d’amélioration continue.

Une nécessité d’agir
Plusieurs facteurs existants ou à venir imposent la mise en œuvre de ce Plan. On prévoit d’abord une forte transformation des métiers qui touche tous les secteurs de l’activité, en lien avec la révolution numérique et la conversion écologique :
• 50 % des emplois seront transformés dans les 10 ans qui viennent ;
• 10 à 20 % des emplois seront créés et 10 % à 20 % sont menacés de disparition par l’automatisation et la désintermédiation des tâches entraînées par la robotisation ou le numérique ;
• 40 % des actifs ayant un niveau inférieur au Bac occupent des métiers à fort risque d’automatisation contre 5 % des actifs diplômés de l’enseignement supérieur.
Par ailleurs, les actifs peu qualifiés parmi les plus vulnérables – le taux de chômage est plus élevé pour les personnes les moins qualifiées et le chômage des personnes en situation de handicap est deux fois plus fréquent – 27 % des demandeurs d’emploi en situation de handicap ont un niveau de qualification Bac et plus, contre 46 % tous publics et le taux de qualification des jeunes en Quartier prioritaire de la Ville (QPV) est moins élevé que dans l’ensemble du territoire : hors QPV, 9,3 % des jeunes ont un niveau inférieur au CEP/BEPC. Ils sont 20,4 % en Quartier prioritaire de la Ville…
Enfin, l’accès à la formation n’est pas égal pour tous :
• 13 % des jeunes de moins de 26 ans ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation = un peu plus de 1,3 million de jeunes ;
• seul 1 chômeur sur 10 accède à la formation ;
• 1,5 million de personnes de 16 à 65 ans en situation d’illettrisme, dont près de 1 jeune sur 10 en difficulté de lecture et 1 jeune sur 3 dans les territoires d’outre-mer.

Le Plan d’investissement en 3 axes

Mieux analyser les besoins de compétences pour mieux orienter les politiques de formation et les personnes
Le Plan d’investissement dans les compétences se donne pour 1er objectif de mieux identifier les emplois, les activités et les compétences de demain. Ces analyses permettront aux actifs de s’orienter vers les métiers de demain, aux entreprises et aux branches professionnelles, aux régions et à Pôle emploi, d’anticiper les nouveaux besoins en compétences et de concevoir des parcours de formation adaptés.
En 2018, concrètement :
• un appel à projets destiné aux branches professionnelles pour identifier en temps réel les compétences dont les entreprises ont besoin. Les dix premiers projets retenus permettront de mieux répondre aux besoins de recrutement des entreprises et de favoriser des passerelles entre métiers au sein et en dehors de la branche professionnelle ;
• dans le cadre des Pactes régionaux, une exigence partagée celle réaliser des analyses en continu des besoins des entreprises, en s’appuyant sur de nouveaux outils ;
• la définition d’un langage sur les compétences, commun à tous les acteurs.


Financer de nouveaux parcours de formation et d’accompagnement vers l’emploi durable
Le Plan d’investissement finance des parcours de formation qualifiants vers les métiers qui connaissent des besoins de recrutement, immédiats ou émergents. Ces parcours intègrent, quand c’est nécessaire, des formations de remise à niveau – savoirs de base, premières compétences numériques ou savoir-être professionnel – ainsi que des mises en situation professionnelles.
• Une mise en œuvre en régions au plus près des besoins, pour transformer en profondeur les parcours de formation (52 % des financements du Plan) : dès 2018, 148 000 parcours de formations supplémentaires sont financés pour les jeunes ou les demandeurs d’emploi peu ou pas qualifiés, dans le cadre de conventions d’amorçage signées avec les régions. Et sur la période 2019-2022, des Pactes régionaux d’investissement dans les compétences seront signés avec les régions permettant de :
– mieux orienter les programmes de formation et les demandeurs d’emploi par une analyse en temps réel des besoins en compétences des entreprises ;
– financer des formations qualifiantes personnalisées, dans de nouvelles approches pédagogiques, vers les métiers qui recrutent ;
– garantir l’accès des publics les plus fragiles aux parcours qualifiants par la consolidation des compétences clés et des immersions en entreprise ;
– s’engager dans la modernisation des contenus et des modes de mise en œuvre de la formation et de l’accompagnement pendant les formations ;
– mesurer l’impact et comparer l’efficacité avant de généraliser.
Est mise également en œuvre une logique de démultiplication de ce qui a fait ses preuves et d’expérimentations de nouvelles façons de construire les parcours de formation pour redonner envie d’apprendre. Le forfait moyen du parcours est fixé à 8 500 € (au lieu de 3 000 €, dans le cadre du Plan 500 000 formations supplémentaires) et permet un changement de logique pour concevoir des parcours sur-mesure. La logique d’expérimentations permet aussi de tester de nouvelles approches pour répondre à des besoins qui évoluent : penser autrement l’apprentissage des savoirs de base… dans des approches qui sortent des méthodes académiques et qui rapprochent du monde de l’entreprise, favoriser les allers-retours entre formation et emploi, sans devoir tout recommencer à chaque fois… Par exemple : expérimentations d’actions de formation en situation de travail en entreprise pour mettre en activité les publics fragiles… ; création d’incubateurs d’innovation pédagogique : digitalisation des parcours et engagement des publics, réalité virtuelle appliquée aux formations savoirs de base et savoir-être professionnel.
Les pactes seront évolutifs, les projets ne seront pas figés et pourront s’adapter aux besoins pendant toute la durée 2019-2022. Ils doivent obligatoirement intégrer trois projets expérimentaux, évalués avant essaimage avec l’appui du Comité scientifique national.
• L’engagement et l’intensification d’actions nationales pour accompagner vers l’emploi les publics fragiles et accélérer les transformations sur les enjeux émergents. Cet effort se décline en trois axes. Il s’agit d’abord de répondre aux besoins des secteurs en tension et en transformation :
– 10Knum : financement de 10 000 formations aux métiers du numérique, notamment via la Grande École du Numérique, accessibles à des publics peu qualifiés.
– 10Kvert : une priorité donnée, dans le cadre des actions de préparation opérationnelle à l’emploi destinées aux demandeurs d’emploi, aux métiers verts (gestion des déchets, performance énergétique, agriculture biologique, etc.) dans l’objectif d’accélérer la transition écologique.
– Plus de 30 000 préparations opérationnelles à l’emploi collectives (POEC) auront été financées en 2018 par le Plan d’investissement, pour orienter et former, avec le concours des OPCA, les demandeurs d’emploi aux métiers qui recrutent. Cet effort sera poursuivi et amplifié d’ici 2022.
Il s’agit aussi d’encourager la politique d’inclusion par l’emploi :
– pour développer l’inclusion par la formation, l’IAE : axe prioritaire de la stratégie nationale de la lutte contre la pauvreté, l’insertion par l’activité économique (IAE) est un moyen efficace d’amener les personnes les plus éloignées de l’emploi à regagner confiance en eux et à construire leur chemin vers le marché du travail. Le Plan favorisera sur cinq ans l’accès à la formation de plus de 150 000 personnes.
– pour développer les GEIQ : les groupements d’employeurs pour l’insertion et la qualification (GEIQ) offrent à des personnes éloignées de l’emploi l’occasion de lancer leur carrière professionnelle. Grâce au Plan, le nombre de bénéficiaires sera porté à
15 000.
– pour valoriser son image professionnelle et développer son savoir-être professionnel : alors que 60 % des employeurs disent tenir compte davantage des compétences relationnelles que techniques pour recruter, cette prestation nouvelle propose deux à trois semaines d’ateliers pour se préparer à travailler en équipe, construire sa capacité d’adaptation, mieux gérer le stress, développer la curiosité, etc. D’ici 2022, 300 000 jeunes et demandeurs d’emploi auront profité de cette prestation nouvelle.
Il s’agit enfin de répondre aux besoins des publics les plus en difficulté et en particulier les jeunes, à travers :
– l’extension de la Garantie jeunes : cet accompagnement vers l’emploi propose aux jeunes les plus vulnérables des mises en situation professionnelle, des conseils, des ateliers et le versement d’une allocation pendant 12 mois. Grâce au Plan d’investissement, ce sont 100 000 jeunes peu qualifiés qui bénéficieront de ce dispositif ;
– des prépa-compétences pour les demandeurs d’emploi peu qualifiés à qui des ateliers « à la carte » seront proposés pour consolider leur projet professionnel, évaluer leurs compétences et concevoir à partir de cette phase de diagnostic un parcours de formation personnalisé ayant de meilleures chances de réussite. L’expérimentation engagée en 2018 pourrait bénéficier à 20 000 personnes, avec l’objectif de décupler ce nombre d’ici 2022 ;
– le développement de l’Epide : l’établissement pour l’insertion dans l’emploi accueille des jeunes en grande difficulté d’insertion pour les aider à construire leur projet de vie et à entrer sur le marché du travail. La création d’un centre en Seine-Saint-Denis et l’agrandissement de deux centres existants permettront chaque année l’accueil de 300 jeunes supplémentaires ;
– le développement des Écoles de la 2e chance (E2C) : la création de 2 000 places supplémentaires et d’une dizaine d’écoles permettra d’accueillir 6 000 jeunes de plus, d’ici 2022. À l’issue, ce sont plus de 60 % des jeunes qui ont un emploi ou une qualification.

 Des appels à projets pour innover et transformer par l’expérimentation
De nombreuses associations, des élus, et des entreprises et organismes de formation travaillent et innovent pour réinsérer les personnes les plus éloignées de l’emploi. La transformation de notre système de formation professionnelle passe aussi par l’expérimentation de ces nouvelles approches pédagogiques et de nouveaux usages, notamment numériques. Trois premiers appels à projets ont été lancés en 2018. D’autres appels à projets seront lancés régulièrement, par vagues, tous les quatre ou six mois.
• 100 % inclusion, promouvoir le meilleur de l’innovation en matière d’inclusion : l’appel à projets 100 % inclusion vise à identifier les projets innovants, capables d’identifier les jeunes et les demandeurs d’emploi, de les remobiliser et les accompagner vers l’emploi. Chaque trimestre, un jury, présidé par le fondateur dirigeant des boulangeries Eric Kayser, se réunira pour sélectionner des projets (redonner confiance en soi et en l’autre, notamment par des activités culturelles ou sportives, inventer et promouvoir de nouvelles alliances territoriales, etc.). 200 millions d’euros seront consacrés à cet accompagnement.
• Le financement d’actions pour favoriser l’intégration professionnelle des réfugiés : l’accès à l’emploi est un puissant levier d’inclusion et d’émancipation sociale pour les réfugiés, le Plan d’investissement finance un appel à projets doté de 15 millions d’euros pour expérimenter des solutions variées, adaptées à la diversité des profils, des territoires et des métiers. Il encourage de nouvelles alliances entre associations solidaires, entreprises et institutions publiques, pour mieux intégrer et contribuer à notre développement économique.
• Prépa apprentissage, assurer la réussite des parcours en apprentissage : la prépa-apprentissage permettra à des jeunes, aujourd’hui insuffisamment préparés, de réussir leur entrée en apprentissage. De quelques semaines à cinq mois, les jeunes seront accompagnés pour :
– apprendre les savoir-être professionnels comme le travail en équipe, la ponctualité, l’autonomie, le surpassement de soi… ;
– consolider les savoir-faire de base (lire, écrire, compter) ;
– définir leur choix professionnel.
L’appel à projets, doté de 150 millions d’euros, est destiné principalement aux centres de formation des apprentis pour que d’ici deux ans, 75 000 jeunes puissent en bénéficier.

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