« Le Testament d’une âme »

« Le Testament d’une âme »

Il ne savait rien de la guerre. Il n’était jamais allé en montagne. Et pourtant, dans ses rêves, il escaladait des parois vertigineuses, il portait un uniforme, il tirait à la mitrailleuse, des obus éclataient autour de lui… En fait, il rêvait de choses qui étaient arrivées à un soldat autrichien de la Première Guerre mondiale. C’est l’histoire que raconte ce livre, « Le Testament d’une âme » paru chez Dervy.

Tout a commencé en 1974 dans la ville d’Ulm, en Allemagne. Un petit garçon de quatre ans, Udo, se réveille toutes les nuits en pleurant et court se réfugier dans le lit de ses parents. Il fait des cauchemars auxquels personne ne comprend rien. Par chance, les cauchemars cessent bientôt et la famille retrouve la paix.

C’est la montagne qu’il a vue dans ses rêves
Mais quand Udo atteint ses dix-huit ans, tout recommence. Les mêmes cauchemars, la même terreur. Maintenant Udo est un jeune homme. Il fait des études de droit fiscal, il est champion de VTT et de cross-country. Il a aussi rencontré une jeune fille, Daniela. S’il n’y avait pas ces maudits cauchemars…
Encouragé par son amie, Udo va chercher à comprendre ce qui lui arrive. Premier indice : les rêves montrent des scènes de la Première Guerre mondiale. Udo va fureter dans les bibliothèques et les librairies… Il tombe sur une photo. C’est un paysage qui lui paraît familier. C’est la montagne qu’il voit dans ses rêves.
L’été suivant, Udo et Daniela partent en vacances dans ces montagnes. C’est dans le Tyrol du Sud. Cette région était autrichienne avant la Première Guerre mondiale. Maintenant, elle est italienne.
Lorsque les deux jeunes gens arrivent dans la vallée de Sexten, Udo est saisi de frissons : il reconnaît tout, il donne les noms des villages avant de voir les panneaux. Comme s’il était déjà venu ici alors qu’il n’y a jamais mis les pieds. Lorsqu’ils arrivent à la pension où ils ont réservé une chambre, il se met à parler en dialecte tyrolien. Au restaurant, il commande un plat qui porte un drôle de nom et qui n’est même pas sur la carte ! La serveuse trouve ça normal. Daniela n’y comprend plus rien…

 Funeste nuit de garde dans la tranchée
Au mur, il y a de vieilles photos qui représentent trois montagnards. Un nom vient spontanément à l’esprit d’Udo, « Schanni ». Daniela demande à la serveuse si elle connaît ces gens sur la photo. « Non, c’est trop vieux. Peut-être que la grand-mère saura encore… » La grand-mère arrive : « Ces deux-là sont les frères Innerkoffler, dit-elle. Et l’autre, on l’appelait Schanni ».
Les cauchemars continuent et deviennent de plus en plus précis. Udo connaît maintenant le prénom du soldat, il s’appelle Vinz. Vinz a une fiancée dans le village, Maria, et un ami prénommé Josele. C’est avec Josele qu’il escalade la montagne de la « Rotwand », le « Mur rouge ».
Quand éclate la Première Guerre mondiale, le roi d’Italie, qui rêve de conquérir le Tyrol du Sud, dont une partie de la population était d’origine italienne, déclare la guerre à l’Autriche. Vinz est enrôlé dans l’armée autrichienne. Josele s’engage dans l’armée italienne.
Une nuit, alors qu’il est de garde dans la tranchée, Udo entend du bruit dans les barbelés. Il craint une attaque. Il arme son fusil. Soudain, il voit une ombre qui rampe vers lui. Il tire… Les autres soldats accourent. Ce n’était pas une attaque. C’était un soldat italien qui voulait déserter et rejoindre les lignes autrichiennes. Et ce soldat, c’est Josele. Vinz est effondré : il vient de tuer son meilleur ami.

Une lettre qui raconte tout
Les malheurs continuent. Les jours suivants, sa fiancée trouve la mort dans le bombardement du village. Vinz est désespéré. Pendant une attaque, il se jette au-devant des balles. Il est grièvement blessé.
Il réussit à ramper jusqu’à sa tranchée. Il est tout seul. Dans l’abri, il écrit une lettre. Il raconte ce qui lui est arrivé et il demande à la personne qui trouvera la lettre de faire quelque chose que lui ne peut plus faire, raconter son « crime ». Ainsi il pourra trouver la paix. Il signe la lettre, « Vinz », et il met la date : 14 août 1915.
Il recouvre la lettre d’une couche cire pour la protéger, l’enferme dans une boîte en fer-blanc qu’il enveloppe dans un sac postal de l’armée et cache le tout derrière le mur en pierres sèches de la tranchée.
Quatre-vingt-deux ans plus tard, le 14 août 1997, Udo, guidé par ses rêves, trouve cette lettre. Il découvre avec effarement qu’elle raconte exactement ce qu’il a rêvé. C’est le testament du soldat. C’est la preuve que tout est vrai.
Udo écrit un roman sur l’histoire de Vinz et de Josele. Un journaliste, Manfred Bomm, lit ce roman et va interviewer Udo qui avoue : oui, cette histoire m’est réellement arrivée…
Manfred veut bien y croire, mais il faut des preuves ! Il fait analyser le papier de la lettre. C’est effectivement un type de papier qui était utilisé à l’époque de la Première Guerre mondiale et qu’on ne fabrique plus depuis longtemps.

 Le visage qui apparaît dans les rêves
Ensuite, Manfred contacte des historiens du Tyrol du Sud. Ils identifient le soldat Vinz grièvement blessé le 14 août 1915 et mort de ses blessures le 17 août. Il s’appelait Vincenzo Rossi.
Un des historiens retrouve des descendants de la famille de Vinz ! Udo et Manfred se rendent chez ces gens. Oui, disent ces descendants des Rossi, un grand-oncle nommé Vinz est tombé à Sexten. Ils montrent des photos. Sur l’une d’elles, Udo reconnaît le visage qui lui apparaissait dans ses rêves, le visage de Vinz.
Udo et Manfred écrivent ce livre, « Le Testament d’une âme ».
Udo s’est marié avec Daniela. Ils ont deux enfants. Ils mènent une vie normale. Udo ne fait plus de cauchemars, mais il garde au cœur le souvenir de Vinz, de Josele, de Maria, et de tous les soldats tués dans les montagnes et dont plus personne ne se souvient.
« Le Testament d’une âme » d’Udo Wieczorek et Manfred Bomm, éditions Dervy-Trédaniel. Juin 2018. Traduit de l’allemand par Roger Wiltz.

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