Avant-garde polonaise au Centre Pompidou

Avant-garde polonaise au Centre Pompidou

Katarzyna Kobro et Wladyslaw Strzeminski : flashback à la galerie du musée et galerie d’art graphique du centre Pompidou entre le 24 octobre 2018 et le 14 janvier 2019.

À la suite de l’exposition « L’avant-garde russe à Vitebsk (1918-1922) » présentée ce printemps au Centre Pompidou et dans la politique d’ouverture du musée vers les avant-gardes s’inscrivant au-delà de l’Europe occidentale, « Une avant-garde polonaise : Katarzyna Kobro et Wladyslaw Strzeminski » permet de découvrir l’œuvre, les théories artistiques et les engagements sociaux de ces deux artistes, couple moderne, révolutionnaires discrets. Membres majeurs de « l’internationale » progressiste, étudiés par plusieurs spécialistes, ils restent encore injustement méconnus du public français.
Cette exposition propose un parcours historique complet autour de ce couple d’artistes et permet d’apprécier la beauté de leur travail.
Katarzyna Kobro (1898-1951) et Wladyslaw Strzeminski (1893-1952), à l’origine d’un des premiers musées d’art moderne au monde, le Muzeum Sztuki à Lodz, ouvert au public en 1931, sont des figures majeures de l’avant-garde constructiviste polonaise. Radicaux dans leurs postures artistiques, ils inscrivaient leurs idées dans une pratique quotidienne à travers l’enseignement, les publications et l’organisation de la vie artistique. En couple dans la vie privée, ils travaillaient main dans la main, chacun développant de son côté le langage moderne de la sculpture pour Kobro et de la peinture pour Strzeminski. S’il était connu pour la théorie de l’unisme poussant à bout l’idée de l’autonomie organique de la peinture, elle l’était pour la théorie de la sculpture comme manière d’appréhender l’espace. Les sculptures suspendues de Kobro de 1920 sont de très beaux exemples de sculpture constructiviste. La radicalité de ses constructions géométriques la place parmi les sculptrices les plus importantes de la première moitié de 20e siècle. Les peintures abstraites de Strzeminski–les reliefs, les « Compositions architecturales » ou « Compositions unistes » sont des propositions uniques dans ce domaine.
Nés en Russie, elle d’origine russe, lui d’origine polonaise, ils commencent leur carrière artistique alors qu’éclate la révolution d’Octobre. Proches de Kasimir Malévitch qu’ils rencontrent à Moscou et qui leur confie le développement d’une filiale de l’école Ounovis à Smolensk, ils font partie des artistes révolutionnaires de la gauche radicale, qui s’engagent dans la réforme de l’enseignement artistique et qui mettent l’art au service de la société socialiste. À la suite du resserrement croissant de la politique culturelle dès les débuts des années 1920, le couple quitte la Russie soviétique pour s’installer en Pologne qui vient d’être reconstituée. Ils se rapprochent aussitôt des cercles des réformateurs d’art-cubistes, suprématistes et constructivistes – dont des poètes et des architectes. Ils sont membres de plusieurs groupes des avant-gardes artistiques polonaises comme Blok, Praesens, pour créer finalement leur propre groupe a. r. (artistes révolutionnaires ou avant-garde réelle) avec le peintre Henryk Stazewski et les poètes Julian Przybos et Jan Brzekowski.
Strzeminski devient un fervent divulgateur de l’art moderne, organisant des expositions de groupe ou monographiques comme celle de Malévitch. Le couple d’artistes s’engage également dans les mouvements de l’avant-garde internationale en participant aux groupes de Cercle et Carré puis Abstraction-Création. Ils échangent aussi avec De Stijl. Ils publient dans les revues de ces mouvements qu’ils font à leur tour connaître en Pologne. Aidés par leurs contacts internationaux, notamment Hans Arp et Fernand Léger, les membres d’a. r. commencent à constituer dès la fin des années 1920, grâce à des dons, une collection internationale d’art contemporain, et envisagent dès le départ son ouverture au public.
La coordination en Pologne est effectuée par Strzeminski. La collection comptant les œuvres de Hans Arp et Sophie Tauber-Arp, de Léger, de Sonia Delaunay, de Jean Hélion, de Vilmos Huszar, d’Enrico Prampolini, de Kurt Schwitters, de Georges Vantongerloo, de Theo van Doesburg et d’autres, ouvre au public en 1931 dans le cadre des collections du Muzeum Sztuki de Lodz inauguré un an plus tôt.
À la réouverture du musée après la Seconde Guerre mondiale, Strzeminski arrange une salle appelée néoplastique, où, à l’exemple du « Cabinet des abstraits » d’El Lissitzky, il organise lui-même l’accrochage d’une partie de la collection qui comprenait plus de cent œuvres.
Longtemps absents des histoires des avant-gardes internationales, Kobro et Strzeminski comptent parmi les piliers de l’art moderne polonais. Tous deux élaborèrent dès le début le chantier de l’abstraction.
Dans le courant des années 1930, le style des deux artistes change. Kobro se tourne vers le figuratif schématisé. Strzeminski introduit la ligne organique qui marquera aussi bien ses paysages maritimes que ses nombreux dessins réalisés pendant l’Occupation. Il applique aussi ces dessins à une série unique de collages « À mes amis Juifs », au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, traitant de l’extermination des Juifs polonais. Il devient aussi de plus en plus préoccupé par la physiologie de la perception qu’il développe dans les séries des « Images rémanentes ». Sa dernière œuvre théorique, Théorie de la vision, qui correspond à sa version de l’histoire de l’art analysée du point de vue de l’évolution de la conscience visuelle, a été déterminante pour le développement des avant-gardes polonaises de la deuxième moitié du 20e siècle.
Kobro et Strzeminski complètent aujourd’hui l’histoire des avant-gardes internationales, mais servent aussi de figures exemplaires. Pour eux, l’art jouait un rôle primordial dans la réforme de la société. Croyant profondément en ce rôle, ils ont consacré toute leur vie à tourner l’art le plus moderne et le plus radical vers la société. En cela, ils comptent parmi les utopistes réels, qui ne croient plus à l’efficacité des grandes révolutions, mais à celle des actions à une échelle plus accessible. Par la multiplication de ces actions, le changement voulu lentement s’instaure. Décédés relativement tôt, en 1951 et 1952, en pleine époque stalinienne, ils n’ont pas pu voir le succès de leurs idées.
L’exposition a été coorganisée avec le Muzeum Sztuki de Lodz et l’Institut Adam Mickiewicz dans le cadre de POLSKA 100, le programme culturel international qui accompagne le centenaire du retour à l’indépendance de la Pologne, financé par le ministère de la Culture et du Patrimoine national de la République de Pologne dans le cadre du programme pluriannuel NIEPODLEGLA 2017–2021.

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