17 mesures pour l’eau

17 mesures pour l’eau

Le premier ministre a présenté les conclusions du premier volet des Assises de l’eau dédié à la relance de l’investissement dans les réseaux et l’assainissement.

Annoncée par le président de la République lors du Congrès des maires, la première séquence des Assises de l’eau consacrée aux services d’eau et d’assainissement a permis d’engager une large concertation inédite avec les élus locaux à travers une consultation en ligne des maires (2 500 réponses), mais aussi des échanges sur le terrain au sein des comités de bassin.
Cette démarche a dégagé plusieurs besoins pour permettre aux élus d’améliorer l’exercice de cette compétence :
• 64 % estiment qu’ils ont besoin de l’accompagnement de l’État (monter des projets locaux avec de l’ingénierie technique et juridique). Ils manifestent une attente de financement des agences de l’eau ou des banques pour le renouvellement des infrastructures ;
• 42 % font le constat d’un déficit de connaissance des réseaux d’eau et d’assainissement.
Un diagnostic parallèle à partir des données renseignées par les collectivités dans le système d’information sur les services publics d’eau et d’assainissement (Sispea) en 2016 a révélé que :
• seuls 50 % des services d’eau et 40 % des services d’assainissement publient leurs données. Même si cela représente plus de 75 % de la population desservie, ces chiffres montrent la nécessité de consolider les données sur l’état de service ;
• 1 litre sur 5 se perd dans les réseaux d’eau (moyenne nationale : rendement de 79,6 %), mais on observe surtout de forts contrastes selon les services.

Réseaux rénovés, eau de qualité
Dans ce contexte, le Gouvernement a décidé de mobiliser les acteurs publics (agences de l’eau, collectivités locales, Caisse des Dépôts et consignation) et les acteurs privés (entreprises du secteur de l’eau, banques) pour relancer l’investissement dans les territoires pour permettre de réduire les fuites d’eau et améliorer la gestion des réseaux, tout en assurant une distribution d’eau de qualité en France. La fixation du prix de l’eau demeurera une compétence souveraine des collectivités dans laquelle l’État n’interviendra pas. Il ne fixera pas non plus de prix minimum.
Ces Assises de l’eau vont permettre d’accélérer le renouvellement des installations d’eau en divisant par deux la durée du cycle de renouvellement des canalisations. Les Assises de l’eau visent la relance des investissements (usines d’eau potable ou d’assainissement, canalisations…) qui passeront à 41 milliards d’euros sur la période 2019-2024 (contre 36 milliards prévus avant les Assises sur la même période).
Dans le même temps, le Gouvernement a souhaité généraliser le principe d’une tarification sociale de l’eau et accélérer la mise en place par les collectivités volontaires de dispositifs garantissant un meilleur accès à l’eau pour les plus démunis. Ils peuvent se traduire par la gratuité des premiers mètres cubes, la mise en place de tarifs réduits ou d’une tarification progressive. Le Gouvernement proposera dans ce but aux collectivités qui le souhaitent de mettre en œuvre un dispositif de chèque eau et d’en confier la gestion à l’opérateur national du chèque énergie.
Cette action s’accompagnera d’autres mesures que les acteurs du nouveau comité stratégique de filière eau proposeront d’ici la fin de l’année pour améliorer le service rendu à l’usager en matière de qualité de l’eau et de relations clients.

Lutter contre les fuites d’eau dans les territoires ruraux
Des aides financières seront mobilisées prioritairement à destination des territoires ruraux qui ne parviennent plus à investir pour améliorer leurs services d’eau et d’assainissement. Pour garantir le niveau de service aux usagers, le Gouvernement s’engage à accompagner les collectivités compétentes dans leurs investissements pour l’avenir en proposant des financements efficaces, adaptés aux situations et solidaires.
• Mesure 1 : augmentation de 50 % des aides des agences de l’eau pour les territoires ruraux qui font face à un mur d’investissement pour renouveler leurs installations, soit 2 milliards d’euros investis par les agences de l’eau pour le compte de l’État, au cours des 11es programmes d’intervention (2019-2024). Ces aides soutiendront le renouvellement des canalisations et des usines de traitement et d’assainissement : 1 500 services de distribution d’eau seront accompagnés.
• Mesure 2 : amélioration des conditions d’emprunt des collectivités en créant de nouvelles offres spécifiques aux besoins du secteur de l’eau. Les conditions financières de l’accès au crédit pour les collectivités ont en effet été identifiées comme la clé permettant la relance des investissements. La Caisse des Dépôts et consignations interviendra à nouveau dans l’eau et consacrera 2 milliards d’euros sur 5 ans. Cette enveloppe sera régionalisée dans une contractualisation de la Caisse des Dépôts et consignation avec les agences de l’eau, afin d’assurer une coordination des offres financières de prêt de la Caisse des Dépôts, de subvention des agences de l’eau et, pour les régions volontaires, de crédits européens.
• Mesure 3 : engagement des fonds européens pour l’eau. Les fonds européens sont aujourd’hui insuffisamment utilisés en faveur des projets pour l’eau, sauf dans les outre-mer. Les agences de l’eau se rapprocheront des conseils régionaux, autorités de gestion des programmes européens pertinents pour utiliser de manière optimale ces crédits.
• Mesure 4 : 1,5 milliard de subventions sur la période 2019-2024 pour mettre en place des contrats de progrès. Ils ciblent des collectivités de taille moyenne qui disposent d’une capacité d’autofinancement réelle, mais qui font face à un retard d’investissement trop lourd. Ces subventions pourront utilement être complétées de prêts de la Caisse des Dépôts et consignations. 1 000 services d’eau et d’assainissement pourront ainsi être accompagnés.
• Mesure 5 : les agences de l’eau engageront 1 milliard d’euros sur 6 ans pour accompagner les autres travaux de l’eau et l’assainissement en maximisant l’effet de levier financier sur les investissements. La gestion des eaux pluviales sera une priorité dès lors qu’un enjeu de pollution pour le milieu a été identifié.
• Mesure 6 : 50 millions d’euros sur la période 2019-2024 pour aider les collectivités à disposer d’une meilleure connaissance de leur patrimoine d’eau et d’assainissement. Cette enveloppe permettra à l’État de disposer d’un diagnostic complet de l’état des installations puisque les Assises ont révélé que les services de gestion d’eau et d’assainissement n’ont pas toujours les moyens de compléter la base de données nationale Sispea. 3 000 services de l’eau et de l’assainissement seront ainsi accompagnés.
• Mesure 7 : moderniser, d’ici la fin du quinquennat, le dispositif des redevances des agences de l’eau en prévoyant notamment, en parallèle de la réforme de la redevance pour pollution d’origine domestique, le maintien d’une redevance fondée sur la consommation d’eau qui sera clairement identifiée comme un outil de solidarité entre les villes et les territoires ruraux. Une telle redevance de solidarité territoriale incitera à une bonne gestion patrimoniale des réseaux en remplacement de la redevance pour modernisation des réseaux de collecte.
• Mesure 8 : mobilisation du programme d’investissements d’avenir pour soutenir le développement des technologies innovantes (sous mandat de gestion par l’Ademe). Ce programme permettra de développer de nouvelles solutions pour améliorer le service rendu aux usagers, encourager les économies d’eau, notamment en zone urbaine.
• Mesure 9 : proposition de révision de la charte eau et assainissement DOM signée en 2016. Le plan d’actions pour les services d’eau et d’assainissement en outremer (plan eau et assainissement DOM) intégrera ainsi les mesures issues des Assises tout en prenant en compte les spécificités locales. Des discussions se sont engagées lors des Rencontres des acteurs de l’eau et de l’assainissement des outremers du 17 septembre.

Améliorer la qualité de service pour les Français
Pour améliorer la qualité du service rendu et optimiser les investissements, il est nécessaire d’améliorer la connaissance des services d’eau et d’assainissement sur l’ensemble du territoire. Il s’agit aussi d’assurer une meilleure ingénierie technique et juridique pour les collectivités gestionnaires et de renforcer leur capacité d’autofinancement.
• Mesure 10 : la publication des résultats des services d’eau et d’assainissement sera désormais obligatoire, via le remplissage de la base de données nationale qui sera refondue. Chacun pourra avoir accès à la connaissance des services publics d’eau et d’assainissement qui lui sont rendus et se situer par rapport au reste de son département (aujourd’hui remplie par 50 % des services publics d’eau et 40 % des services publics d’assainissement). La connaissance est un prérequis à l’action et la relance des investissements : cette information sera partagée avec les pouvoirs publics, les professionnels et les associations.
• Mesure 11 : les 22 168 communes et intercommunalités compétentes en matière d’eau potable et d’assainissement devront désormais systématiquement élaborer un schéma directeur pour l’eau potable et l’assainissement, là où aujourd’hui seule la tenue d’un état des lieux est obligatoire. Le schéma directeur est un outil de programmation et de gestion pour la collectivité qui doit lui permettre d’avoir une vision globale des besoins et des solutions envisageables. Il est composé d’un diagnostic du système et d’un programme pluriannuel d’actions envisagé suite à ce diagnostic, assorti d’un plan de financement. Le programme d’actions est le fruit d’une analyse et d’une réflexion au cours desquelles différentes solutions techniques sont construites, examinées et comparées sur les plans technique, financier et environnemental. Rappelons que les collectivités qui souhaitent bénéficier de la solidarité financière des autres collectivités pour leurs investissements dans l’eau (via les agences de l’eau) doivent présenter dans ce schéma pluriannuel d’investissements des éléments démontrant la soutenabilité financière à terme du service de l’eau.
• Mesure 12 : amélioration du fonctionnement de la police des réseaux. Il s’agit de rendre obligatoire le contrôle des raccordements aux réseaux de distribution d’eau potable et d’assainissement pour réduire les fuites dans ces réseaux et de s’assurer que les branchements sont correctement réalisés.
• Mesure 13 : création, d’ici fin 2019, d’un centre national de ressources piloté par l’Agence française pour la biodiversité et visant à capitaliser sur les bonnes pratiques de gestion patrimoniale des réseaux et à valoriser les techniques innovantes et les solutions d’économies d’eau.
• Mesure 14 : mise en place d’une assistance opérationnelle aux collectivités (mutualisation des bonnes pratiques, développement de l’assistance technique des départements pour le diagnostic et le renouvellement des réseaux d’eau et d’assainissement, lancement d’appel à projets…) en concluant notamment des contrats de filières avec le nouveau comité stratégique, créé en mai 2018. Les services d’ingénierie de l’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (Irstea) et du Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema) prépareront des contrats-cadres d’ingénierie que les agences de l’eau prénégocieront avec les bureaux d’études afin de faciliter leur déploiement dans les services d’eau et d’assainissement, notamment les plus petits.
• Mesure 15 : développement d’une politique nouvelle d’innovation. Les innovations pourront aller du goût de l’eau aux travaux sans tranchées, en passant par le suivi de la qualité de l’eau et du service à l’utilisateur et les dispositifs innovants de surveillance du rendement des réseaux. 50 millions d’euros par an seront dévolus à cette politique.

Renforcer la confiance et la solidarité
Les acteurs du monde de l’eau réunis dans le cadre des Assises de l’eau ont souhaité proposer des actions permettant d’améliorer la confiance des Français dans le service public de l’eau et de garantir l’accès de tous à une eau saine.
En effet, 99 % des Français bénéficient d’une eau de bonne qualité. Pourtant, 20 % d’entre eux ne font pas confiance à l’eau du robinet et 47 % des Français déclarent boire de l’eau en bouteille tous les jours ou presque, avec la production de déchets de plastique qui l’accompagne. Le rétablissement de la confiance des Français pour favoriser la consommation d’eau du robinet et limiter l’achat de bouteilles d’eau en plastique est primordial. Il s’agit d’un enjeu écologique majeur pour le Gouvernement qui constitue une priorité du Plan biodiversité et de la Feuille de route pour l’économie circulaire.
• Mesure 16 : d’ici la fin de l’année, le comité stratégique de filière eau fera des propositions pour mieux gérer le goût de l’eau potable qui varie selon les endroits, pour rendre plus transparente l’information aux usagers sur la qualité de l’eau potable qu’ils consomment et pour améliorer la qualité du service rendu aux usagers (réduction des délais de raccordement aux réseaux, dureté de l’eau, état des canalisations, etc.).
• Mesure 17 : déploiement de la tarification sociale de l’eau dans les collectivités volontaires. La tarification sociale de l’eau relève toujours de la libre administration des collectivités et elles sont libres de choisir le dispositif qu’elles veulent mettre en place. Pour autant, le Gouvernement souhaite voir se généraliser la tarification sociale à destination des populations les plus fragiles. Il fait donc une offre nouvelle aux collectivités volontaires et leur propose de mettre en place le chèque eau, sur le même modèle que le chèque énergie du ministère de la Transition écologique et solidaire. Concrètement, l’État proposera aux collectivités volontaires de le faire gérer par l’opérateur national du chèque énergie. À ce stade, les règles de confidentialité des données ne leur permettaient pas d’accéder aux bases et de repérer les populations cibles.

En chiffres
Les services d’eau et d’assainissement en France
Gestion : en France, en 2015, 22 200 collectivités gèrent les 33 200 services d’eau et d’assainissement.
• Des attentes :
– 64 % des élus souhaitent être accompagnés par l’État pour monter des projets locaux de simplification des procédures.
– 63 % des élus demandent une relance des investissements.
• Satisfaction : 87 % des Français sont satisfaits du service de l’eau.
• Connaissance :
– seuls 50 % des services d’eau et 40 % des services d’assainissement publient leurs données. Conséquence : 42 % des élus ne connaissent pas leurs réseaux d’eau et d’assainissement.
– Près de 50 %, des Français voudraient plus d’informations sur l’eau et son traitement.
• Pertes et consommation : sur 5 litres d’eau potable injectés dans le réseau, plus d’un litre est perdu avant consommation.
• Des collectivités en action :
– Ussel, ville de 10 000 habitants en Haute-Corrèze, a entrepris d’importants travaux sur son réseau d’eau potable afin d’en améliorer le rendement en réduisant les fuites. Découvrez la démarche en vidéo : https://youtu.be/HH5wqsomHBM
– Regroupant 83 communes et 43 000 habitants, le syndicat intercommunal d’eau potable du Santerre a engagé une politique volontariste de gestion de ses réseaux pour lutter contre les fuites, tout en initiant un projet pour améliorer la qualité de l’eau en collaboration avec des agriculteurs.
Découvrez la démarche en vidéo : https://youtu.be/_XwLb9O6cXc.

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