Sensibiliser sur la prostate

Sensibiliser sur la prostate

L’Association française d’Urologie a reconduit son chat Facebook à destination des patients atteints de maladies de la prostate. Un outil de prévention indispensable qui marque la 14e Journée européenne homonyme qui a lieu ce 20 septembre.

La Journée de la prostate donne l’occasion de rappeler et de sensibiliser les professionnels de la santé et le grand public sur ce sujet encore tabou. Au programme notamment de cette édition l’hypertrophie bénigne de la prostate et les complications mictionnelles.

Évoquer les troubles de la prostate
Ce chat Facebook réunit plusieurs urologues de l’Association française d’Urologie (Afu) spécialisés dans les thématiques de la prostate. Ensemble, ils répondent aux questions posées en ligne par les patients. Cette année marque donc la volonté de ne pas restreindre la discussion au seul cancer. « Le format chat permet en effet à certains patients d’obtenir des réponses à des interrogations qui n’auraient peut-être pas suffi à les conduire jusqu’au cabinet médical », indique le Dr Castagnola, vice-président de l’Afu.
Le dispositif de communication mis en place est identique à celui de l’année passée. Les experts de l’Afu répondent aux questions des internautes par des posts écrits, mais aussi par de courtes séquences vidéo. Certaines, répondant à des questions d’ordre général sur la prostate, seront tournées en amont et postées sur la page Facebook @Urofrance.

Lieu de dialogue et d’éducation médicale
« Nous avons constaté au fil de nos lives à quel point certains patients apprécient de poser des questions de manière anonyme, car les tabous sont ainsi levés, explique le Dr Christian Castagnola. Le réseau social autorise une plus grande proximité avec les patients » qui, protégés par leur écran, se sentent plus libres de poser des questions.
Outre la libération de la parole, ce live prostate vise donc à apporter des informations de base aux patients, tout en les invitant à s’adresser à leur médecin. « Facebook ne peut pas être un lieu de consultation, précise encore le Dr Castagnola. Nous donnons les éléments de réponse les plus précis possible, mais lorsque le cas est complexe ou que l’étude complète du dossier est nécessaire, notre mission première est de rediriger le patient vers une réelle prise en charge ».
Le chat apparaît alors pour certains comme un facteur de déclic, d’autant que la discussion se termine parfois en privé.
Un dernier avantage de Facebook est l’audience touchée. « D’abord, elle est nombreuse – lors du dernier événement, plus de 33 000 personnes avaient été atteintes –, mais surtout, nous pouvons converser avec les proches des patients ».
C’est d’ailleurs l’un des intérêts clés de l’usage de Facebook selon le Dr Castagnola : les femmes y sont particulièrement présentes. « Or, le fait de cibler les femmes est important, car nous savons que les hommes sont de mauvais acteurs de leur propre santé, développe-t-il avant de compléter : grâce à leur entourage féminin, ils sont alertés et conseillés. Les femmes insistent pour que leurs proches fassent attention à leur santé, en cela, elles sont souvent à l’origine de la consultation ».

Une campagne de sensibilisation digitale
La Journée européenne de la prostate est également l’occasion pour l’Afi de diffuser un spot de sensibilisation, sur le web et ses réseaux sociaux. Comme l’an dernier, l’objectif est d’informer à grande échelle et sensibiliser le grand public, et en particulier les hommes de 50-70 ans, principaux individus concernés et pour qui le sujet de la prostate reste malheureusement un tabou.

Rappels
La prostate est située juste sous la vessie en avant du rectum. Elle participe à la fabrication du sperme. Elle est traversée par l’urètre, le canal qui sert à l’élimination des urines et à l’expulsion de sperme. La prostate est constituée de glande (hormonodépendante) et de muscle ; elle est entourée d’un tissu fibromusculaire qui la délimite : la capsule. Elle n’est pas visible, mais elle est aisément palpable, accessible à l’examen médical par toucher rectal.
La prostate grossit au fil de la vie. De l’ordre du milligramme à la naissance, sous l’effet des hormones, elle grossit à partir de la puberté, pour atteindre un poids moyen de 20 g, à l’âge adulte. Elle a aussi tendance à prendre du volume avec l’âge : on parle d’hypertrophie bénigne de la prostate (ou adénome).
L’hypertrophie bénigne de la prostate, contrairement au cancer de la prostate localisé, se manifeste par des symptômes urinaires. Son développement n’a rien à voir avec celui du cancer, même si la fréquence des deux pathologies augmente avec l’âge. En effet, lorsqu’elle vieillit, la prostate peut présenter des cellules cancéreuses ; c’est le cas chez 80 % des hommes de plus de 80 ans. Si ces cellules ne sont pas détruites par le système immunitaire et se développent au-delà d’un certain stade (le seuil de 100 000 cellules est évoqué), on parle de tumeur.
Constituée d’un amas de cellules anormales, la tumeur évolue dans le temps :
• en volume (en fonction du nombre de cellules qui la constituent) ;
• en nature (en fonction de l’anatomie des cellules).
Les cellules normales ont la capacité de se diviser et de se spécifier en fonction de l’organe qu’elles constituent, et de mourir au bout d’un temps programmé.
Les cellules tumorales se divisent plus vite, de manière anormale, d’où leur gros noyau. Elles ne ressemblent plus tout à fait aux cellules normales de l’organe auquel elles appartiennent : on dit qu’elles sont moins différenciées.
Au fur et à mesure de la progression du cancer, leur morphologie s’éloigne de plus en plus de celle d’une cellule normale : les cellules sont de plus en plus indifférenciées, de plus en plus folles, et la maladie devient de plus en plus difficile à contrôler, de plus en plus agressive.
Plus la tumeur se développe, plus elle grossit. Au début, elle n’occupe qu’une petite partie à l’intérieur de la prostate. On parle de tumeur localisée intracapsulaire. Pour en donner une image, si la prostate était un agrume, la tumeur se situerait dans la pulpe du fruit. On parle de cancer localisé : à ce stade, il est possible de traiter la tumeur par la chirurgie, la radiothérapie, la curiethérapie (introduction de grains radioactifs dans la prostate) ou des thérapies focales comme l’Hifu, la cryothérapie ou la photothérapie dynamique. Si les cellules cancéreuses sont détruites ou enlevées, le cancer peut être guéri.
On ne peut guérir le cancer de la prostate que lorsqu’il est localisé : une fois passée cette étape, le cancer continuera de progresser, la stratégie thérapeutique consistant alors à le ralentir et à le contrôler. Le pronostic dépendra de la vitesse d’évolution pour chaque patient, et chaque tumeur, une vitesse qu’il n’est pas possible de prévoir à l’avance.
Si la tumeur localisée n’est pas traitée, elle continue de progresser, plus ou moins vite en fonction de son agressivité : d’abord, jusqu’à la capsule (la peau de l’agrume, pour reprendre l’image du fruit), au-delà, vers les tissus adjacents de la prostate (col vésical, vésicules séminales). On parle de cancer localement avancé.
L’étape suivante est celle de la migration des cellules tumorales vers d’autres organes : les cellules tumorales atteignent d’abord les ganglions lymphatiques, les veines et les capillaires et voyagent dans tout le corps, dans un caillot de fibrine : on parle de cellules circulantes.
Les métastases apparaissent lorsque les cellules circulantes viennent se fixer sur un organe : dans 90 % des cas, il s’agit des os, mais on observe parfois des métastases au foie, au poumon, aux glandes surrénales ou aux organes pelviens. Pourquoi les métastases des cancers de la prostate se fixent-elles principalement sur les os ? On a longtemps pensé que l’explication était d’ordre circulatoire. Mais il semble, en fait, que l’os secréterait des facteurs chimiotactiques qui attireraient les cellules prostatiques. Certains ont été identifiés (ostéonectine, SPARC), d’autres comme les cytokines TGFβ1 sécrétées par les ostéoblastes (les cellules responsables de la constitution du tissu osseux) ont été étudiées.
Au stade métastatique, le traitement du cancer de la prostate est palliatif et vise :
• l’amélioration des symptômes (notamment des douleurs, fréquentes) ;
• l’amélioration de la qualité de vie ;
• la prévention des complications (fractures osseuses, compressions médullaires). Il repose sur…
– les anti-androgènes, lorsque le cancer n’est pas hormonorésistant ;
– la chimiothérapie : docetaxel, cabazitaxel ;
– les « super » anti-androgènes, lorsque le cancer est hormonorésistant ;
– les protecteurs osseux (clodronate, acide zolédronique, denosumab et l’alpharadine ou radium 223).
La qualité de vie du patient est essentielle au choix des traitements (comme à l’évaluation des traitements en cours de développement). Parmi les éléments qui peuvent altérer la qualité de vie des patients, la survenue d’un « événement osseux » est corrélée à une diminution de l’espérance de vie. La qualité de vie est donc aussi, dans une certaine mesure, un indicateur de l’évolution du cancer. On parle d’événement osseux chez un patient avec un cancer de la prostate métastatique en cas de :
• fracture osseuse pathologique ;
• compression médullaire ;
• recours à une famille d’antalgiques plus puissants ;
• recours à la radiothérapie antalgique (la radiothérapie, utilisée pour soulager la douleur et réduire une éventuelle compression médullaire, a un effet antalgique chez près de 80 % des patients) ;
• chirurgie dite « de nécessité », en cas de compression médullaire ou de fracture.
L’un des enjeux de la prise en charge du cancer de la prostate métastatique est la présentation des événements osseux, qui signent une aggravation de la maladie et une baisse de la survie globale.
C’est le rôle des protecteurs osseux comme les bisphosphonates (qui inhibent la destruction du tissu osseux) ou encore du radium 223, une nouvelle solution en phase 3 de développement dont les effets prometteurs ont été salués au congrès de l’American Society of Clinical Oncology.
Les étapes de l’évolution du cancer de la prostate précédemment décrites s’accompagnent aussi d’une évolution de sa sensibilité aux hormones. La prostate étant une glande sous la dépendance de la testostérone, il est possible d’agir sur l’évolution du cancer de la maladie en bloquant la production de cette hormone :
• de manière chimique, grâce à l’association d’analogues ou d’antagonistes de la LH-RH, et de molécules anti-androgènes ;
• de manière chirurgicale, par l’ablation des testicules (rare).
L’hormonothérapie, intermittente ou continue, est prescrite pour ralentir la progression d’un cancer qui a dépassé le stade localisé. Elle fonctionne bien tant que le cancer est androgéno-dépendant. Mais naturellement, plus ou moins vite selon les cancers et selon les patients, la maladie devient androgéno-indépendante, tout en demeurant hormonodépendante. Schématiquement, les traitements hormonaux de 1re ligne ne suffisent plus, car le peu de testostérone qui parvient aux récepteurs des androgènes suffit à nourrir la progression de la tumeur : il devient alors nécessaire de bloquer totalement les récepteurs aux androgènes.
L’abiratérone et le MDV3100 en cours d’évaluation (phase 3) qui agissent comme de véritables « super » anti-androgènes permettent de prolonger les effets de l’hormonothérapie. Cependant, ils ne font que repousser les limites, car le cancer de la prostate évolue naturellement vers l’hormonodépendance : à ce stade, l’hormonothérapie devient inefficace et la chimiothérapie est alors nécessaire pour ralentir la maladie jusqu’à ce que le cancer devienne chimio-insensible.

Qualité de vie
Interrogés dans une enquête la qualité de vie de ces patients est globalement bonne. Mais elle varie dans le temps : ainsi, elle s’améliore, chez les patients avec un cancer localisé traité, et particulièrement chez ceux qui ont été traités par prostatectomie radicale.
Une appréciation à nuancer à l’aune :
• des effets secondaires des traitements [avec de nombreuses plaintes concernant les répercussions sur la virilité et la sexualité] ;
• du sentiment d’incertitude chez les patients sous surveillance active ;
• de la perte de moral et de la peur de la mort chez les patients dont les cancers sont les plus avancés.
L’analyse de l’étude patients montre un bon niveau d’information générale, mais les disparités individuelles souligneraient la perte de chance chez certains patients qui n’ont pas eu accès à l’information sur le dépistage avant la maladie.
Il faut donc renforcer l’information générale de tous les hommes sur la maladie, et sans doute mieux doser l’information au moment du choix du traitement : trop d’information tue parfois l’information, comme le souligne le témoignage d’un homme : « J’ai trouvé difficile qu’il faille décider soi-même du traitement que je voulais après le diagnostic du médecin ». Quel que soit le stade du cancer, les patients semblent avoir besoin de s’en remettre au médecin, après avoir été informés : 4 seulement se sont dits « engagés au jour le jour dans un combat contre la maladie ».
En conclusion, l’information de tous les hommes sur une maladie dont l’incidence et la mortalité demeurent élevées reste une priorité pour l’Afu. Une information qui ne doit pas être entendue comme une simple formalité, un raccourci, qui laisserait l’homme ou le patient démuni face à des choix difficiles à assumer, mais plutôt une information qui se noue dans le dialogue.

Leave a Reply

Your email address will not be published.