Petits mangeurs

Petits mangeurs

Comment les jeunes enfants âgés de 6 à 18 mois apprennent-ils à manger des textures variées ? Quelles textures acceptent-ils en fonction de leur âge ?

Pour la première fois en France, des chercheurs de l’Inra, en collaboration avec l’entreprise Blédina, ont étudié ces questions. Ils ont montré que les enfants acceptent en petite quantité la plupart des textures à un âge plus précoce que ce que leur proposent généralement leurs parents à la maison. Publiés dans la revue Food Quality and Preference, ces travaux suggèrent des recommandations relatives à la diversification alimentaire.
Dans les premiers mois de vie, les apports nutritionnels du nourrisson sont assurés par le lait maternel ou les préparations infantiles pour nourrissons. Vers 4-6 mois, son alimentation évolue avec l’introduction d’une alimentation solide plus variée (fruits, légumes, produits céréaliers, viandes/poissons/œuf et produits laitiers autres que son lait). Au départ, ces aliments sont souvent proposés à l’enfant en purées qui lui permettent de découvrir différents goûts. Puis au fil des mois, les purées sont progressivement remplacées par des morceaux d’abord petits et mous puis de plus en plus gros, durs, collants, fibreux… qui permettront à l’enfant d’apprendre à manger les aliments de la table familiale. Cependant, à l’heure actuelle, les recommandations de santé publique sur le sujet sont limitées et les données scientifiques peu nombreuses.
En Europe, le comité de nutrition de la société de gastro-entérologie pédiatrique a émis un avis en 2017 encourageant à une introduction des morceaux. Des études observationnelles suggèrent en effet qu’une introduction trop tardive des morceaux serait associée à des refus alimentaires à 18 mois et à des moindres consommations de fruits et légumes à 7 ans.

L’étude
Dans ce contexte et pour la première fois en France a été menée une étude longitudinale entre 2015 et 2017, auprès de jeunes enfants afin de mieux comprendre comment ceux-ci apprennent à manger des textures variées et quelles textures sont acceptées en fonction de leur âge. Pour cela, les scientifiques ont suivi deux groupes d’enfants au fil des mois, dans leur laboratoire. Le premier groupe de 24 enfants a démarré l’étude à 6 mois et a été revu à 8 et 10 mois. Le second de 25 enfants a été revu à 12, 15 et 18 mois. Suivant les âges, les chercheurs ont proposé aux enfants trois cuillères (purées lisse ou granuleuse, petits morceaux de légumes cuits ou crus, petits morceaux de viande, pâtes, muesli, morceaux collants (banane et brie) et petits plats bébé du commerce) ou un morceau (pain et biscuit) d’aliments de textures très variées, à un âge auquel bien souvent leur parent ne leur avait pas encore proposé à la maison. Pour chaque aliment, les chercheurs ont évalué comment l’enfant mangeait l’aliment (en le suçant ou en le mastiquant) et s’il acceptait l’aliment (s’il était capable de l’avaler). Le parent évaluait, quant à lui, si son enfant aimait ou non l’aliment.
Les résultats ont montré que les purées granuleuses avec ou sans petits morceaux mous étaient très bien acceptées dès 6 mois et que les enfants les consommaient par succion. Entre 6 et 10 mois, les enfants apprenaient progressivement à mastiquer, ce qui leur permettait d’accepter de mieux en mieux des morceaux mous, collants et le pain. Cependant, à 10 mois, moins de 50 % des enfants étaient capables de manger un quignon de pain ou un biscuit pour bébé dans le temps imparti (une minute), et c’était seulement à 15 mois que tous les enfants acceptaient ces aliments. Entre 12 et 18 mois, les enfants mastiquaient tous les aliments et le comportement de succion avait quasiment disparu. C’est une période de développement de l’acceptabilité des morceaux de légumes crus et des pâtes, mais ces aliments étaient acceptés par au moins 50 % des enfants seulement à 15 mois et certains enfants ne parvenaient toujours pas à les manger à 18 mois. Pour les parents, leur enfant aimait l’aliment dès qu’il était capable de le manger, à l’exception du pain et du biscuit, jugés appréciés même si les enfants avaient du mal à les avaler.
Ces données révèlent que les enfants acceptent en petite quantité la plupart des textures proposées ; à un âge généralement plus précoce que ce que leur donnent leurs parents à la maison. L’acceptabilité des morceaux durs et des légumes crus augmente progressivement entre 6 et 18 mois, en parallèle de l’émergence des capacités de mastication.

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