Comprendre le GIEC

Comprendre le GIEC

Le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat évalue l’état des connaissances sur l’évolution du climat, ses causes, ses impacts. Et identifie les possibilités de limiter l’ampleur du réchauffement et de s’adapter aux changements attendus.

Créé en 1988 par deux institutions des Nations unies, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) célèbre cette année son 30e anniversaire.

Sa mission
Le GIEC a pour mandat d’évaluer, sans parti pris et de manière méthodique et objective, l’information scientifique, technique et socio-économique disponible en rapport avec la question du changement du climat. Ces informations sont sélectionnées parmi les études effectuées par des organismes pluridisciplinaires internationaux et publiées dans des revues scientifiques.
Il rend compte des différents points de vue et des incertitudes quand les scientifiques ne sont pas d’accord. Et travaille surtout à dégager clairement les éléments qui relèvent d’un consensus de la communauté scientifique et à identifier les limites d’interprétation des résultats.
Il est à noter par ailleurs que la compréhension des fondements scientifiques du changement climatique provoqué par l’homme doit permettre d’en établir les conséquences et d’envisager des stratégies d’adaptation et d’atténuation.

Sa structure
• L’assemblée générale : cet organisme fonctionne sur la base d’une assemblée générale qui se réunit une fois par an et dans laquelle chaque membre dispose d’une voix. Toutes les décisions sont prises par les représentants des gouvernements, par consensus, en assemblée plénière. Chaque gouvernement dispose d’un point focal national. En France, cette mission est dévolue à l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (Onerc).
• Le bureau : organe exécutif, le bureau est composé de scientifiques élus par l’assemblée plénière, de manière à représenter les différentes disciplines et régions du monde. Ses 36 membres incluent :
– le président, Hoesung Lee (République de Corée) ;
– 3 vice-présidents (Brésil, États-Unis, Mali) ;
– les bureaux de chacun des 3 groupes de travail ;
– les 2 coprésidents de l’équipe spéciale sur les inventaires. Ils sont élus pour cinq à sept ans, ce qui correspond à la durée de l’établissement d’un rapport d’évaluation. L’actuel bureau a été élu en 2015. La prochaine élection aura lieu après la remise du 6e rapport d’évaluation.
Le GIEC dispose d’un secrétariat à Genève, hébergé par l’Organisation météorologique mondiale.
• Les groupes de travail : l’expertise scientifique est conduite par trois groupes de travail et une équipe spéciale pour les inventaires nationaux de gaz à effet de serre.
• Le budget : les États membres peuvent contribuer volontairement au budget annuel qui est d’environ 6 millions d’euros. La contribution de la France s’élève à 1 million d’euros et est alimentée par trois ministères : Transition écologique, Affaires étrangères et Recherche.
Le secrétariat est composé seulement d’une dizaine de permanents. Les groupes de travail sont composés de scientifiques s’engageant bénévolement comme experts (environ 8 mois d’équivalent temps plein répartis sur 3 ans).

Ses activités
L’une de ses principales activités consiste à procéder, à intervalles réguliers, à une évaluation de l’état des connaissances les plus avancées relatives au changement climatique. Pour ce faire, le GIEC produit régulièrement des rapports d’évaluation composés de plusieurs volumes : cinq ont été publiés entre 1990 et 2014. La publication du sixième rapport d’évaluation (AR6) est prévue en 2021-2022.
Le GIEC élabore aussi des rapports spéciaux et des documents techniques sur des sujets qui nécessitent des informations et des avis scientifiques indépendants.
Plusieurs rapports spéciaux ont été réalisés sur des thèmes particuliers : piégeage et stockage du dioxyde de carbone, préservation de la couche d’ozone, transferts de technologies, évaluation de la vulnérabilité, utilisation des terres, aviation, méthodologie d’inventaire, scénarios d’émissions, énergies renouvelables, événements extrêmes. Tout comme au cours de son 6e cycle (2016-2022), il produira trois rapports spéciaux : réchauffement planétaire de 1,5 °C, changement climatique et terres émergées ; l’océan et la cryosphère dans le contexte du changement climatique. Il peut également publier des documents techniques, rassemblant les résultats de rapports précédents sur un sujet donné : le changement climatique et l’eau, les changements climatiques et la biodiversité, incidences des propositions de limitation des émissions de CO2.
Enfin, les experts fixent, sous la forme de rapports, les méthodes à appliquer pour les inventaires nationaux d’émissions de gaz à effet de serre.
Ainsi la production du GIEC constitue l’apport scientifique alimentant les négociations internationales sur le climat qui se déroulent sous l’égide de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et du protocole de Kyoto. De plus lors des négociations internationales, il a seulement le statut d’observateur.
Divers ateliers et réunions d’experts sont organisés pour soutenir le processus d’évaluation du GIEC, en collaboration avec d’autres organisations. Les actes de ces ateliers et réunions sont publiés comme documents de base.
L’équipe spéciale pour les données et les scénarios (TGICA) favorise la diffusion de données et résultats de projections climatiques

Les groupes de travail
Le GIEC a été organisé de manière à garantir la qualité et l’indépendance du travail scientifique, tout en exprimant, dans les documents synthétiques, un consensus reconnu par les gouvernements. Il est composé de trois groupes de travail.
• Le groupe de travail 1 évalue les aspects scientifiques du système climatique et de l’évolution du climat.
Coprésidents : Panmao Zhai (Chine) et Valérie Masson-Delmotte (France)
• Le groupe de travail 2 s’occupe des questions concernant la vulnérabilité des systèmes socio-économiques et naturels aux changements climatiques, les conséquences négatives et positives de ces changements et les possibilités de s’y adapter.
Coprésidents : Hans-Otto Pörtner (Allemagne) et Debra Roberts (Afrique du Sud)
• Le groupe de travail 3 évalue les solutions envisageables pour limiter les émissions de gaz à effet de serre (GES) ou atténuer de toute autre manière les changements climatiques.
Coprésidents : Jim Skea (Royaume-Uni) et Priyadarshi R. Shukla (Inde)
En complément, l’équipe spéciale pour les inventaires nationaux de gaz à effet de serre développe et améliore une méthodologie pour le suivi des émissions de GES. L’usage d’une telle référence commune favorise les travaux de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques.
Coprésidents : Kiyoto Tanabe (Japon) et Eduardo Calvo Buendia (Pérou)
Chaque groupe de travail, de même que l’équipe spéciale, est doté de deux coprésidents, l’un représentant les pays développés et l’autre les pays en développement.
Chaque groupe de travail dispose d’une unité d’appui technique financée et hébergée par le pays de l’un des coprésidents du groupe (le plus souvent, c’est le gouvernement du pays développé qui assume cette responsabilité). Les unités d’appui technique se trouvent actuellement à Paris (France) pour le groupe 1, à Brême (Allemagne) pour le groupe 2, à Londres (Royaume-Uni) pour le groupe 3 et à Kanagawa (Japon) pour l’équipe spéciale.

Les rapports d’évaluation
Les rapports d’évaluation, rapports spéciaux et rapports méthodologiques sont établis selon des procédures détaillées et approuvés à différents niveaux. Des procédures spéciales s’appliquent aux rapports de synthèse associés aux rapports d’évaluation, tandis que des procédures simplifiées sont prévues pour les documents techniques et pour les documents de base, tels que les actes de réunions d’experts et d’ateliers.
• Les contributions : les contributions à la rédaction des rapports se font à différents niveaux :
– les coprésidents coordonnent l’ensemble de la préparation du rapport de leur groupe de travail ;
– l’auteur coordonnateur principal coordonne les principales sections des rapports ;– l’auteur principal produit une section déterminée ;
– l’auteur collaborateur élabore les éléments techniques à intégrer dans le chapitre ;
– l’éditeur-réviseur s’assure que le rapport tient compte des commentaires formulés par les spécialistes et par les gouvernements.
• Plus de 130 000 commentaires reçus du monde entier pour le 5e « rapport du GIEC »
– Les étapes de la préparation : le GIEC, en assemblée plénière, décide de préparer un rapport et en approuve le sommaire. Les gouvernements et les organisations soumettent des spécialistes, en fournissant leur curriculum vitae et la liste de leurs publications. Les bureaux des différents groupes de travail choisissent les auteurs. Les auteurs rédigent un premier projet de rapport. Ce projet est examiné par les spécialistes — examen 1 (8 semaines). Les auteurs établissent un second projet de texte. Cette seconde version est examinée par les spécialistes et par les gouvernements — examen 2 (8 semaines). Les auteurs établissent la version définitive du rapport. Les gouvernements examinent le résumé à l’attention des décideurs — examen 3 (8 semaines). Les gouvernements réunis en assemblée plénière examinent le résumé à l’attention des décideurs, le texte final est adopté mot à mot à l’unanimité par les délégations gouvernementales et sous le contrôle des auteurs. Tous les rapports complets sont publics et peuvent être téléchargés sur le site internet du GIEC.
• Les rapports sont révisés 3 fois tout au long du « processus de rédaction » : le GRIEC approuve le sommaire. Les gouvernements et les organismes soumettent les spécialistes. Les bureaux choisissent leurs auteurs. Les auteurs rédigent un premier projet de texte. Examen par les spécialistes. Les auteurs établissent un deuxième projet de texte. Examen par les spécialistes et les gouvernements. Les auteurs établissent la version définitive. Communication du résumé à l’attention des décideurs aux gouvernements, pour examen final. Adoption par l’assemblée plénière du GREC du résumé à l’attention des décideurs. Publication du rapport, un rapport d’évaluation, c’est 2 000 à 3 000 pages s’appuyant sur des milliers d’études et prenant en compte plusieurs dizaines de milliers de commentaires.

47e assemblée plénière en France
La France a accueilli l’assemblée plénière du GIEC en mars dernier. Cette assemblée a réuni près de 500 délégués gouvernementaux – diplomates et scientifiques dans les locaux de l’Unesco à Paris.
Pour rappel, la 46e session plénière a notamment permis l’approbation des sommaires détaillés des 3 volumes du 6e Rapport d’évaluation. À l’initiative de la France, il a été également décidé qu’une attention particulière sera portée, dans le volume 2 de ce même rapport, aux effets du changement climatique en Méditerranée à travers un chapitre dédié à cet espace à fort enjeu.
La 47e plénière a été essentiellement consacrée à renforcer de façon pérenne la situation financière du GIEC, structurellement fragile et dont les perspectives ont été ébranlées par les incertitudes étasuniennes.
La France s’est mobilisée à l’appui du GIEC (1 million d’euros par jusqu’en 2022, à parts égales entre le ministère de la Transition écologique et solidaire et le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères), alors que les pays européens sont nombreux à annoncer des engagements financiers nettement relevés par rapport à ceux de ces dernières années. Il faut aussi rappeler que ce sont trois pays européens – la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni – qui hébergent jusqu’en 2022 les unités de soutien technique respectives des trois groupes de travail du GIEC et qui en supportent les coûts. Cette session est aussi l’occasion de réfléchir à l’alignement éventuel des cycles des rapports du GIEC sur celui de l’accord de Paris (cycle des cinq années de rehaussement de l’ambition), et d’avancer sur des sujets mineurs afin de dégager la voie à la 48e session, consacrée en octobre à l’adoption probablement difficile du rapport sur le 1,5 °C.

Chiffres clés
• 195 membres, soit la quasi-totalité des pays du monde.
• 2 experts scientifiques et relecteurs originaires 500 de plus de 130 pays mis à contribution par le GIEC auteurs choisis parmi • • • • 3.831 000 candidats pour le 5e rapport d’évaluation.
• 8 organes : une assemblée générale, un bureau, un secrétariat, trois groupes de travail, une équipe spéciale sur les inventaires, une équipe responsable de la diffusion des données.
• 36 membres du bureau, dont 1 président et 3 vice-présidents.
• 6 millions d’euros environ de budget annuel.
• 5 rapports d’évaluation (1990, 1995, 2001, 2007, 2013-2014). Le 6e rapport d’évaluation est prévu en 2021-2022.
• 136 706 commentaires formulés par les experts pour le 5e rapport d’évaluation
• 3 principaux thèmes de travail : éléments scientifiques de l’évolution du climat ; impacts, vulnérabilité, adaptation ; atténuation.
• 6 langues de travail : anglais, arabe, chinois, espagnol, français, russe.
Il s’agit des langues officielles des Nations unies.

Les grandes dates du climat et du GIEC
1827 : première description de l’effet de serre par le mathématicien et physicien français Jean-Baptiste Joseph Fourier.
1859 : l’Irlandais John Tyndall établit le rôle majeur de la vapeur d’eau atmosphérique dans le bilan radiatif terrestre.
1873 : fondation de l’Organisation météorologique internationale (OMI) à Vienne.
1896 : le Suédois Svante Arrhenius établit une relation possible entre la concentration de CO2 dans l’atmosphère et la température de la planète.
1950 : l’OMI devient l’Organisation météorologique mondiale (OMM) puis rejoint l’Onu.
1967 : premières prévisions d’un réchauffement planétaire.
1972 : mise en place du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE).
1979 : 1re conférence mondiale sur le climat de l’OMM à Genève.
1988 : création du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).
Décembre 1989 – janvier 1990 : 2e conférence mondiale sur le climat de l’OMM à La Haye.
1990 : 1er rapport d’évaluation du GIEC.
Juin 1992 : sommet de la Terre à Rio de Janeiro. Adoption de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC).
Mars-avril 1995 : 1re conférence des parties de la CCNUCC (1 COP) à Berlin. Adoption du principe des quotas d’émissions de gaz à effet de serre.
1995 : 2e rapport d’évaluation du GIEC.
Juin 1997 : Rio+5, sommet de la Terre à New York.
Décembre 1997 : 3e conférence des Parties de la CCNUCC à Kyoto, adoption du protocole de Kyoto.
2001 : 3e rapport d’évaluation du GIEC.
2007 : 4e rapport d’évaluation du GIEC.
12 octobre 2007 : le prix Nobel de la paix est attribué à l’ancien vice-président américain Al Gore et au GIEC.
Décembre 2008 : adoption du paquet énergie-climat par le Conseil européen.
Août-septembre 2009 : 3e conférence mondiale sur le climat de l’OMM.
Décembre 2010 : accord au sommet de Cancún sur le climat, création d’un fonds vert.
2011 : rapport spécial du GIEC sur les énergies renouvelables.
2012 : rapport spécial du GIEC sur les événements extrêmes.
Juin 2012 : Rio+20, sommet de la Terre à Rio de Janeiro.
Juillet 2013 : création du Conseil intergouvernemental des services climatologiques.
2013-2014 : 5e rapport d’évaluation du GIEC.
Novembre-décembre 2015 : 21e conférence des Parties de la CCNUCC à Paris — Cop21. Adoption de l’Accord de Paris.
Avril 2016 : lancement du 6e rapport d’évaluation du GIEC (parution en 2022).
Décembre 2017 : One Planet Summit à Paris.

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