Stratégie en route

Stratégie en route

Parmi les 10 Comités stratégiques de filière définis par Conseil national de l’industrie (CNI), celui de l’automobile, présidé par Luc Chatel, ouvre de grandes perspectives de développement.

Conformément à l’orientation donnée par le CNI, la filière automobile a élaboré un plan d’actions portant sur un nombre de projets structurants à forts enjeux, et propose à l’État sous la forme d’un contrat de filière un ensemble d’engagements réciproques visant à accompagner leur réalisation.

Le plan
Transition énergétique

Plusieurs projets structurants sont mis en place autour de l’industrie automobile. Premier d’entre eux, être acteur de la transition énergétique et écologique. La réussite de cette transition nécessite de combiner plusieurs actions tenant compte de la diversité des usages. Les trois grands défis à relever s’articulent autour de la réduction des émissions de CO2, de la réduction des émissions polluantes et de l’économie circulaire.
• Objectifs :
– viser une multiplication par cinq d’ici fin 2022 des ventes de véhicules 100 % électriques ;
– garantir un ratio d’une borne de recharge pour dix véhicules en circulation (soit 100 000 bornes en 2022 si la filière tient ses objectifs de vente de véhicules électriques et hybrides rechargeables – cible à un million de véhicules en circulation en 2022) ;
– faire émerger une offre industrielle française et Européenne dans le domaine des batteries (en visant les batteries de quatrième génération) ;
– créer une filière hydrogène française compétitive et développer ses usages en mobilité ;
– poursuivre le programme du véhicule à faible empreinte environnementale ;
– stimuler l’économie circulaire.
Les constructeurs développeront leur offre de véhicules électrifiés (véhicules électriques et hybrides rechargeables) et veilleront à l’attractivité de cette offre. L’État maintiendra un bonus pour les véhicules électriques au moins jusqu’en 2022, et donnera une visibilité pluriannuelle sur l’enveloppe du bonus-malus dans le cadre de la discussion de la loi de finances. Des réflexions seront menées sur la possibilité de promouvoir également le développement des véhicules hybrides rechargeables. L’État assurera un cadre juridique et financier favorable à l’installation de bornes de recharge (droit à la prise et au pré-équipement des parkings). Un soutien financier au déploiement des bornes sera mis en œuvre : il se traduira notamment par une plus grande prise en charge des coûts de raccordements des bornes jusqu’à fin 2021, financée par le réseau électrique.
La filière automobile contribuera à promouvoir les expérimentations de véhicules à hydrogène qui se déroulent sur certains territoires et le déploiement des infrastructures. Dans le domaine du développement de technologies permettant de réduire les émissions de CO2 du parc automobile à l’horizon 2030, les constructeurs proposeront des solutions, à un coût abordable et compétitif, permettant de garantir une mobilité durable sur l’ensemble de leur gamme, en contribuant à l’amélioration de la qualité de l’air et à l’ambition d’abaissement des émissions de polluants. Enfin, en vue de stimuler davantage l’économie circulaire dans la filière automobile, la filière travaillera à un engagement volontaire pour respecter l’ambitieuse feuille de route pour le développement de l’économie circulaire qui vient d’être publiée. L’État poursuivra son action contre les filières illégales de traitement des véhicules hors d’usage (VHU), mettra en place des mesures incitatives à la valorisation des produits en fin de vie et favorisera le recyclage des matériaux.

Véhicule autonome
Il s’agit de créer l’écosystème de ce véhicule et l’expérimenter à grande échelle, pour offrir de nouveaux services de mobilité. Pour répondre à la progression des besoins de mobilité des citoyens, tout en visant des transports à faible empreinte environnementale et toujours plus sûrs, il est en effet nécessaire de développer une nouvelle offre de mobilité basée sur le véhicule connecté, autonome et partagé. Les enjeux portent sur l’évaluation des usages, de la sécurité, des modèles économiques et de l’acceptabilité sur différents territoires et pour différents types d’usage (individuel, collectif, logistique, industriel). Cet objectif s’inscrit dans le cadre de la stratégie nationale pour le développement des véhicules autonomes présentée le 14 mai dernier.
• Objectifs :
– créer un écosystème favorable au développement du véhicule autonome et des systèmes de transport public automatisés ;
– mener des expérimentations à grande échelle de conduite et de mobilité autonome sur différents territoires ciblés et complémentaires. ;
– définir les standards de communication des véhicules connectés ;
– travailler avec des collectivités locales sur de nouveaux schémas de mobilité.
Les constructeurs et équipementiers français s’engagent à lancer des projets de recherche collaborative et à s’investir dans les travaux normatifs nécessaires au développement du véhicule autonome tout en contribuant à la disponibilité en France des moyens et méthodes d’essai et de validation pour ce type de véhicules. L’État lancera en juin un appel à projets, doté de 40 M€, visant à soutenir un programme d’expérimentations de véhicules autonomes représentant plus de 200 M€ d’investissements. Les principaux acteurs (constructeurs, opérateurs de transport et de mobilité, équipementiers…) s’engagent à partager une méthodologie d’expérimentation et d’évaluation commune, ainsi qu’à mettre en commun les données non compétitives collectées dans ce cadre. L’État complétera le cadre juridique relatif aux expérimentations et au déploiement de véhicules à délégation partielle et totale de conduite.

Évolution des besoins en compétence et emplois
L’Observatoire de la Métallurgie a mené en 2016 avec la filière une étude prospective détaillée des mutations de la construction automobile et de ses effets sur l’emploi et les besoins de compétence. Elle permet d’identifier de nouveaux besoins ou des besoins en hausse de compétences-clés (Big data, IA, électricité de puissance, conducteurs de ligne de fabrication…), et, à l’inverse, des profils de poste en déclin. Il convient donc d’initier dès à présent de nouvelles actions, en complémentarité du programme « Attractivité, Compétence, Emploi » (ACE) en cours, en ayant en tête plusieurs échelles de temps et de territoire. De la même façon, l’observatoire de l’Association nationale pour la Formation automobile (ANFA) a conduit une étude « Prospective 2022 » pour l’aval de la filière, qui a identifié les évolutions des besoins et perspectives de recrutements pour les services.
• Objectifs :
– actualiser les études prospectives sur l’impact des mutations de la filière sur l’emploi et les compétences ;
– élaborer de nouveaux parcours de formation adaptés aux mutations de la filière amont ;
– accompagner les évolutions des compétences pour l’aval de la filière ;
– développer le recours à l’apprentissage dans la filière ;
– accompagner les entreprises et leurs salariés pour anticiper la transition ;
– renforcer l’attractivité de la filière et de ses métiers.
En termes de formation, les acteurs de la filière, des branches, des fédérations s’engagent à mobiliser les organismes de formation et les acteurs de la filière pour mettre en œuvre l’accord de convention du projet ACE signé en 2017 par les bénéficiaires et partenaires. Les pouvoirs publics s’engagent à poursuivre la politique de déploiement des campus des métiers et qualifications avec les Régions et les rectorats pour accompagner les filières pour un lien étroit du monde académique et des entreprises. Afin d’accompagner les entreprises et leurs salariés pour anticiper les mutations industrielles, une feuille de route partagée sera élaborée par la filière avec les partenaires sociaux et le ministère du Travail en mobilisant si nécessaire de nouveaux outils (engagements de développement de l’emploi et des compétences, plan d’investissement compétences). Dans un contexte de réforme de la formation professionnelle et de l’apprentissage qui permettra dès sa conclusion de mieux formaliser les engagements réciproques des parties, la filière développera le recours à l’apprentissage et à l’alternance, avec l’ambition d’accroître d’au moins 50 % d’ici fin 2022 le nombre d’apprentis ou de formation en alternance pour les salariés en reconversion (bac pro, BTS, ingénieurs) compte tenu de l’évolution des besoins en compétence.

Renforcer la compétitivité
Dix ans après la crise de 2008-2009, l’industrie automobile est de retour, conquérante, avec notamment plusieurs grandes entreprises françaises leaders mondiaux dans leur domaine. Mais une partie de la filière souffre toujours d’un manque de compétitivité, qui s’est traduit par une dégradation régulière de la balance commerciale et par une situation qui demeure assez fragile pour de nombreuses PME insuffisamment développées et diversifiées. Les entreprises des services ont, pour leur part, une transformation de leurs modèles économiques à mener au cours des prochaines années, dont la réussite constituera un facteur déterminant de compétitivité. Faire de la transition écologique, digitale et sociétale de la filière automobile une opportunité pour nos entreprises et notre pays, tel est l’enjeu des années à venir, en s’appuyant sur leur maîtrise des technologies clés et les compétences de ses salariés.
• Objectifs :
– accélérer la croissance des PME à potentiel et des « start-ups », et les accompagner à l’international ;
– refonder le pacte automobile pour renforcer les liens au sein de la filière ;
– améliorer la performance des entreprises et les aider dans la révolution digitale ;
– accompagner la mutation des entreprises impactées par la transition écologique.
Un « Accélérateur PME » pour la filière automobile sera lancé par Bpifrance avec le soutien financier et technique de la filière. Il visera à accélérer trois promotions de 50 à 60 PME, soit 150 à 180 entreprises, pour les aider à devenir des ETI présentes à l’international. De même que les acteurs de la filière lanceront une initiative visant à accompagner les entreprises dans l’amélioration de leur performance industrielle et de service (usine 4.0 de garage du futur, robotisation, lean management…). Le Fonds Avenir Automobile sera prolongé de 4 ans avec une capacité d’investissement de 135 M€ apportée par l’État et les deux constructeurs automobiles, afin de soutenir des entreprises rentables dans leurs projets de développement, pouvant porter sur l’international, la croissance externe ou la diversification. L’ensemble de ces actions contribueront à renforcer la compétitivité du tissu de sous-traitants et à conforter leur positionnement.

Soutien de l’État à la Recherche et développement
Depuis 2011, l’action du PIA en faveur de l’industrie automobile a permis d’accompagner les transformations que traverse cette industrie en mobilisant plus de 650 M€ de financements publics nationaux, pour un total de 2 milliards d’euros de dépenses de R&D. Le Gouvernement entend poursuivre et amplifier l’effort de la France en matière d’innovation, en maintenant un niveau de soutien comparable dans les années à venir.

Exemples de projets soutenus
• Projet Compofast « Composites structuraux à renforts continus pour automobiles grandes série » : ce projet coordonné par la société Arkema est soutenu à hauteur de 8,90 M€. Il concerne le développement de matériaux composites permettant d’alléger les véhicules, et donc de réduire les émissions de CO2. Il vise un allègement de 250 kg, qui permettrait de réduire de 352 kg l’émission de CO2 d’un véhicule parcourant 15 000 km/an.

• Projet Cathyope « Développement d’un camion fort tonnage électrique hydrogène » : ce projet, coordonné par la société GreenGT Technologies, est soutenu à hauteur de 4,20 M€. Il concerne la conception d’un moteur fonctionnant à l’hydrogène pour véhicules poids lourds. Par le biais d’un partenariat avec Carrefour, les véhicules réalisés feront l’objet à Salon-de-Provence et à Nice d’une expérimentation grandeur nature pour l’approvisionnement de centres commerciaux. L’utilisation de l’hydrogène comme combustible permet de supprimer les émissions polluantes et sonores.

Exemples d’initiatives de R&D à venir
• Le développement de cellules de batteries de 4e génération : la transition énergétique conduit à une très forte croissance des besoins en batteries pour équiper les véhicules. En complément des efforts qui seront attendus sur la réduction du coût de production, des défis technologiques majeurs restent à relever pour répondre aux spécifications des constructeurs automobiles. En effet, des gains substantiels sont attendus en termes de performances des cellules de batteries. Des ruptures technologiques sur les cellules de batteries combinant des innovations dans plusieurs domaines seront nécessaires pour atteindre ces objectifs. Des développements orientés sur les prochaines générations de batteries constituent pour l’Europe une opportunité unique de revenir dans la course de la fabrication de cellules de batteries. Ce segment industriel est critique pour l’autonomie technologique de plusieurs filières industrielles, dont la filière automobile.
• Les systèmes embarqués : les innovations dans le domaine automobile reposent en partie sur les systèmes électroniques et logiciels embarqués dans les véhicules. Les enjeux des R&D à venir concernent notamment l’intégration des dernières générations de composants (processeurs multicœurs) et les logiciels associés. Ils concernent également les outils de simulation permettant de concevoir de tels systèmes.

Les grandes lignes
Être acteur de la transition énergétique et écologique
• Multiplication par cinq d’ici 2022 des ventes de véhicules électriques et mise en place d’une borne publique pour dix véhicules vendus : mise en place d’un observatoire pour le suivi de ces engagements, dans une approche d’évaluation 360 ° intégrant l’ensemble des éléments de l’écosystème.
• Développement d’une application à destination des consommateurs d’ici septembre 2019 pour leur fournir toutes les informations utiles sur les dispositifs de soutien aux acheteurs de véhicules électriques, sur la disponibilité des infrastructures de recharge et services utiles aux propriétaires de véhicules électriques.
• Lancement de travaux avec les collectivités et les constructeurs pour promouvoir l’installation à la demande de bornes dans l’espace public, à proximité des lieux d’habitation des usagers lors de l’achat d’un véhicule électrique.
• Fixation de la trajectoire du bonus/malus jusqu’en 2022 dans le cadre de la loi de finances 2019.
• Évolution du cadre juridique d’ici fin 2019 pour faciliter l’installation de bornes de recharge dans les copropriétés (« droit à la prise »).
• Suivi des résultats de R&D pour une nouvelle génération de batterie de quatrième génération « tout solide, à très haute performance », d’ici 2023.
• Mise sur le marché de véhicules industriels électriques à partir de 2020.
• Finalisation et mise en œuvre d’ici fin 2018 d’un engagement volontaire sur le recyclage des plastiques utilisés dans l’automobile, et mise en place d’un suivi annuel.
• Mise en place dès 2018 d’un suivi de la mise en œuvre du dispositif de collecte et de traitement des VHU dans les territoires d’outre-mer.

Créer l’écosystème du véhicule autonome et expérimenter à grande échelle, pour offrir de nouveaux services de mobilité
• Mise en fonctionnement opérationnel de moyens d’essais spécifiques pour le véhicule autonome d’ici fin 2019.
• Conduite des expérimentations à grande échelle de véhicules autonomes à partir de 2019, en lien avec les régions, et suivi de leurs résultats dans le cadre du comité de pilotage mis en place au niveau du consortium piloté par la PFA. Lancement dès juin 2018 par l’État d’un appel à projet doté de 40 M€, permettant de financer plus de 200 M€ de projets.
• Réalisation d’un programme de tests d’ici à fin 2020 pour valider les protocoles de connexion entre véhicule et infrastructure. En faire le bilan d’ici 2020 pour finaliser les travaux de standardisation nécessaires au déploiement des infrastructures à plus grande échelle.
• Réalisation d’études prospectives sur de nouveaux schémas de mobilité d’ici fin 2020, en partenariat avec les collectivités territoriales, pour répondre aux besoins croissants de mobilité en s’appuyant sur l’avancée des technologies.

Anticiper l’évolution des besoins en compétence et emplois
• Augmenter de 50 % d’ici fin 2022 le recours à l’apprentissage et à l’alternance dans la filière, notamment vis-à-vis des PME.
• Actualisation des études prospectives sur l’impact des mutations de la filière industrielle et de service sur l’emploi et les compétences d’ici la fin de l’année 2018.
• Élaboration de 20 nouveaux parcours de formation adaptés aux mutations de la filière industrielle d’ici fin 2021, dans le cadre du programme « Attractivité, Emploi, Compétence » labellisé et financé par le PIA.
• Ouverture du portail de l’emploi des services de l’automobile en juillet 2018 et du campus des services de l’automobile en septembre à Guyancourt.
• Poursuivre le déploiement de Campus Métiers et Qualifications automobile (CMQA) dans les régions.
• Création d’un programme Compétence-emploi IV — « L’automobile, des métiers d’avenir, des entreprises qui recrutent » en faveur des entreprises de services.
• Élaborer une feuille de route d’ici la fin de l’année 2018, dans le cadre du CSF Auto, pour mobiliser et mettre en cohérence l’ensemble des outils disponibles et mettre en place un EDEC Automobile pour répondre aux besoins d’anticipation des évolutions des compétences et des emplois dans la filière.
• Expérimenter un Dispositif d’anticipation social et territorial (DAST) en Auvergne Rhône-Alpes d’ici fin 2019.
• Renforcer l’attractivité des métiers de l’automobile, en s’appuyant notamment sur les grands évènements de la filière (Mondial de l’Auto, Solutrans, Equip’Auto, initiative Monjob@futurauto, Challenges pédagogiques).
• Mobiliser le Plan Investissement Compétence (PIC) pour former des jeunes en recherche d’emploi aux métiers en tension pour lesquels de nombreux postes ne sont pas pourvus.

Renforcer la compétitivité de la filière automobile
• Lancer dès 2018 un « Accélérateur PME » avec Bpifrance pour accompagner 150 à 180 PME sur 4 ans, pour les aider à développer leur potentiel de croissance, y compris à l’international.
• Prolonger le Fonds d’avenir automobile de quatre ans, avec une capacité d’investissements de 135 millions d’euros.
• Mettre en place un dispositif de soutien à l’investissement via la mise à disposition par l’État d’une première enveloppe de 18 M€, dans le cadre de redéploiements de moyens issus du programme d’investissements d’avenir.
• Refonder le pacte automobile entre tous les acteurs de la filière (industrielle et de service) autour des grands enjeux de ce contrat, en partageant davantage les prévisions d’évolution des besoins du marché, afin de permettre à chacun de mieux anticiper les tendances.

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