Le bac revu et corrigé

Le bac revu et corrigé

Au fil des années, cet examen, symbole républicain par excellence, est devenu trop complexe et ne garantit plus la réussite future des lycéens. Le transformer en profondeur est devenu une nécessité. Rendez-vous en 2021…

Au terme d’une période de concertation et à l’issue de consultations menées dans le cadre de la mission confiée à Pierre Mathiot, Jean-Michel Blanquer a présenté ses propositions pour un nouveau baccalauréat à l’horizon 2021.

L’état des lieux

Une transformation nécessaire
Aujourd’hui, l’examen ne prépare pas assez efficacement aux études supérieures auxquelles il donne pourtant accès. Son organisation actuelle repose sur des épreuves finales beaucoup plus nombreuses que chez nos voisins européens. La concentration d’un grand nombre d’épreuves dans un temps très court n’est pas satisfaisante : elle ne récompense pas les efforts réalisés par les candidats dans la durée et pose des difficultés organisationnelles.
Par ailleurs, si le baccalauréat est une clé d’entrée dans l’enseignement supérieur, il est loin d’être un tremplin vers la réussite. Le taux de réussite au baccalauréat général et technologique (environ 90 %) ne doit pas masquer une autre réalité : 61 % des étudiants ne parviennent pas au terme des études dans lesquelles ils se sont initialement engagés. Seuls 27 % d’entre eux obtiennent leur licence en trois ans. Le baccalauréat ne prépare donc plus suffisamment les élèves aux « attentes » du supérieur, et au-delà à réussir leur entrée dans la vie professionnelle.
Plusieurs raisons expliquent cette absence de continuum entre le baccalauréat et la suite des études : un manque d’accompagnement et d’orientation dès l’entrée au lycée, un décalage entre les connaissances demandées avant et après le baccalauréat ou encore des résultats non pris en compte dans le processus de candidature à l’enseignement supérieur.
En outre, le choix de série au lycée et le projet d’orientation des élèves ne sont pas toujours articulés de manière cohérente : 52 % des élèves du lycée général sont en série S, qui de ce fait est devenue une série généraliste, alors même que 40 % des bacheliers scientifiques affirment ne pas vouloir faire d’études scientifiques.
À l’heure actuelle, l’obtention du baccalauréat permet uniquement de confirmer l’admission dans un cursus déjà choisi par l’élève. En effet, la majorité des lycéens de terminale des voies générale et technologique savent déjà quelles études ils poursuivront avant même le début des épreuves du baccalauréat. Actuellement, compte tenu de son calendrier, le baccalauréat n’est pas pris en compte pour l’entrée dans l’enseignement supérieur.
Autre motif d’inquiétude, avec l’augmentation très forte des mentions (près de 50 % dans les séries générales) ou encore l’apparition de lauréats obtenant une moyenne générale supérieure à 20/20, sa valeur « certifiante » peut légitimement être interrogée. De plus, l’organisation actuelle de l’examen, presque totalement structuré par les épreuves finales passées dans une période très limitée, favorise le « bachotage » et ne permet pas de valoriser les efforts dans la durée.
Le baccalauréat souffre aujourd’hui d’ajustements successifs, qui se sont additionnés, en même temps que les épreuves optionnelles se sont multipliées. De plus il a atteint une lourdeur et une complexité unanimement dénoncées qui rigidifient le lycée et rendent le pilotage de l’examen périlleux : 2 900 sujets en 2017, 4 millions de copies corrigées. Plus que son coût, cette organisation très lourde pèse sur la vie des lycéens et le travail des élèves, durant tout le mois de juin dans les lycées, au détriment des classes de première et de seconde. Sa simplification et sa modernisation sont devenues indispensables.

Comparaisons internationales
Dans 27 des 37 pays de l’OCDE, un examen terminal sanctionne la fin de l’enseignement secondaire. Dans la plupart des pays, le nombre d’épreuves est limité à quatre environ, alors qu’en France un candidat au baccalauréat en passe au minimum une douzaine, répartie sur deux années.
Certains de nos voisins prennent en compte les évaluations réalisées par les professeurs en cours d’année, organisent des épreuves interdisciplinaires ou des oraux destinés à présenter les travaux réalisés par les élèves. La plupart des pays européens ont introduit une part de contrôle continu dans l’évaluation du baccalauréat, celle-ci étant très variable (entre un tiers et la totalité de la note finale).
En Italie, l’examen terminal dénommé esame di Stato (ou esame di maturità) se compose de trois épreuves écrites et d’un oral pluridisciplinaire (colloquio pluridisciplinaire). Il s’agit d’une soutenance orale qui porte sur l’ensemble des disciplines ainsi que sur le travail scolaire de la dernière année de lycée. Il se déroule devant un jury composé de sept examinateurs de disciplines différentes, dont trois professeurs de l’établissement du candidat. Parfois, le candidat peut choisir le niveau de l’épreuve qu’il vise, de façon à affirmer précocement des choix sur les matières qu’il privilégie pour son orientation future.
Le candidat au baccalauréat finlandais doit participer au minimum à quatre épreuves. Pour les épreuves de mathématiques, de seconde langue nationale et de langues étrangères, deux niveaux de difficulté sont proposés. Le candidat peut choisir le niveau de l’épreuve à laquelle il participe. Au moins une des épreuves doit être passée au niveau le plus élevé.
En Espagne, la préparation du bachillerato s’effectue en deux ans. 60 % de la note finale provient du contrôle continu de la seconde année, 40 % de l’évaluation finale.
Celle-ci porte sur quatre matières principales suivies par l’élève. Pour élever sa note finale et accéder à l’université, il est fréquent de présenter plusieurs options supplémentaires.

La réforme
La méthode
Conformément à l’objectif fixé par le président de la République, le ministère de l’Éducation nationale a engagé une large concertation avec tous les acteurs de la communauté éducative, pour transformer le baccalauréat général et technologique et d’en faire une étape déterminante de la réussite future des élèves. Dans le même temps, la voie professionnelle fait, elle aussi, l’objet d’une réflexion pour en faire une voie d’excellence.
Pour conforter la place, le sens et l’utilité du baccalauréat et pour mieux préparer les lycéens à leur entrée dans l’enseignement supérieur, Emmanuel Macron a annoncé au cours de la campagne sa volonté de transformer l’examen, en le resserrant autour de quatre épreuves terminales et en introduisant une part de contrôle continu. Dans son discours de politique générale du 4 juillet 2017, le premier ministre a précisé que la première session de ce nouveau baccalauréat interviendrait dès 2021.
En novembre 2017, Jean-Michel Blanquer a demandé à Pierre Mathiot, professeur des universités, de faire des propositions pour dessiner un baccalauréat renouvelé en 2021. Ainsi de novembre à janvier, Pierre Mathiot a auditionné une centaine de représentants d’organisations et d’institutions concernées à des titres divers par le système éducatif, par la question du baccalauréat et du lycée en particulier.
Par ailleurs, trois déplacements ont également été organisés dans les académies d’Aix-Marseille, Lille et Besançon en vue d’aller à la rencontre des acteurs du lycée.
À préciser toutefois que les lycéens ont largement participé à la réflexion et aux discussions menées par la mission. Les conseils académiques de la vie lycéenne (CAVL) ont été sollicités pour rendre des avis et des propositions, travaillés ensuite par les élus lycéens du Conseil national de la vie lycéenne (CNVL). Une consultation en ligne a également été menée au cours du mois de décembre et a recueilli plus de 46 000 réponses (dont 40 000 de lycéens).
Au reste une démarche de comparaison internationale a été menée sur l’organisation du baccalauréat et son rôle dans l’accès à l’enseignement supérieur et plusieurs dizaines de contributions volontaires de professeurs, proviseurs, inspecteurs, parents, étudiants et lycéens ont également été reçues.
Après réception de ce rapport, le ministre de l’Éducation nationale a engagé une phase de concertation avec les organisations syndicales, les représentants des parents et des lycéens. Ce travail a permis de dégager les contours du baccalauréat 2021 et d’en déduire les principes d’organisation du lycée général et technologique. Aussi une concertation technique sur les modalités de mise en œuvre du nouveau baccalauréat et des évolutions du lycée a débuté en mars 2018. Elle se traduira par de nombreux déplacements du ministre dans les académies.

Faire du baccalauréat un tremplin pour la réussite
Le baccalauréat 2021 reposera pour une part sur un contrôle continu et pour une autre part sur des épreuves terminales. L’épreuve anticipée écrite et orale de français se déroulera comme aujourd’hui en fin de première. En terminale, deux épreuves écrites portant sur les disciplines de spécialité auront lieu au printemps et deux épreuves se dérouleront en juin : l’écrit de philosophie et l’oral préparé tout au long des années de première et terminale (cycle terminal).
Le contrôle continu sera composé d’épreuves communes organisées pendant le cycle terminal. Le baccalauréat reposera sur une part de contrôle continu et une part d’épreuves terminales. Le pourcentage total des épreuves terminales du baccalauréat s’élèvera à 60 %. Chaque lycéen présentera quatre épreuves finales en classe de terminale en plus de l’épreuve anticipée en classe de première.
Tout au long des années de première et de terminale, un contrôle continu comptera pour 40 % de la note finale avec prise en compte des bulletins scolaires pour une part de 10 %. Ce ratio, qui donne un primat aux épreuves finales, a été largement validé lors de la concertation.
La nouvelle organisation du baccalauréat sera l’occasion d’améliorer les modalités d’aménagement de l’examen pour les élèves en situation de handicap. Pour atteindre l’objectif fixé par le président de la République d’une école entièrement inclusive, une mission d’inspection générale formulera des préconisations prenant en compte les nouvelles modalités organisationnelles du baccalauréat.
Comme aujourd’hui, chaque lycéen présentera une épreuve anticipée écrite et orale de français en fin de première. En classe de terminale, il présentera quatre épreuves finales : deux épreuves écrites porteront sur les disciplines de spécialité choisies par le candidat ; une épreuve écrite de philosophie (ce choix correspond à une tradition française attachée à la nécessité de conforter l’esprit critique et d’analyse dans la formation des jeunes générations) ; et enfin un oral préparé tout au long du cycle terminal.
Savoir s’exprimer dans un français correct est essentiel pour les études, pour la vie personnelle et professionnelle. Parce que l’aisance à l’oral peut constituer un marqueur social, il convient justement d’offrir à tous les élèves l’acquisition de cette compétence. L’épreuve orale repose sur la présentation d’un projet préparé dès la classe de première par l’élève. D’une durée de 20 minutes, cet oral se déroulera en deux parties : la présentation du projet, adossé à une ou deux disciplines de spécialité choisies par l’élève ; et un échange à partir de ce projet permettant d’évaluer la capacité de l’élève à analyser en mobilisant les connaissances acquises au cours de sa scolarité, notamment scientifiques et historiques. Le jury sera composé de trois personnes.
• Le calendrier des épreuves finales : les épreuves de spécialité seront passées au retour des vacances de printemps. Les épreuves de français en première et de philosophie en terminale auront lieu à la fin du mois de juin afin que toute l’année scolaire soit mise à profit. Il en ira de même pour l’oral de fin de terminale.
• Le contrôle continu reposera sur des épreuves communes organisées au cours des années de première et de terminale. Ces épreuves communes porteront sur les disciplines étudiées par l’élève. À titre indicatif, ces épreuves communes pourront avoir lieu en janvier et avril de l’année de première, puis en décembre de l’année de terminale. L’organisation relèvera des établissements. Pour garantir l’égalité entre les candidats et les établissements scolaires, une « Banque Nationale numérique de sujets » sera mise en place, les copies anonymisées seront corrigées par d’autres professeurs que ceux de l’élève. Une harmonisation sera assurée. Les bulletins scolaires seront pris en compte pour une part limitée (10 %) de la note finale afin de valoriser la régularité du travail de l’élève.
• Quatre principes inchangés : le bac est obtenu à partir d’une moyenne générale de 10/20. Il n’existe pas de note éliminatoire ou de note plancher. Le système actuel de compensation et de mentions est maintenu. L’oral de rattrapage est maintenu en tant que seconde chance.
• Évaluation des langues et ouverture européenne et internationale : chaque élève étudiera deux langues vivantes comme aujourd’hui. L’écrit sera évalué selon les standards européens dans le cadre des épreuves communes. L’oral sera apprécié d’après les mêmes standards, à partir de février de l’année de terminale, selon les dispositions actuelles. Parallèlement, la logique de certification a vocation à se développer, en direction d’abord des élèves qui suivent des cursus à dimension internationale (sections internationales, sections européennes, etc.) ou qui choisissent la spécialité Langues et littératures étrangères. Les enseignements en langues étrangères (disciplines non linguistiques) seront développés comme la mobilité des élèves.

Un lycée pour comprendre et agir au XXIe siècle
Un socle de culture commune est proposé à tous les lycéens. En complément, l’élève choisit des disciplines de spécialité et bénéficie d’une aide à l’orientation tout au long de son parcours.
• Des enseignements nouveaux sont proposés au lycée pour tenir compte pleinement des transitions scientifiques et technologiques de notre temps avec leurs implications humaines et sociales.
• L’organisation du lycée général et technologique, comme les programmes d’enseignements, va évoluer pour préparer au nouveau baccalauréat. Le lycée offrira trois types d’enseignements :
– Un large socle de culture commune, humaniste et scientifique, ouvert aux enjeux de l’avenir.
– Des disciplines de spécialité choisies par l’élève et s’accentuant entre la première et la terminale (trois disciplines en classe de première puis deux en terminale parmi les trois suivies en première). Ces disciplines bénéficient d’horaires significatifs permettant de proposer des programmes ambitieux et de donner du temps aux élèves pour les apprentissages. Des enseignements facultatifs permettront, en outre, à l’élève de compléter son parcours. De même des enseignements nouveaux permettront aux élèves de partager une culture scientifique, d’apprendre à coder et de comprendre les grands défis du monde contemporain.
– Un temps d’aide à l’orientation tout au long du lycée pour préparer les choix de parcours et, à terme, l’entrée dans l’enseignement supérieur : les élèves seront accompagnés selon les horaires prévus dans le cadre des marges d’autonomie des établissements (groupes à effectifs réduits, pédagogie différenciée, Mooc, etc.).
Il n’y aura plus de série en voie générale, mais des parcours choisis par chaque lycéen en fonction de ses goûts et de ses ambitions.
Cependant la voie technologique conserve son organisation actuelle en séries, bien que des ajustements seront apportés pour proposer un socle de culture commune articulé avec les enseignements de spécialité et l’aide à l’orientation.
• Des contenus d’enseignement ambitieux :
– Les programmes d’enseignement vont être revus pour les classes de première et de terminale à compter de la rentrée 2019, dans une logique d’exigence disciplinaire et de préparation à l’enseignement supérieur.
– Le lycée proposera également des enseignements nouveaux permettant de comprendre et d’agir dans le monde contemporain : humanités scientifiques et numériques ; histoire géographie ; géopolitique et sciences politiques ; sciences informatiques et numériques.
– Le Conseil supérieur des programmes est saisi pour proposer le contenu de ces nouveaux enseignements.
• La seconde 2018 : à la rentrée 2018, la classe de seconde ne connaît pas de changement organisationnel majeur, mais de premières évolutions destinées à installer l’état d’esprit du baccalauréat 2021. 3 mesures pour réussir :
– Un test numérique de positionnement en début d’année pour permettre à chacun de savoir où il en est en français et en mathématiques.
– Un accompagnement personnalisé tout au long de l’année concentré sur la maîtrise de l’expression écrite et orale.
– Une aide à l’orientation pour accompagner vers la classe de première (54 heures annuelles).

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