Service sanitaire

Service sanitaire

Ce dispositif vise à familiariser les futurs professionnels de santé aux enjeux de prévention. Il concernera 47 000 étudiants à la rentrée 2018, puis sera généralisé à la rentrée 2019.

Ils interviendront auprès de la population, notamment en milieu scolaire et universitaire, afin de promouvoir les comportements favorables à la santé.

Les comportements à risque
La fréquence des comportements à risque reste élevée en France. Elle est particulièrement prégnante chez les jeunes et parmi les publics les plus fragiles socialement, qui bénéficient d’une moindre sensibilisation aux comportements favorables à la santé, ce qui renforce et pérennise les inégalités de santé.

Le défaut d’information
• Les maladies sexuelles transmissibles : les jeunes se sentent mal informés sur le SIDA et ce chiffre a augmenté de 10 points en 10 ans. En 2017, 20 % des jeunes affirment que le virus du SIDA peut se transmettre en embrassant une personne
22 % pensent qu’il existe un traitement pour guérir du SIDA, moins d’un sur deux sait qu’il existe des autotests.
• Le tabac : malgré une forte baisse enregistrée depuis la fin des années 1990, les résultats de l’enquête Escapad montrent que la consommation de tabac persiste. En 2017, 6 adolescents sur 10 disent avoir déjà essayé un produit du tabac, qu’il s’agisse de cigarettes en paquet ou à rouler, et 32 % sont des fumeurs quotidiens.
4 sur 10 ont déjà fumé du cannabis et 9 % sont des fumeurs réguliers.
• L’alcool : dans la dernière enquête du baromètre santé, 49 % des jeunes de 17 ans ont déclaré une alcoolisation ponctuelle importante au cours du mois écoulé.
• Les jeunes sont inégaux devant les facteurs de risque : la consommation de sodas est 3 fois moins importante chez les enfants dont le parent référent a un niveau d’étude supérieur à Bac+3. La sédentarité est deux fois plus fréquente chez ceux dont le parent référent a un niveau d’étude primaire.

Dans tous les milieux et à tous les âges
Les bienfaits de l’activité physique régulière sur un ensemble de troubles physiques et psychiques et pour la prévention d’un grand nombre de pathologies sont démontrés. Mais seulement 34 % des Français déclarent une activité physique régulière et ce chiffre est deux fois moins important parmi les personnes non diplômées que parmi les diplômés du supérieur. Certaines populations ont toujours un faible accès à des activités adaptées, en particulier les populations les plus fragiles comme les personnes âgées en EHPAD ou les personnes en situation de handicap.
• La prévention par les pairs : de nombreuses expériences ont été réalisées, notamment en direction des jeunes, dont le déploiement d’étudiants relais santé dans 22 universités. Elles attestent de l’intérêt d’une prévention portée par les pairs qui permet des échanges informels et une proximité. L’impact sur les comportements commence à être documenté et une analyse réalisée en 2015 par l’université de Bristol démontre qu’une intervention menée par des pairs collégiens ou lycéens réduit de 20 % la consommation de tabac et que des effets similaires sont retrouvés pour les consommations de cannabis et d’alcool.

La méthode

Agnès Buzyn (au centre) et Frédérique Vidal présentant le Service sanitaire.


• Le rapport Vaillant : au mois de septembre 2017, Agnès Buzyn et Frédérique Vidal ont confié une mission au Pr Vaillant, ancien président de l’Université François Rabelais de Tours et de la commission santé de la Conférence des Présidents d’Université, afin de définir les modalités de mise en œuvre du dispositif souhaité par le Président de la République : l’inclusion du service sanitaire dans toutes les formations en santé.
Au-delà de l’analyse des conditions réglementaires et pédagogiques permettant le déploiement du service sanitaire et son inclusion dans nos politiques de prévention, le rapport de Loïc Vaillant met en évidence la forte adhésion des étudiants en santé, des universités et des autres organismes de formation à cette perspective d’intervenir au service de la population. Le travail du Pr Vaillant et des inspecteurs montre aussi la diversité des publics auprès desquels cette intervention est possible, et la pertinence toute particulière des interventions en milieu scolaire et universitaire.
• Une mise en place rapide :
– Instaurer des textes réglementaires incluant le service sanitaire dans les maquettes de formation au deuxième semestre 2018.
– Une coordination nationale et une évaluation du déploiement, via un comité national du service sanitaire et un site internet national à la rentrée 2018.
– Une articulation étroite avec la stratégie nationale de santé : le déploiement des supports de formation par Santé publique France en lien avec la Fédération nationale pour l’éducation et la promotion de la santé et les instances régionales d’éducation et de promotion de la santé.
– Une coordination régionale permettant une adéquation entre l’offre de service sanitaire et les lieux d’intervention : le comité régional du service sanitaire.
– Une large autonomie des acteurs pour définir les modalités pratiques de réalisation et les adapter aux publics.
– Une évaluation de l’impact du service sanitaire tant sur la santé des personnes sensibilisées que sur les compétences des étudiants.
– Un dispositif d’évaluation embarquée qui permettrait de recueillir nationalement les informations sur la mise en œuvre du service sanitaire.

Le service sanitaire
L’Organisation mondiale de la santé propose de définir « La responsabilité sociale (…) comme l’obligation (des formations en santé) d’orienter la formation qu’elles donnent, les recherches qu’elles poursuivent et les services qu’elles dispensent vers les principaux problèmes de santé de la communauté, région et/ou nation qu’elles ont comme mandat de desservir ».

Objectifs et principes
L’instauration d’un service sanitaire pour tous les étudiants en santé s’inscrit dans le cadre de la stratégie nationale de santé dont le premier axe est de mettre en place une politique de prévention et de promotion de la santé. Le service sanitaire permettra de diffuser, partout sur le territoire, des interventions de prévention conduites par des étudiants. Les expériences analogues menées dans d’autres pays à moindre échelle montrent l’efficacité de ces interventions sur l’acquisition par les étudiants de compétences, promesse d’une transformation de long terme de l’action des professionnels de santé.
• Initier tous les futurs professionnels de santé aux enjeux de la prévention primaire et de la promotion de la santé ; développer leur compétence à mener des actions auprès de tous les publics.
• Assurer des actions de prévention et de promotion de la santé auprès de publics divers (écoles, universités, EHPAD, entreprises, lieux de privation de liberté, établissements médico-sociaux, etc.) notamment sur les thématiques de la vie affective sexuelle, des addictions, de la nutrition et de la promotion de l’activité physique.
• Lutter contre les inégalités territoriales et sociales en santé en veillant à déployer les interventions auprès des publics les plus fragiles.
• Favoriser l’autonomie des étudiants dans le cadre d’une pédagogie par projet et renforcer le sens de leur engagement dans leurs études.
• Favoriser l’inter professionnalité et l’interdisciplinarité des étudiants en santé par la réalisation de projets communs à plusieurs filières de formation.

Les concernés
• Les étudiants en santé et leurs enseignants : le rapport Vaillant a permis d’identifier les pratiques déjà existantes dans des établissements de formations en santé : les universités d’Angers, Clermont-Ferrand, Caen, Marseille et l’Ifsi du centre hospitalier de Dunkerque. Ces pratiques seront étendues dès mars 2018 pour des expérimentations de services sanitaires. À partir de la rentrée 2018, le dispositif sera étendu à l’ensemble du territoire, pour les formations en médecine, odontologie, maïeutique, pharmacie, kinésithérapie et soins infirmiers, soit 47 000 étudiants par an. À partir de la rentrée universitaire 2019, le service sanitaire concernera toutes les formations de santé (y compris par exemple les formations d’ergothérapie, d’orthophonie…), soit environ 50 000 étudiants par an.
Le service sanitaire sera inclus dans la maquette de formation et se substituera à des activités pédagogiques ou des stages existants. Il s’agit de moderniser le cursus d’études et de l’ouvrir sur les besoins de prévention du pays. Ces évolutions seront l’occasion pour les enseignants de toutes ces filières de développer une pédagogie par projet et permettront de favoriser la transversalité, en réunissant chaque fois que possible des étudiants de filières différentes.
Ainsi l’objectif de long terme est de garantir la compétence de tous les professionnels de santé à mener des actions de prévention et de promotion de la santé auprès de tous les publics.
• Destination de l’initiative : les actions de prévention se dérouleront dans des lieux agréés par la formation, tout comme les stages actuels des étudiants.
C’est la concertation avec les acteurs qui permettra de définir les thématiques prioritaires de ces actions, d’identifier les lieux d’intervention possibles et de proposer des conventions qui lieront la structure de formation de l’étudiant et l’institution bénéficiaire de l’action de service sanitaire.
Sur le plan local, la coordination sera assurée par un comité régional du service sanitaire, en lien avec la commission des politiques publiques de santé qui permettra un dialogue entre Agences Régionales de Santé, rectorats, associations étudiantes et institutions de formation, pour proposer les interventions les plus pertinentes.
Le service sanitaire sera déployé sur tout le territoire et auprès de tout type de public, notamment les plus fragiles. Les étudiants pourront se rendre dans des écoles, des collèges en Zone d’Éducation prioritaire, des lycées y compris en zone rurale, ou encore dans des entreprises, des EHPAD, des établissements médico-sociaux, des lieux de privation de liberté. Les frais de déplacement seront pris en charge par l’État.

Le format
Le service sanitaire des étudiants en santé prendra la forme d’interventions de prévention dans des établissements scolaires, lieux de vie, entreprises, le plus souvent sous forme collective. Il ne s’agit pas de faire exécuter des activités de soins aux étudiants, mais de leur permettre d’intervenir sur des thèmes prioritaires de santé publique, tels que la vie affective et sexuelle, les comportements d’addiction, l’activité physique et la nutrition. Ces thématiques sont choisies pour leur impact sur la santé, articulées avec les priorités nationales de santé publique et avec les politiques régionales. Le service sanitaire comprendra plusieurs temps. Un temps de formation spécifique permettra aux étudiants d’acquérir les connaissances, les compétences et savoir-être nécessaires à l’intervention auprès du public. Ils interviendront ensuite dans le lieu donné pour délivrer les messages de prévention adaptés au public, animer des ateliers et participer à des actions. Enfin, un temps de débriefing et d’évaluation permettra d’échanger sur cette expérience avec les référents du programme.

Au cours de l’année scolaire 2016-2017, des actions de prévention en santé ont été menées dans un collège d’Angers.

Le service sanitaire représentera l’équivalent d’une période de trois mois de formation, continue ou discontinue et sera obligatoire pour l’obtention du diplôme. Les textes réglementaires seront modifiés pour l’inclure dans les maquettes pédagogiques. De plus chaque étudiant disposera d’un référent dans sa structure de formation ; par exemple un enseignant responsable du programme service sanitaire et d’un référent sur le lieu d’intervention. Et les interventions réalisées reposeront sur les données scientifiques (interventions dites probantes) et utiliseront notamment les matériels pédagogiques développés par Santé publique France.
Au demeurant un dispositif d’évaluation embarquée, doté d’un financement de 400 000 €, permettra de recueillir nationalement les informations concernant la réalisation du service sanitaire et de mesurer les impacts éducationnels et sur la santé de la population.

Ils le font déjà
• L’université d’Angers : un projet quasi finalisé de prise en compte du service sanitaire dans les cursus. Au cours de l’année scolaire 2016-2017, des actions de prévention en santé ont été menées dans un collège et un lycée de la ville d’Angers par les étudiants des filières de santé. L’objectif principal du projet était de contribuer à la réduction des conduites à risque chez les adolescents. Les thématiques de la vie affective et sexuelle, du tabagisme, de la consommation de drogues et d’alcool ont été retenues en raison de l’incidence des consommations abusives et des conduites à risque chez les adolescents. En parallèle, le but était de former d’une manière pratique les étudiants en santé à la prévention, et de générer un cadre de travail entre étudiants en inter professionnalité, en associant lors des interventions des étudiants des filières de médecine, pharmacie et soins infirmiers.
Cette expérience a en effet montré la faisabilité des interventions, sa bonne réception par les élèves et la grande satisfaction des étudiants impliqués.
Cette pratique va permettre d’expérimenter dès 2018 d’un service sanitaire pour 600 étudiants en médecine, pharmacie, maïeutique et soins infirmiers, sur 4 périodes de 11 semaines, intégrées dans les maquettes de formation.
Une formation des étudiants aux grands principes de prévention, et de manière plus spécifique sur quelques actions, sera dispensée l’année n-1 (20 heures dématérialisées pour 50 %). Au début de chaque période de prévention, un rappel spécifique sur les actions prévues sera réalisé, les étudiants s’approprieront le matériel pédagogique et seront formés à l’animation de groupe.
Pour autant l’évaluation du dispositif concernera la qualité de la formation des étudiants, la qualité des messages délivrés, la réception du message, l’évaluation de l’impact et enfin l’évaluation du retentissement sur les autres aspects des études.

À l’Ifsi de Dunkerque, au cours de leur 2e année, les élèves infirmiers ont l’obligation d’élaborer une démarche d’éducation à la santé.

• Des actions de prévention partiellement inscrites dans les cursus comme à Dunkerque et Nantes : à l’Ifsi de Dunkerque, au cours de leur 2e année, les élèves infirmiers ont l’obligation d’élaborer une démarche d’éducation à la santé auprès d’un groupe d’enfants ou d’adolescents en milieu scolaire ou en lieu de vie. Cela prend la forme de 28 heures de travaux dirigés accompagnés par 6 cadres de santé formateurs et de 35 heures de travail personnel guidé.
L’objectif : est de former les étudiants et de les accompagner dans la réalisation d’actions de prévention selon le thème de prévention qu’ils auront déterminé et qui aura été validé.
L’École de Sages-Femmes de Nantes a travaillé à la conception et l’organisation d’un module de 40 heures au sein de l’Unité d’Enseignement de Santé publique des étudiants(e)s de Master 1 en Maïeutique dont l’objectif est de former les étudiants sages-femmes pour leur permettre d’animer des séances d’éducation à la vie affective et sexuelle auprès des lycéens et apprentis des Pays de la Loire.
• Un programme d’éducation à la sexualité et à la contraception créé il y a dix ans à Marseille : dans le cadre des enseignements de la Faculté de Médecine de Marseille, un programme (module optionnel) d’éducation à la sexualité et à la contraception a été créé au cours de l’année universitaire 2006-2007. Ce projet propose la mise en place d’une formation des étudiants en médecine à un programme éducatif de prévention concernant la sexualité et la contraception associé à une application pratique par l’intermédiaire d’une intervention des étudiants ainsi formés dans des collèges de la région.

Une première en Europe
La mise en place d’une politique publique de service sanitaire à l’échelle nationale est inédite. Des initiatives proches ont été développées sous forme de modules optionnels dans des formations de santé au Canada et aux États-Unis, mais concernent le plus souvent un nombre réduit d’étudiants.

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