Mai 1968 fête ses 50 ans

Mai 1968 fête ses 50 ans

Ce moment historique se manifeste au Centre Pompidou à partir d’une question : que reste-t-il aujourd’hui de l’esprit de mai ?

Le prologue à l’anniversaire fut un week-end Imagine fin avril, un marathon radiophonique assorti de master classes, performances et concerts, organisé avec le partenaire France Culture. Pendant plus de trois semaines, des événements se poursuivront : « Mai 68 – Assemblée générale », un ensemble d’expositions, ateliers, projections, débats et performances, en entrée libre. Une œuvre du designer Olivier Vadrot y tiendra lieu d’amphithéâtre et de nouveaux ateliers populaires seront animés par les étudiants des écoles d’art et ouverts au public.

Les événements
• « Mai 68 – Assemblée générale », jusqu’au 20 mai est une manifestation vivante et en accès libre, qui célèbre et interroge la contemporanéité de Mai 68, à travers une exposition, des performances et des débats, des projections et des ateliers. À l’occasion du 50e anniversaire de Mai 68, le Centre Pompidou propose ici une manifestation pluridisciplinaire inédite souhaitant éviter la commémoration et la célébration, sans non plus tenter d’en faire le bilan. Trois axes majeurs en structurent la programmation :
– une fresque visuelle de 60 mètres de long sera le lieu d’une réinterprétation par le graphiste Philippe Lakits des slogans et des affiches de Mai 68 et une mise en valeur du fonds d’images du Centre International de Recherche sur l’Image politique (CIRIP) d’Alain Gesgon.
– Un lieu de débat, œuvre du designer Olivier Vadrot (coll. du Cnap) conçu en 2016 pour être une salle de conférences nomade, tiendra lieu d’Amphithéâtre, cœur battant du dispositif. Il hébergera une riche programmation de conférences, de débats et de performances, dans une proximité et un échange constant avec le public.
– Les Nouveaux Ateliers populaires seront présents pendant toute la durée de l’événement des étudiants d’écoles d’art, des universitaires ainsi que des scolaires, rassemblés en neuf ateliers théoriques et pratiques, auxquels pourra participer le public.
• Exposition Vincent Meessen : Omar en mai. Jusqu’au 28 mai.

« Mai 68 – Assemblée générale » est une manifestation qui célèbre et Mai 68, à travers une exposition, des performances et des débats, des projections et des ateliers.

Le travail de Vincent Meessen tisse des constellations d’acteurs, de gestes et de signes qui entretiennent une relation polémique et sensible à l’écriture de l’Histoire et à l’occidentalisation des imaginaires. Il décentre et multiplie les perspectives pour mesurer l’impact de la modernité coloniale sur la fabrique des subjectivités contemporaines. Dans Omar en mai, les divers travaux (filmiques, sculpturaux, graphiques) proposent autant de lignes de fuite à la réification d’un Mai 68 parisien en s’intéressant au potentiel contenu dans celui qui le précéda à Kinshasa, et dans celui qui s’inscrivit dans son immédiat prolongement à Dakar. Tant au Congo qu’au Sénégal, Meessen pointe l’influence incidente et souterraine de l’Internationale situationniste.
Dans l’installation audiovisuelle One.Two.Three, créée pour la Biennale de Venise en 2015, de jeunes musiciennes kinoises tentent de s’accorder en vue de jouer un chant révolutionnaire écrit en Mai 68 par Mbelolo ya Mpiku, militant congolais affilié à l’Internationale situationniste. Alors qu’en plein tournage éclate une violente insurrection, la radio donne le nombre d’étudiants et de manifestants tombant sous les balles des forces anti émeutes.
L’exposition est construite en plusieurs séquences. CinémaOmarx, rassemble les sources et références utilisées dans le projet de long métrage initié par l’artiste à Dakar en mai dernier. L’une des pièces de ce puzzle est intitulée Juste un Mouvement, préfiguration du film spécialement conçue pour cette exposition. Vincent Meessen y prend à témoin La Chinoise de Jean-Luc Godard.
Traité comme matière documentaire sur son époque, le film de Godard permet de mettre à l’épreuve le format du film essai au présent. Dans cette relecture en forme de spirale, Meessen s’intéresse aussi aux rapports entre l’intrigue du film de Godard et le destin tragique d’un de ses comédiens : Omar Blondin Diop. Seul militant maoïste, jouant son propre rôle dans La Chinoise, Omar Diop fut ensuite une figure influente de l’avant-garde politique et artistique dakaroise. Malgré son absence, il tient ici le premier rôle. Vincent Meessen remonte le film d’hier et le rejoue en partie pour parler à « l’imparfait du présent » : celui qui va de l’analyse du contexte de la fabrication du film de Godard à la fabrication de ce film-ci, un film « en train de se refaire » dans les lieux mêmes d’une histoire traumatique : la maison de famille Diop, la prison de Gorée — ce dernier lieu étant celui de la mort en captivité d’Omar, victime de la répression du régime de Léopold Sédar Senghor, hantise toujours bien actuelle de la scène politique sénégalaise contemporaine.
Meessen actualise de manière libre et critique et tente un processus de reconfiguration plus large. En recourant à des formes abstraites ou en agençant des archives publiques et confidentielles, des extraits d’informations télévisées d’époque avec des films d’artistes invités, il fait de cette exposition une opération de récursivité critique située non seulement dans l’espace prospectif de l’institution — la bien nommée Galerie zéro —, mais aussi dans son temps long.
Enfin, le Centre Pompidou accueille à cette occasion et pour la première fois les travaux d’un des artistes africains les plus importants de sa génération : Issa Samb (alias Joe Ouakam), cofondateur du Laboratoire AGIT’art décédé récemment, et
« le seul homme libre de Dakar » selon les mots de son ancien ami et mentor : Omar Diop.
• Exposition Jean-Jacques Lebel, L’outrepasseur. Du 30 mai au 3 septembre.
L’exposition que consacre le Centre Pompidou à Jean-Jacques Lebel réunit une cinquantaine d’œuvres et de nombreux documents d’archives. Peintre de la transversalité » selon son ami Félix Guattari, Jean-Jacques Lebel déploie depuis le début des années 1950 une inclassable praxis. À la fois plasticien, poète, auteur de happenings, cinéaste, organisateur de festivals internationaux, traducteur de la Beat Generation, éditeur, essayiste, activiste libertaire, il est en France l’un des plus importants passeurs de notre époque. Né en 1936 à Paris, sa formation intellectuelle est marquée par sa grande proximité avec André Breton, Marcel Duchamp et Benjamin Péret. Au contact du mouvement surréaliste, sensible à l’esprit de Gutaï, Jean-Jacques Lebel développe une peinture gestuelle marquée par l’automatisme, puis s’intéresse à l’assemblage, dans un esprit de subversion néo-dada des normes esthétiques et morales.
À partir de 1960, Jean-Jacques Lebel organise les premiers happenings en Europe. Par son énergie collective et protéiforme, irréductible au système marchand, le happening participe de la remise en cause radicale de la notion d’œuvre d’art, qui caractérise les années 1960. Par ses contenus disruptifs, il manifeste aussi la profonde intrication, chez Lebel, de la création artistique et de l’activisme politique.
Cette exigence conduit l’artiste à susciter la réalisation, avec cinq de ses amis, d’un chef-d’œuvre à la biographie conflictuelle, le Grand Tableau Antifasciste collectif, peint en réaction aux atrocités commises par l’armée française pendant la guerre d’Algérie. Elle l’amène également à prendre directement part au mouvement de masse de Mai 68, puis à se retirer temporairement de la scène artistique.

Jean-Jacques Lebel, Enrico Baj, Roberto Crippa, Gianni Dova, Errò, Antonio Recalcati, « Grand tableau antifasciste collectif », 1960.

L’exposition que le Centre Pompidou consacre à Jean-Jacques Lebel couvre cette période d’activité résolument « polytechnique ». La vie et l’œuvre de Lebel n’ont toutefois cessé de se déplier au-delà.
Durant toute sa durée, l’exposition est relayée par une programmation filmique au Cinéma du Musée, ainsi que par des séances de projections-débats en Cinéma 2 les 6, 13 et 20 juin. Une soirée d’étude en présence de l’artiste, avec Danièle Cohn, Paolo Fabbri et Philippe Dagen aura lieu en Petite salle le 27 juin.
L’ensemble des événements du 50e anniversaire de Mai 68, ainsi que toutes les informations pratiques sont sur le site bilingue français/anglais dédié : soixantehuit.fr #soixantehuit.

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