Le monde du ventre

Le monde du ventre

Au cœur de nos intestins, 100 000 milliards de bactéries pèsent plus lourd que notre cerveau ! Ce gigantesque écosystème avec lequel nous vivons en symbiose porte un nom : le microbiote.

 

Tout au long du tube digestif, les bactéries intestinales sont à l’interface entre aliments et corps humain. Ce microbiote bien nommé intestinal, s’il est avant tout protecteur, est impliqué dans de nombreuses maladies, inflammatoires, métaboliques ou neurologiques. En effet, les bactéries intestinales peuvent contrôler notre inflammation, notre faim voire notre humeur. Cependant, les altérations de cet écosystème sont associées à de nombreuses maladies chroniques dont l’incidence ne cesse d’augmenter.

Qu’en est-il de cette symbiose précisément ? Les équipes de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) mènent nombre d’investigations et trouvent des réponses. Leurs recherches laissent entrevoir de fabuleuses perspectives pour notre bien-être et notre santé.

 

L’homme symbiotique

Chaque individu abrite des colonies extrêmement diversifiées de micro-organismes dont, il y a à peine 15 ans, on ne connaissait que peu de choses. L’étude des microbiotes de l’intestin, de la bouche, du vagin, des poumons ou de la peau, a déjà donné lieu à de véritables révolutions dans la façon d’aborder des affections. Au fil des résultats scientifiques, l’homme et son microbiote se révèlent comme une véritable symbiose, un être hybride humain-microbes. Ainsi, les interactions entre nos cellules et organes et le microbiote nous conditionnent dès la naissance.

Il n’y a pas deux microbiotes identiques dans le monde. Néanmoins, grâce au programme MetaHIT, les chercheurs sont parvenus à les classer dans trois groupes, qu’ils ont appelés entérotypes. Ils sont déterminés par l’abondance de trois types de bactéries qui y sont prédominantes : Bacteroides, Prevotella ou Ruminococcus. Trait remarquable, les entérotypes ne dépendent pas de l’origine géographique, ni du sexe, ni de l’état de santé de l’individu. Cette classification permet de réaliser des études comparatives afin de mieux décrire les altérations du microbiote liées à certaines maladies.

 

Métagénopolis

Lancé en 2012, le projet Métagénopolis, hébergé par l’Inra, est un centre d’excellence pour l’étude du microbiote humain. Articulé autour de quatre plateformes, il met à la disposition des chercheurs des équipements uniques en Europe, comme par exemple une biobanque destinée à accueillir plus de 1 million d’échantillons intestinaux humains et des plateformes de métagénomique fonctionnelle et quantitative. Conçu pour booster l’innovation dans les domaines de la nutrition, la prévention du risque et la thérapie, cet ambitieux projet permet une étroite collaboration entre scientifiques, cliniciens et le monde industriel.

  • L’incontournable métagénomique : prenez un échantillon de selles d’une personne et faites-le passer par une plateforme de séquençage d’ADN. Vous connaîtrez alors les gènes et les bactéries que contient le microbiote de cet individu. Analysez maintenant 100 échantillons de selles de personnes en bonne santé et 100 autres de personnes atteintes d’une maladie. Vous pouvez faire des comparaisons statistiques et répondre à de passionnantes questions. Est-ce que les microbiotes sont aussi diversifiés chez les uns que chez les autres ? Est-ce que certaines bactéries sont présentes chez les personnes en bonne santé et pas chez les malades ? Ces études, dites métagénomiques, ont débouché sur des découvertes extraordinaires au cours de ces dernières années. C’est ainsi que la métagénomique ouvre des pistes pour étudier l’effet sur notre santé de tel assemblage d’espèces bactériennes, ou encore, identifier les « bonnes » bactéries qui nous protègent.
  • L’autre génome : le microbiote d’un individu contient environ 600 000 gènes. En comparaison, les 23 000 gènes de notre ADN font pâle figure. Il a fallu attendre les techniques de séquençage à haut débit pour commencer à explorer ce continent inconnu. MetaHIT piloté par l’Inra a permis de construire le tout premier catalogue de gènes du microbiote humain. La dernière édition, publiée en juin 2014, a identifié près de 10 millions de gènes chez 1 200 individus originaires d’Asie, d’Europe et d’Amérique. Ce catalogue est un outil indispensable pour étudier les diverses fonctions du microbiote et pour caractériser les gènes les plus importants du point de vue médical.
  • La dure vie sans microbe : il existe des souris si propres et si soignées que, de leur vie, elles n’ont jamais vu un microbe. Ce sont les souris axéniques, animaux de laboratoire élevés « en bulles », dans des conditions stériles et dépourvues de microbiote. Cette absence de bactéries les rend particulièrement sensibles aux pathogènes, aux allergies, au stress. Par ailleurs, des travaux ont montré chez elles des troubles de croissance par rapport à leurs congénères habitées par des bactéries. Ces animaux font cependant l’objet de nombreuses expérimentations pour l’étude du microbiote.
  • Les virus : les bactériophages, ces virus qui infectent et tuent les bactéries, sont des éléments essentiels du microbiote. Ils permettraient de garder sous contrôle les populations bactériennes qui, sans eux, pourraient proliférer. Portant leur présence n’est pas indispensable. La plupart des bactéries hébergent dans leur génome des virus à l’état dormant. Ceux-ci peuvent se réveiller à tout moment, tuer leur hôte et infecter les bactéries voisines. Des chercheurs de l’Inra sont parvenus à modéliser le comportement de phages du tractus digestif des souris. Ils ont montré que leur activité y est 50 fois supérieure à ce qui était estimé précédemment. Autre résultat marquant : ils ont observé que, dans une infection sur cinq, le virus – au lieu de tuer son hôte – s’intègre au génome de la bactérie et s’y installe à l’état dormant.
  • Un contrôle de fer : le fer est un élément essentiel à notre organisme, mais il doit être sévèrement régulé : trop de fer, ou trop peu, et les ennuis de santé commencent. Une équipe, composée de chercheurs de l’Inra et de l’Inserm, a montré que le microbiote participe activement à maintenir le métabolisme de cet élément. Ces travaux confirment que le microbiote est un acteur incontournable de l’absorption et de la distribution du fer. Ils permettront de mieux comprendre certaines maladies liées à cet élément.
  • Microbiote pulmonaire à la loupe : pendant très longtemps, la présence de bactéries dans le poumon était toujours associée à une maladie, puisque ce dernier était considéré comme un organe stérile. Pourtant, il existe bel et bien une communauté microbienne qui est détectable dans les poumons après la naissance. Les influences de ce microbiote pulmonaire sur l’épithélium respiratoire, sur la mise en place de l’immunité ou sur la sévérité de l’asthme sont donc des sujets novateurs. Certaines bactéries présentes dans les poumons peuvent être associées à des effets bénéfiques ou délétères sur l’asthme.

 

Les microbiotes de la ferme

  • Richesse bactérienne du porc : pas moins de 7,7 millions de gènes, en majorité bactériens, ont été identifiés, pour le plus grand bonheur de la recherche biomédicale et des scientifiques qui tentent d’améliorer les élevages de porcs. Parmi les fonctions biologiques identifiées dans le microbiote humain, 96 % sont présentes chez le porc. Mais en outre, celui du cochon détient 800 fonctions biologiques que l’on ne retrouve pas chez l’homme. Point fort de ce travail publié en 2016 : la quantification des gènes de résistance aux antibiotiques des bactéries intestinales du porc. Ces gènes sont présents chez tous les porcs analysés. Cependant, leur prévalence est bien supérieure chez les porcs élevés en Chine, où les antibiotiques sont délivrés en continu aux animaux. Ceci confirme que réduire leur usage contribue très significativement à limiter le risque de dissémination des antibiorésistances dans l’environnement.
  • Vers un poulet plus robuste : quelles sont les relations entre l’immunité innée des poulets, leur capacité de digestion et la composition de leur microbiote ? Le but est de comprendre comment accroître la robustesse des volailles grâce à une meilleure connaissance des bactéries de leur système digestif. Les travaux ont déjà montré que le microbiote intestinal de poulets sélectionnés pour leur très bonne ou très mauvaise digestion varie en fonction de l’aptitude digestive de ces animaux. Ils ont aussi identifié certaines régions du génome du poulet où se nichent des gènes qui peuvent modifier la composition de son microbiote. Les chercheurs suggèrent que certains de ces gènes pourraient aussi être impliqués dans l’immunité innée des volatiles.

 

Bien nourrir son microbiote

Les nutritionnistes ne cessent de nous alerter sur nos mauvaises habitudes alimentaires. Les chercheurs observent à quel point notre microbiote intestinal souffre d’une alimentation déséquilibrée et perd ses pouvoirs protecteurs.

  • Les fibres : ces longues chaînes polysaccharidiques que l’on trouve en abondance dans les légumes frais ou secs, les fruits et les céréales, sont le fuel du microbiote. Nos bactéries commensales forment une chaîne de dégradation et fermentation des fibres où chaque espèce, avec ses enzymes propres, a son rôle et sa place. Chacune découpe les fibres en morceaux de plus en plus petits. Lorsque notre régime alimentaire réduit l’apport en fibres, c’est cette chaîne et cette diversité bactérienne qui en pâtissent. D’ailleurs plus l’apport en fibres est grand et plus la diversité et le nombre d’espèces de bactéries sont importants. Le microbiote en est d’autant plus stable et équilibré. Plus encore : la dégradation des fibres produit des acides gras à courte chaîne (AGCC) qui ont des effets protecteurs sur notre santé. Au niveau de l’intestin, ces molécules permettent, entre autres, de réguler les processus inflammatoires. De plus, elles stimulent la production de glucose par l’intestin, glucose qui donne une sensation de satiété et limite la prise alimentaire. En outre, les AGCC sont capables d’inhiber la prolifération des cellules cancéreuses dans le côlon. Autant de raisons pour chouchouter son microbiote.

La dégradation les fibres alimentaires est une fonction majeure de notre microbiote intestinal, que l’on situait jusqu’à présent uniquement dans le côlon. Or, grâce à des approches de métagénomique, des chercheurs de l’Inra, en collaboration avec le CNRS, ont révélé la présence d’une activité fibrolytique au niveau de l’intestin grêle, plus précisément dans l’iléon. Ces résultats conduisent à reconsidérer cette fonction de dégradation des fibres alimentaires et son impact sur la santé humaine.

  • Les fibres pour contrer les allergies : la digestion des fibres – que seules nos bactéries intestinales savent dégrader – produit des acides gras à chaîne courte (AGCC) qui passent dans le sang. Ces AGCC agissent sur le système immunitaire et ont des propriétés anti-inflammatoires. Des souris soumises à un régime alimentaire riche en fibres produisent beaucoup d’AGCC et sont alors protégées contre le développement d’allergies pulmonaires et alimentaires. Ainsi, régimes pauvres en fibres et trop faible exposition aux bactéries semblent bien s’additionner pour conduire à cette expansion des allergies dans notre société.
  • Tant de protéines : en dehors de certains individus comme les athlètes en quête de performances ou les personnes âgées qui luttent contre la perte de masse musculaire, à qui on recommande une consommation de protéines encore plus importante, la population française en consomme en moyenne 1,7 fois plus que ce qui est conseillé. Mais alors, quel est l’impact sur l’intestin de cette consommation de protéines au-delà des besoins ? Les chercheurs de l’Inra ont montré qu’une partie des protéines en excès n’est pas digérée ni assimilée. Lorsqu’elles passent par le côlon, elles sont dégradées par les bactéries du microbiote. Or, cette dégradation produit des molécules (telles que le sulfure d’hydrogène et le p-cresol) qui sont toxiques pour les cellules de la muqueuse intestinale et peuvent même modifier leur ADN. Ces composés, en passant dans la circulation sanguine, peuvent aussi avoir un impact négatif sur certains organes tels que le rein. À partir de ces travaux, les chercheurs espèrent pouvoir affiner les recommandations alimentaires pour certaines populations afin que les bénéfices d’un régime riche en protéines restent supérieurs aux risques.
  • Le gluten : ami ou ennemi ? Il y a, d’une part, les personnes atteintes de la maladie cœliaque, dont l’intolérance au gluten est avérée, et d’autre part, des milliers de personnes qui se déclarent intolérantes aux protéines du blé. En se penchant sur le microbiote de ces consommateurs, tout d’abord, les chercheurs ont remarqué que les personnes au régime présentent un sérieux déséquilibre du microbiote. Les bifidobactéries, lactobacilles chutent de façon dramatique. Ce régime réduit aussi les apports en fibres, qui, elles aussi, nourrissent le microbiote. Résultat de cette dysbiose : une modification de la production d’acides gras à courte chaîne (AGCC), dont les effets bénéfiques sur le système immunitaire et cardiovasculaire sont bien connus. Le régime sans gluten n’est donc pas sans conséquence. Mais alors, pourquoi ces personnes affirment-elles se sentir mieux ? Est-ce réellement la suppression du gluten ? Ou est-ce qu’en diminuant l’apport en fibres, elles réduisent aussi certains symptômes liés à la digestion ? La question reste ouverte, dans l’attente de nouveaux résultats.
  • Vers des vaches plus vertes : le microbiote réalise l’exploit biochimique transforme un aliment aussi pauvre et indigeste que le fourrage en énergie et nutriments. Il est particulièrement riche et diversifié : en plus des bactéries, on y trouve des champignons anaérobies et des protozoaires, qui, eux aussi, contribuent à la digestion. Il existe également un groupe de microbes qui fait beaucoup parler de lui. Il s’agit des archées méthanogènes, qui, comme leur nom l’indique, produisent du méthane lors de la digestion. Or, 14 % des émissions des gaz à effet de serre, dont le méthane, sont dues à l’élevage. Les chercheurs ont montré qu’en ajoutant dans la ration des vaches des lipides, de l’huile de lin par exemple, la production de méthane chutait jusqu’à 20 % sans altérer le bien-être ni la productivité des vaches. Les lipides sont toxiques pour certains microbes, dont les protozoaires, et la diminution de leur population joue directement sur l’activité des méthanogènes. Les chercheurs planchent sur des idées, comme moduler l’implantation du microbiote à la naissance des veaux afin de réduire la part des méthanogènes dont le but est d’aller vers un microbiote stable et peu émetteur de gaz et ceci, dès le début de la vie de l’animal. On obtiendrait ainsi des vaches aussi vertes que la prairie qu’elles broutent.

 

Ces bactéries qui nous veulent du bien

Au début du XXe siècle, les yaourts étaient vendus exclusivement en pharmacie. L’idée que les bactéries de certains aliments contribuent à notre santé n’est donc pas neuve. Dans les années 1960, cette idée a donné naissance au concept de

« probiotiques », ces micro-organismes vivants qui nous veulent du bien. Une nouvelle génération de probiotiques, cette fois issue du microbiote humain, est en train de voir le jour.

  • Médicaments probiotiques : les travaux de recherche en métagénomique ont mis en lumière un fait insoupçonné : il existe de profondes différences dans le microbiote intestinal des personnes saines et des personnes atteintes de maladies telles que l’obésité, le diabète ou même la dépression. Ces travaux ont permis d’identifier les vertus protectrices de certaines bactéries commensales qui, à présent, donnent naissance à une nouvelle génération de probiotiques conçus, non pas pour préserver la santé des consommateurs, mais pour guérir des malades. Mais attention : ces bactéries médicaments d’un nouveau genre doivent prouver leur efficacité et passer par des tests tout aussi rigoureux que ceux des molécules pharmaceutiques avant d’arriver sur le marché.
  • Les yaourts et votre santé : deux équipes de l’Inra et de Danone Nutricia Research ont montré que consommation de ces produits qui contiennent des probiotiques conduit à une augmentation des populations de certaines bactéries qui synthétisent du butyrate, acide gras connu pour son effet bénéfique sur la santé de l’intestin. De plus, les chercheurs ont observé, chez les patients, une diminution de la bactérie Bilophila wadsworthia, suspectée d’être impliquée dans le développement de pathologies intestinales.

 

Le dialogue entre intestin et cerveau

Plus de 200 millions de neurones connectés à notre intestin, c’est autant que dans notre cerveau. Les chercheurs dévoilent petit à petit comment notre microbiote fait partie intégrante de ce dialogue. Anxiété, dépression, autisme, humeur… les bactéries intestinales influencent nos comportements, régulent nos réponses émotionnelles et interviennent dans ces pathologies du système nerveux.

  • Combattre le stress : dernièrement, les chercheurs ont révélé que l’ingestion de la bactérie probiotique Lactobacillus farciminis (une bactérie lactique) peut diminuer de manière non négligeable le stress du rat. Elle restreint la perméabilité de la barrière intestinale et réduit donc le passage dans la circulation de lipopolysaccharides présents dans les intestins. Ces derniers étant incriminés dans l’induction d’une neuro-inflammation au niveau du cerveau accentuant les effets du stress, la réduction de leur passage serait alors considérée comme un effet « antistress ».

Les scientifiques ont étudié une lignée de rats connue pour être génétiquement sensible au stress. Ils ont comparé un groupe de rats de cette lignée, nés et élevés dans une bulle microbiologiquement stérile (ou « axéniques »), à un groupe de rats de la même lignée nés et élevés dans une bulle non stérile (rats avec microbiote ou « conventionnels »). Les animaux étaient placés dans un coin d’une arène rectangulaire fortement éclairée au centre. Les rats sans microbiote évitaient davantage le centre de l’arène que leurs congénères conventionnels, ce qui signifie qu’ils étaient plus anxieux. L’analyse du taux sanguin de la corticostérone, hormone du stress, a confirmé qu’à patrimoine génétique égal, les rats axéniques sont plus sensibles au stress que les rats conventionnels. Les mécanismes responsables de cette relation entre microbiote et stress sont encore à l’étude.

  • Microbiote et autisme : selon les derniers chiffres, un bébé sur 64 naissant aux États-Unis deviendra autiste. Une situation assez troublante et dramatique. Or, nous savons aujourd’hui qu’à peu près 50 % des autistes présentent des troubles

gastro-intestinaux majeurs qu’une modulation du microbiote semble pouvoir résoudre. Partant de ce constat, des chercheurs de l’Inra, en collaboration avec l’hôpital Henri Mondor de Créteil et le Centre hospitalier universitaire de Nantes, débutent des travaux sur le rôle des microbiotes des patients atteints d’autisme. Le but, vérifier si la distinction des patients via l’analyse du microbiote correspond bien au diagnostic posé en psychiatrie pour des personnes autistes, schizophrènes, dépressives résistantes ou atteintes de troubles bipolaires.

 

Pathologies et microbiote

  • Diabète : c’est la maladie endocrinienne la plus répandue dans le monde. Chez des sujets sains, l’insuline (sécrétée par le pancréas) se fixe sur des récepteurs cellulaires, ce qui permet au sucre de passer dans le sang. Chez des patients diabétiques, ce processus ne fonctionne plus et le glucose s’accumule dans la circulation sanguine ; les cellules humaines de ces patients sont alors dites

« insulino-résistantes ». De nombreuses études ont montré qu’il existait un lien entre le T2D et les bactéries intestinales. Présentes dans le microbiote, plusieurs sortes de bactéries jouent effectivement des rôles majeurs sur le T2D. Certaines bactéries, productrices de butyrate (anti-inflammatoire) et universellement présentes dans le tube digestif, sont ainsi moins abondantes chez les diabétiques. À l’inverse, divers microbes pathogènes et certaines fonctions microbiennes sont amplifiés. Les chercheurs de l’Inra ont également analysé les microbiotes intestinaux de personnes diabétiques bénéficiant d’un traitement à la metformine, le principal traitement antidiabétique. En comparant ces microbiotes avec ceux de personnes en bonne santé, les scientifiques sont arrivés à la conclusion que la metformine rétablit en partie la composition du microbiote d’un diabétique T2D et la production de butyrate. Mais, en même temps, elle favorise Escherichia coli pouvant être à l’origine de troubles digestifs, des effets secondaires bien connus du traitement, le rendant mal toléré par certains patients.

  • Obésité : les causes premières de cette épidémie sont dues à une vie sédentaire, une nourriture plus riche en énergie et facile à se procurer et aussi à certaines résultantes génétiques. Plusieurs études montrent en effet que des individus ayant un déficit en bactéries intestinales (appauvrissement de la diversité) ont un risque accru de développer des complications liées à l’obésité. Les espèces bactériennes manquantes pourraient donc avoir un rôle contre la prise de poids. Une étude française a récemment été réalisée sur des patients. Elle recommandait un régime riche en protéines et en fibres et pauvre en calories. Après six semaines, si la perte de poids, de graisse et la modification des paramètres métaboliques sont bien au rendez-vous en général, la réponse est moins bonne ou nulle chez les individus montrant une faible richesse bactérienne de l’intestin ; et cela est prévisible par l’analyse du microbiote. Avec l’étude du microbiote, le diagnostic des individus présentant un risque d’obésité est désormais possible.

Toujours dans le cadre du projet MetaHIT, les scientifiques ont mis en évidence chez les personnes diabétiques (ou prédiabétiques) des taux sanguins élevés d’acides aminés à chaîne ramifiée (BCAA), ce qui contribue à rendre les cellules humaines insulinorésistantes. Ces acides aminés proviennent soit de notre alimentation soit des bactéries de notre microbiote. Les scientifiques ont cherché à savoir quelle était la part de l’alimentation et quelle était la part du microbiote dans ces taux plus élevés de BCAA chez les diabétiques. Le résultat ? La quantité de BCAA est bel et bien liée au microbiote et non pas à l’alimentation. Les chercheurs ont même identifié quatre espèces microbiennes jouant un rôle actif dans ces interactions microbiote/insulino-résistance. De ces quatre bactéries, une a été plus particulièrement examinée à travers des expériences chez la souris. P. Copri a ainsi montré qu’elle était promotrice d’un risque d’insulino-résistance chez le rongeur puisqu’elle augmentait la quantité de BCAA dans le sang. Il reste aux chercheurs à moduler ces bactéries (diminuer celles liées à la biosynthèse ou augmenter celles assurant le transport) pour obtenir un équilibre optimal des espèces bactériennes du microbiote.

  • Cirrhose du foie : pour mieux comprendre le développement de la cirrhose, des chercheurs de l’Inra associés à une équipe chinoise ont lancé une étude de grande ampleur. Le microbiote de 237 individus (dont 50 % atteints d’une cirrhose) a été passé à la loupe. Pas moins de 2,7 millions de gènes bactériens ont été analysés – dont 800 000 jusqu’alors inconnus – et 75 000 d’entre eux étaient différemment répartis entre les personnes en bonne santé et les malades. Au final, plus de 40 % du microbiote d’une personne atteinte de cirrhose peut être constitué de bactéries quasi absentes dans l’intestin des personnes saines. La majorité de ces bactéries proviennent en fait… de la bouche ! Le dysfonctionnement de la bile, classique pour une cirrhose, expliquerait cette migration des bactéries de la bouche vers l’intestin. À partir de ces résultats, les scientifiques ont développé un test qui se base sur la présence de seulement sept espèces bactériennes présentes dans les selles du patient. Sa fiabilité avoisine les 95 %. La quantité de ces bactéries buccales se retrouvant dans l’intestin est aussi proportionnelle à la gravité de l’insuffisance hépatique. On peut donc désormais non seulement dépister un malade mais également déterminer le stade d’avancement de sa cirrhose. Par ailleurs, les chercheurs ont montré que ces bactéries produisent de l’ammoniaque ainsi que de l’acide γaminobutyrique (principal neurotransmetteur inhibiteur du système nerveux central chez les mammifères). Ces substances pourraient expliquer l’une des complications de la cirrhose : l’encéphalopathie hépatique. Et cette complication se soigne justement avec des antibiotiques, des lavements, des probiotiques, c’est-à-dire des traitements qui ciblent… les bactéries. La prochaine étape consisterait à inhiber ces bactéries présentes dans l’intestin des personnes atteintes de cirrhose et à cibler le dysfonctionnement de la bile (afin d’empêcher la migration de ces bactéries de la bouche vers l’intestin).
  • Complications dues à l’alcool : à consommation d’alcool équivalente en quantité et en durée, seuls certains grands buveurs vont développer une maladie du foie. Cette « injustice » pourrait être expliquée par le fait que chacun d’entre nous possède un microbiote spécifique et que celui-ci jouerait un rôle prédominant dans le déclenchement des cirrhoses. Des scientifiques de l’Inra associés à l’Université Paris-Sud, l’AP-HP et Aix-Marseille Université ont voulu en avoir le cœur net. Leurs recherches ont tout d’abord confirmé que le microbiote des patients ayant une hépatite alcoolique est différent de celui des buveurs n’ayant pas de maladie du foie. Ensuite, des souris « humanisées » ont reçu le microbiote de personnes alcooliques développant une hépatite et d’autres, un microbiote d’alcooliques sans maladie du foie. Les souris ont ensuite été « alcoolisées ». Le premier groupe a rapidement développé une inflammation du foie et des tissus adipeux. Ces travaux ont montré qu’il était possible de soulager les lésions du foie de souris malades en transférant le microbiote de souris alcooliques ne développant pas de maladie hépatique. Il est donc clair que la susceptibilité hépatique de l’alcool dépend grandement du microbiote. Dès lors, il est tout à fait envisageable de dépister les personnes susceptibles d’être sensibles à la toxicité de l’alcool et même de traiter les malades développant des lésions hépatiques en modifiant leur microbiote par l’alimentation, par l’absorption de probiotiques ou par transfert de microbiote fécal.

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