L’allergie au peigne fin

L’allergie au peigne fin

Le ministère de la Transition écologique et solidaire et le ministère des Solidarités et de la Santé ont annoncé la parution du premier bilan national de la surveillance des pollens et des moisissures dans l’air ambiant.

Chaque année, des millions de Français subissent les conséquences d’une allergie aux pollens plus ou moins invalidante (rhinite, conjonctivite, asthme, etc.).

L’allergie respiratoire
L’allergie respiratoire est reconnue comme maladie chronique, elle se situe au 4e rang mondial, après les maladies cardio-vasculaires, le cancer et le diabète.
Une personne sur 4 en France est concernée par l’allergie respiratoire. Sources potentielles de la gêne respiratoire : 50 % pollens et 10 % moisissures. Les 40 % restant de ces sources potentielles sont dus aux acariens, poils d’animaux et poussières diverses.
L’allergie regroupe les symptômes résultant d’un contact entre une particule (grain de pollen, spore de moisissure, etc.) avec les muqueuses d’un patient allergique. Cette maladie peut se manifester de plusieurs manières selon le degré de sensibilité, le niveau d’exposition et les organes atteints : crises d’éternuement ; nez qui gratte, parfois bouché ou qui coule clair ; yeux rouges qui démangent ou qui larmoient ; et éventuellement en association avec une respiration sifflante, une toux, des poussées d’eczéma, de l’urticaire de contact, un état de fatigue générale et des difficultés de concentration.
Le pollen est un petit grain de poussière, le plus souvent jaune, libéré par les anthères des étamines (partie mâle de la plante) et se dépose sur le pistil pour féconder la plante (partie femelle). Le pollen des plantes est transporté principalement soit par les insectes ou alors par le vent.
Les moisissures utilisent deux méthodes pour se reproduire, une reproduction sexuée (deux individus), et une reproduction asexuée (un individu). C’est lors de cette dernière que la moisissure produit des spores disséminées en grande quantité dans l’air qui peuvent donner naissance à une autre moisissure. Les spores se développent sur un terrain propice (zones humides, végétaux coupés, etc.).

Les pollens
• Principaux pollens (allergisants) surveillés : il existe plusieurs types de végétaux allergisants :
– les arbres : l’aulne, le bouleau, le cyprès, le frêne, l’olivier, le noisetier, etc.
– les herbacées : les graminées (dactyle, fléole, flouve, fromental, ray-gras, vulpin, etc.), l’ambroisie, l’armoise, le plantain, etc.
• Le RAEP est le risque d’allergie liée à l’exposition aux pollens, établi d’un niveau nul à élevé. Il est dépendant du potentiel allergisant de l’espèce dont est issu le pollen, des quantités de pollens et de la situation géographique. Il peut être évalué de manière prévisionnelle en tenant compte des prévisions météorologiques.
• Procédé de surveillance : il existe deux méthodes de surveillance des pollens sur l’ensemble du territoire métropolitain, ainsi qu’en Nouvelle-Calédonie et en Guyane :
– L’APSF : détermine les débuts et fins d’émissions de pollens allergisants dans la nature, par l’observation des plantes rassemblées dans les pollinariums sentinelles (en collaboration avec des botanistes et jardiniers des collectivités ou d’autres structures, des médecins allergologues, des Agences régionales de santé, des AASQA, etc.).
– Le RNSA en collaboration avec des partenaires locaux comme les AASQA, les centres hospitaliers, l’APPA, etc. mesure les pollens présents dans l’air. La mesure de l’exposition est la quantification des pollens présents dans l’air, mais aussi l’identification d’espèces dont sont issus ces pollens. Une attention particulière est portée sur les plantes produisant des pollens allergisants de façon à établir des cartes de vigilance sur le risque d’allergie lié à l’exposition aux pollens. L’observation phénologique et le comptage des grains de pollen en période d’exposition permettent de définir l’impact sanitaire sur les zones à risque.
• Dispositifs de surveillance des pollens :
– Les pollinariums sentinelles® : un pollinarium sentinelle est un espace dédié dans un jardin où sont rassemblées les principales espèces de plantes, arbustes et arbres sauvages de la région dont le pollen est allergisant. Les espèces présentes sont choisies par un collectif de médecins allergologues locaux et de botanistes. Elles sont ensuite prélevées en nature selon une méthodologie scientifique rigoureuse respectant leur hétérogénéité génétique. L’objectif est de les observer quotidiennement afin de déterminer le début et la fin d’émission de pollens de chaque espèce. Cette information est transmise en temps réel par courriel aux personnes allergiques inscrites à la newsletter alerte pollens. Dès réception de l’information, elles peuvent commencer leur traitement avant même l’apparition des premiers symptômes et l’arrêter dès la fin d’émission de pollens. Les données du pollinarium sont également utilisées par les médecins allergologues afin de déterminer un profil clinique allergique (intensité et date de ressenti des symptômes par rapport à l’envoi des alertes pollens). Ces informations sont précieuses pour conforter un diagnostic allergologique et envisager un projet thérapeutique adapté.
– Les capteurs de pollens : les capteurs de pollens sont des appareils dits « respirants » dont l’aspiration régulière correspond à la respiration humaine. Ces capteurs de fond situés sur le toit d’immeubles permettent de connaître les particules présentes dans l’air ambiant. Un tambour présent dans le capteur tourne pendant une semaine et fait défiler une bande collante devant l’entrée d’aspiration sur laquelle se déposent les particules de l’air. L’échantillon recueilli est envoyé à un laboratoire qui effectue un comptage et une identification des grains de pollen. En complément du réseau de capteurs l’association travaille sur l’ensemble du territoire avec un réseau d’observations phénologiques dont des jardins botaniques et autres jardins sentinelles (état de floraison des plantes identifiées à risque) et un réseau d’allergologues (nombre de personnes allergiques rencontrées, suivi des symptômes). Les résultats obtenus à partir de ces trois réseaux, associés aux prévisions météorologiques, permettent d’établir des risques d’allergies prévisionnels qui sont ensuite diffusés sur les sites internet du RNSA et de l’AASQA de votre région et partagés via les alertes. Ces informations sont utilisées comme une aide au diagnostic par le corps médical et pour l’amélioration du quotidien des personnes allergiques.

Les moisissures
• Principales moisissures (allergisantes) surveillées :
– l’alternaria est l’une des principales moisissures sporulées des maisons et de la sphère atmosphérique. C’est l’agent de la maladie entraînant l’apparition de taches sur les feuilles et leur dépérissement et d’autres maladies affectant de très nombreuses espèces végétales.
– la basidiospore est produite par des champignons dits parasitaires, ceux que l’on va ramasser dans les bois ou les prés et ceux microscopiques s’attaquant aux plantes (charbon…).
– le cladosporium est un champignon fréquemment retrouvé sur des plantes vieillissantes et sur des débris organiques en décomposition. C’est la moisissure la plus importante dans les logements humides.
• Procédé de surveillance : les mêmes capteurs sont utilisés pour la surveillance des pollens et des spores de moisissures. Le comptage des moisissures est réalisé de la même manière que pour les pollens (mesure et analyses en laboratoire) mais du fait des grandes différences morphologique et quantitative, il ne peut pas s’effectuer simultanément.

Résultats 2017

Pollens
• Du bouleau : ont été principalement présents dans un large quart Nord-Est et quasiment inexistants en Méditerranée. Le pic de la pollinisation a eu lieu entre la fin du mois de mars et le début du mois d’avril sur presque tout le territoire, maintenant un RAEP élevé sur les zones les plus touchées pendant deux à quatre semaines. Les quantités de pollens de bouleau sur le territoire sont très variables d’une année sur l’autre et également dépendantes des conditions météorologiques de la période de floraison de cet arbre. Il y a toutefois une tendance à l’augmentation sur les vingt dernières années.
• Les cyprès : les quantités des pollens sont nettement plus importantes sur la zone méditerranéenne avec un RAEP élevé sur les mois de février et mars. Cependant les quantités annuelles de pollens de cupressacées sont très variables d’une année sur l’autre avec une diminution pour 2017. Il est à noter que la majorité des personnes allergiques souffrant de pathologies liées ce type de pollens résident en Corse, Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur. C’est aussi dans cette zone que nous retrouvons la majorité de ces pollens.
• L’ambroisie : si l’on considère qu’à partir d’un niveau moyen la majorité des personnes allergiques ont des symptômes, ce sont presque deux mois complets pendant lesquels elles sont malades. Si certaines zones n’enregistrent pas de RAEP pour les pollens d’ambroisie, des pollens ont été présents sur l’ensemble du territoire. Dans les principales zones d’infestations (vallée du Rhône) après un pic très important de pollens en 2006, les quantités annuelles de pollens d’ambroisie restent stables. Dans les zones limitrophes, les quantités sont en constante progression.
• Les graminées : font apparaître les espèces les plus abondantes des prairies à fourrage des plaines du Grand Ouest de la France. Parmi les graminées, certaines espèces sont plus précoces, d’autres plus tardives. Les premières marquent le début des « rhumes des foins » et les dernières marquent la fin de cette période, afin d’adapter efficacement le traitement des personnes allergiques. La famille des graminées est représentée par sept espèces. La flouve et le vulpin sont les plus précoces et marquent en général le début de la saison pollinique des graminées.

Les graminées les plus précoces marquent en général le début des « rhumes des foins ».

• Résultats cliniques : avec une saison globalement précoce, les symptômes sont apparus dès la mi-janvier (pollens de noisetier). Dans l’Ouest, les conditions météorologiques humides du printemps ont limité les pollens et les symptômes des personnes allergiques. La saison est sinon restée classique avec trois périodes :
– les bétulacées (aulne et noisetier) en fin d’hiver ;
– les pollens de bouleau, de frêne et de platane au printemps ;
– les pollens de graminées sur juin et juillet cette année.
Dans l’Ouest, nous n’avons pas connu de périodes de regain d’émission de pollens de graminées à la fin de l’été comme celles observées en septembre 2016. Les symptômes de fin de saison sont essentiellement dus aux pollens d’ambroisie, dont les effets se font ressentir principalement dans les plaines des vallées du Rhône et de la Saône et dans le Nivernais.

Moisissures

Le cladosporium est un champignon fréquemment retrouvé sur des plantes vieillissantes et sur des débris organiques en décomposition.

Les plus grandes quantités de spores de moisissures sont essentiellement dans un large quart Nord de la France. Pour 2017, comme les années précédentes, la principale période de dispersion des spores d’alternaria et de cladosporium se situe lors de l’été avec des pics principalement au mois de juillet cette année. Les périodes de canicules parfois prolongées de l’été n’ont pas permis de fortes dispersions lors du mois d’août. Les basidiospores ont été très présentes au début de l’automne sur la fin du mois de septembre et sur le mois d’octobre pendant lequel l’humidité a permis le développement de ces moisissures.
En 2017, du fait de plusieurs épisodes météorologiques caniculaires sur la région lyonnaise lors des dernières années, les quantités de spores sont globalement en baisse sur cette zone. Au contraire, les quantités de spores sur les régions parisienne et nantaise sont en nette progression, plus particulièrement à Nantes avec une recrudescence d’alternaria dû à une période estivale très humide.

Leave a Reply

Your email address will not be published.