Faute de correction

Faute de correction

Parce que crier, frapper, pincer, gifler, tirer les cheveux, humilier, donner une fessée, insulter, c’est marquer son enfant pour longtemps, la Journée mondiale de la non-violence éducative nous donne ce 30 avril 2018 l’occasion de dénoncer cette forme de cruauté.

 

 

La violence, qu’elle soit physique ou verbale, exercée à l’encontre des enfants dans un but éducatif, se nomme aussi « humiliation et punition corporelle », « violence corporelle dans le cadre de l’autorité parentale », « droit de correction », « châtiment corporel ».

La violence éducative ordinaire

La violence éducative ordinaire est la partie non reconnue de la violence faite aux enfants, car considérée comme acceptable, voire souhaitable, pour assurer une « bonne éducation ». Ce terme recouvre toute forme de violence, qu’elle soit physique, psychologique ou verbale, aussi légère soit-elle, dans le but de modifier ou d’arrêter le comportement de l’enfant estimé incorrect ou indésirable. Elle est présente dans tous les pays du monde, évolue selon les époques et peut prendre différentes formes. Par exemple, la violence psychologique recouvre le chantage, la minimisation ou le déni des émotions de l’enfant, la punition, la privation, les moqueries, l’humiliation, la culpabilisation, la menace, la honte, la comparaison des enfants entre eux, le rejet, l’émission d’un jugement de valeur…
La violence verbale correspond aux hurlements, cris, injures, moqueries, condescendance envers l’enfant. Enfin, la violence physique intègre l’ensemble des châtiments corporels (gifles, fessés, pincements, coups, morsures, gestes brusques envers l’enfant, insatisfaction de ses besoins physiologiques, etc.).
Les parents pensent bien faire. Sans prise de conscience et sans information, la violence ordinaire dite éducative se perpétue de génération en génération :
• les parents reproduisent le schéma familial et l’éducation qu’ils ont reçue : ils se retrouvent face à leurs blessures d’enfant intérieur, l’enfant qu’ils ont été et qui a aussi subi des punitions corporelles, des humiliations, des critiques, etc. ;
• la société véhicule à tort l’idée que les châtiments corporels et l’éducation à l’obéissance ont des vertus éducatives et que frapper un enfant est acceptable. La plupart des adultes ont intégré cette violence comme étant normale, par un processus psychique ;
• ils ont une interprétation erronée des comportements de l’enfant par manque d’information sur les besoins et les stades de son développement :
– ils méconnaissent les conséquences des châtiments corporels sur la santé physique et mentale ;
– Ils craignent la délinquance, l’usage des stupéfiants, ou que l’enfant ne s’adapte pas à la société.

Conséquences sur la santé

Lorsque l’enfant est puni ou a été frappé, il peut se dire : « je suis nul », « mon parent ne m’aime pas », « je l’ai mérité », je suis une vilaine personne, « je ne suis pas capable ». Cela fait naître un sentiment d’injustice ou une envie de vengeance chez l’enfant.
Si les conséquences physiques des punitions corporelles sont visibles à court terme (douleurs, voire ecchymoses, fractures, traumatismes, lésions…), certaines, résultant de la violence ordinaire dite éducative sous toutes ses formes, passent souvent inaperçues (maux de ventre, de tête, agressivité accrue, repli sur soi…).
D’autres conséquences moins connues se déclarent le plus souvent à moyen et long termes : ralentissement du développement cognitif, hausse de l’agressivité, effets nocifs sur l’état de santé (perte de mémoire, affaiblissement du système immunitaire, hypertension, ulcères, problèmes de peau, prise de poids, troubles digestifs), tendances suicidaires (dès l’adolescence voire plus tôt encore).
À l’âge adulte, les études démontrent un accroissement des risques de cancer, troubles cardiaques, asthme, comportements agressifs, troubles mentaux, dépression et problèmes sexuels. Ces études ont même révélé un impact sur notre descendance à travers la modification de l’expression des gènes (épigénétique) ; heureusement, celle-ci est réversible.
L’OMS a clairement établi, dans son rapport sur la violence et la santé (novembre 2002), un lien de cause à effet entre les violences subies dans l’enfance et de nombreuses pathologies physiques et mentales.
Par ailleurs des chercheurs de l’université d’Austin au Texas ont réalisé une méta-analyse parue en 2016, regroupant les données de 75 études, menées sur une période de 50 ans, portant sur 13 pays et 160 000 enfants. Les universitaires ont également analysé les effets sur le long terme pour les adultes ayant reçu des fessées dans leur enfance. Résultat : ceux qui avaient été fessés le plus souvent sont aussi ceux qui souffrent le plus fréquemment de problèmes mentaux, d’une baisse de l’estime de soi, d’une baisse des performances, des liens avec des blessures physiques, ou de troubles de comportement antisocial.
La psychiatre Muriel Salmona rapporte les résultats d’une étude démontrant que la violence éducative à elle seule est responsable d’environ 10 % des maladies mentales. « La société pense que la fessée et les châtiments corporels sont très différents, or nos recherches montrent que la fessée entraîne les mêmes résultats sur les enfants, mais à un degré moindre », affirme-t-elle. Il s’agit d’un véritable problème de santé publique ; y remédier contribuerait à baisser efficacement les dépenses engendrées par les troubles précités.

Nombre d’enfants concernés

• 85 % des parents français disent pratiquer la violence éducative ordinaire (toutes origines et tous niveaux socioculturels confondus).
• 71,5 % donnent une « petite gifle ».
• Plus de la moitié des parents frapperaient leurs enfants avant l’âge de 2 ans et les trois quarts interrogés avant 5 ans.
• Les enfants qui ont subi des fessées par leurs parents ont 7 fois plus de risques de subir de leur part des maltraitances sévères que ceux qui n’en ont pas subi, et quand ils les ont subies bébés, ils ont 2 à 3 fois plus de risques de subir des blessures nécessitant une prise en charge médicale.
• En France, 75 % des maltraitances ont lieu dans un contexte de punitions corporelles dites éducatives. 2 enfants meurent chaque jour par maltraitance, négligence ou abandon, dont une proportion considérable sous les coups de leurs parents (600 à 700 décès par an). Il existe aujourd’hui plus de 98 000 cas connus d’enfants en danger (10 % de plus qu’il y a dix ans), et près de 300 000 enfants pris en charge par l’Aide sociale à l’Enfance. 44 % des enfants maltraités ont moins de 6 ans.

Mettre fin au « droit de correction »

Le texte de loi doit explicitement mettre fin au recours au « droit de correction » dans l’exercice de l’autorité parentale. Le droit de correction remonte à une jurisprudence de 1819. Depuis la suppression du droit de correction paternelle du Code civil en 1958, celui-ci n’a pas de fondement légal, il est jurisprudentiel, basé sur une coutume non écrite, ce qui est contraire à toute règle de droit pénal. Le droit de correction pour les femmes, prisonniers, employés, militaires et la violence envers les animaux ont été progressivement abolis au cours du siècle dernier. Une femme ou un homme peut saisir la justice si elle/il est frappé/e de quelque façon que ce soit. La violence conjugale est considérée par le droit pénal comme une forme aggravée de violence, du fait, d’une part, de la situation de vulnérabilité de la personne qui en fait l’objet et, d’autre part, de son cadre familial. Pourtant, dans la même situation, l’enfant n’est pas protégé par la loi. Les enfants sont les seuls êtres vivants qu’il reste admis de frapper en France. Ceci à cause du droit de correction coutumier qui permet au juge de ne pas appliquer la loi pénale si la violence pratiquée dans la famille est « à but éducatif » et « légère ». La loi doit mettre fin à cette inégalité d’urgence.

Journée mondiale

À l’origine de cette journée mondiale du 30 avril, il y a l’organisation américaine EPOCH (End Physical Punishment for Children) qui voulait attirer l’attention de tous sur les châtiments corporels à l’encontre des enfants. Depuis plusieurs années, de nombreuses manifestations à travers le monde se sont fait le relais de cette journée appelée aussi « No hitting day » ou « Day of non violence for children ». En 2001, l’initiative mondiale « End all Corporal Punishment on Children » est lancée avec le soutien des Nations unies. En Europe, la Suède fait figure de précurseur avec sa loi d’interdiction introduite en 1979. Depuis, 47 pays ont amendé leur loi avec des dispositions interdisant le recours aux châtiments corporels dans les familles. En France, une circulaire de l’Éducation nationale de 1991 interdit clairement les châtiments corporels à l’école. La Maison de l’Enfant, association de soutien à la parentalité, s’est engagée en 2003 et coordonne chaque édition française. Il n’y a pas de bonne fessée aujourd’hui, la nocivité absolue des châtiments corporels n’est plus à démontrer. L’Unicef, l’OMS et le Conseil de l’Europe soutiennent sans réserve l’initiative mondiale contre les châtiments corporels à l’encontre des enfants. En sus du travail d’information, les parents ont avant tout besoin de soutien pour faire autrement.
La perception de ce qui relève ou non de la maltraitance est culturelle et évolue dans le temps. Ces constats s’observent dans d’autres pays : les coups de canne sont tolérés à Singapour, les châtiments corporels tels que la fessée sont aujourd’hui perçus comme de la maltraitance en Suède.
Étant reçue et apprise durant toute l’enfance, période de construction du cerveau et d’apprentissage des relations humaines, nous savons que la violence éducative ordinaire alimente la violence conjugale. Les enfants victimes de violence éducative ordinaire ou témoins de violence conjugale apprennent en effet, par imitation, que l’on peut frapper une personne que l’on aime, et aimer une personne qui nous frappe.
Ne pas tolérer la première tape sur la main d’un jeune enfant, c’est éviter que cette « tape » ne s’alourdisse, devienne fréquente, et finisse en ce que l’on nomme « maltraitance ».

Dans le doute, agissez !

Mieux vaut signaler les soupçons que vous pouvez avoir sur la sécurité physique et morale d’un enfant, au risque de vous tromper, plutôt que de laisser un enfant en souffrance. Quand il s’agit d’un mineur, la loi vous protège, vous ne pouvez pas être poursuivi pour dénonciation calomnieuse, sauf s’il est établi une volonté manifeste de diffamation à l’encontre du présumé auteur. Il est toujours possible de conserver son anonymat lorsque vous signalez des faits de maltraitance sur enfant
En cas d’urgence absolue et immédiate – vous êtes témoins de violences, de cris, de coups – faites le 17, appelez la police. Vous avez des soupçons ou avez constaté des maltraitances sur un enfant de votre entourage, 4 solutions :
• appelez le 119 : numéro d’appel national de l’enfance en danger. Ouvert 24h/24, 7/7, gratuit, n’apparaît pas sur la facture téléphonique, l’appel peut être anonyme ;
• adressez un courrier à la Cellule de Recueil des Informations préoccupantes (Crip) de votre département, les services de protection de l’enfance pourront alors mener une enquête afin de déterminer les conditions de vie de cet enfant.
• il est également possible d’effectuer un signalement écrit directement au Procureur de la République qui se trouve au Tribunal de Grande Instance (TGI) du domicile de l’enfant ;
• contactez une association de défense des enfants victimes de maltraitances

Protéger le plus petit que soi

Babilou, leader des crèches d’entreprises et de collectivités et spécialiste de la vie des enfants, explique que l’épanouissement des tout-petits n’est possible qu’avec un accompagnement bienveillant et positif… Pour cela, les adultes doivent comprendre, accueillir et accompagner l’expression de leurs émotions. Une émotion est une réaction du corps face à une stimulation ou une modification de l’environnement. Petits et grands, nous éprouvons tous des émotions : peur, colère, tristesse, joie, etc. Elles ont une fonction indispensable à notre relation au monde. Elles nous permettent de nous adapter aux situations. Exemples :
• la tristesse permet l’acceptation de la réalité, de la perte ;
• la joie est liée au plaisir de recevoir ou de donner, au sentiment de réalisation de soi ;
• la peur nous met en situation de défense pour affronter le danger ;
• la colère permet d’exprimer son mécontentement ou son désaccord pour accepter la frustration.
Les émotions nous renseignent également sur ce que nous sommes, sur ce qui est bon pour nous et sur nos besoins. Elle a donc un sens, une intention.

Le fonctionnement des émotions

Une émotion dure 90 secondes. Elle se déroule en 3 temps : Charge – Tension – Décharge. La décharge est l’étape où la tension est évacuée ; ce sont les pleurs, les cris, les mots de colère… Après la décharge, le retour à l’équilibre devient possible… Si la décharge est empêchée, l’organisme reste sous tension, les émotions sont refoulées… Encourager l’expression de l’émotion, c’est permettre à l’enfant de se constituer une personnalité solide, une sécurité intérieure stable.

Décharger les émotions par le mouvement

Une émotion est une réaction du corps ; pour décharger, il est donc indispensable de faire agir l’enfant sur son corps ou d’agir sur son corps… Un enfant de 2 à 6 ans a du mal à gérer ses émotions, à leur donner un sens et surtout à freiner ses impulsions. Alors il utilise son corps pour manifester tout ce qu’il ressent à l’intérieur de lui. Quand il est content, par exemple, il saute littéralement de joie ! Il est donc important de donner à l’enfant des occasions de courir, grimper, sauter, tirer dans un ballon… Pleurer, respirer, souffler, crier, écrire ou dessiner sont aussi de bons moyens pour libérer les tensions… L’activité physique et les exercices corporels, en libérant les tensions, s’apparentent à de la relaxation. En grandissant, l’enfant va peu à peu intérioriser ses émotions et de moins en moins utiliser son corps pour les exprimer. Le mouvement va de plus en plus céder la place à la pensée.

L’amour n’est pas une récompense mais un carburant

Toute interaction bienveillante ou sensation corporelle positive provoque la sécrétion d’ocytocine, hormone qui procure du bien-être, du plaisir à vivre, de l’estime de soi, aide à être empathique et à avoir des relations sociales… Le réservoir affectif de l’enfant se remplit alors ; il va pouvoir affronter les situations difficiles pour lui (frustration, stress…). Tout ce que l’on donne à son enfant aura une incidence positive sur l’individu qu’il deviendra, accompagnons-le avec bienveillance.

Leave a Reply

Your email address will not be published.