Paris : L’église Saint-Germain-des-Prés

Paris :  L’église Saint-Germain-des-Prés

Saint-Germain-des-Prés est l’un des édifices cultuels les plus anciens de Paris, exceptionnel du point de vue de son histoire, de son architecture et de la richesse des œuvres qu’elle abrite. Par extension, l’appellation du quartier qui l’entoure et du boulevard qui la borde sont des éléments structurants de la vie et de la culture parisienne.
L’opération de restauration conduite par la Ville de Paris depuis 2015 permet de remédier aux altérations et à l’état d’encrassement généralisé des décors intérieurs de l’édifice : d’ici à 2020, l’intégralité des peintures murales, du mobilier, des tableaux, sculptures et boiseries de l’église sera restaurée. Les décors d’Hippolyte Flandrin et Alexandre Denuelle, avec la voûte étoilée et ses couleurs y sont des repères artistiques majeurs.
Cette opération, grâce au soutien de Fonds de dotation pour le rayonnement de l’église Saint-Germain-des-Prés, comporte cinq tranches de travaux financés par le mécénat. Les interventions préalables, comme notamment sur les études préalables et de maîtrise d’œuvre, les fouilles archéologiques et l’assainissement du chevet de l’église, ont été portées et financées par la Ville de Paris à hauteur de 800 000 euros.

Le transept et le Chœur des Moines
Les tranches de la restauration de l’église suivent un découpage fonctionnel, permettant à l’édifice de rester accessible et d’y célébrer le culte durant toute la durée du chantier. Le coût total des travaux pris en charge par le fonds de dotation est de 5 200 000 € TTC.
Les décors du transept, inauguré la semaine dernière par Anne Hidalgo, Maire de Paris, ont été restaurés pour un montant de 1 005 500 € TTC et font suite à la restauration du Chœur des Moines, inauguré en juin 2017, première étape dans l’opération de restauration, pour 1 165 000 € TTC.
Les opérations suivantes continuent à être financées par le Fonds de dotation, et l’échafaudage permettant la restauration de la nef est ainsi déjà en place grâce à l’exceptionnelle vente aux enchères de novembre 2017 chez Christie’s.

Les futurs travaux
Depuis ce mois d’avril 2018 et jusqu’à février 2019, la restauration du vaisseau central de la nef a commencé, pour un montant estimé et financé de 1 002 500 € TTC.
En 2019, s’ensuivra la restauration des bas-côtés de la nef, de la chapelle des fonts baptismaux et de la chapelle Saint-Maur pour une durée prévisionnelle de 10 mois et un montant estimé de 1 247 000 € TTC.
En 2020, c’est l’ensemble du déambulatoire qui sera restauré pendant 7 mois et pour 528 000 € TTC ; ainsi que la Chapelle de la Vierge (décors d’Heim sous la conduite d’Hippolyte Godde) pour une durée prévisionnelle de 5 mois et montant estimé de 252 000 € TTC.
L’ensemble des décors, vitraux et mobilier est restauré et, en fonction de la zone de l’église traitée, s’y ajoutent les tableaux (dépoussiérage des châssis, traitements et nettoyage, fixation de la couche picturale…) et les chapiteaux médiévaux dont Saint-Germain-des-Prés abrite une remarquable collection dans le déambulatoire ainsi que dans la chapelle des fonts baptismaux.
Concernant les bases des colonnes (tores et griffes) extrêmement sollicitées par le passage des visiteurs, des interventions en conservation limiteront au maximum les remplacements de pierres altérées.

Le transept
Un peu d’histoire
L’église Saint-Germain-des-Prés, classée au titre des monuments historiques (1862), fait partie des plus anciens édifices de culte parisiens (fondation royale par Childebert, fils de Clovis, au VIe siècle pour abriter les reliques de Saint-Vincent-Sainte-Croix puis de Saint-Germain, évêque de Paris), et nécropole royale avant la basilique de Saint-Denis.
Transformée en raffinerie de salpêtre à la Révolution, l’église faillit être démolie et dut sa sauvegarde à d’ambitieux travaux d’assainissement et de consolidation menés par l’architecte municipal Hippolyte Godde au lendemain du Concordat. Son successeur, Victor Baltard, supervisa la réalisation d’un nouveau décor peint. Fait rare au XIXe siècle, l’ensemble du décor fut commandé par la Préfecture de la Seine à un seul artiste, Hippolyte Flandrin, secondé par Alexandre Denuelle pour les parties décoratives.

Trois artistes pour un transept
Artiste lyonnais, élève préféré d’Ingres à l’École des beaux-arts de Paris, Hippolyte Flandrin œuvra à Saint-Germain-des-Prés entre 1842 et 1864, aidé de son frère Paul. Il réalisa successivement le décor du chœur des moines (1842-1846), une partie du transept (1847), la nef (1856-1864). La technique employée est une peinture murale mêlant huile et cire directement exécutée sur enduit.
à la mort d’Hippolyte, la commande est passée à d’autres artistes pour le transept qui optèrent pour une autre technique de peinture murale (toiles marouflées réalisées en atelier puis collées sur le mur) : Sébastien Cornu pour le bras gauche (1864-1870) puis Alexandre Hesse pour le bras sud (1872-1879), qui décède avant d’avoir pu achever les toiles marouflées qui ne seront jamais posées (d’où les grandes zones laissées sans décor). Alexandre Denuelle a pour sa part réalisé l’intégralité des peintures décoratives de l’église, des colonnes à la voûte étoilée.
Signe de la reconnaissance de la qualité de ce décor, qui rend compte du renouveau de la peinture murale au XIXe siècle, le décor fut classé au titre des monuments historiques du vivant d’Hippolyte Flandrin, en 1862 et est toujours considéré comme son chef-d’œuvre. Dans le prolongement du Chœur des Moines, la croisée du transept et son bras nord et sud, se caractérisent surtout par sa voûte étoilée aux couleurs vives.

Le transept restauré
La restauration du transept a duré dix mois et a permis de retrouver le lustre de ce décor. Les recherches menées par la COARC (Conservation des Œuvres d’Art religieuses et civiles) ont notamment permis de mieux connaître le processus de création de Sébastien Cornu, dont de nombreuses esquisses préparatoires sont conservées à l’École nationale des beaux-arts. Les analyses et prélèvements ont par ailleurs permis de mieux comprendre les matériaux et techniques de la peinture murale. Données qui seront précieuses pour les prochaines tranches de travaux.
L’ensemble du décor peint souffrait d’un encrassement très prononcé, d’anciens repeints disgracieux, et de précédentes campagnes de restauration musclées ayant provoqué une usure de la couche picturale par endroits. La restauration a donc consisté en un dépoussiérage, un nettoyage au moyen de solvants (après validation des tests de nettoyage par le comité scientifique), une suppression des repeints les plus gênants, et une réintégration raisonnée des zones usées.
L’opération a également porté sur les vitraux, dont l’une des deux grandes verrières du XVIIe siècle, qui fut déposée pour être restaurée en atelier. Les verrières présentaient elles aussi un encrassement et quelques casses. Enfin, les sculptures, datées pour la plupart du XVIIe siècle, ont également bénéficié d’un nettoyage, de consolidation et parfois de reprises de dorures.

Le plan de rénovation
Sauvegarder, restaurer et valoriser le patrimoine parisien
Dans le cadre de la loi de séparation des Églises et de l’État du 9 décembre 1905, la Ville de Paris est propriétaire de 96 édifices (85 églises, 9 temples protestants, 2 synagogues). Ce patrimoine a traversé les siècles pour parvenir jusqu’à nous, fort de sa haute valeur architecturale. Il constitue un remarquable facteur d’attractivité touristique et suscite chaque année l’intérêt de millions de visiteurs, Parisiens et touristes, et participe ainsi pleinement au rayonnement de la capitale. La municipalité s’emploie à sauvegarder, restaurer et valoriser ce patrimoine précieux, témoignage de notre histoire artistique et politique, pour qu’il soit mieux connu des Parisiens aujourd’hui et pour le transmettre aux générations à venir. À ce jour, 34 opérations de restauration sont réalisées ou planifiées jusqu’en 2020.
Anne Hidalgo, maire de Paris, a annoncé un plan d’investissement en faveur de la restauration du patrimoine cultuel appartenant à la Ville à hauteur de 80 M€, auxquels s’ajoutent 30 M€ susceptibles d’être engagés d’ici fin 2020, en regard des recettes attendues sous forme de :
• subventions de l’État à hauteur de 11 M€, au titre de la restauration des monuments historiques ;
• mécénat et souscriptions publiques ;
• revenus apportés par l’affichage publicitaire sur les bâches d’échafaudage.
Cet investissement significatif – le plus important jamais engagé par un maire de Paris – permet de soutenir un tissu économique local et responsable, tourné vers l’apprentissage, l’insertion et la coopération, dans le respect du droit des marchés publics, notamment par l’insertion de clauses sociales favorisant l’embauche de personnes éloignées de l’emploi. Ces chantiers sont aussi une opportunité exceptionnelle pour les artisans d’art, historiquement représentés à Paris (Faubourg Saint Antoine, Cour de l’Industrie…) dans la mise en œuvre et de la transmission d’un savoir-faire précieux. Les grandes orgues de la Ville de Paris sont également concernées par ce dispositif, permettant l’entretien et la transmission de savoir-faire unique et d’un patrimoine musical hors normes.
Les souscriptions, le mécénat et les financements privés assurent un apport essentiel à ce plan de restauration. La Ville travaille en lien étroit avec des associations dédiées, des fondations privées et fonds de dotations et notamment la Fondation Avenir du Patrimoine à Paris, la Fondation du Patrimoine et la Fondation Notre-Dame.

10 opérations achevées (2014-2018)
À ce jour, dix opérations de restauration sont achevées :
• le transept sud de Saint-Eustache (1er) ;
• la restauration de La Pietà, à Saint-Denys-du-Saint-Sacrement (3e) d’Eugène Delacroix ;
• la restauration du tableau Le Christ au jardin des oliviers à Saint-Paul-Saint-Louis (4e) d’Eugène Delacroix ;
• les façades sud de Saint-Médard (5e) ;
• les décors de la chapelle des Saints-Anges, à Saint-Sulpice (6e), peinte par Eugène Delacroix, financée avec le soutien de la Fondation du Patrimoine ;
• le massif d’entrée de Saint-Augustin (8e) ;
• la Chapelle des Baptêmes de Notre-Dame-de-Lorette (9e), grâce au soutien d’American Express et du World Monument Funds® ;
• les décors de la Chapelle de la Vierge de Notre-Dame-d’Auteuil (16e) ;
• le grand orgue de Notre-Dame-d’Auteuil (16e) ;
• la sauvegarde et la restauration complète de Saint-Germain-de-Charonne (20e).

10 opérations pour 2018
En plus de la restauration intégrale des décors de Saint-Germain-des-Prés, neuf autres opérations sont en cours ou débuteront en 2018 :
• les parements intérieurs de Sainte-Croix-des-Arméniens (3e) ;
• les façades du chevet sud de Saint-Merry (4e) ;
• les toitures et façades de Saint-Louis-en-l’Île (4e) ;
• le grand entablement Est de La Madeleine (8e) ;
• les toitures, des voûtes et des vitraux de Saint-Philippe-du-Roule (8e) ;
• les études de restauration du massif d’entrée de l’église de La Trinité (9e) ;
• la confortation des plates-bandes de Notre-Dame de Lorette (9e) ;
• la restauration du massif d’entrée de Saint-Joseph-des-Nations (11e) ;
• les façades de l’église Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours (11e).

14 chantiers pour 2019 ou à l’étude
De nombreux chantiers majeurs verront le jour en 2019, notamment :
• la restauration du massif d’entrée de La Trinité (9e) ;
• la restauration des chapelles de Saint-Eustache (1er) ;
• la tranche expérimentale de Saint-Jean-de-Montmartre (18e) ;
• le clocher et le transept nord de Saint-Gervais (4e) ;
• les toitures de Saint-Vincent-de-Paul (10e) ;
• les couvertures de coupole et terrasses de Saint-Esprit (12e) ;
• la confortation pérenne de Sainte-Anne-de-la-Butte-aux-Cailles (13e) ;
• la restauration des parties hautes du clocher-porche de Saint-Pierre-de-Montrouge (14e) ;
• les façades de Notre-Dame-de-Lorette (9e).

Les phases d’études pour les travaux suivants sont également en cours :
les façades sud de Saint-Nicolas-des-Champs (3e) ;
• la façade du temple des Billettes (4e) ;
• la façade sud rue Royale de La Madeleine (8e) ;
• les toitures et maçonneries hautes de Saint-Martin-des-Marais (10e) ;
• la restauration du grand orgue de l’église Saint-Merry (4e).

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