Côte d’Ivoire : mascarade électorale

Côte d’Ivoire : mascarade électorale

Pour la première fois depuis son Indépendance, la Côte d’Ivoire a procédé, le 24 mars dernier, à l’élection de sénateurs.

Le Sénat, institution instaurée par la constitution de la 3e république adoptée par référendum en 2016, comptera 99 membres dont 66 sont élus par un collège de 7 000 grands électeurs, composé pour deux tiers de députés, de maires, de conseillers généraux et municipaux, le tiers restant – anciens présidents d’institutions, ex-Premiers ministres et personnalités aux compétences nationales diverses – étant désigné par le chef de l’État. Le Sénat a pour mission de représenter les collectivités territoriales et les Ivoiriens établis hors de Côte d’Ivoire. Le mandat des sénateurs est de cinq ans. Son utilité, contestée par l’opposition, fait toujours débat au sein de l’opinion publique, considéré comme une « institution budgétivore » et « inutile ». Sa création fut l’un des points les plus critiqués de la réforme constitutionnelle prônée par le président Alassane Dramane Ouattara.
La coalition opposera ses 66 candidats à 48 indépendants. Cependant l’appel au boycott du scrutin lancé par l’opposition risque d’en faire un simulacre et de priver les élus de leur crédibilité. L’opposition appelle, également, au boycott des élections municipales et régionales prévues dans les prochains mois. En effet, elle continue d’exiger la réforme de la « Commission électorale indépendante » qui fait l’objet de polémique sur son impartialité et le déséquilibre de sa composition favorable au pouvoir.
Conséquence du boycott des scrutins de 2013, la « Commission électorale indépendante » est, en effet, largement dominée par des élus de la coalition au pouvoir (RHDP), soit le rassemblement des républicains (RDR) et le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI). Sur les 17 membres qui composent cette instance constitutionnelle au centre du système électoral, quatre représentent le gouvernement et quatre le parti au pouvoir. S’appuyant sur un arrêt de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples de novembre 2016, l’opposition estime que l’État « a violé son obligation de créer un organe électoral indépendant et impartial ». L’arrêt de la Cour africaine avait, effectivement, estimé que « l’organe électoral ivoirien ne présente pas les garanties d’indépendance et d’impartialité ».
« Tous les intervenants politiques doivent se réunir autour d’un consensus », a déclaré Georges Armand Ouegnin, président de la plateforme Ensemble pour la Démocratie et la Souveraineté (EDS) qui demande au pouvoir d’instaurer un dialogue sur les grandes questions qui divisent la Côte d’Ivoire. « J’ai lancé un appel au pouvoir pour lui dire qu’il fallait un nouveau dialogue inclusif, car dès qu’on aborde des périodes électorales, ce sont souvent des périodes de troubles », a déclaré, de son côté, Danièle Boni Claverie, présidente de l’Union pour la République et la Démocratie (URD-pro Gbagbo), à Abidjan, le 17 mars dernier.
En Afrique, 21 États seulement disposent d’un Sénat, institution généralement jugée inutile et coûteuse.

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