Langues d’hier, école d’aujourd’hui

Langues d’hier, école d’aujourd’hui

La réforme du collège permet de redonner de la vigueur à l’enseignement des langues anciennes. À la rentrée 2017, plus de 24 000 collégiens supplémentaires ont choisi d’apprendre le latin ou le grec.

Pour approfondir cette dynamique, le ministre de l’Éducation nationale a confié en septembre 2017 à Pascal Charvet et à David Bauduin le soin de formuler des recommandations pour valoriser les langues et cultures de l’Antiquité auprès des élèves, mieux préparer les futurs professeurs à leur enseignement et enfin dessiner les contours d’une plateforme de ressources numériques destinée aux professeurs, aux élèves et au grand public. Pascal Charvet, inspecteur général de l’Éducation nationale honoraire et David Bauduin, inspecteur d’académie-inspecteur pédagogique régional, ont remis le 29 janvier dernier à Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, un rapport intitulé « Les humanités au cœur de l’école »;

Des effectifs en baisse
Les langues et cultures de l’Antiquité ont vécu, ces quatre dernières années, des temps complexes avec la préparation et la mise en œuvre accélérée de la réforme du collège. La mission a pu constater au cours des auditions des conséquences particulièrement dommageables :
• les élèves et les étudiants ont pensé que cette formation humaniste était désormais sans débouchés et sans avenir, vouée à disparaître ;
• la société civile dans son ensemble en a conclu que l’enseignement du latin et du grec au collège allait, à terme, être supprimé ;
• on a voulu justifier la réforme en représentant les langues et cultures de l’Antiquité comme élitistes : elles se seraient limitées à un enseignement aride et exigeant et auraient proposé un savoir mort et hermétique alors qu’elles sont intrinsèquement interdisciplinaires (français/latin/grec/histoire) et pratiquent depuis des années une ouverture vers les autres savoirs ;£
• les professeurs de lettres classiques, comme beaucoup de leurs collègues des autres disciplines, ont perçu cette représentation institutionnelle non seulement comme une méconnaissance de la réalité, mais comme un déni de leur action et de leur investissement.

Relancer une dynamique
Après cette période difficile, la mission entend étudier factuellement les effets de cette réforme, sans intention polémique. Elle ne vise en effet qu’à trouver des solutions pour :
• donner un nouveau souffle, au collège et au lycée, aux langues et cultures de l’Antiquité qui ont toute leur place dans la formation générale et sont adaptées à la société de l’information et de la communication ;
• restaurer une sérénité propice à des conditions de travail de qualité ;
• développer la continuité et la progressivité de ces enseignements tout au long du parcours scolaire.

Des effectifs en baisse
Depuis vingt ans, les effectifs d’élèves suivant un enseignement de langues et cultures de l’Antiquité baissent de manière régulière, au collège et au lycée. On en veut pour preuve l’évolution de la proportion de collégiens étudiant le latin depuis 1996 : en cinquième, d’un élève sur quatre environ qui étudiait le latin en 1996, notre système est passé à moins d’un élève sur cinq. Les causes de cette baisse ont été identifiées.
Le développement de l’offre des langues et des options a peu à peu favorisé une situation de concurrence, qui influe souvent sur les choix des familles et les parcours des élèves.
Les articulations entre l’enseignement du latin et/ou du grec et d’autres options, ainsi que la décision infondée, de répartir les élèves de latin ou de grec dans des classes systématiquement différentes, ont rendu de plus en plus difficile, en particulier au lycée, le travail des équipes de direction qui, de ce fait, n’ont pas pu proposer ces enseignements à des élèves pourtant potentiellement intéressés.
Pour faciliter la gestion des élèves, les heures d’enseignement des langues et cultures de l’Antiquité sont parfois positionnées en début ou en fin de demi-journée, sur des plages rapidement considérées comme dissuasives par les élèves.
Malgré un renouvellement considérable de l’approche et des démarches, la discipline pâtit encore aujourd’hui auprès du grand public d’une image fausse.
À la grande différence des autres pays d’Europe, nous avons tendance non seulement à négliger les civilisations passées, mais aussi à considérer l’étude approfondie des langues, vivantes ou mortes, qui demandent un effort intellectuel, régulier et soutenu, comme un pensum. Ce qui n’est pas sans impact sur les résultats de nos élèves. Il s’agit là pourtant d’un enjeu capital, qui dépasse largement les langues et cultures de l’Antiquité : c’est à l’école tout entière d’agir pour éviter que les élèves français devenus citoyens soient affectés à un présent sans racines et sans ailes ainsi qu’à une seule langue de service, un globish sans profondeur et sans poésie.

La continuité du collège au lycée
La continuité entre le collège et le lycée et, plus particulièrement, entre la classe de troisième et celle de seconde, constitue indéniablement le maillon fragile dans l’évolution des effectifs et, partant, un enjeu capital. Si l’on compte environ un latiniste sur sept élèves en troisième, cette proportion tombe à un latiniste sur vingt-cinq élèves en seconde. Force est par ailleurs de constater que l’écart entre collège et lycée n’a fait que s’accentuer au fil des années.
Certaines des causes évoquées pour expliquer la désaffection des langues anciennes au collège s’imposent avec plus de force encore au lycée :
• les choix des élèves eux-mêmes qui envisagent souvent leur parcours d’orientation sans se soucier d’anticiper et de se construire dès le départ une culture générale humaniste ;
• des emplois du temps multiples et complexes, dus, le plus souvent, à la pratique infondée, dans un contexte d’effectifs particulièrement fragiles, de disperser les élèves de latin ou de grec dans des classes systématiquement différentes : un tel parti pris rend incompatibles certains choix d’options et accentue la concurrence entre ces dernières ;
• celle d’un enseignement qui, avec l’entrée au lycée, abandonnerait la perspective culturelle pour se concentrer sur une étude de la langue jugée rébarbative par beaucoup et sur des pratiques de classe (versions, commentaires) moins actives et moins variées.

Enseignement public et privé
Sur le sujet de la continuité entre collège et lycée, il convient ici de distinguer enseignement public et enseignement privé. Là où l’enseignement public affiche à la rentrée 2017 une continuité de 13,5 % de latinistes en troisième et de 3,7 % en seconde (pour le grec : de 2,2 % en troisième à 1,1 % en seconde), l’enseignement privé présente, lui, une continuité autrement plus forte : de 17 % en troisième à 9,4 % en seconde (1,7 % et 1,9 % pour le grec). Plusieurs raisons peuvent expliquer de telles différences :
• un attachement socioculturel plus important pour ces enseignements ;
• une structure intégrée qui favorise la continuité du collège au lycée et, ainsi, la conservation des mêmes options (mêmes professeurs, mêmes locaux, politiques coordonnées, etc.) ;
• dans les grandes métropoles, la migration effective d’élèves d’un collège de l’enseignement public vers un lycée de l’enseignement privé pour disposer d’enseignements qu’ils ne trouvent plus ou auxquels ils ne peuvent avoir accès dans les lycées publics.

L’affectation des élèves sur Internet
Les fermetures de cet enseignement d’exploration ne sont plus rares et rendent alors impossible toute continuité par le système actuel (Affelnet) des affectations au lycée qui ne connaît en seconde que ce type d’enseignement d’exploration.
De nombreux élèves, signalés par les associations dans chaque académie, n’ont pu, malgré le fait d’avoir suivi des enseignements de latin et/ou de grec au collège, poursuivre cette étude au lycée, alors qu’ils en avaient exprimé le souhait.

Une option non « littéraire »
Depuis très longtemps, la grande majorité des effectifs de latinistes et d’hellénistes au lycée provient des séries scientifiques. En 2016, 66,3 % des latinistes de première et de terminale étaient en série S ; 18,6 % en série L ; 15,1 % en série ES. Très rares sont aujourd’hui les élèves de série L qui choisissent l’option de spécialité langues et cultures de l’Antiquité ; du reste, la plupart des élèves choisissant aujourd’hui la série L s’inscrivent dans des parcours qui les conduiront davantage vers les langues vivantes, le droit, etc., que vers des études littéraires proprement dites.
Si l’on ne peut évidemment que se réjouir de voir que des élèves inscrits dans une série scientifique ont compris tout l’intérêt qu’il y avait à se constituer un bagage de culture générale humaniste, l’on peut néanmoins regretter qu’au travers des représentations sociales dont pâtissent les séries en France, l’image persiste pour les langues et cultures de l’Antiquité d’une discipline sélective faite surtout pour la filière S.
En Europe, seule la France peut se prévaloir de proposer un enseignement optionnel de latin et de grec à tous ses élèves sur les deux cycles du secondaire. Mais, pour garantir cette égalité de l’offre éducative, encore faut-il que ce droit formel se concrétise en un droit réel et que les langues et cultures de l’Antiquité demeurent accessibles à tous sur tout le territoire, notamment dans les établissements de Rep et Rep+. Cet enjeu requiert une volonté clairement affirmée de toutes les instances et de tous les acteurs : ministère, académies, corps d’inspection, chefs d’établissement et professeurs. L’urgence est là : alors même que la demande persiste voire pourrait être développée, l’institution fait défaut, fermant ici des sections, ne pouvant affecter là un professeur. Si les langues et cultures de l’Antiquité sont aujourd’hui fragilisées, c’est aussi, voire surtout, parce que l’École ne parvient pas à répondre efficacement à la demande des élèves et des familles.

De g. à dr. Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale recevant le rapport  » Les humanités au cœur de l’école  » par Pascal Charvet et David Bauduin.

Préconisations
Rappeler et raffermir le cadre institutionnel
La mission recommande la publication d’une circulaire à destination de tous les établissements qui clarifie le cadre réglementaire et rappelle la compatibilité entre les enseignements (notamment la possibilité offerte aux élèves de classes bilangues, européennes, de participer aux enseignements de langues et cultures de l’Antiquité), les possibilités de modulation d’horaires, le positionnement des horaires d’enseignement.
• Instaurer un cadre favorable aux apprentissages de tous : les quotités horaires doivent autant que possible être proposées dans leur intégralité (soit une heure en cinquième, trois heures sur tous les niveaux suivants jusqu’en terminale) et les établissements doivent, sur ce point, tenir compte de l’arrêté du 16 juin 2017. La mission estime que l’enjeu est particulièrement impérieux en éducation prioritaire, où les élèves ont besoin de temps pour découvrir, apprendre et pratiquer. Pour eux, les langues et cultures de l’Antiquité ont clairement la fonction d’un ascenseur social. Quand l’établissement est amené à opérer des regroupements de niveaux, il doit proposer des horaires pleins et la logique de double peine ne saurait en aucun cas prévaloir : on ne peut à la fois regrouper des niveaux différents et soumettre les élèves concernés à des temps d’enseignement réduits ; c’est alors l’assurance d’un apprentissage de qualité qui est véritablement remise en cause. Enfin, contrairement aux images stéréotypées, les langues et cultures de l’Antiquité sont résolument ouvertes à tous les élèves : il importe que cette ouverture devienne une réalité dans tous les établissements et qu’aucune sélection des élèves ne soit pratiquée sur la base de leurs résultats scolaires ou de leur comportement.
• Extraire les langues et cultures de l’Antiquité de la dotation complémentaire au collège : la réforme du collège a instauré un système de dotation horaire problématique pour la stabilité sereine des langues et cultures de l’Antiquité. Chaque année, les enseignants assurant les enseignements facultatifs doivent plaider leur cause pour que soit prélevée sur la dotation horaire complémentaire la quotité qui revient aux langues et cultures de l’Antiquité. Ce fonctionnement est vécu par les professeurs comme un marchandage permanent dans lequel ils se trouvent bien souvent en situation d’infériorité, voire de faiblesse, notamment face aux demandes, assurément légitimes, de voir utiliser autrement ces heures, par exemple pour des dédoublements ou des co-animations. La mission recommande que ce montage soit repensé et que la quotité horaire pleine (soit sept heures) prévue pour les langues et cultures de l’Antiquité soit extraite de la dotation horaire complémentaire pour rejoindre les moyens d’enseignement constants, stables et dégagés d’une négociation perpétuelle sur le bien-fondé d’un tel enseignement.
• Soutenir des politiques académiques promouvant les langues et cultures de l’Antiquité : l’enseignement des langues et cultures de l’Antiquité bénéficie depuis juin 2017 d’une nouvelle prise en compte par les instances politiques : elle doit perdurer et rayonner jusque dans les académies. Dans cette perspective, la mission préconise le développement de politiques académiques résolument déterminées à favoriser le développement et la pérennisation de l’enseignement des langues et cultures de l’Antiquité ; en prolongement de cette logique, la mission recommande l’intégration, dans les dialogues de gestion entre chaque académie et le ministère, d’indicateurs spécifiques aux langues et cultures de l’Antiquité.

Un engagement au collège
La culture antique a informé tous les pans de notre culture contemporaine. Aussi convient-il d’en transmettre les notions cardinales à tous les élèves et de leur apprendre comment se sont construites, développées et transformées les formes vives et constantes de cette culture, où s’élaborent encore les traits de notre modernité. À cette fin, la mission adresse plusieurs préconisations :
• l’instauration d’un enseignement pratique interdisciplinaire annuel obligatoire de culture antique en classe de sixième, articulé avec les programmes de français et d’histoire : autant que possible abondé en heures, cet enseignement favoriserait un travail sur l’apprentissage de la langue (lexique et syntaxe, en approche comparative entre latin et français) et sur la culture antique, éventuellement dans le cadre d’une dynamique interdisciplinaire de projet ; cet enseignement constituerait un prolongement du travail engagé depuis le cycle 3 sur le lexique ;
• une articulation optimale de l’enseignement pratique interdisciplinaire langues et cultures de l’Antiquité et de l’enseignement facultatif langues et cultures de l’Antiquité en classe de cinquième : pour que l’ÉPI joue efficacement sa fonction de transition vers l’enseignement facultatif, il est préférable de le positionner en classe de cinquième et, autant que possible, au premier semestre. Ainsi les élèves qui ne s’étaient pas initialement inscrits en enseignement facultatif peuvent-ils rejoindre ce dernier au plus vite, s’ils le désirent. Une annualisation de l’horaire de l’enseignement facultatif langues et cultures de l’Antiquité, expérimentée dans certains établissements, paraît judicieuse : elle permet de proposer l’ÉPI langues et cultures de l’Antiquité au premier semestre et d’engager, seulement ensuite, l’enseignement facultatif langues et cultures de l’Antiquité pour deux heures ; est ainsi assurée la possibilité de mobiliser davantage d’élèves dont les éventuelles réticences auront pu être levées ;
• les situations d’enseignement sont variées sur le territoire : cette diversité doit autant que possible être respectée si elle sert l’enseignement et les projets conduits par les professeurs. À cette fin, la mission recommande que la possibilité soit offerte de moduler les horaires d’enseignement du latin sur l’ensemble du cycle 4 (soit sept heures), afin de l’adapter aux projets des professeurs (par exemple, 2 heures en cinquième, 3 heures en quatrième, 2 heures en troisième) ; cette perspective devrait évidemment faire l’objet d’une concertation avec le chef d’établissement et le conseil pédagogique ;
• engager un travail concerté au sein des équipes de lettres afin de faire prendre conscience de la nature interdisciplinaire de la culture gréco-latine et de sa contribution à la culture générale humaniste. L’apport des sciences humaines et sociales dans l’enseignement des langues et cultures de l’Antiquité permet ce renouvellement de la discipline sans rompre avec la tradition philologique, mais en l’ouvrant à des problématiques nouvelles. Ainsi, le travail sur la maîtrise analytique de la langue (étymologie et syntaxe) et sur la culture (textes littéraires et realia) peut être un axe important du projet d’équipe et un aspect fondamental de l’enseignement du français, articulé avec l’histoire de l’art et les différents parcours.

Mises au point institutionnelles
Réparer des oublis fâcheux : les professeurs ont pu s’étonner à juste titre que les compétences travaillées et les connaissances acquises en cours de latin et de grec aient été délibérément oubliées et ne figurent pas dans le livret scolaire unique (LSU) ; de même, ils n’ont pu que légitimement regretter que les langues et cultures de l’Antiquité ne soient nulle part mentionnées parmi les « disciplines enseignées contribuant à l’évaluation des acquis » dans les documents d’aide à l’évaluation téléchargeables sur Éduscol alors même que les langues régionales notamment y sont évoquées. Réparer cet oubli fâcheux, en reconnaissant la part, importante que jouent les langues et cultures de l’Antiquité dans la construction des compétences des élèves, semble indispensable.
• Ajuster le nombre de points accordés dans le cadre du DNB une autre amélioration nécessaire concerne le diplôme national du brevet : l’arrêté du 31 décembre 2015 relatif aux modalités d’attribution du DNB stipulait que « des points supplémentaires sont accordés aux candidats ayant suivi un enseignement de complément (devenu depuis juin 2017 enseignement facultatif) selon le niveau qu’ils ont acquis à la fin du cycle 4 au regard des objectifs d’apprentissage de cet enseignement : 10 points si les objectifs d’apprentissage du cycle sont atteints ; 20 points si les objectifs d’apprentissage du cycle sont dépassés ». Or, un arrêté récent modifie le nombre global de points désormais attribués au DNB (800 points et non plus 700) ainsi que leur répartition : aussi le nombre de points alloués dans le cadre de l’enseignement facultatif de langues et cultures de l’Antiquité mériterait-il d’être reconsidéré à l’aune de cette évolution (par exemple, en respectant les deux niveaux envisagés, 15 points pour des objectifs d’apprentissage atteints et 30 points pour des objectifs dépassés). Ce serait là encore un signe de reconnaissance de l’investissement des élèves latinistes et hellénistes, et de nombreuses compétences qu’ils ont pu construire dans ce cadre.

Favoriser la continuité entre collège et lycée
Cette continuité est aujourd’hui remise en cause et place les langues et cultures de l’Antiquité devant le risque d’une disparition au lycée à moyen terme. Les trois causes, signalées plus haut, de la discontinuité entre les deux cycles du secondaire doivent donc être traitées. Le premier facteur est un malentendu sur la discipline et ses objectifs, qui détermine le choix des élèves et des parents. Une présentation sincère et informée des enjeux de cet enseignement, que ce rapport souhaite faciliter, devrait contribuer à dissiper ce malentendu. Il y va aussi de la responsabilité des parents, légitimes décideurs dans l’orientation de leurs enfants, de sensibiliser ceux-ci aux atouts que procure cette formation, pourvu qu’ils soient informés et conscients de l’impact positif de cet enseignement sur la réussite scolaire et professionnelle future de leurs enfants. La revalorisation de l’image des langues et cultures de l’Antiquité est un levier majeur pour le succès de cette mission. Pratiquement, l’autre facteur tient parfois à une trop faible considération du cas des langues et cultures de l’Antiquité dans l’usage des dotations, dans l’organisation des horaires et dans la constitution des classes et des emplois du temps. Ce constat confirme la nécessité d’extraire la quotité horaire de la dotation horaire complémentaire.
Il importe aussi de réagir résolument en veillant à :
• raffermir le lien entre les enseignements de langues et cultures de l’Antiquité au collège et au lycée : réunions et projets de bassin (études et/ou réalisations partagées, voyages communs, etc.) doivent être promus et soutenus. Il est recommandé que les professeurs de lycée aillent, autant que possible, avec des élèves de seconde à la rencontre des classes de latinistes et d’hellénistes de troisième pour leur présenter l’enseignement du latin et du grec au lycée ainsi que les projets envisagés : ils pourront ainsi modifier, si nécessaire, la représentation parfois faussée de cet enseignement, lever les craintes et éveiller et renforcer l’intérêt pour les langues et cultures de l’Antiquité. À tout le moins, il convient d’assurer une communication à destination des élèves de collège, en concertation avec le collègue concerné ;
• réviser le système d’affectation au lycée pour permettre aux élèves de troisième ayant étudié les langues anciennes d’être affectés en prenant en compte la continuité de leur parcours en langues et cultures de l’Antiquité dans des lycées qui proposent ces enseignements. Dans ce cadre, il faut inscrire dans le système d’affectation au lycée un nouveau paramètre : l’obligation de la continuité des enseignements.

Des perspectives pour le lycée
Le souci d’une organisation cohérente revêt une importance cruciale : il importe d’améliorer la compatibilité des options dans les emplois du temps des élèves et de rendre possible, pour tous les élèves volontaires, la poursuite conjointe de l’étude d’une langue vivante et d’un enseignement de langues et cultures de l’Antiquité. À tout le moins, il conviendrait que les lycées d’une même agglomération, dont certains ne proposent pas d’enseignement facultatif de langues et cultures de l’Antiquité, développent de manière concertée une stratégie commune pour concevoir une politique de réseau réaliste et adaptée. En ce domaine, des expérimentations ont été engagées, par exemple à Lyon, où s’est tissé un réseau qui s’appuie sur les atouts du numérique en proposant une partie de cours virtuels.
Dans la perspective de la prochaine réforme du lycée et du baccalauréat, la mission préconise :
• la création de modules de culture générale humaniste, ouverts et articulés avec les programmes de français, d’histoire, de philosophie et de sciences. Adoptant telle ou telle spécificité selon les disciplines majeures choisies, cet enseignement permettra aux élèves d’acquérir une culture fondamentale qui lie les champs disciplinaires, structure une méthodologie de travail et développe une pensée complexe ;
• dans le cadre de l’architecture du nouveau lycée, de nouvelles modalités d’évaluation au baccalauréat. Aujourd’hui, l’épreuve bénéficie d’une évaluation spécifique (seuls les points au-dessus de la moyenne sont pris en compte) et d’un coefficient attractif : un coefficient 3 si les langues et cultures de l’Antiquité ont été choisies comme option 1 ; un coefficient 1 si elles l’ont été comme option 2. Dans la perspective du futur baccalauréat, l’on peut imaginer que la note générale (et non plus simplement les points au-dessus de la moyenne) soit prise en compte. Les langues et cultures de l’Antiquité pourraient être choisies par l’élève et donc évaluées : soit comme module approfondi, avec un coefficient important dans le cadre d’une épreuve terminale ; soit comme module simple dans le cadre du contrôle continu, avec la possibilité offerte au candidat de définir lui-même le coefficient de l’épreuve (par répartition des coefficients attribués aux modules selon une fourchette prédéfinie) ;
• la possibilité ouverte aux élèves des séries technologiques de choisir les langues anciennes au titre des épreuves facultatives au baccalauréat.

Les établissements Rep et Rep+
Les sections de latin et de grec sont nombreuses dans les établissements de l’éducation prioritaire, où elles rayonnent par leur importance et leur richesse, tant pour la construction d’une culture personnelle que pour l’éducation collective à la citoyenneté. Il faut appuyer et prolonger cet effort par :
• une réflexion concertée entre la Dgesco et les académies pour favoriser le développement et l’attractivité des langues et cultures de l’Antiquité ainsi que de la culture générale humaniste, dans les collèges et lycées en Rep et Rep+ ;
• le développement d’une offre spécifique, avec une heure d’initiation en classe de sixième, qui prolongerait l’étude engagée depuis le début du cycle 3 sur le lexique dans ses liens linguistiques et culturels avec le latin et le grec, et avec une seconde heure d’enseignement facultatif de langues et cultures de l’Antiquité en classe de cinquième ;
• une initiative qui pourrait contribuer à l’éveil de l’ambition scolaire et à une orientation réfléchie : sur le modèle des Cordées de la réussite, l’établissement de tutorats entre des étudiants en lettres classiques (des étudiants de l’ENS Ulm y sont d’ores et déjà disposés) et des élèves de Rep+ étudiant le latin et/ou le grec. Dans le même esprit pourrait être développé le partage de projets et d’expériences, à l’instar de l’action une classe, un chercheur, qui lie enseignement secondaire et enseignement supérieur, mais surtout rend concrets pour les élèves des projets conduits par des chercheurs : l’on imagine combien de telles démarches peuvent susciter curiosité, appétence et ambition.

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