Le Pacte à l’œuvre

Le Pacte à l’œuvre

Le plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises offre aux sociétés les moyens d’innover, de se transformer, de grandir et de créer des emplois.

La première phase de consultation du Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises (Pacte) s’est terminée le 10 décembre dernier. Les 38 organisations qui ont contribué à cette consultation ont formulé 980 propositions sur l’ensemble des thèmes. Dans le même temps, cinq binômes et un trinôme composés de parlementaires et de chefs d’entreprise ont été missionnés pour réfléchir aux six thèmes. De cette étape suivra la rédaction d’un projet de loi au printemps 2018.

Thème 1 : création, croissance, transmission et rebond
• Composition du binôme : Olivia Grégoire, députée de Paris, et Clémentine Gallet, présidente de Coriolis Composite.
• Constat : le nombre d’entreprises créées en France n’a rien à envier à nos voisins européens. Toutefois, l’activité entrepreneuriale française reste inférieure à l’intention entrepreneuriale, alors qu’elles sont d’un niveau équivalent en Allemagne, au Royaume-Uni ou aux États-Unis. Si la création d’entreprises a été facilitée ces dernières années, des freins demeurent en matière d’accès à l’information et de coûts redondants pour la création. La peur de l’échec apparaît clairement comme le premier frein à la création. Elle est alimentée, par la perception présente chez environ deux tiers des Français, d’une part que la société française ne donne pas suffisamment de seconde chance aux entrepreneurs en échec et d’autre part les procédures encore en vigueur peuvent paraître stigmatisantes lorsqu’on a connu un échec entrepreneurial.
Par ailleurs, le créateur d’entreprise est trop souvent isolé : 40,5 % d’entre eux déclarent n’avoir reçu aucun appui pour monter leur projet. Nous manquons en France d’une culture de l’accompagnement et du mentoring, or de nombreux entrepreneurs souhaiteraient pouvoir bénéficier de conseils avisés de leurs pairs pour éviter les erreurs et comprendre les mécanismes d’entreprise.
D’ailleurs les entreprises françaises peinent à croître : nous avons en France un manque récurrent d’ETI (Entreprise de Taille Intermédiaire), de grosses PME ou d’entreprises à moyenne ou forte croissance. En 2013, la France comptait 15 000 entreprises en moyenne et forte croissance contre 27 000 au Royaume-Uni et 32 000 en Allemagne. Encourager les rapprochements ou les mariages d’entreprises à tous les niveaux est une priorité.
Somme toute, le taux de transmission est à un niveau insuffisant dans certains secteurs pour assurer le renouvellement des capacités de production et maintenir un niveau minimum d’activité dans des territoires fragiles, ruraux notamment, et dans certains secteurs. Faciliter la transmission familiale comme la transmission aux salariés est une problématique majeure pour le tissu entrepreneurial français.
• Principales propositions du binôme :
– Une véritable culture de l’entreprise : promouvoir l’entreprenariat dès l’école, en utilisant des outils modernes et adaptés, afin de sensibiliser les élèves aux opportunités qui existent en France ; approfondir la connaissance de l’entreprise et engager dans toute la société une réflexion sur l’échec.
– Continuer à diminuer le coût de la création d’entreprises et réunir les acteurs utiles à la vie d’entreprise : faciliter la création et la croissance d’entreprises fortes et pérennes en donnant accès à un écosystème d’interlocuteurs pertinents ; encourager le regroupement des acteurs d’accompagnement public et privé.
– Simplifier et adapter les seuils pour encourager la création d’emplois : permettre aux entreprises de croître en consacrant une période de 3 à 5 ans pour s’acquitter des obligations légales et réglementaires liées au franchissement des seuils ; donner ainsi aux entreprises la possibilité de se concentrer sur l’essentiel : leur activité.
– Seul on va vite, ensemble on va loin : faciliter les rapprochements, encourager entrepreneurs, entreprises et pouvoirs publics à mieux travailler ensemble : une série de mesures sont proposées pour rapprocher les différents acteurs et encourager tant la croissance externe des entreprises que des coopérations entre indépendants ou l’accès des PME /TPE aux achats des grands groupes.
– Mieux prévenir les défaillances, mieux rebondir en cas d’échec : l’identification précoce des entreprises en difficulté, grâce au croisement des données publiques existantes, permettrait d’assurer un meilleur accompagnement, afin soit de déboucher sur une relance forte, stable, durable de leur activité, soit de permettre une liquidation facilitée, accélérée et à moindres frais de l’entreprise, et un rebond rapide de l’entrepreneur.

Thème 2 : partage de la valeur et engagement sociétal des entreprises
Composition du binôme : Stanislas Guerini, député de Paris, et Agnès Touraine, présidente de l’Institut français des Administrateurs.
• Constat : les travaux conduisent à la nécessité de porter une vision politique ambitieuse de ce que l’entreprise est en train de devenir. Une vision à la fois lucide et exigeante qui consacre l’entreprise comme un lieu d’innovation collective, produisant de l’utilité au service d’une économie juste, efficace, durable. Porter cette vision répond également au besoin historique de réconcilier les Français avec l’entreprise et au-delà, avec l’actionnariat. Il nous apparaît urgent, à cette fin, de sortir des oppositions binaires qui conduisent à des impasses. Alors que l’engagement devient la vertu cardinale de ce début de siècle et que les attentes sont grandes, le législateur ne doit pas contraindre, mais accompagner ce mouvement, à sécuriser le cadre dans lequel évoluent les entreprises, susciter la confiance entre les acteurs économiques et préserver la liberté entrepreneuriale au nom de l’intérêt général. La France doit jouer sa partition dans la mondialisation des échanges et la globalisation des investissements. Elle devrait promouvoir son système de gouvernance et de responsabilité sociale des entreprises et un discours fort de valorisation porté par les responsables politiques constitue un premier signal indispensable. Porter une vision audacieuse et prospective des entreprises françaises dans le monde impose de poursuivre leurs progrès permanents en matière de gouvernance, de partage de la valeur et de responsabilité sociale, en intégrant de façon systématique les particularités des PME/ETI. La voie de ce progrès passe certes par des évolutions normatives, mais également par le développement d’un droit souple crédible et l’impulsion des pouvoirs publics en vue de provoquer des initiatives de place. Et indubitablement refuser l’empilement des droits formels qui peuvent finir par alimenter une défiance improductive, et privilégier au contraire une approche concrète fondée sur l’engagement réel des acteurs concernés.
• Principales propositions du binôme :
– Créer des « entreprises à mission », à objet social élargi.
– Renforcer le système d’autorégulation comme outil de compétitivité en engageant une consultation de place pour des propositions sur la rédaction et la supervision du principal code de gouvernement d’entreprises.
– Favoriser un meilleur dialogue émetteurs-investisseurs en clarifiant les droits et devoirs de part et d’autre via le droit souple et la transposition de la directive « droits des actionnaires ».
– Simplifier et renforcer le recours à l’intéressement et à la participation, notamment pour les PME.
– Continuer à développer l’actionnariat salarié en visant un objectif de 10 % du capital des entreprises françaises détenu par les salariés.

Thème 3 : financement des entreprises
Composition du binôme : Jean-Noël Barrot, député des Yvelines, et Alice Zagury, présidente de The Family.
• Constat : l’épargne des Français se concentre essentiellement dans des produits liquides, peu risqués et peu rémunérateurs qui ne permettent pas aux épargnants de faire fructifier leurs économies sur le long terme et qui ne contribuent pas au financement en fonds propres des entreprises. Aussi les infrastructures technologiques et les organisations humaines ont été́ mises en place avant l’ère numérique. Ainsi l’absence de fluidité́ des données bancaires et de trop faibles compétences technologiques à des postes stratégiques, explique les difficultés à s’adapter à l’évolution des usages, à agréger un savoir, à faciliter les procédures administratives, à évaluer le risque et donc à servir les besoins de chaque utilisateur, entreprises comme épargnants.
Tandis que l’environnement juridique et financier des entreprises n’oriente pas les incitations dans la bonne direction, au nom de la sécurité́ sont éloignés du marché du crédit, les entreprises et les ménages fragiles ou risqués qui auraient pourtant besoin d’y accéder. L’État intervient en conséquence en déployant des aides publiques via Bpifrance.
• Principales propositions du binôme :
– Unifier les produits d’épargne-retraite supplémentaire existants en un « Compte Avenir », individuel ou collectif, sur la base de caractéristiques communes des produits de retraite (blocage en phase de constitution, mise en place d’une gestion pilotée des encours, sortie privilégiée en rente avec des possibilités de sortie partielle en capital).
– Adopter un paquet de mesures sur l’assurance vie afin d’orienter davantage ce produit vers le financement de l’économie réelle.
– Faciliter l’ouverture du capital et l’introduction en Bourse des entreprises (adaptation des seuils Prospectus, assouplissement de la réglementation AMF sur les droits préférentiels de souscription, travail sur la sortie de cotation).
– Améliorer le financement de la trésorerie des entreprises et notamment des TPE grâce à la facturation simple et électronique, la diffusion du prêt interentreprises, ou l’encadrement des pratiques bancaires en matière de dépassement de découvert.
– Fluidifier la transmissibilité des données bancaires et financières afin d’optimiser la gestion de la trésorerie des entreprises ; de leur donner grâce à des méthodes de « scoring » efficaces, l’accès à des financements alternatifs comme le financement participatif et de développer une offre performante de conseil à destination des épargnants, dans une logique de diversification de l’allocation de leur épargne.
– Permettre l’acculturation des Français au monde de l’entreprise via la mise en place d’un programme de témoignages aux écoliers, collégiens et lycéens et l’orientation de la formation professionnelle.
– Clarifier la mission de la Banque publique d’investissement ; recentrer Bpifrance sur sa mission d’intérêt collectif et de résorption des failles de marché ; créer un fonds souverain avec pour mission de maximiser le rendement de ses investissements.

Thème 4 : numérisation et innovation
Composition du trinôme : Célia de Lavergne, députée de la Drôme, Philippe Arraou, président d’honneur de l’Ordre des experts comptables et Lionel Baud, PDG de Baud Industries.
• Constat : pour faire des leviers de croissance des TPE/PME et ETI, l’État doit stimuler et porter une culture de l’innovation et du numérique. En s’appuyant sur les entrepreneurs qui ont réussi, un grand plan de formation à tous les âges de la vie, puis d’acculturation et de diffusion dans l’entreprise permettra d’entretenir une culture du risque et de l’entrepreneuriat dans notre société. La France dispose de nombreux dispositifs publics de soutien à la R&D et l’innovation dont le plus emblématique est le crédit d’impôt recherche (CIR). Si l’utilité de celui-ci est reconnue par les entrepreneurs rencontrés, tous soulignent son insécurité et sa complexité. Il est donc nécessaire de le réformer pour l’orienter davantage vers le développement expérimental que sur la recherche fondamentale, en particulier pour les PME et les ETI.
La condition première de la transformation numérique des entreprises est d’assurer l’accès à un débit suffisant et de qualité pour tous. Il est également nécessaire de développer une offre d’accompagnement de qualité pour convaincre les chefs d’entreprises que le numérique est un investissement nécessaire à leur croissance. L’État doit prendre toute mesure qui facilitera l’accès au crédit bancaire pour le financement de l’immatériel des entreprises. La protection des données est un enjeu majeur pour les entrepreneurs, il est primordial de mettre en place des mesures fortes pour garantir la sécurité de nos entreprises.
• Principales propositions du trinôme :
– Mettre en place un plan gouvernemental pour former à l’innovation et au numérique de l’école primaire à la formation professionnelle.
– Favoriser et accompagner le recrutement auprès de dirigeants de PME et d’ETI de jeunes diplômés formés à l’innovation et au numérique, par exemple sous la forme d’un contrat d’accompagnement d’une durée finie sur le modèle du VIE.
– Donner une nouvelle impulsion aux pôles de compétitivité en transformant les pôles les mieux structurés (une quinzaine) en French Hub afin de renforcer leur attractivité pour les financements compétitifs européens.
– Améliorer la qualité des brevets en rendant obligatoire l’examen du critère de nouveauté avant la délivrance d’un brevet par l’Institut national de la propriété industrielle (INPI) ; cet examen devra se faire au niveau européen.
– Faciliter le financement de l’accompagnement à la transformation numérique des TPE et PME par des mesures incitatives et par la mise en place d’un fonds spécifique.
– Favoriser les activités économiques des chercheurs en levant les freins au cumul d’activités et en incitant à la valorisation de la recherche.

Thème 5 : simplification
Composition du binôme : Sophie Errante, députée de Loire-Atlantique et Sylvain Orebi, PDG de Orientis.
• Constat : les programmes de simplification menés jusqu’à présent n’ont pas eu les effets escomptés, notamment en raison du faible contrôle exercé sur la complexité introduite par les normes nouvelles, de l’absence d’un outil de quantification générale de la charge administrative des entreprises, de la dispersion des mesures de simplification engagées conduisant au manque de lisibilité et de cohérence des actions menées. Les entreprises sont pénalisées par des normes plus sévères que celles qui prévalent dans les pays voisins. Plusieurs cas de surtranspositions de directives européennes ont été identifiés, notamment dans les domaines comptable et environnemental. Les surrèglementations sont un frein au développement en France de certaines activités. Toutefois la simplification des démarches administratives passe par leur dématérialisation, la réduction et la sécurisation des délais de traitement. À l’heure de l’information immédiate, les entreprises qui recherchent davantage de sécurité juridique et de qualité de service dans leurs relations avec l’administration attendent plus de transparence de la part de celle-ci sur le service rendu et un accès facilité aux normes qui leur sont applicables.
• Principales propositions du binôme :
– Simplifier la gestion administrative des entreprises en modernisant les prescriptions du droit des sociétés et en revenant sur la surtransposition de la directive européenne sur les normes comptables.
– Prendre des actions concrètes dès maintenant pour atteindre la cible de 100 % des démarches des entreprises dématérialisées en 2022 : identité numérique des entreprises, fusion et automatisation des déclarations fiscales et comptables, accélération du programme « dites-le-nous une fois ».
– Faciliter l’accès à l’information sur les normes à respecter pour une activité donnée, au moyen d’une plateforme numérique, et rendre cette information opposable.
– Évaluer et publier la qualité de service de toutes les administrations au contact des entreprises, et fixer un objectif de progrès du niveau de satisfaction.
– Simplifier les démarches de publicité légale pour les entreprises, et mettre un terme à l’obligation de publication des annonces légales dans des journaux.

Thème 6 : conquête de l’international
Composition du binôme : Richard Yung, sénateur des Français de l’étranger, et Éric Kayser, artisan boulanger, PDG de Maison Kayser.
• Constat : la France totalise 4 millions d’entreprises, dont 3,8 millions PME. Parmi elles, seules 125 000 entreprises sont exportatrices sans que ce nombre n’ait évolué depuis 10 ans, quand l’Italie en dénombre 250 000 et l’Allemagne 400 000. En termes de montants des exportations, les PME sont sous-représentées et ne sont à l’origine que de 14 % des montants exportés contre 32 % pour les ETI et 54 % pour les grandes entreprises.
Plusieurs freins à l’internationalisation des entreprises françaises ont été relevés à l’occasion de la consultation menée. Ainsi, trop souvent encore, la mondialisation reste perçue comme l’apanage des grands groupes. En termes de moyens, deux éléments font principalement défaut aux entreprises françaises, quant à leur projection à l’international : elles ont du mal à se faire financer en raison de leur surface financière limitée et des risques accrus que représente l’international aux yeux de leurs prêteurs. En outre, les PME ne disposent pas ou peu de ressources dédiées à l’international. Les dirigeants ne sont pas suffisamment formés à ces démarches et la création d’un service export est entravée par le coût du personnel dédié et la difficulté pour une PME à se rendre attractive pour les profils en adéquation. Enfin, si l’offre publique et privée d’accompagnement des entreprises à l’international est diverse et fournie, elle manque de lisibilité ce qui nuit à son recours par les PME qui ne parviennent pas toujours à identifier les prestations et interlocuteurs pouvant répondre à leurs besoins.
• Principales propositions du binôme :
– Doter la France d’une stratégie qui consisterait à identifier les géographies et secteurs prioritaires pour les exportateurs français. Cette stratégie pourrait être communiquée annuellement lors d’un grand événement dédié à « la reconquête de l’international par les entreprises françaises ».
– Promouvoir l’internationalisation et le savoir-faire français en exposant et en valorisant encore mieux les produits français à l’étranger et en faisant connaître les PME françaises qui réussissent à l’étranger.
– Encourager le parrainage entre pairs, le « chasser en meute » et le portage de PME par les grands groupes. Il conviendrait de créer des clubs entrepreneuriaux en région afin de permettre la mise en réseau d’entreprises de taille diverse afin de les encourager à partir ensemble à l’international en mutualisant leurs moyens.
– Doter les entreprises françaises de ressources humaines formées à l’international. Les CCI et les écoles de commerce pourraient mettre en œuvre un programme de formation des dirigeants. Les PME pourraient bénéficier d’un mentorat d’experts de l’export préalablement formés à l’élaboration d’un plan d’internationalisation et à l’accompagnement de PME. Comme il pourrait être financé à parité entre l’utilisateur et les acteurs publics.
– Accroître le niveau des compétences techniques en développant des Campus d’excellence. Ces formations supérieures permettront d’expatrier davantage de métiers techniques et artisanaux et feront la démonstration physique du savoir-faire français.
– Faciliter le financement à l’international des petites entreprises en demandant aux banques un effort particulier pour mettre à leur disposition de petits prêts ou en accordant plus de garanties publiques afin de soutenir leurs premières démarches et en diffusant auprès des PME comme du réseau bancaire privé davantage d’informations relatives aux solutions existantes de financement à l’international.
– Simplifier l’accès des PME à l’ensemble de l’offre d’accompagnement des entreprises à l’international en rassemblant l’ensemble de l’information afférente sur un même site d’information et d’orientation des entreprises et en créant des guichets uniques sous l’impulsion de la Région associant tous les acteurs de l’accompagnement pour simplifier les démarches des entreprises.

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