Créations de petits

Créations de petits

Les ministères des Solidarités et de la Santé, et de la Culture ont souhaité transmettre aux professionnels de la petite enfance et ceux de la culture une photographie nationale d’initiatives dans les territoires. Ils ont proposé à l’association Enfance et Musique de les accompagner dans ce projet.

Cette publication, éveil artistique et culturel*, qui ne vise pas l’exhaustivité, s’attache à faire connaître des actions artistiques et culturelles qui prennent d’ores et déjà place, dans chaque région, à destination des jeunes enfants et de leurs accompagnants. Les actions présentées reflètent la diversité des acteurs et des pratiques. Elles ont aussi vocation à susciter l’élaboration de nouveaux projets.Toutes ces initiatives ont été repérées par les directions régionales des affaires culturelles, les acteurs des mouvements des familles et des solidarités, les professionnels de la culture et de la petite enfance, et dans le réseau national de l’association Enfance et Musique qui œuvrent au quotidien pour la mise en place de projets artistiques et culturels. Quelques informations ressources tels que des contacts ou un lexique complètent les présentations régionales.La valorisation des initiatives et la mise à disposition des ressources à destination des professionnels de la culture et de la petite enfance seront poursuivies par les deux ministères.

Le protocole d’accord
Fait majeur, les ministères chargés de la petite enfance et de la culture ont réaffirmé par leur protocole d’accord, l’intérêt d’une politique commune visant à favoriser l’éveil culturel et artistique des jeunes enfants.
L’éveil culturel et artistique du jeune enfant est une priorité partagée. L’art et la culture permettent à l’enfant de construire sa sensibilité, son imaginaire, son expression personnelle et son rapport au monde. La rencontre avec le patrimoine culturel, avec le langage, avec la création contemporaine et l’expérience artistique, contribue au développement de l’identité et de l’autonomie de l’enfant.
Le protocole d’accord s’inscrit aussi dans une démarche globale du ministère des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes visant à faire des droits et besoins du jeune enfant l’élément central autour duquel les politiques de l’enfance sont construites. En témoignent les travaux menés à bien entre 2015 et 2017 :
• la mission Développement du jeune enfant, modes d’accueil, formation des professionnels, conduite par Sylviane Giampino a permis, au terme d’un débat scientifique et technique, de dégager les grands principes qui doivent guider l’accueil des enfants de moins de trois ans et la formation des professionnels de la petite enfance. La socialisation du jeune enfant – en particulier son ouverture au monde par l’art et la culture – a été reconnue par la mission comme l’une des cinq dimensions primordiales pour le développement et l’épanouissement des enfants avant trois ans ;
• le Plan d’action pour la petite enfance, présenté le 15 novembre 2016, comporte 16 axes, dont l’un est consacré au soutien aux initiatives culturelles et artistiques dans les modes d’accueil du jeune enfant ;
• le texte-cadre national pour l’accueil du jeune enfant énonce que « l’art, la culture et les échanges interculturels permettent à l’enfant de construire sa place dans un monde qu’il découvre », que « les modes d’accueil doivent s’ouvrir à la présence d’artistes (…) aussi bien dans l’organisation de l’accueil au quotidien que lors de moments exceptionnels ou festifs », et que « les approches culturelles et artistiques, la recherche d’un cadre esthétique doivent être intégrées à la formation des professionnels ».
Le protocole s’inscrit également parmi les priorités du ministère de la Culture et de la Communication, en ce qu’il concourt à garantir à chacun l’accès à la culture et aux expériences sensibles dès le plus jeune âge, sans distinction d’origine sociale ou géographique. En témoignent les travaux suivants :
• la circulaire interministérielle du 3 mai 2013 relative au parcours d’éducation artistique et culturelle préconise « la mise en place du parcours d’éducation artistique et culturelle a pour ambition de viser un égal accès de tous les jeunes à l’art et la culture ». Elle insiste sur la prise en compte cohérente des différents temps de vie du jeune dans une logique de continuum : « la mise en œuvre [de ce parcours] résulte de la concertation entre les différents acteurs d’un territoire afin de construire une offre éducative cohérente à destination des jeunes, qui aille au-delà de la simple juxtaposition d’actions, dans tous les domaines des arts et de la culture » ;
• le Haut Conseil de l’éducation artistique et culturelle, instance consultative sur la politique interministérielle d’éducation artistique et culturelle, coprésidée par les ministères en charge de la culture et de l’éducation nationale, et au sein duquel siègent plusieurs ministères dont celui en charge de la petite enfance, ainsi que les associations d’élus, intègre dans ses réflexions tous les enfants dès le plus jeune âge. L’instance a été renforcée dans ses missions en 2017 ;
• le rapport « Les territoires de l’éducation artistique et culturelle » de la députée Sandrine Doucet, remis au Premier ministre le 25 janvier 2017, met l’accent sur la formation initiale et continue des acteurs de l’éducation artistique et culturelle selon une approche croisée, multicatégorielle, multiprofessionnelle, et préconise une meilleure prise en compte des familles dans la gouvernance locale de l’éducation artistique et culturelle ;
• le rapport d’évaluation de la politique publique de démocratisation culturelle, publié en mars 2017, préconise la prise en compte de la petite enfance et des actions de soutien à la parentalité dans la politique d’éducation artistique et culturelle, notamment dans les territoires prioritaires.
Les signataires réaffirment la nécessité d’intégrer les actions d’éveil artistique et culturel aux projets des modes d’accueil collectifs et individuels, et d’impliquer les familles dans leur élaboration comme dans leur mise en œuvre. Par ailleurs, certains lieux culturels ont intégré la petite enfance dans leur projet d’établissement, leur politique des publics et leur politique de programmation, en particulier par des spectacles destinés aux familles et/ou au très jeune public. Les signataires incitent les structures culturelles et socioculturelles à développer ces actions, en faisant notamment appel aux artistes et professionnels du réseau jeune et très jeune public.
Dans la même volonté de promouvoir l’éveil culturel et artistique du jeune enfant, les deux ministères soutiendront ou participeront en commun à toute initiative dont l’objet est de sensibiliser à cet objectif les différents partenaires de la communauté éducative, au premier rang desquels les familles. En effet, l’environnement familial étant le premier prescripteur en matière culturelle, il importe de développer des projets inscrivant la parentalité dans les dispositifs d’accès à la culture, en particulier pour les familles en situation de vulnérabilité.
Parce que ces actions contribuent à faire des lieux d’accueil de jeunes enfants des espaces de rencontre ouverts sur le quartier, elles renforcent les liens de voisinage et de solidarité entre les habitants et jouent un rôle important dans la dynamique territoriale.
La conception et la mise en œuvre de ces actions doivent s’appuyer sur une coopération volontariste entre l’ensemble des acteurs concernés sur un même territoire, notamment :
• les lieux et modes d’accueil du jeune enfant ;
• les équipements culturels – en particulier les lieux de proximité tels que les bibliothèques, les musées et salles de spectacles – et les équipes artistiques ;
• les associations ressources reconnues en raison des compétences qui sont les leurs dans le domaine de l’éveil culturel et artistique du jeune enfant, notamment les associations culturelles, socioculturelles, familiales, éducatives, et les réseaux de solidarités ;
• et les partenaires publics, parmi lesquels : la Direction aux affaires culturelles (Dac) et la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) ; les administrations et institutions faisant partie du comité départemental des services aux familles (Direction départementale de la cohésion sociale – DDCS, Caisse d’allocations familiales – Caf, Caisse de Mutualité sociale agricole – CMSA) ; les collectivités territoriales, en particulier les communes et intercommunalités et leurs services en charge de la culture et de la petite enfance. Les signataires s’engagent à :
• mobiliser leurs réseaux déconcentrés et leurs partenaires nationaux en vue d’élaborer et mettre en œuvre des activités d’éveil artistique et culturel au bénéfice des jeunes enfants. À ce titre, une attention particulière sera portée aux projets qui renforcent la création et la diffusion destinées aux très jeunes enfants, permettent d’initier un parcours d’éducation artistique et culturelle pour le jeune enfant, s’attachent à lutter contre toutes les formes d’exclusion, prévoient d’intégrer un volet relatif à la formation des professionnels de la petite enfance et de la culture, enfin s’inscrivent dans des démarches de coopération préexistantes, par exemple les schémas départementaux des services aux familles ;
• soutenir ou participer en commun à toute initiative ayant pour objet de sensibiliser les différents acteurs, dont les familles, à l’opportunité et aux modalités de mise en œuvre des actions d’éveil artistique et culturel au bénéfice des jeunes enfants. À ce titre, les signataires conviennent d’organiser un temps d’échange et de travail permettant aux professionnels de la culture et de la petite enfance de recenser, recueillir et analyser les meilleures pratiques et expériences et d’en tirer des préconisations en vue de leur large diffusion, en s’appuyant notamment sur les pôles ressources de l’éducation artistique et culturelle (PREAC).

Formation
Un soutien est apporté dans la formation initiale et continue des personnels travaillant auprès des jeunes enfants
• Formation initiale : l’évolution en cours des diplômes de l’accueil du jeune enfant – notamment la mise à jour des référentiels du Diplôme d’État d’auxiliaire de puériculture, la réforme du CAP petite enfance, et les suites des États généraux du travail social, qui impliquent la réingénierie du Diplôme d’État d’éducateur de jeunes enfants – constitue une opportunité privilégiée pour marquer l’intérêt de l’éveil artistique et culturel dans ces formations en y intégrant la dimension artistique, y compris dans sa pratique. Le ministère des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes s’engage à porter cette ambition dans l’ensemble des travaux de refonte des diplômes de la petite enfance auxquels il est associé. De même, s’agissant de la culture, la Loi du 7 juillet 2016 relative à la Liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine, constitue une opportunité pour sensibiliser les futurs artistes et professionnels de ce secteur aux enjeux de la transmission notamment en matière d’éducation artistique et culturelle, et ce dès le plus jeune âge.
• Formation continue : les suites données à l’accord-cadre portant engagement pour le développement de l’emploi et des compétences (EDEC) dans le domaine de la petite enfance et la conclusion prochaine d’un accord-cadre entre la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS) et le Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT) permettront de construire une offre de formation continue en matière d’éveil artistique et culturel. Le ministère des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes s’engage à porter cette préoccupation dans l’ensemble des travaux relatifs à la formation des professionnels de la petite enfance auxquels il est associé. Le ministère de la Culture et de la Communication s’engage à :
– collaborer avec le ministère des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes et le CNFPT dans l’objectif de développer des modules de formation continue consacrés à l’éveil culturel et artistique du jeune enfant et à sa mise en œuvre ;
– favoriser la mise en place de coopérations locales entre équipements culturels et instituts de formation continue des professionnels de la petite enfance, et plus généralement des lieux ressources pour les professionnels de la petite enfance, en particulier les relais d’assistants maternels.
Les signataires s’engagent ensemble à encourager les formations permettant la coopération entre personnels de statuts et niveaux de qualification différents : puéricultrices, auxiliaires de puériculture, éducateurs de jeunes enfants, assistants maternels, agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles, coordinateurs petite enfance, professeurs des écoles, bibliothécaires, artistes, professionnels de la culture, etc.
• Modalités de suivi : les deux ministères mettent en place un comité de pilotage chargé :
– d’élaborer la mise en œuvre opérationnelle du présent protocole d’accord, soumise à l’approbation des ministres concernés ;
– de coordonner, suivre et évaluer la mise en œuvre de la présente convention, en s’appuyant sur des indicateurs annuels susceptibles d’évoluer.
Ce comité de pilotage est composé de représentants des directions d’administration centrale concernées des ministères en charge de la culture d’une part, des familles et de l’enfance d’autre part ; de deux représentants des services déconcentrés de chacun des deux ministères. Il mène ses travaux en lien avec les organisations, institutions et associations intéressées, notamment les instances consultatives telles que le Haut Conseil de l’éducation artistique et culturelle et le Haut Conseil des familles, de l’enfance et de l’âge. Il se réunit au moins une fois par an (année N) pour : apporter le cas échéant toute modification à la déclinaison opérationnelle du présent protocole, en fonction des évolutions du contexte institutionnel et des réflexions conduites par les deux parties ; faire le bilan des actions conduites à l’année N-1 au niveau national et au niveau local, en s’appuyant sur les informations et analyses des services déconcentrés des deux ministères ; définir un programme d’actions prioritaires pour l’année N+1, et en fixer les indicateurs de résultats ; réorienter le cas échéant certains axes stratégiques, et définir de nouvelles priorités si nécessaire ; valoriser les bonnes pratiques et celles qui répondent le mieux aux objectifs visés par le présent accord.

Enfance et musique
Enfance et Musique s’est engagé activement auprès des ministères chargés de la petite enfance et de la culture à la réactualisation du protocole d’accord de 1989 auquel elle avait déjà été associée en son temps. Cette mobilisation de l’association s’inscrit en droite ligne de sa dynamique citoyenne d’origine, poursuivie depuis 35 ans au niveau national, à partir de son implantation dans le département de la Seine-Saint-Denis. Sur ce territoire en effet, la création d’Enfance et Musique a donné forme et avenir à une volonté des acteurs du champ social d’aller à la rencontre du monde artistique. Dès 1977, Jacqueline de Chambrun, médecin-chef du service départemental de la PMI, soucieuse de l’ouverture des lieux d’accueil de la petite enfance à la vitalité culturelle du monde extérieur, a su entendre cette intuition créatrice et la singularité de cette exploration de pistes nouvelles pour améliorer l’accueil du jeune enfant.
La question s’est alors posée d’aller au-delà des frontières de cet écosystème territorial favorable mais circonscrit, pour élargir les actions à de nouveaux publics à l’échelon national. La fondation d’Enfance et Musique par Marc Caillard en avril 1981 a concrétisé cette ambition citoyenne, nourrie d’une philosophie d’éducation populaire : promouvoir la place de l’art et de la culture dans les politiques d’action sociale et familiale en direction de la petite enfance.
Le nouveau protocole d’accord signé en mars 2017 a donné un cadre officiel à la présence de l’art et de la culture dans les lieux d’accueil individuels ou collectifs de la petite enfance. Il ouvre une ère nouvelle pour une pérennisation et un renforcement des projets et des pratiques soutenus par les acteurs des territoires. Cette perspective de liens suivis entre artistes, familles, professionnels de l’enfance et de la culture augure d’un avenir à moyen terme où chacun pourra nourrir la singularité forte et créative des tout-petits, développer pour lui-même des espaces de création et d’expression et enrichir le lien familial et social.
La petite enfance incite les adultes à se projeter vers l’avenir ; elle nous mobilise pour agir et inventer de nouveaux chemins au-delà d’un quotidien qui trop souvent se résume à répéter ou à subir… Une grande mutation de notre société apparaît de jour en jour, plus indispensable pour prétendre offrir un avenir désirable et un futur possible à nos enfants. Dans sa dimension du partage de sens entre les générations, dans la mobilisation collective qu’il favorise, dans la dynamique créative qu’il suscite, l’éveil culturel et artistique est un appel à prendre le risque de l’invention et de la création.
* À télécharger sur http://www.culturecommunication.gouv.fr/content/download/177586/1958385/version/2/file/Annuaire+Éveil+artistique+et+Culturel2017.pdf.

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