La controverse des adjuvants à l’aluminium

De trois, le nombre de vaccins obligatoires pour les enfants passera à onze
à compter du 1er janvier 2018. Une décision qui a relancé les débats sur les éventuels risques de la vaccination. D’autant qu’au même moment, une étude financée
par l’Agence de sécurité du médicament sur les effets des adjuvants à l’aluminium utilisés dans les vaccins, suspectés d’effets secondaires potentiellement sérieux,
a été interrompue faute de moyens alloués. Les questions restent pourtant nombreuses.

Une spécialiste en santé environnementale fait le point…

 

Vaccins obligatoires :
la coLa myofasciite
à macrophages,
qu’est-ce que c’est ?

Au début des années 1990, des patients adressés aux centres de pathologies neuromusculaires souffrent d’un syndrome s’apparentant au « syndrome d’épuisement chronique », ou encéphalomyélite myalgique, une inflammation du cerveau et de la moelle épinière de cause inconnue, associant douleurs musculaires, articulaires, épuisement chronique et troubles de la mémoire, de l’attention et du sommeil. Et tous présentent un nouveau type de lésions, vues à la biopsie du deltoïde, ce muscle où sont pratiquées les injections vaccinales. On constate que ces lésions sont des amas de macrophages, ces cellules qui font office d’éboueurs du système immunitaires en « nettoyant » les débris cellulaires, qui se sont agglomérés entre les fibres du deltoïde.

En 1998, au cours de la première enquête épidémiologique, associant l’Institut de veille sanitaire et le Groupe de recherche sur les maladies musculaires acquises et dysimmunitaires, on découvre que ces macrophages sont gorgés de cristaux d’aluminium, que ces cellules immunitaires sont incapables de digérer. Cette lésion est dès lors nommée Myofasciite à macrophages par l’un des chercheurs, le professeur Romain Gherardi, alors chef du centre expert en pathologie neuromusculaire de l’hôpital Henri Mondor (Créteil). Est-ce une simple signature post-vaccinale laissée par l’adjuvant, ou cette lésion est-elle, comme le soutient alors l’équipe de chercheurs, « le biomarqueur d’une difficulté à éliminer l’adjuvant » ? En clair, les adjuvants à l’aluminium pourraient induire cette affection chez certains patients, à la source d’autres syndromes, comme celui d’épuisement chronique.

Comment réagissent
les autorités sanitaires ?

Lorsque les résultats de cette enquête épidémiologique sont présentés à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Comité consultatif mondial de la sécurité vaccinale convient de la corrélation entre la myofasciite à macrophages (MFM) et les injections de vaccins avec adjuvants alu : « On a des raisons de penser que la lésion locale qui caractérise la MFM pourrait être due à l’injection intramusculaire de vaccins contenant de l’aluminium. » Et de conclure que « les données actuelles n’établissent, ni n’excluent la possibilité d’une maladie générale affectant d’autres organes », que devraient renseigner de futures études épidémiologiques. Le Comité recommande donc « d’entreprendre des recherches sur une association éventuelle avec une maladie auto-immune », indiquant qu’il « existe de nombreux mécanismes qui pourraient être à l’origine du passage d’une réaction immunitaire locale à une affection généralisée. »

Mais un an plus tard, dès 2001, toutes les portes des financements promis se ferment. S’engage alors pour les chercheurs un long parcours d’obstacles. En 2014, l’Agence nationale du médicament accorde finalement un premier financement à l’équipe de Romain Gherardi pour une nouvelle étude. « Il ne s’agit pas d’incriminer la vaccination, mais au contraire d’éventuellement la sécuriser pour la santé publique, explique le chercheur. L’extension du nombre de vaccins, conjuguée au nombre de personnes vaccinées conduira mécaniquement à plus de personnes souffrant, en raison de cette difficulté à éliminer l’adjuvant, de syndromes de type SFC/encéphalomyélite myalgique », prévient-il. Donc mieux vaut le savoir avant de généraliser les onze vaccins obligatoires.

Malgré des résultats qualifiés de « prometteurs » par des membres du Conseil scientifique, l’Agence du médicament renonce finalement à financer la poursuite de l’étude. Son directeur, Dominique Martin, « appelle la puissance publique à prendre ses responsabilités en la matière, l’agence n’étant pas ne mesure de financer l’ensemble de ces projets. » A l’automne 2017, il manque plus d’un demi-million d’euros.

Que montre l’étude interrompue
faute de financements ?

Les premiers résultats montrent que, à partir d’une injection, « les particules d’aluminium de la taille d’une bactérie, se distribuent dans l’organisme, à partir du site d’injection suivant un schéma qui va de la rate au système lymphatique pour ensuite atteindre le cerveau », détaille Romain Gherardi. L’incapacité des macrophages à digérer l’intrus conduit à une sur-sollicitation du système immunitaire qui, débordé, s’emballe en une inflammation permanente.

Plus les particules d’aluminium sont petites, plus elles rejoignent le cerveau. Les souris ayant reçu les injections avec des nanoparticules d’aluminium montraient les
dommages neurotoxiques et les taux d’aluminium dans le cerveau les plus élevés. L’autre volet de cette étude portait sur la difficulté à éliminer l’adjuvant en fonction
de spécificités génétiques. De
1 à 3 % de la population vaccinée développeraient des pathologies post-vaccinales, car incapables d’éliminer la toxicité de l’aluminium injecté.

L’aluminium qui pénètre
dans l’organisme vient-il
des adjuvants vaccinaux
ou d’ailleurs ?

L’un des contre-arguments est de dire que nous ingérons quotidiennement de l’aluminium en bien plus grande quantité que celle des vaccins, via l’alimentation et les boissons, et qu’il est éliminé. Entre ingérer l’aluminium ou se le faire injecter, « les situations sont radicalement différentes, impossibles à comparer », rétorque Romain Gherardi. « L’aluminium ingéré par voie orale est évacué par les selles à 99,7 % et les 0,3 % qui traversent la paroi intestinale sont des atomes d’aluminium rapidement éliminés par les urines, précise le chercheur. En revanche, quand on injecte les particules de l’adjuvant hydroxyde d’aluminium, 100 % de la dose d’aluminium pénètre dans l’organisme et celui-ci a toutes les peines du monde à s’en débarrasser car ce sont des cristaux quasi-insolubles : 5 à 6 % de l’aluminium sont éliminés dans les urines dans les premiers jours et, ensuite, presque rien. » C’est ce qui a été démontré une seconde fois lors de l’étude soumise au comité scientifique de l’Agence nationale du médicament en utilisant un traceur conforme aux exigences scientifiques.

Peut-on remplacer
les sels d’aluminium
dans les vaccins ?

Remplacer les sels d’aluminium par un adjuvant quasi-naturel tel que le phosphate de calcium est tout à fait possible, comme l’a démontré
l’Institut Pasteur dans les années 1980. C’est d’ailleurs ce que réclament des associations de patients. Encore faut-il que les pouvoirs publics le demandent à l’industrie des vaccins. « Les autorités sanitaires ne nous le demandent pas, pourquoi nous le ferions ? », ont d’ailleurs argué les entreprises du médicament lors de la concertation citoyenne menée en 2016. La demande citoyenne de réintroduire des vaccins sans aluminium ou de créer une commission d’enquête parlementaire sur les adjuvants et leurs effets avait alors été totalement ignorée par les experts. Mi-novembre, un collectif de plusieurs milliers de personnes a d’ailleurs, via leur avocate, déposé une requête auprès du Conseil d’État pour demander l’interdiction des sels d’aluminium dans les vaccins obligatoires à partir du 1er janvier. Bref, les inquiétudes et controverses ne sont pas prêtes de s’arrêter.

Anne-Corinne Zimmer
(spécialiste en santé
environnementale)

Transmis par Gilles GESSON

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