Bruit de bottes à la mairie de Millau

Bruit de bottes à la mairie de Millau

En novembre 2015, les opposants à la présence de la Légion étrangère

sur le Larzac, haut lieu de l’antimilitarisme dans les années 1970, réussissaient

à faire annuler le premier défilé prévu à Millau (Aveyron), au grand dam du maire.

Le mois dernier, celui-ci a voulu sa revanche. Essai manqué…

Grâce à la communication de leur municipalité, les Millavois-es ont récemment appris que l’Armée appartient désormais au domaine culturel. C’est en effet ce qu’ils-elles ont pu déduire de la lecture des panneaux d’affichage municipaux où, dans la rubrique « Sortir à Millau » (!), était intercalée, entre des annonces de spectacles de théâtre, celle de l’opération de recrutement de la Légion étrangère prévue sur la Place du Mandarous, le 20 novembre. La mairie de Millau semble ainsi considérer au même niveau d’une part l’accès à la culture de ses administré-e-s, et d’autre part la proposition qui est faite aux plus jeunes d’entre eux d’aller servir de chair à canon pour protéger les intérêts du complexe militaro-industriel français et de ses actionnaires… Quelle vision de l’avenir nous est donnée là par nos édiles !

Et la propagande militariste municipale s’étendait sur divers supports : on pouvait aussi trouver l’annonce de cet « événement » local sur le site Millau.fr, cette fois sous la forme d’une affiche fournie par la Légion et titrée « Rejoins nos valeurs ». Quelques-unes de ces dernières y étaient égrenées : « cohésion, solidarité, fraternité, entraide, etc. ». Et là, à qui est un tant soit peu informé-e, le mensonge est bien gros…

En 2001 a en effet été créée, par des officiers, l’Association de défense des droits des militaires (Adefromil). Elle tire depuis la sonnette d’alarme face à l’afflux de témoignages de soldats brimés dans le cadre de leur mission. Et la Légion étrangère y est particulièrement épinglée. Dans un entretien au Figaro (difficilement soupçonnable d’antimilitarisme…), le capitaine en retraite Michel Bavoil, président de l’association, déclarait ainsi : « La Légion étrangère est un véritable scandale. […] Elle fonctionne sur un système de pression. Les gars sont retenus par la force et par la menace, sinon 85 % d’entre eux se sauveraient. » La Légion connaît néanmoins deux cents à deux cent cinquante désertions en moyenne par an. Bel exemple, en effet, de « cohésion, solidarité, fraternité, etc. » proposé à notre jeunesse avec la complicité de nos édiles… A la remarque : « La Légion étrangère est pourtant souvent présentée comme un creuset d’intégration et synonyme d’exploits guerriers », l’ancien capitaine répondait : « Des mythes tout ça ! » Et quand il ajoute : « Nous avons des photos de légionnaires en train de ramper en slip et en rangers la nuit, avec, à côté, un gradé qui tient un grand bâton et une bière, ce qui relève du Code pénal ! », on s’inquiète soudain pour la mairie de Millau : que pense son service juridique de la possibilité qu’elle puisse être poursuivie pour apologie publique de mauvais traitements et de non-respect des droits de l’Homme ?

Quoi qu’il en soit, il reste établi que le recrutement de l’Armée est du domaine exclusif de l’Etat (via le ministère de la Défense) et qu’une municipalité n’a pas à s’en mêler. Un Etat qui aurait été d’ailleurs nettement plus efficace vis-à-vis de sa jeunesse en continuant, par exemple, à soutenir les emplois aidés plutôt que financer une telle communication mortifère à son intention. On voit bien là quel choix de société nous est imposé. Et cela même au niveau municipal.

Mais à Millau ce jour-là, les candidats ne se sont visiblement pas pressés. Un nouvel échec de l’armée en terre larzacienne.

Gilles GESSON
(correspondant de L’Itinérant
sur le Larzac, membre du collectif
« Gardem lo Larzac »
pour un avenir civil
[et non légionnaire] du Larzac)

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