Création architecturale

Création architecturale
La salle Labrouste, à la Bibliothèque nationale de France.

Pour bâtir ou réhabiliter des équipements culturels, les architectes doivent faire face à de nombreux défis et proposer des solutions innovantes.

À l’occasion des Journées nationales de l’architecture, retour sur des réalisations emblématiques de ces dernières années.

Musée d’Unterlinden
Mondialement connu pour abriter le Retable d’Issenheim, chef-d’œuvre de la Renaissance allemande signé Matthias Grünewald, mais aussi des Cranach et Holbein de premier plan, le musée d’Unterlinden, à Colmar, possède aussi, on le sait moins, d’importantes collections d’art moderne – le dialogue entre maîtres anciens et artistes modernes constituant l’un de ses atouts les plus passionnants. En 2009, pour optimiser ce dialogue, le musée a décidé de confier aux architectes suisses Jacques Herzog et Pierre de Meuron – à qui l’on doit, entre autres, le célèbre Tate Modern – le soin de repenser entièrement ses espaces d’exposition. « Nous avons cherché une configuration urbaine et un langage architectural qui s’intègre dans la vieille ville, tout en manifestant son caractère contemporain à ceux qui y regardent de plus près », expliquent les deux architectes de l’agence Herzog & de Meuron.
Pour mener à bien leur projet, les architectes ont dû travailler sur des édifices hétérogènes : l’ancienne aile du site est constituée d’un cloître médiéval, le couvent des Dominicaines, dont la chapelle abrite le Retable, et un ancien établissement des Bains publics de Colmar, qui a été réinvesti pour l’extension du musée.
Résultat de leur approche, une haute bâtisse minimaliste au toit de zinc qui « reprend la volumétrie de la chapelle et évoque l’architecture archaïque sans l’imiter ». « Les façades de briques cassées permettent de créer de manière contemporaine une rugosité qui intègre le bâtiment dans son contexte historique, au centre de Colmar », précisent Jacques Herzog et Pierre de Meuron.
L’ancienne et la nouvelle aile, séparées par une rue piétonne au milieu de laquelle coule la Sinn, sont reliées par une galerie souterraine composée de trois salles d’expositions successives.
Le musée rénové, inauguré le 23 janvier 2016, après trois années de travaux, a vu sa surface passer de 4000 à 7900 m2 et bénéficie désormais d’une muséographie optimisée, particulièrement fluide. Les collections ont été redéployées : le bâtiment de la nouvelle aile abrite sur trois étages les expositions temporaires et les œuvres du XXe et du XXIsiècle, tandis que les salles du couvent renferment l’art ancien. Enfin, l’association entre l’architecture monastique médiévale et l’œuvre contemporaine du célèbre duo d’architectes est susceptible d’attirer les amateurs d’architecture. Le maire de Colmar, Gilbert Meyer, ne cache pas sa fascination pour le fameux « effet Bilbao », qui a permis au musée Guggenheim – œuvre architecturale majeure signée Franck Gehry – de faire passer Bilbao du statut de pôle industriel déserté à celui de ville attractive. En se positionnant sur le marché du tourisme architectural, la commune de Colmar mise sur son capital culturel et le nouveau musée Unterlinden espère attirer 350 000 visiteurs par an, contre 200 000 avant sa rénovation.

Bibliothèque nationale de France
Le 11 janvier 2017, le site Richelieu de la Bibliothèque nationale de France (BNF) a rouvert ses portes après deux décennies de semi-fermeture. D’importants travaux de rénovation, qui ont déjà rendu tout leur éclat aux joyaux architecturaux que sont la salle Labrouste, son magasin central, la Rotonde, et la salle des manuscrits, y ont été menés. « On réhabilite avec un projet bien défini : donner une vocation culturelle nouvelle au site Richelieu en faisant évoluer ses espaces et en les ouvrant au public », souligne Sylviane Tarsot-Gillery, directrice générale de la BNF. « Jusqu’à présent, le berceau historique de la BNF était une bibliothèque réservée à un public limité, essentiellement constitué de chercheurs. Cette rénovation nous permet d’en faire également un lieu d’exposition, doté d’un musée et de deux galeries d’exposition ouvertes à tous ». Une ambition dont témoigne la réhabilitation de la salle Ovale – deuxième grande salle de lecture du site, après la salle Labrouste – qui, en 2020, une fois les travaux terminés, deviendra, elle aussi, librement accessible au grand public.
« On a affaire à un ensemble protégé – inscrit ou classé, selon les espaces – et les architectes qui ont travaillé sur le site, Bruno Gaudin et Virginie Brégal ont conduit une intervention contemporaine et respectueuse du patrimoine. Il s’agissait de préserver l’esprit du site et d’agir sur des éléments précis, dans des espaces forts », ajoute Sylviane Tarsot-Gillery. L’installation d’un nouvel escalier en forme d’hélice au cœur du site Richelieu est l’une des interventions clés du duo d’architecte. « L’ouvrage, très épuré, est devenu le pivot du bâtiment, auquel il donne davantage de lisibilité », observe Sylviane Tarsot-Gillery. Une galerie de verre a également été construite au-dessus de la salle Labrouste : visible depuis la cour d’honneur, elle relie avec une grâce aérienne deux ailes de la bibliothèque. Bruno Gaudin et Virginie Brégal ont également recomposé l’espace de la salle du département des arts du spectacle – jusqu’alors dépourvue de style architectural bien défini – en optant pour des matériaux lumineux, d’inspiration scandinave. « La salle qu’ils ont créée possède une atmosphère très adaptée à l’usage qui en est fait, résolument contemporaine », se réjouit la directrice générale de la BNF. « On a une vraie création architecturale, entreprise dans le respect du bâtiment, de son histoire, de son architecture ».
L’intervention des architectes répond à une double nécessité : inscrire la bibliothèque nationale du site de Richelieu dans son temps, en l’adaptant à l’usage qui en est fait au XXIe siècle, tout en rendant le bâtiment plus intelligible. « Toute rénovation comprend une pédagogie des formes : on ne peut ajouter des formes modernes à des formes plus anciennes sans faire comprendre leur intérêt et leur pertinence. Le regard de l’architecte facilite la compréhension par le public du bâtiment et de son histoire », conclut Sylviane Tarsot-Gillery.

Le Signe
Chaumont et l’affiche sont liés par un destin commun depuis que, en 1905, le député Gustave Detailly a fait don à la commune de 5 000 affiches anciennes. Par la suite, le Festival international de l’affiche et du graphisme de Chaumont, lancé dans les années 1990, a fait de la commune un rendez-vous majeur pour les graphistes du monde entier. L’inauguration, le 8 octobre 2016, d’un Centre national du graphisme baptisé Le Signe, destiné à mettre en valeur ce patrimoine vivant, s’inscrit dans la continuité de cette histoire culturelle. Conçu par l’agence Moatti-Rivière (musée Champollion des écritures du monde de Figeac, Grande Halle d’Arles, Cité internationale de la dentelle et de la mode de Calais, réaménagement du 1er étage de la tour Eiffel…), le Signe possède un double visage : d’un côté l’ancien siège local de la Banque de France, demeure néoclassique restaurée, et de l’autre une architecture contemporaine destinée à accueillir les expositions contemporaines.
« Le Centre international du graphisme de Chaumont est une abstraction silencieuse prête à recevoir toutes les images », déclarent les architectes qui ont travaillé sur l’édifice. « Notre projet est composé de grands plans posés dans la ville. L’architecture emprunte sa typologie à celle de l’univers du graphisme, aux objets et aux supports investis depuis toujours et jusqu’à aujourd’hui par cet art : affiche – feuille – page – écran – panneau ». De grands plats, minces panneaux de pierre au cœur d’aluminium, composent donc les murs et les toitures du bâtiment. Ils sont liés les uns aux autres par de larges pans de verre qui laissent entrevoir, depuis la ville, l’intérieur du Centre : le Signe assume sa centralité, attire les visiteurs et les renvoie à la ville. Il s’inscrit dans une recomposition volontariste du quartier de la Gare de Chaumont dont il conforte, aux côtés de la médiathèque et du cinéma multiplexe de Chaumont, la vocation culturelle.
Mais ce bel écrin est avant tout représentatif de l’objet culturel qu’il contient. Les façades en pierre du Signe sont dotées de petits inserts auxquels il est possible d’accrocher, au choix, affiches, pancartes, posters ou encore logos – le design graphique sous toutes ces formes. Typographes, affichistes, designers graphiques, illustrateurs sont ainsi invités, lorsque les circonstances s’y prêtent, à intervenir sur le bâtiment même. Trois panneaux, plus hauts que les autres, offrent même leur surface à des installations monumentales. Par son architecture même, Le Signe devient un support de la création qu’il présente, et transmet avec brio l’essence du lieu qu’il incarne.

La Bibliothèque Alexis de Tocqueville
Renouveler l’espace public culturel en milieu urbain, tel est le pari ambitieux du grand architecte néerlandais Rem Koolhaas, concepteur de la Bibliothèque centrale de Seattle et du siège de la télévision centrale chinoise à Pékin. Pour concevoir la vaste bibliothèque de Tocqueville – 12 000 m2 de surface répartis en quatre niveaux – ce dernier s’est posé plusieurs questions : quels usages fait-on d’une bibliothèque aujourd’hui, à une époque où le savoir est si souvent à portée de clic ? Pourquoi s’y rendre, pourquoi y rester ? Et surtout : pourquoi y revenir ?
Stratégiquement située au bout de la presqu’île de Caen, la bibliothèque Alexis de Tocqueville fait le lien entre le centre historique et les nouveaux quartiers de Caen. Vu du ciel, le bâtiment a la forme d’une croix de Saint-André, une configuration qui permet à sa salle principale – une lumineuse pièce de 2 300 m2, dotée de baies vitrées bombées de 6 mètres de haut – d’occuper tout le premier étage d’un seul tenant. Les usagers y bénéficient d’une vue à 360 degrés donnant sur les quatre ailes de la bibliothèque, qui se font face sans qu’aucun mur interne ne vienne boucher la vue : les arts à l’est, les sciences humaines au sud, la littérature à l’ouest et les sciences et techniques au nord. Des espaces plus intimes de consultation, prenant la forme de mezzanines fermées, ont également été aménagés.
Inauguré le 13 janvier 2017, l’ouvrage a été salué par la ministre de la Culture, pour qui il constitue « l’une des plus belles bibliothèques de France ». Conçue comme un lieu de vie, de rencontres et d’apprentissage, la bibliothèque est au croisement entre deux mondes, l’ancien et le nouveau. Et réaffirme la pérennité du livre, sans crainte du numérique. D’où la cohabitation paisible de ces 120 000 documents, constitués de livres physiques et de livres numériques, placés côte à côte le long des rayons du premier étage de la nouvelle bibliothèque de Caen.

 

 

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