La solidarité par l’économie

Cette économie du partage fête ses dix ans ce mois de novembre. Dix ans que des événements sont organisés partout en France pour promouvoir
auprès du grand public ce secteur conciliant solidarité, utilité sociale et économie…

«Forte de 10 % du PIB, de 2,3 millions de salariés et de plus de 12 millions de bénévoles, l’économie sociale et solidaire (ESS) incarne cette société de l’engagement qui ancre dans le réel nos valeurs républicaines, note Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire. Au cours de ces dix dernières années, l’ESS s’est imposée comme un modèle économique à part entière, bouleversant les codes de l’économie traditionnelle. Elle innove, recrute des talents, crée du lien social là où il n’y en avait plus. Et redonne un sens à notre travail individuel et collectif… »
Le Mois de l’ESS est un catalyseur d’identité mobilisation des acteurs locaux, régionaux, nationaux : co-organisation d’événements par plusieurs entreprises, réseaux, familles de l’ESS (près de 2000 événements en 2016, plus de 20 000 événements ces dix dernières années), affichage des événements et des organisateurs sous un logo commun, intégration des événements et des organisateurs dans un programme collectif. Propulseur de notoriété, il constitue une vitrine de l’ESS et permet d’accroître sa visibilité auprès des acteurs, des partenaires, des institutions, du grand public à travers notamment : des manifestations de toutes natures : portes ouvertes, visites d’entreprise, conférences, forums, formations, rendez-vous festifs ; des manifestations dans tous les secteurs d’activité : services à la personne, culture, sport, insertion, développement durable, entrepreneuriat ; une médiatisation locale, régionale et nationale.
L’organisation de l’édition nationale du Mois de l’ESS s’appuie sur un travail en région assuré par les chambres régionales de l’ESS (CRESS) : mobilisation des acteurs, recensement des événements potentiels et sélection ; appui à l’organisation de manifestations en région ; mobilisation de partenaires financiers régionaux pour la coordination et la promotion du Mois de l’ESS ; élaboration d’un programme régional du Mois ; élaboration et diffusion d’outils de communication (programmes, flyers, affiches, pages web…) ; organisation de la présentation publique ; animation des partenariats médias régionaux et locaux ; bilan régional.
Un travail national est assuré par le Conseil national des CRESS (CNCRESS) : appui méthodologique auprès des CRESS (collectif et individuel) ; recherche de financements nationaux pour la coordination et la promotion du Mois de l’ESS ; mobilisation de partenaires nationaux pour favoriser les initiatives en région ; recensement des manifestations d’envergure nationale ; élaboration et diffusion d’outils de communication : site dédié, flyers, affiches.

Soutenir les entreprises de l’ESS
L’économie sociale et solidaire incarne enfin un entrepreneuriat où l’humain prime sur le profit, où l’efficacité économique sert l’intérêt général. Pour accélérer le développement des entreprises de l’ESS, il est nécessaire de :
• libérer l’énergie des entreprises de l’ESS : l’établissement d’un pacte de consolidation et de croissance permettra de rassembler l’ensemble des mesures d’ordre fiscal, réglementaire et législatif pour accélérer la performance économique et l’impact social et environnemental des entreprises de l’ESS, quel que soit leur statut. Il encouragera également les coopérations et regroupements d’entreprises de l’ESS.
• encourager l’innovation sociale : la capacité d’innovation des acteurs de l’ESS de notre pays est insuffisamment reconnue et favorisée. Il faut leur permettre de renouer avec l’innovation qui est leur marque de fabrique, par exemple grâce à la création d’un « accélérateur national d’innovation sociale », soutenant l’incubation de projets.
• soutenir le modèle associatif : nous devons protéger et soutenir cette société de l’engagement. Mais les associations subissent aussi la réduction de la dépense publique qui conduit à fragiliser leur modèle économique et financier. L’amélioration de l’accès des associations aux différents modes de financement est une piste à envisager.
• encourager la finance solidaire : la finance solidaire pèse moins de 1 % des placements d’épargne des Français. Il faut développer de nouvelles synergies entre trois acteurs dynamiques : les philanthropes qui donnent pour soutenir l’intérêt général ; les acteurs de l’ESS qui entreprennent au service du bien commun et les fonds qui investissent dans des entreprises soucieuses de leur impact global.

L’économie sociale et solidaire incarne enfin un entrepreneuriat où l’humain prime sur le profit, où l’efficacité économique sert l’intérêt général.

Bonnes pratiques
Le « guide des bonnes pratiques de l’ESS » fait un tour de France : un événement dans chaque région pour promouvoir et sensibiliser les acteurs de l’ESS autour du guide ! Pendant quatre mois, le guide des bonnes pratiques de l’ESS est
« en tournée » dans plus de 15 régions françaises (métropole et outre-mer), au travers d’une vingtaine de manifestations.
La première étape de la tournée nationale de présentation du « guide des bonnes pratiques » de l’ESS s’est déroulée le 21 septembre à Montpellier. Le tour de France permettra de faire connaître cet outil aux acteurs de l’ESS locaux, de mettre en avant des initiatives de bonnes pratiques locales.
Les chambres régionales de l’ESS (CRESS) et leurs partenaires coconstruisent ces événements qui se dérouleront sur une demi-journée avec : une présentation du guide appuyée par un expert national membre du CSESS et illustrée par des exemples de pratiques locales ; des ateliers coconstruits par les CRESS et leurs partenaires pour permettre aux acteurs locaux de découvrir plus en détail le guide des bonnes pratiques.
Le guide est une nouvelle obligation juridique faite aux entreprises de l’ESS, introduite par l’article 3 de la loi du 31 juillet 2014, qui entre en application en 2017 pour les entreprises de plus de 250 salariés et en 2018 pour les autres. Il aborde huit thématiques (gouvernance, territorialité, développement durable…) permettant d’identifier des questionnements sur les pratiques des organisations de l’ESS. C’est un outil non normatif qui permettra de mieux connaître les usages existants. C’est également un appui méthodologique pour valoriser les pratiques des entreprises de l’ESS, illustrer des pistes d’actions pouvant être mises en place dans les structures. Il invite l’ensemble des parties prenantes de chaque organisation de l’ESS à avoir des réflexions et des outils d’évaluation communs. La démarche du guide doit être présentée à l’ensemble des salariés, ainsi qu’à l’assemblée générale de la structure une fois par an.
• Trois questions à…Marie-Martine Lips, présidente du Conseil national des chambres de l’Économie sociale et solidaire (CNCRESS)

Qu’est-ce que le CNCRESS ?
Si je devais parler du CNCRESS, je pense que je commencerais déjà par parler de l’ESS, parce que les deux sont indissociables. De nos jours, on nous parle beaucoup d’innovation sociale, d’impact social, d’utilité sociale. Tout ça, c’est présent dans l’ESS, c’est dans son ADN. Mais l’ESS, c’est beaucoup plus que ça. Les trois mots sont indissociables : économie, sociale et solidaire.
Économie parce qu’il faut être pertinent : il faut pouvoir monter des projets et être en capacité de les monter de façon efficace. C’est de l’économie au service du citoyen, au service du projet d’intérêt général.
Sociale, parce que derrière l’ESS il y a aussi la volonté de changer la société, d’avoir une société plus humaine. L’ESS ne peut pas être restreinte simplement à de la réparation.
Et puis solidaire, parce qu’avec tout ce qui nous attend, toutes les modifications que l’on va vivre dans les années à venir, tout ce qui concerne l’évolution de l’environnement, l’évolution technologique, etc. il va falloir aborder tout ça avec une visée solidaire : le faire ensemble, le faire en collectif.
Donc l’économie sociale et solidaire est une très vieille dame, elle existe depuis plus d’une centaine d’années, mais elle répond tout à fait aux évolutions que nous allons connaître autour de nous et que va connaître notre monde.

Quels sont les temps forts de l’ESS à venir ?
Le Mois de l’économie sociale et solidaire a aujourd’hui dix ans. C’est partir du constat que l’ESS n’est pas assez connue. Nous nous sommes dit à l’époque qu’il fallait être en capacité de montrer de façon concrète ce qu’était l’ESS. Que derrière le concept il y a des structures, des gens, des citoyens qui s’investissent et qu’il est important, au-delà des chiffres, de montrer la réalité de ce que cela produit sur un territoire.
Et c’est monté complètement en puissance, puisque nous comptabilisons plusieurs milliers d’événements par an en France : des portes ouvertes, des conférences, des films… Cela permet à n’importe qui de pouvoir venir voir ce qu’il se passe, de pouvoir prendre conscience de ce que l’ESS lui apporte dans son quotidien.

Marie-Martine Lips, présidente du Conseil national des chambres de l’Économie sociale et solidaire (CNCRESS)

Cette année, pour les dix ans, nous allons revenir un peu en arrière et montrer ce que nous avons fait depuis dix ans, mais aussi, on lance le Mois de l’ESS au ministère de la Transition écologique et solidaire puisque c’est maintenant à ce ministère que nous sommes rattachés. Cela permet de montrer en quoi l’ESS est indispensable à une transition écologique et solidaire.
Nous avons également participé pour la 4e année au Forum de l’ESS et de l’innovation sociale à Niort, grand rendez-vous. Et puis, après un mois entier de milliers de manifestations un peu partout sur le territoire, nous allons organiser la clôture pendant Les Journées de l’Économie Autrement, puisque l’ESS sait faire de l’économie autrement.
Quels défis l’ESS devra-t-elle relever dans le futur ?
Je suis persuadée que l’ESS de demain est en train de se construire dans les territoires. Elle sera sans doute différente : elle a toujours su évoluer, elle a toujours su s’adapter aux enjeux et aux défis qui étaient les siens, et j’en suis persuadée quand je vois les forces d’innovation, l’énergie, l’enthousiasme, qu’il y a sur les territoires. Nous sommes en train de reconstruire l’ESS de demain, avec les mêmes valeurs, la même force que ce qu’il s’est passé il y a un peu plus de 100 ans.

 

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