L’université engagée

L’université engagée

De très nombreux étudiants entrent dans le monde associatif, comme bénévoles ou dans le cadre d’une mission de service civique. Près des trois quarts des universités reconnaissent et valorisent ces initiatives.

Un décret vient compléter l’article 29 de la loi égalité et citoyenneté et généralise à tous les établissements d’enseignement supérieur la mise en place d’un dispositif de reconnaissance de l’engagement étudiant. Les dispositifs de valorisation de l’engagement étudiant existent déjà dans plus de 70 % des universités. Ils prennent des formes diverses : unité d’enseignement attribuant des crédits ECTS (European Credits Transfer Scale – Système européen de transfert et d’accumulation de crédits), inscription au supplément au diplôme, octroi de bonus…

Validations

À compter de la rentrée universitaire 2017-2018, tous les établissements d’enseignement supérieur devront mettre en place un dispositif de reconnaissance des compétences et aptitudes acquises dans le cadre d’une activité bénévole au sein d’une association. Seront également reconnus et valorisés, selon les mêmes modalités, les activités professionnelles, militaires dans la réserve opérationnelle, les engagements de sapeur-pompier volontaire, les missions de service civique ou de volontariat.

Cette validation peut prendre la forme d’une unité enseignement octroyant des crédits ECTS, d’une dispense, totale ou partielle, de certains enseignements ou stages relevant du cursus de l’étudiant, et sera accompagnée d’une inscription dans l’annexe descriptive au diplôme.

Ces dispositifs devront être définis par la commission de la formation et de la vie universitaire du conseil académique de l’université ou, à défaut, par l’instance en tenant lieu, dans un délai de deux mois après le début de l’année scolaire.

Ainsi ce décret dispose également que des aménagements des études devront être proposés aux étudiants fortement investis dans la vie associative (responsabilités au sein du bureau d’une association ou une mission de service civique), et qui peuvent porter sur l’emploi du temps, les modalités de contrôle des connaissances, la durée du cursus d’études ou peuvent prendre toute autre forme défi nie par les établissements.

Ces formes peuvent s’appuyer sur le développement de l’enseignement à distance et le recours aux technologies numériques, formalisés en écrit, signé par l’étudiant et le chef d’établissement. Ces mêmes dispositions s’adressent aux étudiants accomplissant une activité militaire dans la réserve opérationnelle, une activité professionnelle et aux étudiants élus dans les conseils des établissements et des centres régionaux des oeuvres universitaires et scolaires.

Exemple d’université qui soutient l’engagement étudiant

La Charte de la dynamisation de la vie associative à l’université a renforcé une dynamique de développement de l’engagement des étudiants. L’université Paris III Sorbonne Nouvelle accueille près de 18 000 étudiants et propose des formations dans les domaines des langues, des lettres, des arts et des sciences humaines et sociales. Plusieurs dizaines d’associations existent à l’intérieur de l’université. Par ailleurs, les étudiants sont également nombreux à s’investir dans des associations en dehors de l’établissement. Afin de soutenir cette vie associative foisonnante, l’université s’implique de plusieurs manières :

  • La mise en place d’Unités d’enseignement (UE) libre pour valoriser l’engagement associatif : comme dans près de 70 % des universités françaises, l’engagement associatif des étudiants est valorisé à travers une unité d’enseignement. À Paris III, deux UE sont mises en place : « valorisation de l’expérience associative » et « valorisation du service civique ». La première attribue deux crédits ECTS aux étudiants tandis que la seconde permet de valider deux UE de professionnalisation. Dans le cadre de l’UE « valorisation de l’expérience associative », les étudiants sont accompagnés à l’utilisation du portefeuille de compétences du ministère en charge de la Vie associative ;
  • Un statut pour les étudiants engagés dans la vie associative : Paris III est la première université française à reconnaître le temps passé par les étudiants qui s’impliquent dans une association par le biais d’un statut spécifique d’étudiant engagé. Inspiré du statut de sportif de haut niveau et complémentaire du statut d’étudiant entrepreneur, il permet des aménagements d’horaires ou de cours pour les étudiants très investis au niveau des instances dirigeantes des associations de l’université.
  • L’action du BVE : comme dans toutes les universités françaises, le BVE (Bureau de la vie étudiante) est un lieu ressource. Il aide les étudiants au montage de projets, encadre le FSDIE (Fonds de solidarité aux initiatives étudiantes) et assure une mise en réseau avec d’autres services de l’université et des partenaires de la vie étudiante (collectivités locales, Crous, structures culturelles…). Le BVE organise ainsi des événements tout au long de l’année sur des thématiques variées de vie étudiante, comme la semaine vie de campus, les départementales (concours étudiant de culture générale inter-composantes pédagogiques) ou un troc de livres ;
  • La semaine vie du campus : organisée tous les ans en début d’année scolaire, la semaine vie du campus est un temps fort permettant aux étudiants de découvrir les programmes d’activités du bureau de la vie étudiante et des services culturels et sportifs. Un espace est prévu pour que les associations de l’université puissent présenter leurs actions aux étudiants et les inciter à les rejoindre.
  • Le café de l’engagement : organisé par les étudiants de l’unité d’enseignement libre « valorisation de l’engagement étudiant », le café de l’engagement se déroule chaque fi n de semestre universitaire. Il permet la rencontre entre étudiants, associations d’universités et autres associations. Une vingtaine d’associations y viennent présenter leurs actions et proposer aux étudiants des missions de bénévolat.
Favoriser la rencontre entre étudiants, associations d’universités et autres associations.

Le portefeuille de compétences

Quand on est bénévole régulier au sein d’une association et investi dans son action quotidienne, il n’est pas toujours simple de prendre du recul par rapport à la mission qu’on y assume pour savoir la définir et la caractériser. C’est encore plus difficile quand on est conduit à le faire devant un acteur extérieur au monde associatif : examinateur, employeur…

Le portefeuille de compétences est un outil pour aider à présenter les valeurs démontrées à travers son expérience bénévole qu’un acteur extérieur peut identifier et reconnaître comme des qualifications. Il s’adresse à tout bénévole associatif, quels que soient son profil, le secteur d’activité dans lequel il est engagé, le type de sa mission, la durée de son engagement. La seule condition est qu’il ait assumé et pris en charge une mission spécifique pendant un certain laps de temps avec un assez grand degré d’autonomie. Comme il s’adresse également aux associations et à leurs responsables qui accompagnent les bénévoles dans la reconnaissance de leur engagement et qui souhaitent utiliser cet outil comme une des aides à l’accompagnement, la gestion et l’animation de leurs équipes.

L’historique du portefeuille de compétences : la Conférence de la vie associative du 17 décembre 2009 a souligné l’enjeu de la reconnaissance et de la valorisation du bénévolat dans la société et le fait que les associations n’étaient pas véritablement considérées comme des lieux d’acquisition de compétences professionnelles. Pour apporter un élément de réponse à cet enjeu, l’idée a été retenue d’élaborer un outil qui facilite la reconnaissance des compétences transversales portées par les expériences de bénévolat et qui en soit le vecteur et le témoin.

Le portefeuille a été réalisé par un groupe de travail composé de grandes associations de secteurs différents ainsi que d’experts ayant tous conduit une réflexion et réalisé des outils relatifs à la reconnaissance et à la valorisation des compétences des bénévoles (Animafac, Comité national olympique et sportif français, Conférence permanente des Coordinations associatives, Croix- Rouge, Fonda, France Bénévolat, Ligue de l’Enseignement, Mouvement rural de Jeunesse chrétienne, Direction générale de Pôle emploi et le sociologue Roger Sue). La coordination a été assurée par le ministère des Sports, de la Jeunesse, de l’Éducation populaire et de la Vie associative (direction de la jeunesse, de l’éducation populaire et de la vie associative).

Pour réaliser cet outil, les membres du groupe ont pris en compte l’européen « Assessing Voluntary Experiences : a portfolio of skills learned through volunteering », résultat d’un projet conduit dans le cadre du programme Leonardo da Vinci et auquel a participé, pour la France, notamment L’Iriv. Ils ont également mutualisé les conclusions de leurs outils respectifs pour aboutir à un support qui soit le fruit d’un consensus associatif.

Ce premier résultat a été testé ensuite par des bénévoles ayant des engagements variables en termes d’investissement, de secteurs, de tâches, etc. Les bénévoles qui l’ont expérimenté sont à la fois des membres des associations participant au groupe de travail mais aussi à d’autres pour vérifi er son caractère opérationnel pour tout bénévole de tout secteur. Ainsi, ont également participé au test, les bénévoles de l’Afev, Cotravaux, Dons solidaires, La Ligue contre le Cancer, les Scouts et Guides de France, Solidarités nouvelles face au Chômage, New European Teams. Les compétences recensées ont ainsi été validées par des associations de tailles et de secteurs différents. Le portefeuille consolidé est mis à la disposition de tous depuis novembre 2011 et a été actualisé en 2013. Il est largement diffusé auprès des bénévoles et des associations. Il est également utilisé par certaines universités qui le fournissent comme support à leurs étudiants inscrits dans des unités d’enseignement « Engagement associatif ». Il a enfin été soumis à un groupe de grandes entreprises françaises qui l’ont considéré comme particulièrement utile.

 

La loi relative à l’égalité et à la citoyenneté

Cette loi est issue des comités interministériels « Égalité et citoyenneté » de 2015, vise, par son titre premier, à favoriser l’engagement au service de l’intérêt général. Parmi les dispositions majeures en faveur de l’engagement se trouvent :

  • la création de la réserve civique qui offre à toute personne volontaire la possibilité de servir les valeurs de la République en participant, à titre bénévole et occasionnel, à la réalisation de projets d’intérêt général ;
  • l’élargissement du service civique afin que les volontaires puissent effectuer leur mission auprès d’un service d’incendie et de secours, et bénéficier de la formation initiale de sapeur-pompier volontaire. Elle élargit également les possibilités d’agrément de service civique aux organismes HLM, sociétés publiques locales, entreprises détenues à 100 % par l’État. Enfin, cette loi permet aux étrangers et aux réfugiés (en conformité avec les nouveaux titres de séjour du Ceseda) d’avoir accès à ce dispositif ;
  • la mise en place d’un congé d’engagement, ouvert à tout dirigeant associatif bénévole, par ailleurs salarié de droit privé, de droit public ou fonctionnaire. Ceux-ci pourront disposer de temps pour exercer leurs fonctions grâce à un congé non rémunéré de 6 jours maximum, fractionnable en demi-journées ;
  • la reconnaissance systématique de l’engagement dans les formations de l’enseignement supérieur, par le biais de la généralisation des unités d’enseignement « engagement associatif » et l’attribution de crédits du système européen de transfert et d’accumulation de crédits (European Credits Transfer System – ECTS). La loi prévoit aussi des aménagements dans l’organisation et le déroulement des études pour les étudiants exerçant des responsabilités dans une association ;
  • l’inscription dans la loi du 1er juillet 1901 de la possibilité pour les mineurs d’adhérer librement à l’association de leur choix, et la possibilité pour tout mineur de créer et d’administrer une association, et ce sans autorisation parentale préalable à partir de 16 ans.

 

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