Ralentir pour vivre

Ralentir pour vivre

Évaluation de l’abaissement de la limitation de vitesse à 80 km/h.

En janvier 2018, Édouard Philippe, premier ministre d’alors, réunissait le Comité interministériel de la sécurité routière et annonçait 18 mesures fortes, dont la mise en place de la baisse de la vitesse autorisée, de 90 à 80 km/h sur les routes à double sens sans séparateur central à compter du 1er juillet suivant. Synthèse quelque deux ans après.

Diminution du nombre de personnes tuées
Sur les 20 mois consécutifs à la mise en œuvre de la mesure, le nombre de vies épargnées s’élève à 349, par rapport à la moyenne des cinq années précédentes 2013-2017 prises en référence. Cette baisse sensible de la mortalité routière n’est observée que sur le réseau concerné par l’abaissement de la vitesse autorisée. Sur le reste du réseau, la mortalité routière a augmenté par rapport à la période de référence (+ 48 décès).
Concernant les accidents corporels, le Cerema (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement) observe que la mesure n’a pas eu d’impact sur leur nombre, qui est resté équivalent à la période de référence, mais a eu un effet sur leur gravité, le nombre de personnes tuées rapporté au nombre d’accidents sur le réseau considéré ayant baissé de 10 %.

Un effet mineur sur les temps de parcours : 1 seconde par kilomètre parcouru
Le Cerema, qui s’est principalement intéressé aux trajets domicile-travail, a observé via l’application Google Maps et l’utilisation de traces GPS historiques, l’évolution des temps de parcours avant et après l’entrée en vigueur de la mesure. L’allongement des temps de trajet est en moyenne de 1 seconde par kilomètre. Dans 19 % des cas, il a observé non pas une perte de temps, mais un gain.

Réduction des vitesses
Le suivi des vitesses pratiquées en continu depuis mai 2018 sur un échantillon de routes à double sens de circulation et sans séparateur central fait état d’une baisse de 3,3 km/h des vitesses moyennes de l’ensemble des usagers. À l’instar de l’expérimentation conduite entre 2015 et 2017 sur les routes nationales, les vitesses moyennes pratiquées ont davantage baissé les premiers mois (4,5 km/h de moins) puis ont légèrement remonté pour ensuite se stabiliser sur la durée.
Ainsi, en décembre 2019, 58 % des conducteurs de véhicules légers circulaient encore au-dessus de 80 km/h, dont 23 % au-dessus de 90 km/h.
Le Cerema n’a pas constaté d’impact négatif de la mesure sur la fluidité du trafic, et notamment pas d’augmentation du nombre de « pelotons », c’est-à-dire de voitures agglutinées derrière un poids lourd.

Une économie pour la société
Le Cerema s’est livré à une comparaison des coûts induits par l’abaissement de la vitesse, et notamment l’allongement des temps de parcours, et des gains financiers, notamment produits par la diminution des accidents, mais aussi par la moindre consommation de carburant. La mesure permet ainsi à la société française d’économiser 700 millions d’euros sur une année.

L’acceptabilité sociale de la mesure
Depuis le 1er juillet 2018, sur un échantillon de plus de 3 000 personnes : 30 % des Français y étaient favorables en avril 2018, ils sont aujourd’hui 48 % (en juin 2020). L’évolution est également favorable pour les personnes habitant en zone rurale : aujourd’hui 40 % se disent favorables à la mesure. L’évolution positive a été la plus marquée parmi les personnes « tout à fait opposées » en 2018 : elles étaient 40 % en avril 2018 et elles sont 20 % en juin 2020.
Enfin, la mesure fait l’objet d’une adhésion très différente entre les hommes et les femmes : seuls 44 % des hommes y sont favorables (56 % y sont opposés) alors que les femmes y sont majoritairement favorables 53 % (contre 47 % qui y sont opposés).

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Dans le cadre de la mise en œuvre de la limitation à 80 km/h sur les routes bidirectionnelles sans séparateur depuis le 1er juillet 2018, la Direction de la Sécurité routière a missionné le Cerema pour réaliser l’évaluation de cette mesure. Le rapport final de l’évaluation est disponible sur www.cerema.fr. Il présente les résultats de l’évaluation de la mesure 80 km/h, en juillet 2020, sur quatre thématiques : les vitesses pratiquées, l’accidentalité, l’acceptabilité et les effets sociétaux. Un calcul socio-économique a également été réalisé.