Contre les feux de forêt

Contre les feux de forêt

Pour la 3e année, le ministère de la Transition écologique et solidaire, en lien avec le ministère de l’Intérieur et le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, se mobilise pour prévenir et anticiper le départ des feux de forêt. En 2020, elle évolue en étant étendue à toute la France métropolitaine et à l’ensemble des feux de végétation et de forêt.

Chaque année, les feux de forêts ont des conséquences dramatiques sur l’homme et la nature. En France, les zones les plus touchées par ces incendies sont des réservoirs de biodiversité d’une grande richesse et sont invariablement mises en danger, tous les étés. En 2019, ce sont 15 000 hectares d’écosystèmes végétaux et animaux qui ont été réduits en cendres. Ces incendies contribuent à la pollution de l’air et menacent l’attractivité de ces régions. Du fait du réchauffement climatique, ces incendies peuvent se faire plus fréquents, plus intenses, et moins localisés.

Neuf départs de feux de forêt sur dix sont d’origine humaine
Toute la France métropolitaine concernée
Les régions les plus touchées par les incendies de forêt se trouvent dans la moitié sud du pays (32 départements les plus touchés). La zone de la Méditerranée est l’un des 34 points chauds de la biodiversité, aujourd’hui reconnus dans le monde entier pour leur richesse écologique en espèces naturelles mais également très menacés, notamment par le risque incendie. Même si c’est à un moindre degré, les autres régions sont également exposées aux feux de forêt.
L’été 2019 a exposé la moitié nord de la France à des feux inhabituels, tout espace naturel confondu. En 2019, des départements de tout le pays ont été touchés par les feux de végétation. Ces incendies ont surtout détruit des cultures, des friches, des chaumes et se sont dans certains cas propagés aux forêts. Le phénomène a touché, le 3 juillet, 165 ha de cultures sur pied et végétation, dont 70 ha à Benet en Vendée. Il s’est poursuivi jusqu’au 14 septembre avec notamment 2 feux et 850 ha de chaumes dans l’Indre. Le 26 juillet, alors que la canicule était à son maximum, au moins 50 feux impactaient le territoire. L’Eure-et-Loir avec 1 400 ha et l’Eure plus de 1 000 ha ont été particulièrement impactés.
En forêt, entre le 11 juillet et le 4 août, il y a eu 36 feux (489 hectares) dans les départements hors zone méditerranéenne puis, du 31 août au 20 septembre, 26 feux représentant 800 hectares brûlés.
En 2020, les conditions météorologiques nécessitent de redoubler de prudence. Ces conditions (sécheresse, température et vent) ont une forte influence sur la sensibilité de la végétation au feu et sur la propagation une fois le feu déclenché. Or, les douze mois de juin 2019 à mai 2020 ont été particulièrement chauds, avec un excédent moyen de 1,8 degré par rapport aux températures normalement attendues. Le déficit important du printemps 2020, associé à des épisodes venteux répétés a conduit à un assèchement des sols superficiels sur une très grande partie du territoire. La tendance pour les mois de juin-juillet-août 2020, publiée par Météo-France, fait état de températures au-dessus des normales climatiques sur la plus grande partie de la métropole à l’exception de la Bretagne et du littoral des Hauts de France qui pourraient bénéficier de l’influence océanique et un déficit en précipitations est attendu sur la moitié sud de la France.

Les chiffres clés en Europe
Parmi ses voisins européens, la France se place en bonne position dans la gestion du risque incendie. Cela est dû notamment à son système de prévention et de lutte efficace. En moyenne sur la période 1980-2018, les feux de forêt en Europe ont représenté par année :
• au Portugal: 18025 feux et 116 894 ha ;
• en Espagne : 14 566 feux et 158 834ha ;
• en Italie: 8970 feux et 105 104 ha ;
• en France: 4663 feux et 24 200 ha ;
• en Grèce: 1432 feux et 43 351 ha.
Parmi ces cinq pays, le Portugal a été le plus touché en 2018 en termes de surfaces brûlées (44 578 ha, soit 41 % du total), mais aussi en nombre de feux avec un total de 12 273 feux. Le Portugal était également le pays le plus touché en 2017, et la France lui avait apporté son concours pour lutter contre les incendies. Depuis 2017, le Portugal et l’Espagne ont décidé de ne plus faire de distinguo entre feux de forêt et feux d’autres espaces végétalisés et de parler de feux ruraux ou d’espaces naturels. On peut aussi parler de « feux de végétation », ce vocable balayant les feux de forêt comme les feux agricoles en passant par les feux de friches, de talus, de landes, etc. Tout type de végétation est, en effet, soumis à ce risque.
En France métropolitaine, en moyenne sur la période 2007-2019, 3 600 incendies emportent 11 400 ha de forêt par an. En 2019, il y a eu près de 3 000 feux et 15 000 ha de forêts brûlées. Sur les 5 488 ha brûlés hors des 32 départements les plus à risques, 1 970 ha ont impacté des forêts : les feux parcourent très largement les espaces naturels moins forestiers.

Comment les feux sont-ils déclenchés ?
90 % des départs de feux sont d’origine anthropique : l’activité humaine est la principale cause de déclenchement d’incendies, que ce soit du fait d’une activité économique (chantiers de BTP, activités agricoles, dilatation des câbles électriques…) ou bien d’une activité du quotidien (mégots de cigarettes, barbecues ou feux de camp, incendie de véhicules ou de poubelle…). La moitié de ces feux d’origine anthropique est due à des imprudences ou des comportements dangereux. Ces imprudences sont aussi bien le fait des touristes que des riverains.
• 80 % des feux se déclenchent à moins de 50 mètres des habitations : ils découlent des imprudences liées aux diverses activités de loisir (pique-nique, etc.) qui se déroulent souvent à proximité de parking, aux abords des forêts. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, peu d’imprudences ont lieu au cœur des forêts.

Le changement climatique, un facteur aggravant du risque incendie
Avec les effets du changement climatique, les zones exposées aux risques incendies devraient s’étendre et remonter vers le nord-ouest en France métropolitaine (Pays de la Loire, Centre-Val de Loire et Bretagne). Dans les zones déjà touchées, les risques d’incendie pourraient s’étendre à la moyenne montagne.
Il est également probable que la saison des incendies de forêt s’allonge dans l’année, passant ainsi de 3 mois actuellement à 6 mois dans un avenir proche. Les incendies devraient être plus intenses et plus rapides compte tenu des sécheresses accrues. Ainsi, l’augmentation de grands feux entraînant une répétition du passage des incendies sur de courtes périodes (tous les 10 à 20 ans) pourrait entraîner de fortes régressions des peuplements forestiers dans les régions les plus exposées.
Le second Plan national d’adaptation au changement climatique pour la période 2018-2022, présenté le 20 décembre 2018 fait de la prévention de l’incendie un axe fort.
La vulnérabilité des territoires exposés est susceptible de s’accroître avec le changement climatique dans la mesure où l’on s’attend à ce que certains événements extrêmes météorologiques deviennent plus fréquents, plus répandus ou plus intenses.
L’ampleur des risques encourus dépend, plus que jamais, des choix réalisés en matière de développement et d’aménagement du territoire.
Vers 2040, les dérèglements climatiques accentueraient les épisodes de feux en période estivale. Les conditions de l’été 2003, à savoir une sécheresse extrême conjuguée à une canicule intense et durable, pourraient se retrouver statistiquement une année sur 4 dans les territoires méditerranéens. Les situations d’altération durable de la végétation résultant de feux et sécheresses répétés seraient dès lors encore plus répandues.
Vers 2060, les conditions climatiques deviendraient défavorables à certaines espèces végétales de ces régions, ce qui pourrait induire des dépérissements généralisés et un accroissement du risque incendie.

Une campagne de prévention et de sensibilisation pour 2020
Les impacts des feux de forêt
Les incendies ont un impact majeur sur les espaces naturels, car chaque incendie de forêt détruit tout ou partie des animaux et végétaux sur son passage. Seuls les grands mammifères et certains oiseaux arrivent à s’enfuir à l’approche du front de feu.
Tout incendie a un impact immédiat sur les principales fonctions de la forêt :
• environnementale : atteinte à la biodiversité et aux paysages ;
• économique : perte de valeur et de production de bois, impact sur les activités économiques et touristiques ;
• sociale : accueil du public, chasse ;
• prévention d’autres risques : aggravation du risque de chutes de pierres, de glissements de terrain, de l’érosion, de crues torrentielles, des avalanches en montagne, ainsi que la moindre fixation du sable dans les dunes littorales boisées ;
• sanitaire : les fumées et les cendres dégagées par l’incendie dégradent la qualité de l’eau et de l’air ;
• protection générale : les conséquences de la disparition ou de la réduction de la surface forestière amènent une moindre régulation du régime hydrique, un amoindrissement de l’épuration de l’air ainsi que du stockage du carbone.

Les trois grands objectifs de la campagne
La prévention du risque « incendie » passe avant tout par des comportements responsables. Bien que des acteurs locaux, très impliqués, mènent des actions de prévention récurrentes, certains conseils et bons comportements méritent encore d’être diffusés et rappelés.
C’est pourquoi le ministère de la Transition écologique et solidaire, en lien avec le ministère de l’Intérieur et le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, relance une campagne nationale de sensibilisation et de prévention du risque incendie. Le but est de diffuser les conseils à suivre face au risque de feux de forêt, tant pour veiller à ne pas être la cause d’un départ de feu que pour s’en protéger. Elle vise ainsi 3 grands objectifs :
• réduire les départs de feux accidentels ;
• agir pour limiter la propagation des feux ;
• adopter les bons réflexes de sauvegarde.
Dans le contexte des changements climatiques, la campagne 2020 est étendue à l’ensemble du territoire national.
Les massifs forestiers dans l’est de la France, affaiblis par des sécheresses répétées, des attaques de parasites tels que les scolytes. Dans le sud de la France, des chênes kermès ont subi la canicule de 2019. Les chênes en région Centre sont également soumis à l’association sécheresse-canicule. La Bretagne, la région Centre ou encore les Hauts-de-France, qui étaient jusqu’à présent hors du périmètre de la campagne, ont été touchés en 2019, notamment par des feux dans les cultures.

Les recommandations
Respecter les règles édictées localement est bien sûr la première des mesures de prévention. Les interdictions d’accès aux massifs en période de danger sévère (forts vents, sécheresse) sont indiquées par affichage du préfet ou du maire à l’entrée des massifs.
En période de risque, le plus souvent de juin à octobre, la présence dans les massifs de randonneurs et de promeneurs augmente les risques : elle peut se traduire par des départs de feu au cœur des massifs, d’autant plus dangereux qu’ils se produisent loin de pistes et de routes nécessaires à la lutte et l’arrivée rapide des intervenants, au plus près du départ de feu.
Les usagers (à pied ou à vélo) peuvent se retrouver piégés par le feu et la rapidité du développement de l’incendie peut les empêcher d’atteindre des zones de repli et de sécurité. La présence de ces personnes en forêt nécessiterait une priorisation des missions de sauvetage et de secours, qui pénaliserait d’autant la lutte active contre la propagation de l’incendie.
Si ces gestes de prévention concernent l’été, période à fort risque, la prévention des incendies doit également se faire tout au long de l’année, avec notamment :
• le débroussaillage de son habitation : un terrain débroussaillé permet au feu de passer sans provoquer de grands dommages et facilite le travail des sapeurs-pompiers. Le code forestier institue des obligations légales de débroussaillement dans 32 départements du sud de la France (article L 133-1) :
– obligation de débroussailler sur 50 mètres tous les abords de constructions lorsqu’elles se trouvent dans, ou à moins de 200 mètres d’une forêt ou d’un espace naturel ;
– les voies d’accès doivent être libérées ;
– suppression des arbres et branches situés à moins de 3 mètres des maisons ;
– élimination des arbres et plantes mortes ou malades ;
– obligation d’élaguer les arbres et de laisser 3 mètres en deux houppiers ;
– suppression des arbustes sous les arbres et évacuation des végétaux coupés, en les portant en déchetterie ou en les broyant.
• La préparation et l’adaptation de sa maison : la conception d’un bâtiment, de par ses aménagements et son entretien, permet de le rendre moins vulnérable à l’incendie :
– une maison construite en dur constitue le meilleur refuge lors d’un incendie de forêt, à condition qu’elle respecte une série de consignes et de règles de construction et de sécurité. Des matériaux durables peuvent également être employés ;
– les ouvertures, qui constituent souvent le point d’entrée du feu dans l’habitation, doivent être en bois plein ou en aluminium, le PVC devant être écarté ; l’étanchéité des ouvertures à l’air et aux fumées est impérative ;
– les toitures doivent être régulièrement nettoyées, afin d’éviter que ne s’accumulent des feuilles et des aiguilles, y compris dans les gouttières et les angles. Le PVC doit être impérativement évité pour les gouttières ;
– les aérations doivent être équipées de grillages à mailles très fines, afin d’éviter l’entrée de brandons, qui pourraient mettre le feu à l’intérieur de la maison ;
– au-delà de la maison proprement dite, il convient d’éloigner d’au moins 10 mètres de l’habitation les tas de bois, cannisses, abris de jardin, haies, objets divers, et de façon générale tous les vecteurs potentiels du feu. Les citernes de gaz et de fioul doivent en outre être enterrées quand cela est possible. Un guide relatif aux aménagements des haies à proximité des habitations a été rédigé à l’initiative de l’ONF, lequel précise le degré de sensibilité des différentes espèces ornementales.