La donation de Lartigue

La donation de Lartigue

Une exposition de photographies de Jacques-Henri Lartigue est ouverte au public jusqu’au 17 janvier 2020, au ministère de la Culture. Immanquable.

À l’occasion des quarante ans de la donation de l’artiste, le ministère de la Culture accueille une exposition conçue par la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine (service à compétence nationale relevant du service du patrimoine au ministère de la Culture, Direction générale des patrimoines), affectataire de la collection, et l’association des Amis de Jacques-Henri Lartigue, qui la diffuse et la valorise. Celle-ci vise à montrer, sous son apparente facilité d’appréhension, la grandeur et la complexité de l’œuvre de Jacques-Henri Lartigue. Elle tend également à éclairer le public sur différents aspects du travail de valorisation, notamment celui de l’inventaire, invisible pour le spectateur, mais fondamental pour une collection.

La donation
En 1979, fait notable dans le paysage culturel français, Jacques-Henri Lartigue (1894-1986) signe le premier de trois actes de donation et devient le premier photographe français à faire don de l’ensemble de son œuvre à l’État. Négatifs, tirages, dessins, archives papier, bibliothèque forment un corpus cohérent indispensable à la compréhension de l’œuvre d’un photographe, ce que Jacques-Henri Lartigue, le premier, a bien compris. Il en confie la gestion à l’association des amis de Jacques-Henri Lartigue, dite Donation Lartigue, avec laquelle la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, affectataire du fonds, travaille à sa conservation et à sa diffusion. À sa mort, en 2000, Florette Lartigue, dernière épouse du photographe, fait don du reste des archives photographiques de son mari à l’association des amis de Jacques-Henri Lartigue, enrichissant encore cet ensemble remarquable (dessins, papiers personnels, argus de presse, albums et photographies de collection). Elle lègue par ailleurs son patrimoine à la Fondation de France qui soutient, à travers la Fondation Jacques-Henri Lartigue, les actions de la Donation et les initiatives de chercheurs et créateurs. Pour célébrer le 40e anniversaire de cette donation, vingt images emblématiques ont été sélectionnées, ainsi que des pièces d’archives rarement montrées. Six images moins connues, mais révélatrices de la recherche artistique du photographe, illustrent par ailleurs le travail de la Donation Lartigue.
La donation comporte 135 albums personnels renfermant plus de 40 000 tirages, 120 000 négatifs et diapositives, 9 appareils photographiques, 20 toiles peintes, le reste de l’œuvre peint étant légué au musée de L’Isle-Adam (Val-d’Oise)… et l’ensemble des manuscrits ayant servi à la publication de ses trois volumes de mémoires.

Repères biographiques
Né à Courbevoie le 13 juin 1894, Jacques-Henri Lartigue commence à photographier son univers encore enfant, dessine et tient des agendas. Il est particulièrement marqué par le cinématographe et les inventions aéronautiques. À partir des années 1920, il vit surtout de sa peinture, réalisant des portraits mondains, des motifs décoratifs et des décors de galas.
Son activité de photographe, qu’il tente de professionnaliser à quelques reprises, ne décroît pas pour autant. Son entourage, composé d’artistes de théâtre et de cinéma, mais aussi ses épouses successives (Madeleine Messager, 1919, Marcelle Paolucci, 1934, et Flore Orméa, 1945), son fils Dany et la très photogénique mannequin Renée Perle (1930-1932), lui offrent des modèles pleins de charme et d’élégance.
Dans les années 1950, la presse catholique lui fournit ses premières parutions régulières. Il est également publié dans Point de vue, Images du monde. L’agence Rapho diffuse ses clichés pour diverses illustrations (pochettes de disques, calendriers). Lartigue accède au rang de maître de la photographie en 1963 grâce à l’exposition que le Museum of Modern Art de New York consacre à ses images de la Belle Époque. La presse de mode et de décoration lui passe alors des commandes et la fréquentation de photographes de renom stimule sa production.
Son œuvre est marquée par la parution de quelques ouvrages personnels, dont Un album de famille à la Belle Époque (Lausanne, 1966) et Diary of a Century, édité par Richard Avedon et Bea Feitler (New York, 1970, et Paris, 1973, sous le titre Instants de ma vie). Ceux-ci l’ancrent dans une pratique amateur à succès, celle de l’album. Trois volumes de mémoires, rédigés d’après ses journaux, sont en outre publiés de
1975 à 1986. Choisi pour réaliser la photographie officielle du président Giscard d’Estaing en 1974, il est exposé au pavillon de Marsan l’année suivante et donne ses archives photographiques à l’État à partir de 1979. En 1980, l’association des Amis de Jacques-Henri Lartigue présente au Grand-Palais la première d’une longue série d’expositions, Bonjour Monsieur Lartigue. Il s’éteint à Nice le 12 septembre 1986.

Pendant une séance de prise de vue pour Vogue, Château de Versailles, d’après une diapositive 24 x 36 mm, recadré selon l’album de 1980.

La mémoire dans tous ses états
Au cœur de la donation Jacques-Henri Lartigue, les albums photographiques constituent un ensemble spectaculaire. En 2003, ils étaient au centre d’une importante rétrospective consacrée à son œuvre par le Centre Georges-Pompidou sous le titre Lartigue, L’album d’une vie (1894-1986). L’auteur a en effet consigné dans 126 albums (14 300 pages), du premier, aux alentours de 1900, à celui, posthume, de 1986, des images couvrant plus de 85 ans de vie. Composés et recomposés à plusieurs reprises, les albums témoignent du travail de mise en page et de sélection des images. La comparaison avec les négatifs, également conservés à la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, permet de constater le recadrage des photographies.
Chronique familiale, intime parfois, mais où éclatent par séries les travaux d’un artiste aux prises avec son époque, ce « journal photographique » pousse à l’extrême le concept de l’album amateur. Lartigue y trouve, selon la formule de Michel Frizot, « en marge de la peinture, du journal et des prises de vue, comme une quatrième voie de l’expression ». Impressionnante par sa masse et sa diversité, cette représentation de l’artiste et du monde qui l’entoure couvre aussi un pan non négligeable de notre histoire et de celle de la photographie du XXe siècle.
À côté d’un exemplaire de ces précieux albums, des fac-similés de pages d’agendas, dont les premiers remontent aux années 1910, mais aussi de feuillets d’un journal tenu jusqu’en 1986 et plusieurs pièces d’archives permettent d’appréhender la variété des ressources accessibles à la Donation Lartigue.

Travail scientifique et diffusion grand public
Des 120 000 matrices (négatifs et diapositives) de Jacques-Henri Lartigue conservées, près de 45 000 sont réalisées en couleurs : stéréoautochromes, diapositives de différents formats ont successivement été les supports de ses recherches visuelles ou de commandes. En 2017, un nouveau plan de valorisation de la collection est initié par la Donation Lartigue. Débuter celui-ci par l’inventaire des 12 000 diapositives de format 6 x 6 cm en couleurs est un choix lié à l’instabilité chimique du support. Si un certain nombre d’entre eux ont été montrés dans l’exposition La vie en couleurs (Paris, MEP, 2015), un inventaire exhaustif puis une numérisation en permettront une meilleure conservation. Ce travail de fond, soutenu par la Fondation Jacques-Henri Lartigue abritée par la Fondation de France, met à jour la façon de travailler du photographe, reconstitue les séries photographiques et fait prendre conscience de la réflexion au moment de la prise de vue. Six tirages argentiques modernes, réalisés en tenant compte du cadrage des tirages des Albums, montrent la multiplicité et la richesse du travail en couleurs de Lartigue et révèlent plus encore la manière dont l’artiste, en phase avec les imaginaires contemporains, nous plonge dans le sien et construit le nôtre.

Cartels de l’exposition
Les photographies présentées sur les cimaises sont toutes des tirages modernes réalisés d’après les négatifs et recadrés à l’identique des tirages des Albums.

Hall d’accueil
• « Dans ma chambre, collection de mes autos de course », Paris, 1905, d’après un négatif stéréoscopique sur verre 6 x 13 cm.
• Le ZYX 24 s’envole, Rouzat, septembre 1910, d’après un négatif sur verre 9 x 12 cm. Les inventions dans la propriété familiale de Rouzat à Beauregard Vendon (Puy-de-Dôme), souvent conçues par le frère aîné de Lartigue, Maurice surnommé Zissou, ont été les sujets de nombreuses photographies des années 1910. L’image a été choisie pour illustrer l’affiche de l’ouverture du musée d’Orsay en 1986.
• Champ de courses d’Auteuil, Paris, 1911, d’après un négatif sur verre 9 x 12 cm.
• Un extraordinaire virage de Garros sur Blériot, Issy-les-Moulineaux, 15 mai 1911, d’après un négatif sur verre 9 x 12 cm. La photographie est parue en couverture de la revue La vie au grand air du 10 février 1912.
• Zissou, Rouzat, 1911, d’après un négatif sur verre 9 x 12 cm. La bouée en caoutchouc prolongée par des jambes, que Lartigue nomme le bateau-pneu, était un curieux accessoire utilisé pour la pêche aux canards.
• Course de bobs, Rouzat, septembre 1911, d’après un négatif sur verre 9 x 12 cm. La série des « bobs », karts sans moteur, témoigne de l’intérêt porté par Lartigue et ses proches aux sports à sensation. Le photographe trouve ici un sujet idéal pour rendre la vitesse, en accentuant les effets grâce au recadrage.
• Grand Prix de l’Automobile Club de France ou « L’automobile déformée », 1913, d’après un négatif sur verre 9 x 12 cm. La photographie se trouve dans l’album de 1912, mais le véhicule Schneider représenté aurait couru en 1913. L’image, d’abord considérée comme ratée, est devenue une icône de la représentation de la vitesse en photographie. Précédée dès les années 1900 par de nombreux archétypes dans la presse sportive, Lartigue réalise néanmoins ici l’image parfaite : flou, déformation, netteté du coureur et sortie du cadre.
• Entraînement de Suzanne Lenglen, Nice, novembre 1915, d’après un négatif stéréoscopique sur verre 6 x 13 cm.
• Salah Madi, un ami de Lartigue, Biarritz, août 1918, d’après un négatif stéréoscopique sur verre 6 x 13 cm.
• Salah Madi, Rocher de la Vierge, Biarritz, août 1927, d’après un négatif sur verre 6 x 13 cm. La vision panoramique est rendue grâce à une fonction particulière d’un appareil photographique initialement conçu pour prendre des photographies stéréoscopiques.
• Madeleine Messager dite Bibi, Eden Roc, 1920, d’après une plaque autochrome stéréoscopique 6 x 13 cm. Lartigue réalise des photographies en couleurs dès 1912. Madeleine Messager, sa première épouse, figure sur 38 des 86 plaques autochromes conservées.
• Voyage de noces avec Madeleine Messager, Hôtel des Alpes, Chamonix, janvier 1920, d’après un négatif stéréoscopique sur verre 6 x 13 cm. S’inscrivant dans la tradition du peintre se représentant en action, Lartigue réussit, grâce à la construction de son image, à mettre l’intime à distance.
• « L’ombre et le reflet », Bibi, Hendaye, août 1927, d’après un négatif sur verre 6 x 13 cm. Sujet fétiche, le parasol à idéogrammes chinois a inspiré Lartigue dans plusieurs séries tout au long des années 1920.
• Renée Perle, Chambre d’Amour, Anglet, août 1930, d’après un négatif souple 9 x 15 cm. Avec la fréquentation deux années durant du mannequin d’origine roumaine Renée Perle, Lartigue trouve un idéal plastique répondant à la perfection graphique de ses images.
• Lors du tournage du film Les aventures du Roi Pausole, Cap d’Antibes, 1932, d’après un négatif souple 9 x 15 cm. Pour le tournage des Aventures du roi Pausole, une production d’Alexandre Granowski adaptée du roman de Pierre Louÿs, Lartigue effectue du repérage dans les villas de la Côte d’Azur, une partie du casting et des photographies pour la presse.
• Marcelle Paolucci dite Coco, seconde femme de Lartigue, André Haguet et Dany Lartigue, forêt de Rambouillet, 3 avril 1938, d’après un négatif souple 6 x 6 cm. Dany Lartigue (1921-2017), fils du photographe et de Madeleine Messager, est photographié ici en compagnie de sa belle-mère et d’un cousin proche de son père dans une chasse aux papillons dont des images seront publiées l’année suivante.
• Florette Lartigue, Agay, 1954, d’après un négatif souple 6 x 6 cm. À partir de 1942, Flore Orméa, dite Florette, troisième et dernière épouse du photographe, devient un sujet permanent dans l’œuvre et la vie de Lartigue.
• Londres, juillet 1967, d’après un négatif souple 24 x 36 mm. À partir des années 1960, Lartigue réitère les instantanés d’élégantes s’inspirant de sa propre pratique du début du XXe siècle et la « street-photography » qui se développe dans la seconde moitié du siècle.
• Hiro photographie trois robes de Courrèges, studio de Harper’s Bazaar, Paris, janvier 1969, d’après un négatif souple 24 x 36 mm.
• Opio, janvier 1976, d’après une diapositive 24 x 36 mm.

Grand Prix de l’Automobile Club de France ou L’automobile déformée, d’après un négatif 9 x 12 cm sur verre recadré selon l’album de 1912.

Salle 1
Album photographique de l’année 1938. Les albums des années 1930 renferment des images particulièrement composées, qu’il s’agisse de photographies de son environnement familial ou de premiers travaux professionnels publiés dans la presse comme « la chasse aux papillons » ou « le ski nautique » (voir diaporama).
• Trois tirages argentiques originaux de différents cadrages, « Bichonnade aussi saute pour mes instantanés… », Paris, rue Cortambert, 1905.
• Fac-similé de la lettre de remerciement du Président Valéry Giscard d’Estaing, datée du 11 septembre 1979.
• Fac-similés de pages d’agenda de l’année 1911.
• Fac-similés de feuillets tapuscrits du journal de l’année 1926.
• Fac-similés de feuillets manuscrits du journal de l’année 1981.

Salle 2
• Florette Lartigue, Paris, 1946, d’après une autochrome souple 6 x 6 cm. L’inventaire des diapositives de format 6 x 6 cm couleurs a permis de mettre au jour quatre rares autochromes sur support souple, dont ce portrait de Florette. Les premières photographies en couleurs (1912-1928) ont été réalisées sur des plaques de verre et sont visibles sur le site www.pop.culture.gouv.fr (recherche : Lartigue, Jacques-Henri).
• Grand prix de Monaco, 1956, d’après une diapositive 6 x 6 cm.
• Défilé de mode, palais d’Orsay, avril 1972, d’après une diapositive 24 x 36 mm.
• Las Vegas, 1972, d’après une diapositive 6 x 6 cm.
• Lors de la photographie présidentielle pour le septennat de Valéry Giscard d’Estaing, août 1974, d’après une diapositive 24 x 36 mm.
• Pendant une séance de prise de vue pour Vogue, Château de Versailles, 1980, d’après une diapositive 24 x 36 mm.

40e anniversaire de la Donation Lartigue, jusqu’au 17 janvier 2020, ministère de la Culture., 182 rue Saint-Honoré, Paris 1er. Du lundi au vendredi de 9h à 18h. Rens. sur https://www.culture.gouv.fr/

Renée Perle, Juan-les-Pins, mai 1930, d’après un négatif souple 8 x 14 cm recadré selon l’album de 1930.