Prix de femmes

Prix de femmes

Les femmes sont largement sous-représentées parmi les artistes célébrés par les récompenses qui jalonnent l’agenda du monde de l’art. Nés de ce constat, les Prix Aware leur sont désormais dédiés.

Alors qu’elles sont majoritaires durant leurs études en écoles d’art, les artistes femmes ne constituent qu’une minorité des nommés et lauréats des plus prestigieux prix d’art contemporain. Elles représentent entre 20 % et 30 % des artistes sélectionnés et promus au prix Marcel Duchamp français, au Turner Prize anglais, au Hugo Boss Prize américain ou encore au Praemium Imperiale japonais pour ne citer qu’eux. Avec la parité dans les prix mixtes en ligne de mire, certaines institutions ont fait le choix de valoriser le travail des artistes femmes par des prix dédiés, à l’instar du Max Mara Art Prize for Women anglais ou du Gabriele Münter Preis allemand. En France, étonnamment, un tel prix n’existait pas avant la création des Prix Aware en 2017.
Les Prix bénéficient du soutien du ministère de la Culture et du Chanel Fund for Women in the Arts and Culture. Franck Riester, ministre de la Culture, s’est félicité de cette nouvelle édition des Prix Aware pour les artistes femmes : « Je suis très heureux que soit remis le Prix Aware pour les artistes femmes au ministère de la Culture, car il traduit mon engagement, et celui du ministère, en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes. Le monde de l’art et de la culture se doit d’être exemplaire sur toutes les questions d’égalité et de diversité. »

L’édition 2019
Les 4 artistes nommées au prix Aware sont Eva Barto (nommée par Gallien Déjean), Hélène Bertin (nommée par Céline Poulin), Farah Khelil (nommée par Sonia Recasens) et Marion Verboom (nommée par Joël Riff). Les Prix ont été remis le 18 mars 2019 au ministère de la Culture.
• Hélène Bertin, lauréate du prix Aware pour les artistes femmes 2019, a étudié dans trois établissements aux pédagogies différenciées : le lycée Frédéric Mistral à Avignon en section arts appliqués, l’École nationale supérieure des beaux-arts de Lyon où elle cofonde le collectif Plafond, puis l’École nationale supérieure d’arts de Paris Cergy dont elle sera diplômée en 2013. Cette même année, parallèlement à son DNSEP, elle commence des recherches autour du travail de Valentine Schlegel qui transforment peu à peu, mais résolument sa vision de l’art. Sa pratique oscille de la sculpture au workshop et à la recherche, une démarche volontairement bâtarde qui la positionne entre artiste, curatrice et historienne. Elle travaille à Paris et à Cucuron où elle déploie des invitations pour travailler avec ses hôtes. Hélène Bertin développe en effet son art en lien avec autrui (artistes, associations, artisans, familles…). Ses sculptures et projets ont été présentés au sein d’espaces alternatifs (Pauline Perplexe, DOC) et d’institutions publiques (CACBrétigny, château d’Oiron) ou privées (Fondation d’entreprise Ricard, Lafayette Anticipations).
• Jacqueline de Jong est récompensée du prix d’honneur 2019, en reconnaissance de l’excellence de sa carrière et de son œuvre récemment remise en lumière. Née aux Pays-Bas, Jacqueline de Jong (1939) vit et travaille entre la France et son pays d’origine. Marquée par le mouvement CoBrA, elle participe à l’Internationale situationniste. Son œuvre se déploie dans des médiums et techniques variés, allant de la peinture gestuelle figurative à la création de bijoux. Après des expositions personnelles au Moderna Museet (Stockholm, 2012) ou aux Abattoirs Musée-Frac Occitanie Toulouse (2018), une rétrospective lui est actuellement consacrée au Stedelijk Museum (Amsterdam). Ses œuvres sont présentes dans des collections publiques en France et à l’international telles que le Cobra Museum voor Moderne Kunst (Amstelveen), le Musée national d’art moderne – Centre Georges-Pompidou, la Bibliothèque nationale de France, le Museum of Amherst University (Amherst, Massachusetts), le KunstCentret Silkeborg Bad (Silkeborg), le musée Lenbachhaus (Munich), le Henie Onstad Kunstsenter (Oslo). Ses archives sont conservées par la Beinecke Rare Book and Manuscript Library de l’université de Yale (New Haven, Connecticut). Elle est représentée par la Galerie Dürst Britt & Mayhew (La Haye) et la Galerie Château Shatto (Los Angeles).
• Éva Barto : née à l’ouest dans les années 1980. Comme beaucoup de gens, elle décide de s’installer à Paris. Après le bac, elle s’inscrit à la Sorbonne. Elle tente les Beaux-Arts de Paris puis un post-diplôme à Lyon. Son travail a été présenté dans plusieurs expositions personnelles et collectives en France et à l’étranger. Avec une autre artiste, elle prépare actuellement une exposition prévue en 2019 dans un Kunstverein en Allemagne. À plusieurs reprises, elle expose dans des galeries, mais refuse d’intégrer la liste officielle des producteurs dont le travail est représenté et vendu par ce type de structure. En 2016, elle fonde une entité qu’elle présente, selon ses interlocuteurs, comme une vraie ou comme une fausse maison d’édition. Par ailleurs, elle coordonne un groupe de travail, de réflexion et d’action autour des questions d’émancipation et de valorisation des activités des travailleuses et des travailleurs de l’art.
• Farah Khelil (1980) : a étudié à l’Institut supérieur des beaux-arts de Tunis et est titulaire d’un doctorat en arts et sciences de l’art de l’École des arts de la Sorbonne. Son œuvre conjugue livres d’artiste, vidéos, archives et display avec l’écriture et la recherche théorique. Elle a pris part à de nombreuses expositions collectives à l’international, comme à l’espace Undercurrent Projects (New York, 2014), au musée Es Baluard (Palma de Majorque, 2015), à la galerie Officine Dell’Immagine (Milan, 2017), à la Händel Street Projects Gallery (Londres, 2017), à l’Institut français de Saint-Louis/Galerie du Fleuve (Saint-Louis, Sénégal, 2018), ou encore à l’Institut français de Tunisie (Sousse, 2018). Plusieurs expositions personnelles lui ont été consacrées, entre autres au Centre culturel international de Cerisy-la-Salle (Normandie, 2013), à l’Appartement (Paris, 2017) et à la Selma Feriani Gallery (Sidi Bou Saïd, 2018). Son travail figure dans les collections du Frac Normandie. Elle est représentée par la Selma Feriani Gallery (Tunis/Londres)
• Marion Verboom (1983) est diplômée de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris en 2009 et rejoint le programme de résidence De Ateliers (Amsterdam-2009/2011). Son travail qui mêle dessin et sculpture a été présenté dans des expositions personnelles à l’espace 40m cubes à l’occasion des Ateliers de Rennes-Biennale d’art contemporain (2012), au musée de l’abbaye Sainte-Croix des Sables-d’Olonne (2015), à The Pill Gallery (Istanbul, 2016) ou à la Galerie Jérôme Poggi (2018). Elle a participé à des expositions collectives au Musée International des Arts modestes (Sète, 2017) ou au Frac Bretagne (Rennes, 2018). Elle a également contribué à l’installation occupant le nouvel espace du « Toguna » au sein du Palais de Tokyo qui a ouvert ses portes en 2018, et collaboré avec la Maison Chloé (2017-2018). Elle vient d’achever, par une exposition ainsi que la publication d’un livre avec RVB Books, sa participation à la résidence LVMH Métiers d’art. Ses œuvres sont présentes dans plusieurs collections publiques, notamment celle du Cnap, du Fonds municipal d’art contemporain de la Ville de Paris, du Frac Bretagne ou du musée d’Arts de Nantes. Elle est représentée par la Galerie Jérôme Poggi (Paris) et The Pill Gallery (Istanbul).

Aware
Tout au long du XXe siècle, les œuvres des artistes femmes furent peu montrées, acquises et commentées, alors qu’elles furent une force vive, notamment des avant-gardes. C’est ce manque d’information sur leur travail qui rend aujourd’hui difficile leur mise en valeur. Ce constat, partagé par plusieurs historiens de l’art et conservateurs de musée, a conduit Camille Morineau, à l’initiative de l’accrochage 100 % féminin du Centre Pompidou elles@centrepompidou en 2009-2010, à créer Aware. Replacer les artistes femmes du XXe siècle dans l’histoire de l’art archives of Women Artists, Research and Exhibitions, association de loi 1901 à but non lucratif, a été fondée en juin 2014.
Devant la sous-représentation féminine dans le monde de l’art, Aware a pour ambition de rééquilibrer la présence de ces artistes femmes, ces « oubliées de l’histoire de l’art », de leur donner une meilleure visibilité, par la diffusion de ressources en libre accès. L’association a une véritable portée pédagogique et professionnelle, grâce à des partenariats avec des universités et des musées, puisqu’artistes, collectionneurs, institutions, historiens, étudiants et grand public peuvent y trouver l’information dont ils ont besoin concernant les artistes femmes du XXe siècle.
L’association est fondée par 7 femmes : Margot Mérimée Dufourcq (avocate), Daphné Moreau (avocate), Camille Morineau (commissaire d’exposition), Élisabeth Pallas (violoniste), Nathalie Rigal (avocate), Alexandra Vernier-Bogaert (expert-comptable) et Julie Wolkenstein (écrivaine). Cinq permanentes et une équipe de bénévoles, étudiants et professionnels issus de grandes institutions culturelles et universitaires contribuent également à son existence.
• 4 programmes :
– Qui sont-Elles ? Un site Internet Aware (awarewomenartists.com), véritable plateforme documentaire, avec des notices biographiques d’artistes illustrées, des articles d’universitaires sur des recherches en cours, des comptes rendus d’exposition, ainsi qu’une section recensant les expositions actuelles d’artistes femmes, quotidiennement enrichie.
– La création d’un centre de documentation Aware basé à Paris en partenariat avec des universités et les centres de documentation des plus grands musées d’art moderne et contemporain permet la constitution d’un fonds documentaire (ouvrages et ressources numériques) qui centralise l’information sur les artistes femmes. Parlons d’Elles en partenariat avec des universités et des musées, Aware organise des tables rondes, colloques et journées d’étude en France et à l’étranger.
– Les Prix Aware pour les artistes femmes sont également remis chaque année à une artiste émergente et à une artiste confirmée.
– Où sont-Elles ? Aware organise des visites dans les musées à la découverte des artistes femmes et de leurs œuvres. Tout sur Elles Aware favorise la diffusion de l’information sur le travail des artistes femmes par le biais de publications papier à l’attention du grand public et du public spécialisé, notamment à travers la publication des actes des colloques, coorganisés chaque année par Aware et de traductions de textes majeurs de l’histoire de l’art sur les femmes.

Nouveautés de 2019
Afin d’élargir la visibilité des artistes au-delà du cercle restreint du public parisien, de nouvelles voies de diffusion du travail des artistes ont été mises en place pour l’édition 2019, notamment grâce au soutien renouvelé et pérennisé du ministère de la Culture. L’artiste recevant le prix d’honneur bénéficiera d’une dotation de 10 000 euros et de la publication d’un entretien inédit, à paraître en 2020. Une collection dédiée aux artistes lauréates du prix d’honneur Aware sera ainsi co-lancée par Manuella Éditions et Aware.
L’artiste émergente lauréate du prix bénéficiera d’une acquisition au sein des collections du Cnap (Centre national des arts plastiques) et d’une aide à la production pour la réalisation d’une exposition monographique dans l’un des centres d’art contemporain membres du réseau national DCA (Association française de développement des centres d’art contemporain) et/ou l’un des Frac membres de Platform (regroupement des Fonds régionaux d’art contemporain).

 

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