Prolongement du T3 : le cœur de Paris

Prolongement du T3 :  le cœur de Paris

À l’occasion du prolongement du T3 jusqu’à la Porte d’Asnières, la Ville de Paris renouvelle l’accompagnement artistique initié sur les précédents tronçons. Pour que des riverains et usagers soient impliqués dans l’élaboration du programme artistique, la Ville de Paris a fait appel à l’action Nouveaux commanditaires initiée par la Fondation de France.
Ce dispositif permet à des citoyens confrontés à des enjeux de société ou de développement d’un territoire de faire appel à l’art en assumant une commande d’œuvre à des artistes contemporains, de toutes disciplines. Son originalité repose sur une conjonction entre trois acteurs privilégiés : l’artiste, le citoyen et le médiateur culturel, accompagnés de partenaires publics et privés réunis autour du projet. Grâce à ce changement radical de méthode, les enjeux, les emplacements ou encore les éventuels usages des œuvres ont été définis avec des personnes qui habitent ou travaillent dans ce territoire. Leurs apports ont été essentiels pour établir les cahiers des charges des commandes et orienter le choix des artistes. Véritables interlocuteurs de la direction artistique et des artistes, les commanditaires ont accompagné les projets avec autant d’exigence que d’enthousiasme. Produites avec des financements publics et dans l’intérêt général, les trois œuvres sont destinées à enrichir la vie des quartiers traversés par cette nouvelle ligne du T3. Elles feront partie du patrimoine artistique de la Ville de Paris qui en assumera la conservation et l’entretien.
La direction artistique du projet a été confiée à Anastassia Makridou-Bretonneau. Après avoir occupé le poste de conservatrice à la Pinacothèque de Thessalonique, elle a intégré le Centre de Création Contemporain de Tours, puis fondé Eternal Network, structure indépendante de médiation et de diffusion. Elle a mis en œuvre l’action Nouveaux commanditaires dans les régions Centre-Val de Loire, Bretagne et Provence-Alpes-Côte d’Azur où elle a piloté un programme exceptionnel de neuf commandes dans le cadre de Marseille-Provence 2013.
Depuis 2014, elle est responsable de l’axe « art citoyen » de la Fondation Daniel et Nina Carasso, abritée par la Fondation de France, en France et  en Espagne. « Les projets artistiques du T3 Nord sont nés de désirs et de complicités extraordinaires. J’espère que le sillage des beaux accomplissements, mais aussi des attentes suspendues, ainsi que l’immense travail collectif, puissent guider des démarches futures, pour que l’engagement des citoyens et des artistes façonne l’espace urbain et dessine une ville capable d’accueillir la vie publique tout comme la part affective de chacun d’entre nous », souligne Anastassia Makridou-Bretonneau, directrice artistique du projet.

Paroles des membres du groupe de commanditaire
• « Pour moi qui travaille ici depuis plus de vingt ans, ce que je perçois du quartier malgré ses difficultés, c’est son côté joyeux. C’est un quartier qui accueille énormément de gens de divers horizons et les habitants sont tout le temps présents, prêts à participer à son amélioration. »
• « C’est une question de cœur. Ici, on reçoit avec le cœur, l’œuvre traduit l’esprit de notre quartier, c’est un quartier vif, accueillant, malgré ses difficultés. Des habitants et acteurs associatifs, réunis autour du centre socioculturel la Maison Bleue Porte Montmartre, ont demandé à l’artiste de créer un signe universel pour ce quartier « monde ». En réponse aux attentes des commanditaires, l’artiste a conçu une œuvre qui vient souligner l’ambiance animée de son environnement en adressant un message joyeux de bienvenue. Trois mille huit cents azulejos peints à la main par des artisans portugais habillent ce cœur flamboyant dont le mouvement rotatif et lumineux – sa lumière s’allume et s’éteint au rythme des battements d’un cœur – accentue le rôle de repère au milieu du vaste carrefour. L’œuvre symbolise l’identité du quartier de la porte de Clignancourt comme lieu de convergence, comme point cardinal du Paris d’aujourd’hui et de demain. »
• « Le Cœur de Paris est la première œuvre de Joana Vasconcelos installée durablement sur l’espace public parisien. Cette expérience de commanditaire a changé mon regard sur l’art. Au début, nous avons pris le tramway pour voir les autres œuvres déjà réalisées le long des tronçons du T3 précédents. Nous avons vu toutes sortes de choses, du bien et du moins bien. Mais la première fois que j’ai été touché, c’est lorsque nous sommes allés à l’hôtel de la Monnaie voir La théière de Joana Vasconcelos. Nous avons découvert quelque chose de formidable. À l’intérieur de cette théière, il y avait des sièges qui permettaient aux gens de s’asseoir. Je n’avais jamais pris conscience avant qu’une œuvre d’art pouvait être conviviale. »

Les Nouveaux commanditaires
Le groupe des Nouveaux commanditaires de la porte de Clignancourt est constitué du centre de la Maison Bleue et d’habitants du quartier. Le centre social associatif de la Maison Bleue, ouvert en novembre 2014, concrétise un projet porté depuis l’origine par les habitants de la porte Montmartre : un lieu de proximité, une structure d’animation de réseaux divers qui s’adapte à leurs besoins et à leurs désirs pour améliorer leur cadre de vie et favoriser l’insertion sociale. Dès sa création, la Maison Bleue est devenue un lieu incontournable du quartier. Pour la porte de Clignancourt, les Nouveaux commanditaires ont choisi l’artiste Joana Vasconcelos.
Les commanditaires :
• Mohammed Baïzid – habitant de la résidence Jean Cocteau.
• Nadia Benakli – présidente de la Maison Bleue, habitante du quartier.
• Joëlle Bonnimond – présidente de l’Amicale de locataires Camille Flammarion.
• François Deleurme – ancien Directeur de la Maison Bleue.
• Thomas Jongwane – habitant de la résidence Jean Cocteau.
• Ginette Philips – présidente de l’association Oasis 18 et de l’Amicale Dax Jean Rabaté – Sirius Productions.
• Anne-Marie Rabier – Amicale de locataires rue Gérard-de-Nerval.
• Bacary Sané – EDL 18 (équipe de développement local).
• Zoubida Zahid-Lévy – chargée de mission à la Maison Bleue, habitante du quartier.

Joana Vasconcelos
Née à Paris en 1971, Joana Vasconcelos vit et travaille à Lisbonne. Le banal est sa matière de prédilection : elle façonne les bribes de notre quotidien, en leur conférant un sens nouveau et une relation inattendue avec l’espace. Avec un sens de l’humour et de la transgression, elle extrait ces objets triviaux de leur contexte pour les convertir en pièces monumentales qu’elle installe au sein de paysages urbains, de musées et de galeries du monde entier. En partant d’ingénieuses opérations de détournement, l’artiste nous offre une vision complice, mais en même temps critique de la société contemporaine et de ses divers aspects, comme le statut des femmes, les différences de classe ou encore le consumérisme. Sa stratégie fait dialoguer ce qu’on oppose habituellement : artisanat/ industrie, privé/public, tradition/ modernité, culture populaire/culture érudite… Dans le travail de cette artiste, une importance particulière est accordée aux œuvres installées dans l’espace public.
Joana Vasconcelos expose régulièrement depuis 1995. Son travail est connu internationalement depuis sa participation à la 51e biennale de Venise en 2005, avec l’œuvre A Noiva [The Bride]. En 2012, elle a été la première artiste femme invitée à exposer au château de Versailles. En 2018 une exposition personnelle lui a été consacrée au Guggenheim Museum Bilbao.

Les œuvres du T3
Œuvre déjà réalisée
Porte de Saint-Ouen : From Paris with love, un code et un corps pour une nouvelle métaphysique – Bruno Peinado
• L’Œuvre : From Paris with love, un code et un corps pour une nouvelle métaphysique « Multicolore, à la fois apaisante et vivante, l’œuvre symbolise le côté chaleureux, bienveillant de notre hôpital et évoque tant sa nécessaire ouverture vers la ville que l’évolution de son quartier. »
Un groupe de personnel de l’hôpital Bichat – Claude-Bernard a demandé à l’artiste de relier ce grand pôle hospitalier avec l’extérieur comme un messager de ses multiples fonctions de lieu de soin. Pour matérialiser la complexité de leur demande, l’artiste entremêle plusieurs références dans cette œuvre qu’il a conçue comme un corps vivant composé de deux installations telles deux
« poumons » à la croisée des 17e et 18e arrondissements. Divers éléments de l’univers urbain – panneaux de signalétique, caissons lumineux, potelets – et trois éoliennes y sont délicatement
agencés comme des bouquets de fleurs surdimensionnés. Les deux ensembles rehaussent l’environnement avec des vives ponctuations colorées, des jeux de matières et de lumière, le mouvement des palmes au gré du vent, l’apparition aléatoire de messages lumineux en code morse. Constamment animée, l’œuvre est la métaphore d’un souffle, celui de la renaissance d’un quartier et celui des passants ou usagers de l’hôpital mus par les infinies variations des émotions et desseins.
• L’artiste : Bruno Peinado
Né en 1970, installé à Douarnenez, cet artiste fonde son travail sur la notion de « métissage », à partir du double héritage de la culture populaire et de la pensée conceptuelle. Il utilise et mêle références et images très diverses et cite souvent la « Pensée de l’archipel » d’Édouard Glissant et son état de perpétuel devenir. L’univers musical, notamment le sampling est aussi une de ses sources d’inspirations en se réappropriant les signes culturels contemporains pour interroger le rapport que nous entretenons avec eux, et pour réinventer un environnement symbolique à partager.

Œuvre à venir
Porte Pouchet : La rivière est une île – Pierre Malphettes
• L’Œuvre: La rivière est une île investit la totalité de la station Epinettes-Pouchet et la transforme en un paysage singulier, poétique qui vient interrompre l’uniformité du contexte urbain environnant. Plusieurs éléments se retrouvent agencés dans une cohabitation insolite : du mobilier design, des équipements techniques et autres objets standardisés avec des éléments naturels ou évoquant la nature : des arbres, des rochers, un dessin de vagues au sol… Une hybridation subtile pour créer l’ambiance d’une île accueillante sur le boulevard, qui prend la forme d’une rivière, parfois calme, parfois tumultueuse, celle de nos imaginaires, désirs et émotions.
Cette œuvre est l’adaptation d’un projet artistique élaboré initialement pour répondre à la commande d’un groupe de riverains et d’acteurs associatifs du quartier. Leur demande a été d’apporter de la beauté dans leur environnement grâce à une œuvre d’art susceptible de rappeler que l’optimisme, la solidarité, l’engagement citoyen et l’ouverture au monde sont, ici, les valeurs qui animent le quotidien.
• L’artiste : Pierre Malphettes
Né en 1970, cet artiste vit et travaille à Marseille. Il emprunte au monde industriel et à l’univers de la construction pour reproduire des phénomènes et éléments naturels (arc-en-ciel, nuage, jardin, etc.). Aux matériaux de construction – fer, bois, ciment ou verre – s’ajoutent souvent des éléments plus inattendus comme l’air, la lumière, l’eau. Ses installations proposent ainsi des « paysages » qui conjuguent le monde matériel avec l’immatériel, la nature avec l’artifice. De la rencontre de ces éléments a priori opposés émerge une nouvelle réalité sensorielle et poétique.

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